Raúl Paz décoré de l’Ordre national du Mérite par l’Ambassadeur de France à Cuba

mardi 31 décembre 2013
par  RG

Un discours plein d’humour, d’anecdotes de références historiques, de sensibilité, de notre ambassadeur dans la grande Ile !

L’artiste cubant-français, Ambassadeur de Bonne Volonté de l’UNESCO, ne pouvait espérer plus bel hommage !

Discours de Monsieur Jean Mendelson, Ambassadeur de France à Cuba

"Cher Raul Paz.

Je tiens tout d’abord à vous remercier : vous avez choisi une date exceptionnelle à bien des égards pour cette manifestation de reconnaissance et d’amitié. Le 2 décembre est en effet, dans le calendrier révolutionnaire, le 11 Frimaire, et c’est le 11 Frimaire de l’An XIV- 2 décembre 1805 – à Austerlitz que l’armée de la République française, sous les ordres de l’empereur Napoléon, a écrasé les armées quatre fois supérieures en nombre de la coalition contre-révolutionnaire et anti-française.

Je vous savais citoyen français, mais je ne vous savais pas si profondément républicano-bonapartiste…

Non, rassurez-vous, je sais ce que le 2 décembre représente pour vous : le débarquement du Granma, bien sûr, mais aussi une date plus intime dans votre relation avec votre patrie, dont vous direz peut-être un mot vous-même. Et puis, je vous signale que ce jour est aussi l’anniversaire de la création de l’Ordre National du Mérite, il y a exactement 50 ans, par le général de Gaulle, en 1963.

Vous êtes né il y a quelques décennies dans la province de Pinar del Rio, et avez grandi à San Luis, au cœur du meilleur tabac du monde, auprès de parents de formation scientifique, qui voulaient absolument vous voir faire des études « sérieuses ». Mais c’est au contact de la population de ce village que vous avez eu votre première rencontre avec les rythmes, l’improvisation et les sons de la culture musicale populaire de Cuba, et que vous avez reçu en cadeau d’un habitant de San Luis votre première guitare ; vous n’aviez pas 10 ans.

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Vous étiez à peine adolescent lorsque le commandant Raùl Castro a visité votre école, et ce jour-là, sous les regards effarés de la direction de l’établissement, vous avez exprimé au ministre de la Défense d’alors vos regrets de ne pas disposer de suffisamment d’instruments de musique. Quelques jours plus tard, l’école recevait un grand nombre de ces instruments ; tel fut votre premier succès public. Cette histoire me rappelle une anecdote semblable, que m’a racontée le pianiste argentin Miguel Angel Estrella, qui reçut d’abord la visite d’Eva Perón, puis un piano comme jamais ce village andin n’en avait vu ; visite d’Evita à l’origine de la double vocation péroniste et artistique de ce grand combattant argentin de la démocratie et de ce grand artiste, aujourd’hui ambassadeur de son pays auprès de l’UNESCO. Voici une idée pour la suite de votre carrière…

Vos parents, résignés à vous voir suivre une carrière musicale, espéraient au moins que vous vous consacreriez à la musique classique. Mais, après une dernière année scolaire passée à La Havane, pour vous imprégner de l’ambiance musicale et culturelle de la capitale, vous vous présentez au concours d’entrée très sélectif de l’Institut Supérieur d’Art, ISA, dans deux filières : chant et théâtre. Vous avez la malchance d’être admis dans les deux, et vous mettrez plusieurs à mois à abandonner la filière "actuación", même si ce ne sera jamais un choix définitif : en atteste le premier rôle masculin que vous tenez dans le film "Hello Hemingway", et les films tournés au Brésil.

Car vous êtes parti au Brésil puis en Uruguay, avec une autorisation d’absence en bonne et due forme. En Uruguay, vous découvrez l’existence des bourses de la "Schola Cantorum" de Paris, présentez votre candidature et gagnez une bourse : vous voilà en France en 1993, essayant sans succès de dissimuler votre ignorance complète de notre langue française que vous aviez méprisée lorsque l’ISA vous avait inscrit à l’Alliance française (« Cela ne me servira à rien ») et que vous apprenez de force. Une chance exceptionnelle dans votre vie ? Pas évidemment, car vous étiez autorisé à sortir de Cuba pour quelques mois en Amérique latine, et non pour quelques années en France.

En toute innocence, vous aviez espéré expliquer votre situation au consulat cubain de Paris, et la réponse fut celle qu’on imagine : "rentrez d’abord à Cuba, on verra après "… Comment avez-vous pu être aussi naïf et espérer contourner une règle aussi stricte que celle qui régissait alors les autorisations de sortie de Cuba ? En tout cas, vous commencez à Paris un exil non désiré, non voulu, de huit longues années.

C’est à Paris que vous trouvez votre voie : les cafés –concerts," les petits boulots", les créations musicales dans les restaurants parisiens, les groupes constitués avec les amis cubains, le brassage culturel, votre premier concert dans un bar près de la Villette… Mais c’est le moment où arrive en Europe, par la grâce de Wim Wenders, la tornade de Buena Vista Social club. Vous n’êtes alors ni vieux, ni noir, ni musique traditionnelle ; il vous faut imposer votre voie si différente.

