Nouvelles de Cuba Automne 2013 (5)

samedi 21 décembre 2013
par  Jacques Burlaud

De MORON, on ne connaît guère que la jolie façade de la « Terminal de los trenes y de los camiones » (à l’attention des Vendômois = sorte de pôle multimodal « a la cubano ») située au cœur de la ville et, un peu comme à Camagüey (voir messages des années antérieures), véritable pouls de la ville qui vit au rythme des passages des trains, des coups de sirène répétés tout au long des manœuvres, des départs ou des arrivées, de la circulation interrompue puis reprise, et des tours et retours des camions de toutes tailles, de la camionnette de proximité au semi-remorque « camelo »…

Certains en garderont peut-être l’image de la « Laguna de la leche », bel endroit de bord de lagune dont les couleurs et les rythmes varient au gré de la météo, mais pour la plupart des touristes de passage, le souvenir de la ville restera celui d’un bref temps d’arrêt du bus climatisé sur la place centrale, le temps d’un passage rapide sur le marché aux babioles éternellement répétées (petits objets de bois vernis en formes de crabe, de tortue ou de palmier royal, colliers et bracelets de graines, porte-clefs de plastique ou de cuir, maracas gravées « Cuba », porte-monnaie à l’effigie du Che etc…

MORON est, avant tout, le point de départ de la route qui mène aux « Jardines del Rey » et aux fameux ilots balnéaires de Cayo Coco et de Cayo Guillermo, une route en forme de digue jetée sur l’eau en application de la directive donnée par Fidel : « Ici, il n’y a qu’à jeter des pierres et encore des pierres sans regarder devant soi ». Une route qui franchit une interminable étendue de marais et de lagune avant de toucher la terre des « Cayos », miraculeusement devenus accessibles et instantanément transformés en petits ou grands paradis touristiques, pourvoyeurs de très précieuses devises. Une route à péage - à l’aller comme au retour - une route soumise - pour les Cubains - à autorisation payante (dont une partie à consommer à la première boutique).

Les Cubains n’y vont d’ailleurs que si un étranger ou un parent de la diaspora les y conduit, à moins qu’ils ne soient au nombre des travailleurs - privilégiés - de la zone touristique qui bénéficient à la fois d’un salaire versé partiellement en devises et de la possibilité de recevoir de généreuses « propinas » de la part de touristes parfois totalement déconnectés de la réalité cubaine.

Sur la très belle plage de Playa Pilar, image idyllique de carte postale en technicolor, la présence cubaine se limite à la serveuse de la baraque à cocktail, au plagiste qui perçoit la dime pour l’utilisation des chaises longues, aux deux maitres nageurs, craquants à l’extrême et, un peu plus loin, aux personnels du club d’activités nautiques qui harnachent et déharnachent les touristes en partance pour quelques émotions fortes.

Les autres occupants de la plage sont essentiellement composés de vagues successives de touristes, plus vraiment tout jeunes, majoritairement russes au moment où je m’y suis trouvé, débarqués des bus qui les ré-avalaient au bout de deux heures chrono pour les emmener vers l’étape suivante du « todo incluido ».

Nous avions, mon épouse et moi, découvert ce lieu voilà une bonne dizaine d’années. Je n’y étais pas retourné depuis. La superbe palette des couleurs, la merveilleuse transparence et la température de l’eau étaient tout aussi enchanteresses. Le lieu était à ce moment-là quasi désert et vierge, à l’exception du petit bar au toit de palmes que l’on ne reconnaît plus aujourd’hui dans le réseau des passerelles en caillebotis bleu azur qui mènent du parking au sable blanc. Nous y avions aussi été victimes d’une invasion fulgurante de moustiques terriblement agressifs qui nous avaient quasiment conduits à fuir, toutes vitres fermées, en tentant d’éliminer les dizaines de sales bestioles qui avaient réussi à entrer dans notre voiture ! La modernisation de l’endroit a sans doute comporté aussi la mise en place d’une lutte efficace contre les insectes malfaisants. Je me souviens qu’à l’époque déjà, une petite jeep vieillotte, tractant une remorque équipée d’un système de fumigation digne des machines de Ghostbusters, sillonnait les rues des Cayos en laissant derrière elle une fumée blanche particulièrement aigre et corrosive pour les muqueuses.

