Comment les Cubains ont converti leur île au bio

samedi 6 septembre 2014
par  RG

Les écologistes du monde en entier en rêvent, les Cubains l’ont réalisé. Depuis plus de vingt ans, l’île s’est convertie à l’agriculture biologique. Nécessité, possibilité et volonté ont été les clés de cette success story !

Un indice de développement humain élevé et une faible empreinte écologique sur la planète !

1989. Chute du Mur de Berlin. Deux ans plus tard, effondrement du bloc soviétique. Cuba perd alors son principal fournisseur de pétrole, de matériel agricole, d’engrais chimiques et autres pesticides. Avec la disparition de l’URSS et des anciens pays de l’Est, qui achetaient ses produits à prix constants, l’île perd aussi des marchés juteux, notamment celui du sucre, dont elle exportait 85% de sa production. Tous les ingrédients sont réunis pour que le pays plonge dans le chaos. D’autant que le blocus américain se resserre. Pour Cuba, c’est le début d’une nouvelle ère, de cette « période spéciale en temps de paix » annoncée en 1992 par Fidel Castro et qui durera cinq ans, autrement dit une période de grave crise économique : le produit intérieur brut (PIB) chute de 35 %, le commerce extérieur de 75%, le pouvoir d’achat de 50% et la population souffre de malnutrition.

« Ils ne savaient pas que c’était impossible, alors ils l’ont fait » (Marc Twain)

Nécessité fait loi. Afin de satisfaire ses besoins alimentaires, la population se lance dans la culture de fruits et légumes. « Les Cubains avaient faim, explique Nils Aguilar, réalisateur du film Cultures en transition. Ce sont eux qui ont fait les premiers pas en occupant les terres dans un mouvement spontané ». Des milliers de jardins, « organoponicos », fleurissent sur des petits lopins de terre, sur les terrasses, entre les maisons, sur d’anciennes décharges, au milieu des terrains vagues, bref dans le moindre interstice laissé vacant.

Outre la culture, on y pratique souvent l’élevage de petits animaux : poules, lapins, canards, cochons. « Les principaux acteurs du mouvement agro-écologique, ce sont les paysans eux-mêmes, affirme Dorian Felix, agronome, spécialisé dans l’agroécologie tropicale, en mission à Cuba pour l’association Terre et Humanisme. Ils ont expérimenté ces pratiques, les ont validées et diffusées. Leur mobilisation et celle de la société civile tout entière a été, et reste, très importante. »

Le boom de l’agriculture urbaine

Dans la foulée, le gouvernement entame une transition forcée. Produire de la nourriture devient une question de sécurité nationale. A partir des années 1990, l’accent est mis sur la production locale, à partir de ressources locales, pour la consommation locale. L’Etat distribue des terrains à qui veut les cultiver et développe une agriculture vivrière et biologique de proximité : sans pétrole pour faire fonctionner les tracteurs, on recourt à la traction animale ; sans engrais chimiques ni pesticides, on redécouvre le compost, les insecticides naturels et la lutte biologique.

« C’est une véritable révolution verte, confirme Nils Aguilar. Dans ce pays, tout le monde est impliqué, j’ai eu la surprise d’entendre un chauffeur de taxi me vanter les prouesses de l’agroécologie ! Cuba développe une agriculture post-industrielle et prouve que ces techniques peuvent nourrir les populations ». Aujourd’hui, la main-d’œuvre agricole a été multipliée par dix. D’anciens militaires, fonctionnaires et employés se sont convertis ou reconvertis à l’agriculture, car nombre d’entre eux avaient été paysans auparavant. Chaque école cultive son potager, les administrations ont leur propre jardin, fournissant les légumes aux cantines des employés.

Phénomène sans précédent, l’agriculture urbaine s’est développée comme nulle part ailleurs dans le monde. L’île compte près de 400 000 exploitations agricoles urbaines, qui couvrent quelque 70 000 hectares de terres jusqu’alors inutilisées et produisent plus de 1,5 millions de tonnes de légumes. La Havane est à même de fournir 50% de fruits et légumes bios à ses 2 200 000 habitants, le reste étant assuré par les coopératives de la périphérie.

