Quand Hemingway acheta 43.345 mètres carrés de territoire cubain.

jeudi 26 juin 2014
par  Michel Porcheron

La Finca Vigia – que Hemingway, avec Martha Gellhorn, sa troisième épouse, commença à occuper il y a 75 ans- est une des plus belles maisons d’écrivains au monde. Elle a conservé sa magie. Dès le lendemain de la mort de Ernest Hemingway (juillet 61) à Ketchum, Mary Welsh, sa veuve et les autorités cubaines au plus haut niveau, avaient trouvé un accord – toujours respecté – pour sa conservation et sa transformation en musée ouvert au public.
« Vous n’avez pas le droit de pénétrer dans les locaux, mais l’agencement des fenêtres et l’intelligente architecture de cette demeure, permettent de tout scruter, tout comprendre » (Philippe Labro) .

Hemingway acheta la Finca Vigia à un (riche) français

Par Michel Porcheron

Ernest Hemingway n’avait pas attendue d’être séparée de Pauline Pfeiffer, sa deuxième épouse, en septembre 1939, pour s’installer définitivement à Cuba. Depuis plusieurs années il avait découvert l’Ile par sa passion pour la pêche et dès avril 1932, chaque fois qu’une partie de pêche le conduisait de Key West à La Havane, il avait choisi un hôtel modeste, El Ambos Mundos , rue Obispo, où une chambre, la 511 allait lui être réservée en permanence par le directeur Manolo Asper.  

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Début 39, il l’occupe à plein temps. Il travaille sur son manuscrit de Pour qui sonne le glas.

Martha Gellhorn, journaliste  (sa liaison avec E.H avait commencé durant la guerre d’Espagne) le rejoint à Cuba. Par discrétion, elle descend au Sevilla Biltmore.

Elle part à la recherche d’une maison, plutôt  dans les environs de la capitale. Elle finit par trouver en avril 1939 une demeure, « quelque peu délabrée, de plain-pied, vaste et fraîche », selon l’auteur (1) Gérard de Cortanze (GdC), qui ajoute : « Elle rénove les bâtiments en ruine avec ses fonds personnels et s’y installe. Hemingway la rejoint, mais continue de faire suivre son courrier à l’Ambos Mundos –pour sauver les apparences ».

Le couple commence par la louer – la maison s’appelle La Finca Vigia--  pour cent dollars par mois, et ce jusqu’en décembre 1940.

A la fin du XIX e siècle, le terrain avait été acheté par un architecte catalan Miguel Pascal y Baguer qui allait y construire sa maison familiale. La commune est San Francisco de Paula, à une quinzaine de km de La Havane : un ancien ermitage édifié au XVIII e siècle par un colon canarien, Agustin Francisco de Arocha (GdC), avec autour un village de pauvres baraques.   

La Finca Vigia est de « style colonial, elle a de hauts plafonds, des sols en carrelage, une immense salle de séjour »

 Grâce au succès de librairie de Pour qui sonne le glas (publié en octobre 40) et aux droits d’adaptation au cinéma du roman (film de Sam Wood, avec Gary Cooper et Ingrid Bergman, 1943), Hemingway est en mesure d’acheter la Finca Vigia.

En novembre 40, il divorce de Pauline Pfeiffer, sa deuxième épouse, il épouse deux semaines plus tard Martha Gellhorn (le 21 novembre, à New York)  et le 22 janvier 1941 est signé officiellement l’acte d’achat de la Finca Vigia devant notaire, el Doctor Mario Recio y Forns. L’achat avait été conclu le 21 décembre 1940.      

Le vendeur  est un Français, mais que des habitants de San Francisco de Paula appellent Mister Dorn, selon l’habitude cubaine d’alors de considérer tous les riches étrangers comme des Nord-américains. Hemingway découvre que le nom du vendeur est Roger Joseph d’Orn Duchamp de Chastaigne, propriétaire de biens immobiliers.  

Le journaliste cubain Norberto Fuentes (Hemingway en Cuba, Ed.Letras Cubanas)  retrouva l’original de l’acte dans une salle de documents, rue Prado (tomo 239, folio 41 del Registro de la Propriedad Unificada de Guanabacoa). En effet le cadastre de la municipalité avait été détruit dans un incendie en 1940.

Selon l’auteur cubain, « sans aucun doute, le langage archaïque officiel de ce texte a exaspéré Hemingway qui stoïquement a attendu que le notaire en termine la lecture ».

Le prix officiel de la Finca Vigia ? 18.500 pesos cubanos (souligné dans l’original). Ce qui permet à Norberto Fuentes d’affirmer que le biographe majeur de E.H, Carlos Baker a fait une erreur quand il a indiqué que le coût fut de 12.500 pesos.

Roger Joseph d’Orn est né en France, il est citoyen français, il réside à Cuba, domicilié au n°3 de la Calzada de Concha à La Havane. Marié, son épouse s’appelle Angèle d’Orn. Sa carte d’identité d’étranger porte le n° 100.497.

Le chèque de E.H. est de la Trust National Bank of Boston, succursale de Aguiar y Lamparilla de La Havane.

Domicilié à Saint Louis, Etats Unis, el señor Ernest Hemingway n’a pas de carte d’étranger à Cuba, étant  touriste.  

Frais administratifs : 300 pesos. 

 Au total, Hemingway venait d’acquérir 43.345 mètres carrés de territoire cubain.

« Quand un type comme moi, qui pourrait habiter où il veut dans le monde, déclara un jour Hemingway, choisit de vivre ici, les gens veulent savoir pourquoi, naturellement. En général, je ne me donne pas la peine d’expliquer. C’est trop compliqué ». 

                             La Finca vue par un écrivain français 

L’écrivain et journaliste Philippe Labro, il y a quelque temps, passait par Cuba. Dans une chronique du Figaro il écrivait notamment : 

« Surtout, le moment d'avide curiosité de ce bref interlude cubain, fût la visite de Finca la Vigia de mon cher Ernest Hemingway. Pour qui s'est nourri et inspiré de cet orfèvre prosateur qui a su exercer le meilleur journalisme pour se muer en un romancier et nouvelliste d'exception, avoir pu arpenter les 9 hectares de la propriété transformée en musée, et voir de près la fameuse machine à écrire Royal, les meubles, objets, trophées de chasse, du maître en écriture, aura constitué un épisode euphorisant. Tout a été conservé dans son jus(…)

Des maisons d'écrivains, j'en ai visité quelques-unes. Mais Finca la Vigia à Cuba, à 15 km de La Havane, m'a procuré une sensation inédite, comme si l'énergie, l'ambition, la faim et soif de vie du géant faisaient encore vibrer ces murs et trembler l'acajou cubain - le plus dur au monde, celui que les termites ne peuvent le ronger. Aucun termite ne peut détruire la mémoire d'un grand écrivain, ses mots et ses phrases survivent à tout ».

Note

(1)- Dans son livre « Hemingway à Cuba », Gérard de Cortanze évoque l’emblème de la Finca (qui fait la couverture de « Hemingway en Cuba » de Norberto Fuentes) : les barres horizontales du bas symbolisent le grade de capitaine qui fut celui de Mary Welsh et de Hemingway pendant la Seconde guerre mondiale. Au dessus , une flèche de la tribu Ojibway. Son territoire était celui de l’enfance du petit Ernest, le Michigan et le Minnesota. Au dessus encore,  trois V inversés, trois montagnes, Montparnasse, Montmartre et la montagne Sainte- Geneviève. Trois montagnes parisiennes et les trois collines qui entourent la Finca.     

(mp)


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