A Trinidad, c’est aujourd’hui un petit avion biplan bleu et jaune qui survole la ville tous les 3 ou 4 jours en dispensant à basse altitude des jets de produits anti-moustiques.

On y retrouve, déambulant par les rues en pierre de la ville coloniale, les mêmes cohortes de touristes au planning saucissonné, qui, en l’espace de deux heures « font » la Plazza mayor, un bar à musique, une boutique de souvenirs et le petit marché artisanal avant de repartir pour Cienfuegos où ils passeront de nouveau deux heures savamment encadrées. Les petits marchands et les brodeuses du marché d’artisanat du centre historique font grise mine et espèrent l’arrivée, avec la période du début de l’année, d’un tourisme plus dispendieux que les « todo incluido » de l’instant.

Les petites plages, aménagées et entretenues avec soin par des amoureux de la nature ou par des marchands de soupe peu scrupuleux selon les cas, sont désertes, ou occupées par quelques très rares touristes amateurs de snorkeling. Les gardiens de parkings, plus ou moins officiels, officieux ou autoproclamés, tentent désespérément d’attirer les quelques voitures de passage.
Quant aux Cubains, ils ne se baignent pas en ces temps de grand froid (aujourd’hui environ 27° ici et 32° à Santiago).

Mon amie Yudi, non plus, ne se baigne pas, mais pour raison de convictions religieuses, son « Saint » lui interdisant, dit-elle, de se baigner en eaux profondes, c’est-à-dire dès que le niveau de l’eau atteint 30 centimètres !

Pour l’instant, l’essentiel des conversations des habitants de Trinidad, dont l’activité n’est pas directement liée au tourisme - ces derniers n’en étant pas exclus ! -, tourne autour de deux sujets majeurs (au-delà de la course au cochon du réveillon !) :

1°) les aménagements du domaine public en cours, en prévision du 500ème anniversaire, qui incitent chaque travailleur à s’investir dans l’amélioration des rues et dans la réfection des peintures,

2°) les combines qui permettront de gratter quelques - plus ou moins grands - reliquats de peinture à destination publique pour un usage privé, dans sa propre maison ou comme service rendu…

La « lucha » au quotidien, est parfaitement compréhensible lorsque les « nécessités » sont extrêmes ; elle l’est moins lorsqu’elle devient une sorte de sport national, cultivée, admirée dans certains cercles, dénoncée comme corruption au quotidien dans d’autres circonstances…

A quel niveau de consommation peut-on situer les limites des « nécessités », celui-là même qui définit la très délicate et subjective frontière entre survie et arnaque, entre détournement et besoin, entre petits arrangements et comportement anti-social… ?

Cette réflexion-là dépasse très largement le cadre cubain et nécessite qu’on s‘interroge très honnêtement, non ?

Il est certain que la nécessité (niveau à définir, voir ci-dessus) est l’ennemie absolue de la morale et des valeurs qu’on lui associe (fidélité, respect des autres comme de soi-même, amitié, générosité, confiance...)
Il est tout aussi certain que le détournement à des fins d’enrichissement personnel - sous toutes ses formes - de l’investissement public est une malhonnêteté fondamentale.

La corruption est toujours plus accessible à celles et ceux qui touchent au pouvoir et à la possession qu’à celles et ceux qui en sont exclu(e)s

Je suis certain que mes amis cubains qui discutent en famille dans la pièce à côté seraient parfaitement d’accord avec ces quelques principes de base, même si chacun(e) poursuit comme préoccupation quotidienne les mille et une astuces qui lui permettront de trouver le meilleur biais pour se trouver au « cul du camion » lorsqu’il en tombera malencontreusement quelque chose, voire pour aider à la malencontreuse chute !

Bises, amitiés, tendresses.

- Trinidad 13 décembre 2013

Jacques


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