Au Brésil, les médecins cubains travailleront où leurs confrères brésiliens ne veulent pas aller

dimanche 6 octobre 2013
par  Posté par Michel Porcheron

Salariés à Cuba, ils seront 4000 au Brésil d’ici à la fin de l’année 2013. Engagés par le gouvernement de Brasilia dans le cadre du programme « Mais Médicos », comme d’autres personnels de santé d’autres pays, les médecins cubains exerceront dans des régions reculées et des banlieues pauvres des grandes villes.

Leur contrat prévoit une prime d’arrivée de 10.000 reales (quelque 3.140 euros), avec prise en charge des frais de logement et d’alimentation.

Au Brésil les 372.000 médecins se concentrent dans les régions riches et le secteur privé. Septième puissance économique de la planète, le Brésil qui a un taux de 1,8 médecin pour 1.000 habitants (moins qu’en Argentine (3,2) ou en Grande-Bretagne (2,7), se classe au 72 e rang pour l’investissement dans la santé publique. 144 millions de personnes (soit 71, 6%) dépendent d’un système de santé considéré comme défaillant.

Deux reportages (entre autres) ont été consacrés à l’arrivée des premiers médecins cubains et à la situation brésilienne qu’ils vont découvrir.

De Yana Marull pour l’AFP et Chantal Rayes pour Libération.

Le Brésil que vont découvrir les médecins cubains : un système de soins « inégalitaire et dépassé »

[Voir notre cubacoop du 1/09/2013 : http://s147752339.onlinehome.fr/cubacoop/spip.php?article1289 ]
Sources web/posté par Michel Porcheron

Brasilia (AFP) - Bernardo Madrazo, un médecin cubain ayant exercé en Afrique du Sud, au Guatemala et au Venezuela, s’apprête avec des dizaines de compatriotes à travailler dans les villages indiens reculés d’Amazonie brésilienne, où les Brésiliens refusent d’aller.

« L’Amazonie sera très différente de ce que j’ai connu avant. Je suis très content », déclare cet afro-cubain athlétique de 47 ans, affichant 23 ans d’expérience médicale dont deux passés au Guatemala, deux au Lesotho et quatre au Venezuela. Il ira dans la vallée du Javari, une région où vivent encore des tribus isolées, sans contact avec l’homme blanc, à la frontière du Pérou.

Le gouvernement de Dilma Rousseff vient de lancer le programme "Plus de médecins" (« Mais Médicos ») pour occuper 15.000 postes vacants dans les régions pauvres et reculées du géant sud-américain. Il comprend 4.000 médecins cubains et des centaines d’autres argentins, vénézuéliens, espagnols ou portugais.

« Le principal problème sera le barrage de la langue. Nous avons appris le portugais mais les indigènes ne le parlent pas, nous allons devoir apprendre leurs langues », explique Ania Ricardo, une autre cubaine qui a travaillé trois ans dans les faubourgs pauvres et violents de Caracas et qui s’apprête à partir dans un village du Rio Solimoes.

Comme 40 de ses confrères déjà arrivés au Brésil avec un contrat de trois ans, Madrazo et Ricardo ont eu leur premier contact avec les Indiens brésiliens vendredi 6 septembre, dans le cadre d’un cours à la Maison de la santé indigène, située à 25 km de Brasilia, qui accueille les cas graves de tout le pays.

Ruberilson, 12 ans, large sourire et grandes cicatrices sous un bonnet, marche en tapant sa canne blanche au milieu des Cubains : il est aveugle depuis quelques mois et ne parle qu’en yanomami. « Il avait une tumeur bénigne, mais on a tardé à le soigner et le nerf optique a été touché. Il va lui être difficile de rentrer dans son village yanomami parce que c’est une société où chacun a sa fonction comme la chasse ou la pêche », explique une responsable de l’entrainement des Cubains.


La maladie de l’esprit

« Le gouvernement est décidé à donner la priorité à la santé indigène » et à desservir ces régions souvent rejetées par les Brésiliens car il s’agit de zones lointaines et qui « demandent une grande aptitude pour s’adapter à une culture et des habitudes différentes », déclare à l’AFP Antonio Alves de Souza, secrétaire de la Santé Indigène du gouvernement brésilien. « Ce sont des cultures qui considèrent le +Pajé+ (sorcier) comme un médecin et croient que la maladie vient de l’esprit et non du corps. On ne peut arriver avec cette vision que la science du Blanc domine le monde », souligne-t-il.

L’amélioration de la santé publique a été l’une des principales revendications de la fronde sociale historique de juin. Mais ce programme d’importation de médecins est controversé. Même si les étrangers vont dans des postes boudés par les Brésiliens, certains d’entre eux ont été reçus sous les huées (1) et par des messages racistes dans les aéroports du pays. Une controverse a également surgi parce que les 4.000 Cubains ne toucheront qu’une partie des 3.000 euros payés par le Brésil, leur salaire étant versé au gouvernement de La Havane. D’autres pays enfin craignent de voir leur praticien quitter le territoire, alléchés par les salaires offerts par le Brésil.

« A Cuba, tout est assuré par l’Etat et nous n’avons rien déboursé pour faire nos études, c’est notre système. Et on nous inculque la solidarité pour aller exercer à l’étranger », justifie Ania Ricardo.

« La santé dans le pays était de plus en plus précaire. Nous avons vraiment besoin de ces médecins étrangers et cela incitera peut être nos professionnels à aller dans les zones reculées et à mieux traiter les malades », espère Kenia Gomes de Matos, infirmière à la Maison de la santé indigène.

