"Sommet de l’unité" Amérique latine - Caraïbes au Mexique

lundi 22 février 2010
par  Roger Grevoul

"Union de l’Amérique latine et des Caraïbes" : ce nom que propose le Brésil désignera une nouvelle entité quasi continentale échappant à la tutelle de Washington. Elle engloberait, y compris Cuba, tous les pays des Amériques sauf les Etats-Unis et le Canada. Son acte de naissance pourrait être signé lors du 2e sommet Amérique latine-Caraïbes (ALC), les 22 et 23 février à Playa del Carmen (68 km au sud de Cancun, Mexique). Le sommet du Groupe de Rio s’y tiendra simultanément. Ce double rendez-vous est appelé significativement "Sommet de l’unité".

Le Groupe de Rio, base de lancement d’une entité quasi continentale

Pour autant que sa concrétisation aille au-delà de discours lyriques et de la signature d’une charte officielle, la nouvelle union, s’étendant du Rio Bravo à la Terre de Feu, ferait nécessairement de l’ombre, malgré les assurances contraires du Mexique, à l’Organisation des Etats américains (OEA), longtemps dominée et encore très influencée par Washington.

L’idée d’une Union de l’Amérique latine et des Caraïbes était lancée en décembre 2008 par les deux principales puissances latino-américaines, dans l’ordre le Brésil et le Mexique, au premier sommet ALC, convoqué à Costa da Sauipe (Brésil) par le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva.

Tous les pays des Amériques ... sauf les Etats-Unis, le Canada et momentanément le Honduras

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Chefs d’Etat au 1er sommet Amérique latine-Caraïbes, en décembre 2008 à Costa do Sauipe (Brésil). De gauche à droite, au 1er rang : Cristina Kirchner (Argentine), Evo Morales (Bolivie), Lula da Silva (Brésil), Michelle Bachelet (Chili). Au 2e rang : Hugo Chavez (Venezuela), Raul Castro (Cuba) et Felipe Calderon (Mexique).

Pour autant que sa concrétisation aille au-delà de discours lyriques et de la signature d’une charte officielle, la nouvelle union, s’étendant du Rio Bravo à la Terre de Feu, ferait nécessairement de l’ombre, malgré les assurances contraires du Mexique, à l’Organisation des Etats américains (OEA), longtemps dominée et encore très influencée par Washington.

L’idée d’une Union de l’Amérique latine et des Caraïbes était lancée en décembre 2008 par les deux principales puissances latino-américaines, dans l’ordre le Brésil et le Mexique, au premier sommet ALC, convoqué à Costa da Sauipe (Brésil) par le président brésilien Luiz Inacio Lula da Silva.

L’habituelle surmédiatisation du président vénézuélien Hugo Chavez, qui a confirmé sa présence "au sommet de Cancun" (tenu donc en fait à Playa del Carmen), n’empêchera pas en principe le socialiste modéré Lula da Silva et le conservateur Felipe Calderon de jouer à nouveau les premiers rôles. Le Brésil et le Mexique qu’ils président respectivement réunissent 52% des 570 millions de Latino-Américains et 60% du produit intérieur brut de l’Amérique latine et des Caraïbes.

Comme l’Union européenne ? Difficile, vu la force des antagonismes idéologiques

Brasilia et Mexico pourraient-elles exercer en faveur de l’union du monde latino-américain une influence commune aussi décisive que le fut longtemps celle du couple franco-allemand sur l’Union européenne ? Peut-être, quoique pour l’heure la comparaison relève de la politique-fiction. D’abord à cause de l’inexistence d’un socle économique communautaire comparable à ce que fut pour l’Union européenne la Communauté économique du charbon et de l’acier (qui parle encore aujourd’hui du gazoduc sud-américain tant annoncé par le Venezuela voici plus de cinq ans ?). En outre et surtout, le choc de modèles de société antagonistes éloigne l’Amérique latine de l’exemple européen qu’elle désigne pourtant souvent comme référence.

