Mon rôle de médecin face à la pauvreté

dimanche 1er décembre 2013
par  RG

• Au Brésil, il existe plus de 700 communes sans médecins. Sur les 272 000 professionnels de la santé que compte ce pays (d’après des statistiques de 2001), environ 209 000 sont concentrés à Rio de Janeiro et Sao Paulo, les États les plus urbanisés du pays

Un article dORLANDO RUIZ RUIZ publié par Granma International et tiré de Trabajores.

Palier les insuffisances du secteur public de la santé, dans des régions délaissées par les généralistes brésiliens

PORTE-DRAPEAU de la présence des médecins cubains et d’autres pays en République fédérative du Brésil, et critique de l’opposition farouche du Conseil fédéral de médecine (CFM) à la venue de médecins étrangers, Herman Hoffmann, interne de dernière année de l’Université des sciences médicales de La Havane, s’apprête à exercer dans le cadre du programme « Mais médicos » (Davantage de médecins), la première réponse concrète de la présidente Dilma Rousseff visant à palier les insuffisances du secteur public de la santé, dans des régions délaissées par les généralistes brésiliens.

Herman, qui est également secrétaire de la cellule du Parti des travailleurs du Brésil à Cuba, a eu l’amabilité de bien vouloir répondre à cette interview.

Quelles sont les raisons invoquées par le CFM du Brésil pour ce refus à la décision du gouvernement de recruter des médecins étrangers pour combler le manque de personnel sanitaire dans certaines régions du Brésil ?

Il faut partir du fait que la situation sanitaire au Brésil répond à une logique basée sur le modèle capitaliste dominant. Dans l’intérêt de ceux qui profitent de ce système, toute intromission externe représente un danger et doit être empêchée.

Notre pays est un territoire aux proportions continentales, avec une population de plus de 190 millions d’habitants, et qui, malgré son statut d’économie émergente, conduite par un gouvernement progressiste, est confronté au grave problème posé par la concurrence entre les services publics de santé et la médecine privée. Cette réalité empêche d’offrir une couverture universelle en matière de santé et des soins de qualité, sans nuire aux intérêts de nombre de professionnels qui pratiquent une médecine déshumanisée uniquement tournée vers le profit.

Le CFM est un organe autonome et puissant connu pour ses positions corporatives, et qui constitue une force politique importante au Congrès.

Il voit dans l’arrivée de médecins étrangers une menace aux hôpitaux et cliniques privées. Pour eux, cela revient à dire : « si les médecins étrangers vont exercer là où les médecins brésiliens ne veulent pas aller, ces populations risquent de bouder les grandes villes où nous exerçons ».

Un débat aux dimensions nationales s’est instauré ces derniers mois. Alors que le CFM tente d’imposer ses règles et s’oppose farouchement à l’arrivée dans le réseau de santé publique de médecins étrangers, y compris de professionnels brésiliens diplômés à l’étranger – comme ceux de l’École latino-américaine de médecine à La Havane –, le Brésil est confronté à un énorme déficit de médecins dans de nombreuses régions.

Selon le CFM, il n’est pas nécessaire de recruter davantage de médecins, il suffit d’améliorer l’infrastructure sanitaire pour motiver les médecins à aller travailler à l’intérieur du pays. Qu’en pensez-vous ?

Les conflits ont commencé dès le moment où le gouvernement du PT a annoncé son programme « Mais médicos ». Dans un premier temps, les diplômés brésiliens ont été convoqués pour aller travailler dans l’intérieur du pays où il y a des cabinets de consultations et du matériel sous-utilisés. Sur l’ensemble, seul un millier a répondu présent, mais à la fin, environ 400 seulement de ces jeunes ont fait le déplacement.

Au cours des dernières années, les gouvernements de Lula et de Dilma ont destiné plus d’argent à l’infrastructure sanitaire et au matériel médical que tous les gouvernements précédents. Les investissements réalisés ces dix dernières années dans le développement de la santé publique se chiffrent à plus de trois milliards sept cent millions de dollars, et les nouvelles installations prévues et leur équipement sont évalués à 4 milliards de dollars.