(1) - On peut consulter :
http://observers.france24.com/fr/content/20130830-video-medecins-cubains-hues-lors-leur-arrivee-bresil

De Chantal Reyes, correspondante de Libération à São Paulo
Ils viennent d’Amérique latine ou d’ailleurs. Ce sont les médecins étrangers que le Brésil appelle à la rescousse pour exercer là où leurs confrères brésiliens ne veulent pas aller : les banlieues pauvres et les régions reculées. Les premiers sont arrivés fin août. Le principal contingent vient de Cuba, qui enverra 4 000 docteurs d’ici la fin de l’année.

Andrés, un grand gaillard de 27 ans, est vénézuélien. L’insécurité des banlieues ne lui fait pas peur. « Au Venezuela, on est habitués à la violence », dit ce généraliste, séduit par les conditions de travail au Brésil : un salaire de 3 200 euros, avec prise en charge des frais de logement et d’alimentation. Le docteur Alejandro, lui, est en quête d’« expériences nouvelles ». Les carences de la santé publique brésilienne ? Ce Bolivien de 28 ans a vu pire. En Haïti, où il a été en mission après le séisme de 2010, « il fallait se débrouiller sans rien ou presque », se souvient-il.

Indigence.

Le programme Mais Médicos est la réponse de la présidente Dilma Rousseff (Parti des travailleurs, PT) au mouvement social qui a secoué le Brésil au mois de juin.

Les manifestants dénonçaient entre autres l’indigence des services de santé, le principal problème du pays pour 77% de la population. Au Brésil, les médecins ne manquent pas, mais ils sont mal répartis.

Dans le secteur public, ils sont en moyenne quatre fois moins nombreux que dans le privé, qui paie mieux. Les lits d’hôpitaux et autres équipements de santé sont également en nombre insuffisant. Il faut donc attendre des mois, voire des années, pour une opération, un examen ou même une simple consultation.

« Dans un pays aux dimensions continentales, la décentralisation du système se heurte aux disparités de développement, à l’origine de profondes inégalités d’accès à la santé », explique l’activiste et professeur d’université Mario Scheffer.
La précarité n’épargne pas les villes riches comme São Paulo. Coincé entre échoppes et temples évangéliques, l’hôpital Heliópolis est situé dans le populeux secteur sud de la mégalopole. Les urgences sont surchargées. Beaucoup y viennent après avoir tenté, en vain, les cliniques censées dispenser les premiers soins.
« L’attente est si longue qu’il m’est arrivé de partir avant même d’avoir pu voir un docteur », raconte Wallace, un jeune du quartier. L’équipe médicale est incomplète. Faute de place, les brancards sont parqués dans les couloirs. Avec les patients dessus. Il manque même du matériel de base.

Marivaldo est en colère. Ce tapissier de 68 ans n’a pas réussi à prendre rendez-vous avec un endocrinologue. « Pourtant, c’est marqué "urgent", regardez ! » dit-il en montrant le rapport du labo qui a diagnostiqué son diabète. Pas de disponibilité avant trois mois, lui a répondu l’hôpital.

« D’ici là, je serai mort et enterré ! » s’étrangle l’homme, qui va devoir payer de sa poche une consultation dans le privé : pas moins de 100 euros, presque la moitié du salaire minimum. Sonia relate elle aussi une situation « absurde ». Sa vieille tante doit se faire opérer, mais elle ne pourra faire les examens préliminaires… qu’après l’opération !

Le système est à la fois mal géré et sous-financé. Une loi récente alloue à la santé le quart des recettes pétrolières, mais une bonne partie de cette manne, liée à l’exploitation des gisements en haute mer, mettra encore des années à se concrétiser.

Luxe.

Censée fournir une couverture universelle et gratuite, la puissance publique - gouvernement fédéral, Etats et municipalités - paye aujourd’hui moins de la moitié de la dépense totale de santé. L’essentiel est financé par les 47 millions de Brésiliens (près du quart de la population) qui ont une assurance médicale privée et, aveu d’impuissance de l’Etat, peuvent la déduire de l’impôt sur le revenu.

Alors que la gauche est au pouvoir depuis dix ans, la contribution fédérale au financement de la santé est en recul (en pourcentage).

Pour le chercheur Nilson do Rosário Costa, l’ex-président Lula puis « Dilma », qui lui a succédé il y a deux ans, ont donné la priorité aux allocations versées aux pauvres. « Ils ont dû faire des choix pour ne pas relever les impôts », explique le chercheur. Il rappelle aussi que le mouvement syndical, dont le PT est issu, n’a jamais défendu l’amélioration de la santé publique, revendiquant au contraire les assurances médicales privées pour les salariés.

L’Etat traite bien ces entreprises qui se partagent le juteux marché des « plans de santé » et financent des campagnes électorales, dont celle de Dilma Rousseff en 2010. « Les assurances santé ne sont pas tenues de couvrir les soins les plus chers et complexes, tel le sida ou la dialyse, qui restent à la charge du système public », observe Mario Scheffer. « Un bon plan de santé, ça coûte cher », dit de son côté Silvia, une biologiste croisée à Heliópolis. Elle a donc réservé ce luxe à sa fille. Silvia travaille dans un hôpital public où « la situation reste lamentable, alors que les fonds ne manquent pas ». Pour elle, « le Brésil n’est pas pauvre mais miné par la corruption ».
(AFP et Libé/ posté par mp)


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