Deux stratégies et un même objectif contre Cuba

samedi 6 avril 2013

Dans la semaine du 10 au 17 mars, se sont promenés sur le territoire espagnol, divers personnages de la guerre menée contre l’Île, liés à deux courants politiques anti-cubains différents mais dont les objectifs d’ingérence et desestabilisation du régime de Cuba coïncident ; il s’agit de Mme Yoani Sánchez, Mme Berta Soler et de la fille d’Oswaldo Payá.

Mise en place de nouvelles stratégies ...

Posted 28 mars 2013 by cubanismo

Ángeles Diez est Docteur en Sciences Politiques et Sociologie, professeure de l’Université Complutense de Madrid

On attend également que pendant tout le mois prochain se multiplient les visites et les actes de la “dissidence”, apparemment justifiés par la réception de prix donnés par les institutions européennes et des médias, ainsi que par ce qu’on nomme « le printemps noir de Cuba ».

Des coïncidences et des divergences dans leurs déclarations délimitent la carte de deux options politiques, correspondant à deux groupes de pouvoir distincts en Espagne et aux USA, ayant tous deux un objectif unique signé par l’impérialisme : en finir avec la révolution et la souveraineté cubaines.

Les secteurs les plus liés à l’administration social-démocrate nord-américaine sont en train de mettre en place une stratégie plus adaptée avec la théorie du “pouvoir doux” (“soft power”) qui cherche la desestabilisation interne au moyen de l’appui logistique, du financement masqué des secteurs “modérés” de l’opposition à l’intérieur du pays, de l’organisation d’activités culturelles et du captage d’intellectuels européens progressistes.

Ils parlent à la “société civile” cubaine et aux secteurs idéologiquement plus vulnérables comme les jeunes. Ils s’appuient souvent sur des associés européens sympathisants, y cherchent des alliances, sont moins centrés sur le court terme, plus systématiques et répondent à une vision plus globale de guerre contre les projets sur la souveraineté qui menacent les intérêts américains en Amérique latine. Des personnages comme Mme Yoani Sánchez par exemple, se construisent selon cette logique d’ingérence.

De leur côté, le parti républicain et une partie importante de la mafia cubaine - américaine, sont en contact avec les groupes appelés “l’exil Miami”, des secteurs qui traditionnellement ont utilisé la voie terroriste, la confrontation plus directe et ont pris la défense de l’invasion.

Ce sont les plus vieux secteurs fondamentalistes qui voient leur temps d’action diminuer. Par l’intermédiaire de la Fondation Cubaine-Américaine, leur stratégie a été dirigée vers le financement direct des alliés conservateurs, surtout en Espagne et en République tchèque.

Ceux-ci sont moins pragmatiques et plus viscéraux, mais depuis la disparition de M. Mascanosa, le président de la Fondation Cubaine – Américaine, ils ont montré de plus en plus de confluence avec la politique extérieure démocrate. Les dames en blanc ont fini par être de bonnes interlocutrices pour ces groupes récalcitrants et aussi pour la section la plus réactionnaire de la droite espagnole liée à ces secteurs de Miami.

Les difficultés de l’administration nord-américaine et son bureau des intérêts à Cuba qui contrôle ce groupe, selon ce que reflètent les rapports de « Wikileaks », sont l’évidence de leur prédisposition naturelle vers la politique extérieure traditionnelle des républicains, mais aussi de leur vision opportuniste capable de s’adapter à n’importe quelle circonstance.

Ces deux chemins de confrontation avec Cuba ont vécu ensemble avec quelques hauts et bas suivant la phase dans laquelle se trouvait la politique extérieure américaine, et aux aléas des disputes internes des associés européens.

Il a aussi existé des différences à l’intérieur des dissidents, comme le cas des dames en blanc entre la porte-parole antérieure Laura Pollán et l’actuelle, Berta Soler, liées à l’appropriation des fonds administrés au travers de la SINA (Bureau des Intérêts Nord-Américains à Cuba). Mais la plupart du temps, l’intérêt général des USA qui a primé, depuis l’échec l’invasion à Playa Girón (1961) jusqu’à la résistance du peuple cubain au blocus qu’il subit depuis 1960, a été de construire la dissidence cubaine.