Il existe aujourd’hui 300 nouveaux services des urgences ouverts 24 heures sur 24, et environ 4 000 établissements de soins de santé de base, de cliniques de la famille et des hôpitaux ont été récemment inaugurés dans l’ensemble du pays. À présent, pour que tout fonctionne correctement, il faut des médecins qui apportent aide et assistance au quotidien aux populations.

L’infrastructure à elle seule ne suffit pas. La technologie est également importante, mais l’élément essentiel, c’est le professionnel capable de l’exploiter. Cuba, un pays confronté à un blocus qui l’empêche de renouveler ses équipements et ses matériels médicaux comme il le souhaiterait, affiche d’excellents indicateurs de santé, très supérieurs à ceux du Brésil et de beaucoup d’autres pays.

Comment jugez-vous la présence des médecins cubains au Brésil ?

Le pas franchi par la présidente Dilma avec la signature de l’accord avec Cuba est la meilleure preuve que notre gouvernement est résolu à assurer la santé et le bien-être du peuple. Personnellement, je pense qu’un accord comme celui-ci, qui permet la présence des médecins cubains – que nous considérons comme des frères – au Brésil, est un acte de grandeur qui mérite d’être salué à sa juste valeur. Je suis persuadé que les Cubains iront là où une bonne partie des médecins brésilien refusent d’aller. Cet aspect ne fait que confirmer l’importance de la formation reçue. Pour beaucoup de nos médecins, les pauvres ne méritent pas qu’on s’intéresse à eux car ils n’ont pas d’argent. Pendant ma formation ici, à l’École latino-américaine de médecine de La Havane, j’ai appris qu’il n’y a pas de limites, que le médecin doit tout faire pour sauver la vie de la personne et assurer une prise en charge adéquate. Que cette personne soit riche ou pauvre, qu’il s’agisse ou non d’un compatriote. Je dois dire qu’au cours des interviews qui m’ont été faites pour la radio et la télévision brésiliennes, cette conception humaniste de la médecine, ainsi que mes positions en faveur de la coopération cubaine au Brésil m’ont valu des critiques et des menaces graves. Curieusement, à la plupart de ces débats et des rencontres que j’ai eus avec le CFM, mes interlocuteurs possédaient déjà, comme une mesure d’intimidation, un dossier très complet sur moi.

Quelles sont les mesures appliquées par le gouvernement pour résoudre les contradictions découlant de la position du CFM ?

Le programme « Mais médicos » a été la principale réponse pour trouver une solution, et il ouvre la porte aux professionnels étrangers au Brésil. Il a été approuvé par la Chambre fédérale et le Sénat, et il aura force de loi une fois qi’il sera entériné par la présidente Rousseff.

Aujourd’hui, des centaines de médecins cubains travaillent activement au Brésil, aux côtés de professionnels brésiliens et d’autres pays, mais malheureusement, une partie des diplômés à Cuba et ailleurs n’ont pas encore reçu le permis de travail du CFM.

Face à cet obstacle, le ministère brésilien de la santé a également obtenu l’autorisation judiciaire d’émettre ces permis et trouver une solution définitive.

Quels sont vos projets à votre retour au Brésil ?

J’irai exercer mon métier auprès des populations les plus démunies, afin de mieux connaître la société dans laquelle il m’a été donné de vivre. Je pense exercer la médecine générale dans les soins primaires, dans un cabinet de consultation en médecine familiale, auprès des gens qui ont le plus besoin de soins et qui sont le moins en mesure d’y accéder, conformément à l’idéal le plus élevé de ma profession.

Je conçois l’idée d’un projet collectif, et j’aimerais qu’on parle un jour de moi comme le médecin diplômé à Cuba. J’espère que les gens de mon pays apprendront à mieux connaître les médecins cubains, leur humanisme et leur préoccupation authentique concernant le bien-être humain. (Tiré de Trabajadores)


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