Leonardo Padura : seul domicile connu, Mantilla, au sud de La Havane

lundi 16 septembre 2013
par  Posté par Michel Porcheron

Voilà quinze ans que Leonardo Padura creuse son sillon d’écrivain, sans cesser d’être journaliste, car il est et restera journaliste dans l’âme. Son premier livre « Electre à La Havane » traduit de « Mascaras » a été publié en France chez Métailié en 1998, point de départ du cycle « Les Quatre saisons » (1998-2004), celles du « détective » Mario Conde, désabusé et bibliophile.

Que l’on le retrouve brillamment dans « Adios Hemingway » (2001). Il fut mis au repos par son alter ego dans « Le Palmier et l’Etoile » (La novela de mi vida, « livre préféré » de l’auteur) et dans « L’Homme qui aimait les chiens » (2011, toujours chez Métailié, son éditeur en France), une somme historico-romanesque de 670 pages, qui l’a fait connaître un peu partout dans le monde.

Aujourd’hui, il revient – Mario Conde aussi- avec Herejes qui vient d’être édité en Espagne (Ed.Tusquets, Barcelone). A cette occasion Carlos Batista, journaliste cubain de l’AFP à La Havane est allé à la rencontre de l’écrivain, chez lui, à Mantilla, quartier du sud de la capitale, que Padura n’a jamais quitté.

Leonardo Padura « hétérodoxe », « hérétique » non.

Par Carlos Batista (AFP-La Havane)

L’écrivain cubain Leonardo Padura, 57 ans, n’est pas un de ces « hérétiques » dont il a fait le titre de son dernier roman présenté cette semaine en Espagne (« Herejes », chez Tusquets, 520 p) : il se qualifie d’ « hétérodoxe » qui vit ses passions politiques et paye « un prix pour cette liberté », a-t-il affirmé à l’AFP-La Havane.

« Je ne suis pas un hérétique, parce que je n’ai pas déserté une quelconque foi, je n’ai jamais eu aucune foi, religieuse ou politique  », explique le plus célèbre des écrivains cubains contemporains, dans sa maison de Mantilla, un faubourg du sud de La Havane, où il vit avec son épouse et alter ego littéraire Lucia, et son vieux chien « Chorizo ».

« Je me considère comme un hétérodoxe », souligne-t-il. Et « il faut payer le prix de cette liberté, de cette hétérodoxie », ajoute-t-il en disant que ce qu’il écrit est « critiqué ou ignoré », à Cuba, mais aussi en Floride où est concentrée la diaspora cubaine.

[hétérodoxe adj./ÉTYM. 1667 ; grec ecclés. heterodoxos ; de heteros « autre » (→ Hétéro-), et doxa « opinion ».

1-Relig. Qui s’écarte de la doctrine reçue. | Théologiens hétérodoxes. | Opinion hétérodoxe. ⇒ Hérétique. — N. | Un, une hétérodoxe (→ Gloire, cit. 51). Rejeter de son sein les éléments hétérodoxes, voici qui n’appartient qu’à l’Église ; car il ne peut y avoir hétérodoxie s’il n’y a pas orthodoxie. GIDE, Nouveaux prétextes, p. 119.

2 2(2- (1757). Didact. Qui n’est pas orthodoxe, conformiste. | Esprit hétérodoxe. | Savant aux idées hétérodoxes. ⇒ Dissident, indépendant, non-conformiste. On en est encore à épier les textes, pour y découvrir une proposition hétérodoxe ! BERNANOS, l’Imposture, in Œ. roman., Pl., p. 333.
CONTR. Conformiste, orthodoxe, traditionaliste.
© Le Robert (mp) ]

« J’ai décidé d’adopter cette position, parce que je crois que c’est la seule que je peux maintenir avec honnêteté  », confesse cet homme de 57 ans, barbe poivre et sel et regard malicieux, qui oscille sans sourciller de la gravité à l’humour le plus fin.

Leonardo Padura, l’écrivain cubain qui vend le plus de livres dans le monde, a été journaliste dans la presse cubaine jusqu’en 1995. Depuis il « pige » pour l’agence IPS, mais il regrette que ses papiers (1) « ne soient pas publiés dans la presse à Cuba » et que son « Premio Nacional de Literatura » (Cuba, 2012) ait été celui qui a bénéficié le moins de publicité.