Révolution verte à la cubaine

En 1994, les fermes d’Etat productivistes sont progressivement transformées en coopératives pour fournir en aliments les hôpitaux, écoles, jardins d’enfants. Quant au reliquat de la production, il est vendu librement sur les marchés. Universitaires, chercheurs, agronomes sont mis à contribution pour diffuser les techniques de l’agroécologie. Un réseau de boutiques vend semences et outils de jardinage à bas prix, prodiguant également aux clients des conseils d’experts. Et dans toutes les villes du pays, on enseigne l’agriculture biologique par la pratique, sur le terrain. Bien plus qu’un simple transfert de connaissances technologiques, il s’agit de « produire en apprenant, d’enseigner en produisant et d’apprendre en enseignant. »

L’impact de cette révolution verte est multiple : réduction de la contamination des sols, de l’air et de l’eau, recyclage des déchets, augmentation de la biodiversité, diversification des productions, amélioration de la sécurité alimentaire, du niveau de vie et de la santé, création d’emplois – notamment pour les femmes, les jeunes et les retraités.

C’est aussi une politique moins centralisée qui s’est mise en place, donnant davantage de marge de manœuvre aux initiatives individuelles et collectives autogérées. Le mot d’ordre dominant : « Décentraliser sans perdre le contrôle, centraliser sans tuer l’initiative ». Dans les villes, ce principe a permis de promouvoir la production dans le quartier, par le quartier, pour le quartier, en encourageant la participation de milliers de personnes désireuses de rejoindre l’initiative.

Aujourd’hui, Cuba produit pour sa consommation plus de 70% de fruits et légumes, ce qui ne lui garantit pas une totale autonomie alimentaire, dans la mesure où elle dépend encore des importations de riz et de viande, notamment. Mais, selon les critères de l’ONU, « le pays a un indice de développement humain élevé et une faible empreinte écologique sur la planète ». Si demain les importations de nourriture devaient s’arrêter, les habitants seraient beaucoup moins en péril que ceux d’un pays comme la France, qui dispose seulement de quelques jours de réserves dans ses supermarchés (d’après le Ceser – Conseil économique, social et environnemental Ile-de-France -, la région dispose de quatre jours de réserves alimentaires).

Il aura fallu une crise pour que Cuba découvre les vertus de l’agroécologie, de la permaculture, de l’agroforesterie ou encore du sylvopastoralisme. L’île a-t-elle réussi pour autant sa transition énergétique ? En partie seulement. La consommation de pétrole a redémarré en 1993 grâce à (ou à cause de ?) la production nationale et à l’aide du Venezuela qui lui fournit près de 110 000 barils de pétrole par jour. Mais on peut parier que le pays ne pourra plus faire machine arrière. Car au-delà de la révolution agricole, les initiatives individuelles et collectives ont prouvé que les Cubains pouvaient prendre en main leur destin. Une véritable révolution culturelle !

Par Frédérique Basset


http://www.kaizen-magazine.com/comm...

Commentaires

Logo de René HAMEL
jeudi 11 septembre 2014 à 22h06 - par  René HAMEL

entre la traduction de documents d’infos officielles et le commentaire, il serait utile de prendre un peu de recul.

L’Ile en bio, titre ravageur pour qui connaît un peu Cuba.

Nous travaillons au soutien au développement à Cuba : -El Caracol à Santiago et la Fraternidad à la Havane.

- El Caracol, projet agricole fut financé 100% par nos fonds. Nous élevons des porcs avec une base alimentaire (la graine de palme écrasée) et ds déchets de notre maraîchage. Volaille, chèvres et moutons, retenue d’eau sur le rio pour du maraîchage.

Le frein au développement vient de la bureaucratie qui freine tout ce qu’elle ne peut contraindre notoirement les cadres du poder popular. alors que le gouvernement provincial est partant et dynamique.
A propos des déchets (je suis rudologue) le Gouverneur, rencontré à Paris m’avait demandé d’étudier une rationalisation de la collecte et du traitement des OM. adaptant la technique au gisement, nous avons proposé une installation de traitement et une collecte utilisant les disponibilités locales en matière de transport. le délégué du poder popular a fini par tenir une réunion, où il nous a été annoncé (au grand dam des ingénieurs de la salubrité, très au fait de la problématique)qu’ils souhaitaient des camions bennes et des bacs pour traiter les déchets des hôtels et qu’ils n’avaient pas besoin de ma bassura, car il avaient mon projet en mieux qui fonctionnait... nous connaissons parfaitement la décharge derrière "microsiete uno)où les poubelles sont étalées dans la sierra puis brûlées.

c’est mieux à la Havane, mais idem à Sanctis spiritis, Camaguey, Las Tunas, Guantanamo...