Le consensus, du centre gauche au centre droit, sur le modèle d’économie sociale de marché fut et demeure, malgré la crise actuelle, un ciment essentiel de l’Union européenne. Ce modèle est relativement suivi ou progressivement instauré au Mexique et dans la plupart des pays d’Amérique centrale, ainsi que dans la majorité des pays de l’Union des nations sud-américaines (Unasur), y compris ceux relevant d’une gauche dite modérée (Brésil, Uruguay et, avec des nuances, l’Argentine ; le Chili, lui, vient de virer au centre droit).

Ce modèle ne réunit toutefois pas dans ces pays un consensus aussi large qu’en Europe. En outre, il est combattu de front par les gouvernements de la gauche radicale qui imposent graduellement au Venezuela, en Equateur, en Bolivie et au Nicaragua un collectivisme d’Etat appliqué pleinement depuis un demi-siècle à Cuba. Les antagonismes idéologiques, que le Brésil s’efforce d’endiguer dans la région, font même surgir entre la Colombie et le Venezuela des menaces de guerre proférées ou dénoncées, c’est selon, par Hugo Chavez.

Un accord de libre-échange entre le Brésil et le Mexique serait un puissant levier

Compte tenu des obstacles relevés, que signifierait cette nouvelle union des 33 pays de l’Amérique latine et des Caraïbes ? "Un nouvel espace de dialogue, de concertation et de coordination régionale" sur des dossiers tels que, notamment, la crise économique internationale, le changement climatique, la lutte contre le crime organisé, a expliqué à la presse Salvador Beltran del Rio, sous-secrétaire d’Etat mexicain pour l’Amérique latine et les Caraïbes. Tant sur le plan diplomatique qu’économique, mieux faire entendre la voix de l’Amérique latine et accroître son influence dans un monde globalisé est une ambition partagée par toutes les capitales de la région.

Concrètement, la base de lancement serait le Groupe de Rio, regroupant actuellement une vingtaine de pays, qui serait élargi à l’échelle quasi continentale pour former l’Union de l’Amérique latine et des Caraïbes. Le Groupe de Rio n’étant qu’une instance de consultation et de concertation politique, les observateurs avertis ne se laisseront pas impressionner par les titres dithyrambiques qui salueraient dans les médias un succès du "Sommet de l’unité". D’autant que l’Union des nations sud-américaines, née officiellement en mai 2008, elle-même héritière de la Communauté sud-américaine des nations, demeurée coquille vide depuis sa création en 2004 au Pérou, n’est encore qu’une instance de dialogue politique, certes utile pour désamorcer des conflits entre ses membres, mais sans leur offrir jusqu’à présent une véritable plate-forme économique et commerciale, sans avancer de manière substantielle vers l’intégration en son sein du Mercosur et de la Communauté andine des nations.

Ce piétinement de l’Unasur pourtant tant célébrée n’invite pas à croire qu’une nouvelle union se superposant aux multiples autres déjà existantes à échelle plus réduite en Amérique latine puisse atteindre plus rapidement des objectifs significatifs... A moins que les deux poids lourds, Brésil et Mexique, ne concrétisent à court terme leur idée naissante d’accord bilatéral de libre-échange. Cela créerait d’emblée un marché de 300 millions de consommateurs, un puissant levier potentiel pour dynamiser économiquement et politiquement l’Amérique latine.

Démocratie...

Et la démocratie au sein de la nouvelle Union des nations sud-américaines ? Elle n’échapperait sans doute pas au pragmatisme. Preuve en est qu’en décembre 2008 la déclaration finale du premier sommet Amérique latine-Caraïbes reconnaissait "le droit de tout Etat à construire son propre système politique". L’entrée de Cuba dans le Groupe de Rio et dans l’actuel projet d’union élargie était ainsi justifiée, avec applaudissements pour Raul Castro, président de l’unique pays des Amériques qui prohibe le pluralisme politique.

Preuve en est aussi que l’absence du Honduras, que le Mexique n’a pas invité au "Sommet de l’unité", n’est qu’un vide très provisoire. Marcelo Baumbach, porte-parole du président brésilien Lula da Silva, vient en effet de se prononcer, comme avant lui l’Union européenne, en faveur de la rupture de l’isolement international qui frappe Tegucigalpa depuis le coup d’Etat du 28 juin 2009. Quoique contestée, l’élection du président conservateur hondurien Porfirio Lobo, le 29 novembre dernier, favorise cette normalisation.


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