Deux rencontres vont, lors d’un concert aux Folies-Pigalle, bouleverser votre vie artistique : celle d’Olivier Lorsac, le célèbre producteur de La Lambada, alors à la recherche de nouvelles sonorités et de rythmes différents, celle de Ralph Mercado, le grand producteur de la musique latino en Europe avec sa maison RMM (Ralph Mercado Musique), qui vont s’associer pour produire en 1998 votre premier disque dans les studios de Gloria Estefán à Miami, qui se vendra là-bas à 100 000 ex. et où vous découvrez la musique cubaine de l’autre côté du détroit.

Mais entre temps, une autre encore plus essentielle, à la Bastille (lieu autrement plus révolutionnaire que Pigalle…), avec Rachèle. C’est à ce moment-là que votre vie pourrait prendre une nouvelle direction, aux Etats-Unis. Mais il vous faudrait pour cela donner des gages politiques à vos parrains musicaux de l’exil cubain de Miami, ce à quoi vous ne voulez pas vous résoudre, ni vous ni Rachèle n’envisagez un tel changement d’existence et d’engagement. On m’a même rapporté que, dans ce refus, le conseil inattendu de Celia Cruz a été précieux.

Toujours est-il que vous choisissez, face à votre perspective de carrière à succès aux Etats-Unis, de garder votre liberté et de retourner en France, où vous signez avec la maison Naïve : label indépendant, liberté de création totale, l’album Mulata en 2003 – vous êtes récompensé par un succès populaire de plus en plus notable, des tournées en France et en Europe, un nouvel album, Revolución, jusqu’à la tête d’affiche dans la salle mythique de l’Olympia en 2005. Entre temps, le contact a été repris, amical, avec l’ambassade de Cuba à Paris.

Nouveau bouleversement : de passage en France, Abel Prieto, alors ministre cubain de la Culture, découvre dans le métro les affiches portant quatre mots qui attirent son attention : Raul Paz, Cuba, Olympia, Revolución. Je note au passage qu’en déplacement à Paris, un ministre cubain prend le métro… Il se renseigne auprès de son ambassadeur, va vous entendre et vous voir à l’Olympia, vous lui racontez vos contacts avec l’ambassade, votre séjour en Floride, vos entretiens avec Celia Cruz, votre choix de la liberté qu’a signifié le choix de la France et peu de temps après, vous recevez l’autorisation de revenir, vous êtes de nouveau en paix avec Cuba, ce qui ne va d’ailleurs pas sans angoisse : « Ma musique est profondément cubaine, mais comment sera-t-elle reçue par les Cubains ? ».

En 2008, vous décidez de rentrer et de vivre dans votre pays. L’exil non choisi aura été douloureux, et vous n’oublierez sans doute jamais ce visa arrivé juste trop tard pour revoir votre père avant son décès. Mais la vie réserve aussi de belles surprises. Malgré votre fort désir de Caraïbe, vous aviez refusé la proposition de Rachèle de retourner chez elle, en Martinique : « Je viens de la plus grande des Antilles, tu ne me vois pas m’installer sur ton caillou » ; et vous voici de retour chez vous, avec votre épouse et vos deux garçons français. Je devine l’émotion de ces retrouvailles.

D’autant que, quelques jours après votre retour, les cyclones Gustav puis Ike, parmi les plus violents de l’Histoire des Antilles, ravagent votre région natale.

C’est l’occasion de la naissance d’un nouveau Raul. Que faire ? L’idée surgit de proposer à l’UNICEF, qui l’accepte avec enthousiasme, de mobiliser des artistes français pour collecter des fonds et contribuer à la reconstruction des écoles de l’Occident cubain. C’est l’aventure de ces grands concerts, avec nombre de grands noms de la scène française réunis par Raúl (Yannick Noah, Agnès Jaoui, Florent Pagny), en France dès 2008, puis à Cuba en 2009 : d’abord à Pinar del Rio – vous n’oublierez pas ce moment magique que fut la rencontre des artistes français avec les jeunes élèves de votre école, celle-là même où vous aviez interpellé sans crainte le commandant Raúl Castro, vingt ans auparavant ; puis à La Havane, dans un Karl Marx plein à craquer. Cette belle aventure fait de vous un Ambassadeur de bonne volonté de l’UNICEF.

Monsieur l’Ambassadeur et cher collègue, le ministre des Affaires étrangères a voulu, par cette décoration, saluer tout votre parcours, votre engagement, et surtout ce rôle de pont entre nos deux peuples, nos deux musiques, nos deux cultures si différentes et si proches. C’est avec des techniciens français que vous travaillez en ce moment, à La Havane, à votre prochain disque.

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L’Ambassadeur Jean Mendelson donne l’accolade à l’impétrant ; l’épouse de l’Ambassadeur, l’épouse de l’artiste, Raquèle et leurs enfants observent la scène

C’est avec la France, où vous retourner plusieurs mois par an, que vous conservez des liens d’amour qui ne contredisent nullement le profond patriotisme cubain qui vous anime. On aime son père et sa mère ; citoyen cubain, mais aussi citoyen français, vous aimez profondément votre mère patrie et votre patrie adoptive, vous servez l’une et l’autre avec un enthousiasme auquel je vais maintenant, très formellement et officiellement, rendre l’hommage de la République française."

Source : Ambassade de France à Cuba


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