Rapporter systématiquement un discours à décharge ne vaut rien, porter un discours à charge (comme je viens de le faire n’est pas plus constructif)

Pour les économies d’énergie, la pédagogie était partie de l’école pour les enfants qui ont relayé dans les familles avec un succès indéniable.

Si vous avez quelques relations conseillez de développer les mêmes instruments pour les rebuts et déchets divers.

Pour vous rendre compte du delta entre le dire et le faire, allez dans n’importe quel pueblo, offrez un pack de jus de fruit, une canette de bière et un caramelo aux enfants, il faut une insistance de tous les instants pour que cela ne finisse pas dans le rio, où sous les platanos qui entourent le bohio.

Viva Cuba, mais sans démagogie, en mystifiant leur ’el dorado, nous ne leur rendrons pas service :

deux expérience de permaculture n’autorisent pas à affirmer la généralisation dont on parle, idem pour l’agroforesterie. quant au Sylvia-pastoralisme, dans tous les pays tropicaux, il se pratique naturellement, quant à l’agropastoralisme, je n’ose vous rappeler le développement ancestral de cette pratique (à partir du moment où les luttes tribales et culturelles entre pasteurs et cultivateurs eurent cessé).

Enfin, ce bref rappel des faits ne veut pas s’inscrire en contrepoint de la parole officielle, nous savons hélas les difficultés qui s’empilent sur la tête de nos amis.

Dire que c’est fait ou que cela va se faire, cela ne convainc plus malheureusement une jeunesse riche de savoirs, aspirant enfin à trouver sa place dans la société autrement qu’entre le châlit de l’Abuela et les discours de Raûl.

Comme vous, nous aimons Cuba, sa Révolucion, son Peuple, sa Jeunesse, ses enthousiasmes douchés, ses espérances folles. depuis trente ans que nous les voyons vivre, chanter, danser,y esperar la "proxima zafra de un milion de tonnelas"

Agenda

<<

2017

 

<<

Juin

 

Aujourd’hui

LuMaMeJeVeSaDi
2930311234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293012
Aucun évènement à venir les 6 prochains mois

Annonces

-Victor Hugo - Visionnaire de Paix

Cliquer ICI :
http://victor-hugo-cuba-2019.jimdo.com/

http://victor-hugo-cuba-2019.jimdo.com

.Tres mares, Trois Mers

http://3mers-3mares.jimdo.com/3mers-3mares/biennale-de-la-havane-2015

Portail CUBARTE

http://www.cubarte.cult.cu/fr

POUR EN SAVOIR PLUS SUR CUBA COOPERATION FRANCE

http://cubacoop.org/spip.php?page=article&id_article=2248

Traductor

English French German Spain Italian Dutch Russian Portuguese Japanese Korean Arabic Chinese Simplified

Brèves

13 février 2016 - Les Etats-Unis et Cuba vont rétablir des vols réguliers directs

Les Etats-Unis et Cuba vont signer mardi un accord bilatéral destiné à rétablir les liaisons (...)

29 décembre 2015 - Eusebio Leal lauréat du prix Campeche Ville du Patrimoine 2015

Par Martiza Mariana Rodriguez CUBARTE 28.12.2015
Le gouverneur Alejandro Moreno Cárdenas et le (...)

18 septembre 2015 - Le grand théâtre de La Havane prend le nom d’Alicia Alonso

– Le Conseil d’Etat de la République de Cuba a décidé de donner au grand théâtre de La Havane le nom (...)

25 août 2015 - La Havane accueillera le Congrès panaméricain des professionnels de l’infirmerie

La Havane, 25 août – « La contribution de l’infirmerie à l’excellence dans les services de santé », (...)

23 août 2015 - Le Cubain Alberto Juantorena est élu vice président de l’IAAF

La Havane, 21 août – L’ex coureur cubain, Alberto Juantorena a été élu vice président de (...)