[Voir notre cubacoop : http://s147752339.onlinehome.fr/cubacoop/spip.php?article1288]

Il a voyagé en Espagne lundi 2 septembre pour présenter « Herejes », édité par les éditions Tusquets (Barcelone), quatre ans après le succès un peu partout dans le monde de « El Hombre que amaba a los perros » (L’Homme qui aimait les chiens) qui portait sur l’assassinat de Léon Trotski, exilé au Mexique et la vie à La Havane de son assassin, l’Espagnol Ramon Mercader.

« Herejes », que Padura ira présenter en décembre à Guadalajara, Mexique, durant la Feria del Libro, a pour essence la « liberté de choix de l’individu », un thème hérétique pour les fondamentalistes politiques.

A l’instar d’autres œuvres de Padura, ce sont trois histoires entremêlées qui sont tissées : celle d’un jeune juif de l’atelier de peinture de Rembrandt en Hollande au 17e siècle, le passage à La Havane en 1939 du vapeur Saint-Louis transportant plus de 900 juifs fuyant le nazisme mais obligés de retrouver l’Europe et les camps d’extermination nazis, n’ayant pas été autorisés à débarquer à La Havane et celle d’un jeune cubain d’aujourd’hui, membre de la tribu urbaine des "Emos", avatar cubain des "Gothiques", à mille lieux de "l’homme nouveau" imaginé par la Révolution.

« J‘espère que « Herejes » marchera bien, tout en sachant qu’on est dans un moment critique du marché du livre », commente Padura, qui confesse que son œuvre préférée est « La novela de mi vida » (2002, « Le Palmier et l’Etoile », chez Métailié, 2003, traduit par Elena Zayas) ;

Il en profite pour confesser autre chose : avec la littérature policière, le base-ball (la pelota, à Cuba) fait partie de ses « obsessions ».

[On peut consulter :

http://www.cubania.com/post/le-base-ball-cubain-au-pied-du-mur/]
La fonction vitale de la littérature cubaine

« C’est ma génération qui a redonné à la littérature sa fonction vitale, qui est celle de représenter le sentiment, la pensée, la vie de l’individu  », explique-t-il encore. « Cela nous a valu bien des semonces, des incompréhensions : on nous appelait intimistes, évasifs, parce que nous n’écrivions pas sur les coupeurs de canne à sucre, sur les guérilleros ou sur les miliciens ».

Une bonne partie de la génération de Padura «  a dû choisir l’exil, au moment de la crise des années 90, dans un premier temps pour des raisons économiques (…), il y a avait des gens que tu sentais réellement au bord de leur capacité de résistance », indique l’écrivain qui souligne que sa « cubanité » personnelle est trop forte pour l’exil.

Dans les années 80, avant la chute de l’URSS, la meilleure époque économique récente du pays, « nous avions la possibilité de rêver le futur. Mais la crise qui a suivi a eu raison de ces rêves ».

Aujourd’hui, « nous n’avons plus de certitude sur l’avenir », assure le quinquagénaire qui juge sa génération « trop vieille pour commencer quelque chose, mais trop jeune pour se soumettre et se retirer et nous avons du continuer à nous battre  ».

Padura voit avec un optimisme modéré le futur de Cuba avec les réformes du président Raul Castro. Il conclut : « Il y a encore une série d’incongruités qui doivent être nécessairement éliminées si l’on veut que Cuba redevienne un pays normal ».

(afp/mp)

(1)- Voir le site de IPS (InterPressService/ http://www.ipsnoticias.net/)
Par ailleurs, deux éditeurs cubains ont publié récemment deux recueils d’articles de Padura : « La Memoria y el Olvido », Editorial Caminos, 2011, 277 pages, La Havane, près de 80 textes publiés à l’origine dans la revue « Cultura y Sociedad » de IPS et par le Servicio Mundial de Columnistas de cette agence. Ces textes (2006-2011) portent sur des thèmes littéraires et culturels, mais également sur la vie quotidienne à Cuba.

Dans « Un Hombre en una Isla », « Cronicas, ensayos y obsesiones » (Ed. Sed de Belleza, Santa Clara, 315 pages, 45 textes environ, 2011) les thèmes sont plutôt culturels au sens large. Une vingtaine de textes sont communs aux deux livres.

Ces deux livres, quand ils ne sont pas introuvables, sont vendus ici ou là par des libraires privés en devises, soit hors de portée du budget moyen cubain.

En 2006, IPS avait publié « Entre dos siglos » (274 p. 60 textes écrits entre 1995 et 2005) (mp)


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