Régis Debray au temps où il était acteur de la révolution

dimanche 24 août 2014
par  Michel Porcheron

(modeste piqûre de rappel)
Par Michel Porcheron
La revue Philosophie Magazine publie dans son numéro d’Eté 2014 un grand entretien avec Régis Debray (p. 68-73). Dans un premier temps, indique la publication, il avait décliné la proposition, argumentant : « Je ne suis plus philosophe depuis longtemps, mais écrivain(…) Cela exclut l’entretien sur les sujets de fond, sauf à le réécrire complètement, mais alors, à quoi bon l’interview ? Tenez encore que je n’ai aucun message à faire passer, aucune doctrine à propager, que les intellectuels français m’ennuient ou me font rire. Bref, je suis un mauvais client. »
Pour Martin Legros, rédacteur en chef de cette publication « Debray est pourtant l’un des philosophes français parmi les plus écoutés. Celui qui à 20 ans a abandonné les bancs de l’École normale supérieure pour humer le souffle de la Révolution dans les pas du « Che » Guevara — au prix de quatre années d’emprisonnement —, a côtoyé Salvador Allende et Pablo Neruda » (…)
« Loin d’être un mauvais client, poursuit Martin Legros, Debray est plutôt un esprit contraire, « quelqu’un qui fait toujours pencher son balancier du côté opposé où ça tire. Non pas par provocation, mais pour garder l’équilibre ». C’est sur l’unité biographique et phi¬losophique de (sa) trajectoire que nous avons voulu l’inter¬roger, précise encore M. Legros. C’est le motif pour lequel il a accepté (…) de répondre, d’abord par écrit, ensuite au cours d’un entretien de plus de trois heures ».
De notre côté, ce sont les propos de Régis Debray sur l’époque où il était acteur de la révolution qui ont suscité l’intérêt de CubaCoop. Nous en reproduisons quelques courts extraits, en conformité avec le volume fixé par PhMag.

 

Par Michel Porcheron  

[Régis Debray a accordé un entretien au Philosophie-Magazine (Eté 2014), qui a pour titre : « La fraternité c’est dire non à la fatalité biologique » (p.68-73). Il répond entre autres sujets, à quelques questions sur l’époque où il fut acteur de la révolution, terme de Martin Legros qui a recueilli les propos de Régis Debray. Nous en reproduisons quelques (très) modestes extraits. Photo couleur de Jérôme Bonnet.

Le texte intégral est réservé aux abonnés. http://www.philomag.com/les-idees/entretiens/regis-debray-la-fraternite-cest-dire-non-a-la-fatalite-biologique-9798  mp]   

       

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En 1960, Régis Debray, il a 20 ans, il entre à l’Ecole Normale Supérieure, rue d’Ulm, à Paris. Moins d’un an plus tard, il interrompt ses études pour faire un premier voyage à Cuba, passant ainsi du statut d’observateur à celui de participant. « Nul ne peut sauter par-dessus son temps et son atmosphère »


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Trois mois environ après le débarquement –avorté- des anticastristes dans la Baie des Cochons, en avril 1961, Régis Debray entreprend en effet un premier voyage à Cuba : il arrive « sans le sou » aux Etats Unis, puis c’est Miami en stop, où il prend le dernier avion pour La Havane, le 14 juillet 1961 (1961 était l’année de l’alphabétisation).   

[Sur ce séjour, on peut lire « J‘ai vu Cuba apprendre à lire » dans L‘Espérance au purgatoire (p. 72-101, 1980, Ed. Alain Moreau), texte initialement publié dans « Les Lettres françaises » (26 avril-2 mai 1962)]

Il séjourne six mois à Cuba.

« Je me dis qu'il faut rentrer en France, réintégrer Normale Sup'. Comme j'étais parti sans autorisation, j'écope d'un blâme sans être exclu, parce qu'ancien cacique [reçu premier au concours d'entrée] et grâce au soutien de Jean Hyppolite, alors directeur de l'École »

En 1963 il repart pour un an et demi, avec une double casquette »: envoyé par Les Temps Modernes de Sartre et de Claude Lanzmann — « c'est ma couverture » — et par Révolution, une revue dirigée par Jacques Vergès.

« Je découvre (…) qu’en Amérique latine, seule la guérilla au sens où la mène Castro a un avenir [ce qu'on va appeler le « foquisme », la multiplica­tion des foyers [foco] de guérilla]. Je passe dix-huit mois entre Venezuela et Brésil avec un petit stage en prison, au Pérou (…) Tout ne fut qu'une suite de hasards, de rencontres».


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De retour en France, il passe l’agrégation de philosophie, il est reçu dans les premiers.

Entre temps, il avait publié en janvier 1965 un « résumé » de son expérience latino-américaine dans Les Temps modernes. Le texte (64 pages), « Le castrisme : la longue marche de l'Amérique Latine », était assez bien informé, dit-il à Martin Legros.