Bien sûr qu’en 54 ans, ils ont eu de bons résultats et actuellement, la dissidence la plus solide et la plus nombreuse se trouve à l’extérieur de l’Île. C’est Mme Berta Soler elle-même qui s’en réjouit dans une interview à la BBC, car en huit ans celle-ci est passée de 8 à 115 membres.

Les visites en Espagne de Mme Yoani, de la fille d’Oswaldo Payá et des dames en blanc, ainsi que celles qui auront lieu dans les prochains jours, montrent les intérêts communs des distinctes administrations américaines, mais aussi l’utilisation de la dissidence cubaine au service des intérêts locaux de notre propre pays.

Nous parlons là de la confrontation existante entre une partie du pouvoir populaire mené par Mme Esperanza Aguirre et les “raisons d’État » du Parti Populaire, actuellement au pouvoir, pour « normaliser » les rapports avec Cuba.

Les conférences, les interviews, les prix, les rencontres avec des parlementaires, entre autres, montrent qu’il n’existe pas d’objectifs divergents, ni deux dissidences, mais bien des types différents de clientèle.

Les axes de la campagne contre Cuba en Espagne :

Les protagonistes de la dite “dissidence cubaine” qui ont défilé ces jours-ci en Europe avec une escale en Espagne, ont abordé des thèmes communs dans les interviews qu’ils ont données et dans les discours pendant les actes auxquels ils ont participé : la mort du président vénézuélien, l’inexistence de réels changements dans l’Îles, le fait qu’ils représentent le peuple cubain et les droits de l’homme. Ils ont en plus coïncidé pour s’acquitter des accusations sur le financement de leurs activités et ont insisté sur l’unité et les bons rapports entre les dissidences.

Les points de divergence se sont situés sur la spécificité du groupe dissident que chacun représente ; dans le cas de Mme Yoani, il s’agit de groupes d’entrepreneurs intéressés à investir Cuba, ainsi que de jeunes émigrants aisés, mais tous deux sans lien organique ; dans celui des dames en blanc, ce sont les exilés de Miami, l’extrême-droite européenne, et surtout celle d’Espagne occupée dans sa guerre contre le gouvernement de son parti.

Comment se fait-il que le thème du Venezuela apparaisse dans l’agenda de la dissidence cubaine ? Au-delà de la mort du président vénézuélien et dans l’optique de l’actuelle administration américaine, c’est l’occasion dont il faut profiter dans la guerre contre Cuba.

Cet événement situe l’Île dans une situation de faiblesse, non seulement à cause de ses rapports préférentiels et d’aide mutuelle avec le Venezuela, mais plutôt parce qu’a disparu la figure qui dirigeait le processus de confluence latino-américaine soutenu sur une position unanime de soutien à Cuba. Jusqu’à ce que la continuité soit ou non définie par le nouveau gouvernement vénézuélien qui sera élu, la machine de propagande sera pratiquement réactivée de manière automatique.

Les déclarations de Mme Yoani à propos de la mort du président vénézuélien et la situation dans laquelle se trouve Cuba, s’insèrent dans cette logique. Quelque chose de pareil s’était passé au moment de la guerre et de l’occupation de l’Iraq en 2003, qui avait réactivé la campagne militaire et médiatique contre Cuba, même avant que l’invasion de l’Iraq ne commence.

Il semble que cette nouvelle situation suit le même protocole : on profite de l’occasion que l’attention du public soit centrée sur un autre conflit et on réactive d’autres fronts. Sauf que, bien sûr, ce qui était en jeu à ce moment-là avait une toute autre signification pour l’Amérique latine.