La suite est connue, grosso modo : Che Guevara, qui lit le français, en prend connaissance lors d’un de ses voyages à Alger et le transmet à Fidel Castro qui, après traduction, « s'est dit: «Mais qu'est-ce que c'est que ce Français qui sait plein de trucs sur nous? »

[Ici se situe, onze mois plus tard, l’épisode du télégramme de Fidel Castro à Régis Debray, alors domicilié à Nancy. Un « bleu tombé des cintres », dit-il dans « Loués soient nos seigneurs »(1996). En réalité, un télégramme transmis par l’ambassadeur de Cuba. 

 

Ce soir là de décembre 65, « où une bise glaciale soufflait dans les rues vides de Nancy, l’hôtelier me remit ce pli de papier bleu dans une chambre mal chauffée où je préparais mon cours du lendemain sur les quatre figures du syllogisme dans la logique formelle » (page 49). Régis Debray répondit bien sûr « oui au télégramme de Fidel »] 

A Martin Legros, Régis Debray rappelle que Fidel Castro l’invitait à la Conférence tricontinentale de janvier 1966, « comme expert ès révolutions -ce que je n'étais pas. Et c'est là que je me suis retrouvé lié aux projets conspirateurs de l'époque. J'ai suivi le Che en Bolivie en 1967 (…) Mes motivations? Un rejet de ma bour­geoisie natale, une curiosité pour le monde, la certitude que l'Europe était dans l'impasse et que si quelque chose comme un socialisme viable pouvait advenir, cela surgirait en dehors des modèles chinois ou soviétique »


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Plus loin Martin Legros demande à Régis Debray (1) quel type d'action il menait en Amérique latine?- En résumé (…) je n'ai fait qu'explorer des terrains pour repérer des lieux où une guérilla pouvait s'implanter sur le continent. Castro et le régime cubain, vous en pensiez quoi?

Le régime cubain ne m'intéressait pas. Vous ne trouverez pas sous ma plume de l'époque de considérations sur le système intérieur, encore moins un éloge. C'était une base arrière. Pas un modèle. C'était le fortin d'où l'on combattait l'ordre impérial nord-américain qui soutenait toutes les dictatures militaires. Castro était un homme séduisant, cultivé, attentif. On s'est brouillés, mais il croyait à ce qu'il faisait. Notre amitié était fondée sur le désir de faire la révolution en Amérique latine, point final.

                                                Camiri

[Arrivé en Bolivie en septembre 1966, arrêté à Muyupampa le 20 avril 67 par l’armée bolivienne et condamné le 17 novembre à 30 ans de prison, Régis Debray fut détenu à la prison de Camiri jusqu’au 23 décembre 1970. Il fut libéré à la suite d’un changement de régime en Bolivie et une vaste campagne internationale]

Interrogé sur ses années de prison  (2), Régis Debray considère qu’elles furent « un moment crucial de réflexion. Le procès avait été une comédie. En cellule, on quitte la marionnette et on a le temps d'aller au fond des choses. J'ai pu lire. Pas de livres politiques, censurés, mais le Quichotte, la Bible. J'ai découvert que j'étais français. Et qu'au fond la révo­lution n'est pas une patrie (…) J'ai com­pris que, dans les luttes nationales dites de libération, les étrangers sont en définitive des corps étrangers (…) Bref, la prison a fait de moi, dans l'ordre politique, un gaulliste d'extrême gauche »

BONUS (S)

(1)- A ce point de l’entretien Régis Debray renvoie « ceux que cela intéresse » à lire Loués soient nos seigneurs, le tome II de Le Temps d'apprendre à vivre, chez Gallimard.  

On peut y ajouter deux romans L’Indésirable (1975, Le Seuil) et La Neige brûle (1977, Grasset), ainsi que Les Masques (1987, Gallimard).

« Révolution dans la révolution ? » a été publié en 1967 chez Maspero (Cahiers Libres, n°98) et en espagnol la même année par La Casa de las Américas, La Havane avec une introduction de Roberto Fernandez Retamar et un tirage de 200.000 exemplaires. « Essais sur l’Amérique latine » est de 1967 également, toujours chez Maspero.

Site personnel de Régis Debray : http://regisdebray.com/ (avec bibliographie notamment)

Vidéo, entre autres :

http://www.youtube.com/watch?v=uQFUpfLDI9I&feature=player_embedded

http://www.ina.fr/video/CAF86014815/verdict-a-camiri-video.html

Pour ceux que Régis Debray acteur de la révolution intéresse, la lecture des (très) courts extraits du grand entretien du Philosophie Magazine  doit être (forcément) complétée, par celle de quelques ouvrages en français (avec index) sur Ernesto Che Guevara, comme ceux de Pierre Kalfon, Jorge G. Castañeda, Chloé Maurel…

On peut d’autre part consulter notre :  http://s147752339.onlinehome.fr/cubacoop/IMG/pdf/Debray_.pdf

 (2)-  Les Temps Modernes de Jean Paul Sartre ont publié des textes de Régis Debray, écrits en prison, notamment :

- Mars 1970 : « Un curieux réquisitoire » (Camiri 1968, 34 pages) et – Juin 1970 : « Notes de prison. Temps et politique » (mai 1969, 64 pages).

(mp)

 

    

 


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