Aussi bien dans le cas de Mme Yoani comme dans celui de Mme Berta Soler, les journalistes ont présenté des questions dont le but était de bloquer l’image des changements significatifs à Cuba sur l’économie, les lois migratoires, entre autres. Les deux femmes ont insisté sur le fait que leur propre sortie de l’Île n’avait rien à voir avec ses circonstances, qu’il s’agissait d’opérations de maquillage et qu’il n’y a avait aucun changement réel.

Nier l’évidence de leur sortie, de leurs voyages et parler mal du gouvernement sans en craindre les conséquences, prouve sans doute leur cynisme, mais montre également l’un des principaux principes de propagande : répéter des consignes subliminales déjà présentes chez les auditeurs.

Les discours sur la liberté et les droits de l’homme se situent dans deux champs distincts selon que l’on écoute Mme Yoani ou Mme Berta Soler. Pour la première, sa participation dans le domaine des nouvelles technologies, le réseau Internet, sa tentative de connexion avec cette population dynamique, jeune, individualiste et de faible formation politique, est favorable à ce que la consigne “liberté » devienne un outil très utile contre Cuba.

Le fait que les activités de Mme Yoani soient financées par des entreprises comme “Telefónica”, responsable du licenciement de plus de 3.000 travailleurs en Espagne, ou de “BBVA” (Banco Bilbao Vizcaya Argentaria), à l’origine de milliers de sans-logis, toutes deux très implantées en Amérique latine et participant à la spoliation de cette région, n’est pas contradictoire.

Pour ce qui est des dames en blanc, comme le commente la BBC, après les accords avec le gouvernement espagnol de faire sortir les prisonniers cubains condamnés pour diverses activités contre l’État au service d’une puissance étrangère (2003), ainsi que la commutation de toutes les peines de mort, ces groupes d’opposants se sont trouvés isolés au niveau international. La preuve c’est qu’Amnesty International n’inclut plus aucun prisonnier de conscience cubain dans ses rapports. De sorte que réactiver le discours du viol des droits de l’homme, la répression du gouvernement, etc., n’est qu’une tentative pour reprendre leurs activités dissidentes face à la communauté internationale.

Aussi bien de la part de Mme Yoani que de Mme Berta Soler, nier avec insistance leur relation avec le gouvernement des USA, n’empêche pas le financement indirect de leurs activités par ONG interposées, et surtout au moyen de prix de milliers de dollars (financement indirect démontré par les filtrations de Wikileaks). Mais ce sont les lois américaines comme les Lois Torricelli (1992) et Helms-Burton (1996) qui ont permis ce type de financement, bien qu’il paraisse que l’opinion publique n’assimile pas aussi facilement la contradiction entre des activités désintéressées « en faveur du peuple cubain » et le financement des celles-ci par le gouvernement qui lui a déclaré la guerre.

Enfin, on doit rechercher l’origine du discours particulier de la représentante des dames en blanc, au sein de l’affrontement entre les groupes pro- Esperanza Aguirre à l’intérieur du Parti Populaire, et les proches de M. Mariano Rajoy. L’interview que la Télévision Espagnole a fait à Mme Berta Soler reproduit point par point l’intervention de Mme. Esperanza Aguirre à la Maison des Amériques, à Madrid : les attaques au gouvernement cubain, le manque de liberté et, plus spécifiquement la mise en doute du procès d’Ángel Carromero, président des Nouvelles Générations du PP, responsable de l’assassinat des dissidents Oswaldo Payá et Harold Cepero, dans un accident de voiture.

Alors que le Ministre des Affaires Étrangères, M. José Manuel García Margallo, non seulement a déclaré que ce procès était correct, mais qu’en plus, il permettait de “normaliser” les rapports avec Cuba. Le cas Carromero s’est donc converti en une arme importante de l’ex - présidente de la Communauté de Madrid contre le gouvernement central.

Dans les prochains jours, on assistera à de nouveaux flux de propagande et on pourra y trouver les coïncidences répondant à une stratégie commune contre Cuba et aussi, contre ce que Cuba représente pour l’Amérique latine.

trad. : Dominique Gomis


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