VIVRE AVEC 20 DOLLARS PAR MOIS ET BOUCLER SES COMPTES

mercredi 10 septembre 2014
par  RG

Un article de YURIS NÖRIDO

Pour la BBC Monde

Traduction : Daniel Maury, France-Cuba Lyon

Une vérité relative ...

Lorsque les médias internationaux disent qu’un travailleur professionnel à Cuba gagne 20 dollars par mois, ils disent la vérité.

Mais c’est une vérité relative.

Il est évident qu’il est difficile de s’en sortir avec cette somme, à la limite d’une pauvreté extrême. Les institutions internationales, en rien sympathisantes du système instauré dans notre île, l’affirment : Cuba est un des pays d’Amérique latine où les effets de l’extrême pauvreté sont le moins visibles. De fait, l’indice de développement humain (de Cuba) est un des plus élevé de la région.

Pourtant, le salaire moyen est de toute évidence un des plus bas du continent, probablement le plus bas. Comment expliquer cette apparente contradiction ?
Simplement, la majorité de la population dépend (où pour le moins profite) des subventions et aides de l’état.

Personne n’affirme qu’il s’agit là d’une situation idéale (et ce serait une bêtise de le faire). Mais il est certain que grâce à ces dispositions, il a été possible de réduire les graves coûts sociaux de la crise économique dont a souffert le pays.
Quoiqu’en disent les adversaires de notre système, à Cuba, personne ne meurt de faim, pas même ceux qui ne gagnent presque rien. Ce qui ne signifie pas que les gens satisfassent à toutes leurs aspirations économiques et de bien- être.

Mais ceci est un autre thème.

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Les règles du jeu sont claires : il n’est pas possible de mesurer le pouvoir d’achat des cubains vivant à Cuba avec des outils applicables à d’autres entités et réalités économiques.

Voyons donc.

Une des conquêtes de la Révolution, un de ses principaux étendards, est de pouvoir compter sur des systèmes de santé et d’éducation absolument gratuits. Les chiffres ne mentent pas, les statistiques de ces secteurs d’activité situent Cuba en tête de tout l’Amérique latine.

Affirmer que l’éducation et la santé dans l’Ile sont dans leur meilleur période serait pour le moins innocent ou pure démagogie. Il est certain que la crise a aussi impacté ces secteurs. Ainsi, bien qu’il puisse être quelquefois difficile de trouver des suppléments vitaminés dans une pharmacie, ou que l’on puisse trouver que certains hôpitaux soient sales, il est certain cependant que si un malade nécessite une transplantation de coeur, il l’obtiendra sans avoir à payer un peso !

De même le niveau de nos enseignants n’est plus celui qui existait il y a 30 ans, mais un jeune sera diplômé de l’université (dûment contrôlé), sans avoir à débourser de grandes quantités d’argent.

Mais pouvoir compter sur des systèmes publics de santé et d’éducation gratuits et universels, n’est pas, d’évidence, le seul avantage dont bénéficient tous les cubains.
Et la nourriture qu’il faut payer, et les transports, et l’électricité, le gaz ...?
Tous ces secteurs sont en bonne partie subventionnés par l’Etat, de façon que leurs prix soient relativement bas.

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Avec la carte de rationnement (livret de ravitaillement), chaque citoyen reçoit une quantité déterminée de marchandises pour un prix quasi symbolique. Cette quote-part ne résout pas tous les problèmes pour un mois, mais elle aide considérablement.
Les transports publics dans les villes sont très peu chers. Un aller dans le bus coûte 0,40 peso de monnaie nationale c’est à dire 2 centimes de dollar*
Même si le service, surtout aux heures de grande affluence , est insuffisant.
Beaucoup (ceux qui peuvent) préfèrent prendre un taxi collectif appelé "almendrones" qui coûte entre 10 et 20 pesos en monnaie nationale, soit à peine de 0,5 à 1 dollar.
Les prix de l’électricité et du gaz sont également modiques. Moi, par exemple, je vis dans un appartement avec réfrigérateur, ventilateurs, chauffe-eau, autocuiseur électrique, téléviseur, micro ordinateur, radio, et autres articles électriques... jamais je ne paie plus de 12 pesos par mois, soit la moitié d’un dollar.

A ceci s’ajoute que la majorité des cubains, ne paie pas de loyer pour se loger.
Ceci ne signifie pas que la situation immobilière est bonne : plusieurs génération d’une même famille doivent vivre quelquefois dans une petite maison. Les locations sont réservées à ceux qui entrent dans un emploi d’état.

Il est un peu plus difficile pour ceux qui reçoivent les salaires d’état, d’acheter des vêtements ou des chaussures dans les réseaux de magasins en devises (cuc), les prix y étant élevés.

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Certains profitent des possibilités offertes dans les centres de travail (uniformes et chaussures), et d’autres utilisent les magasins de vêtement recyclés.

Il existe une partie de la population qui est plus vulnérable : les personnes âgées, et les sans familles. Pour eux ont été ouverts des restaurants de prix très très bas et ils reçoivent une attention sociales personnalisée. Il est certain que se sont eux qui ont été les plus affectés par la crise. Au cours des dernières années, particulièrement dans les grandes villes, on a pu noter un phénomène qu’il y a 30 ans était inconcevable : certains personnes âgées demande l’aumône dans la rue.

Personne ne dit que tout est facile, ou qu’il s’agit d’une bonne vie.

Une bonne part des cubains s’arrange pour augmenter leurs revenus, (certains de manière légale, d’autres en frisant le délit, et une minorité en usant de délinquance).

Mais augmenter le pouvoir d’achat, le niveau de vie, c’est une aspiration (et une demande) des travailleurs citoyens, bien que tous ne sont pas motivés pour travailler.
Les prochaines années seront cruciales. Les gens ont besoin de certitudes.

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Cette photo, prise par Yuris Nórido, a été ajouté à ce blog "Voix de Cuba" Pour ceux qui doutent qu’elle ne paye jamais plus de 12 pesos d’électricité par mois.

Yuris Nôrido est journaliste dans des médias officiels comme le journal "Trabajadores" et le site digital "CubaSi".

Membre du parti communiste de cuba, "parce que confiante en ce qu’il peut-être le moteur des changements nécessaires pour ce pays"

* note du traducteur :

Ceci signifie qu’avec un salaire moyen de 20 dollars, un cubain peut payer 2000 allers en bus. A titre d’illustration, un aller en bus à Lyon coûte, par carnet de 10, 1,50 euro, soit 2 dollars, multiplié par 2000, correspond à un salaire de 4000 dollars mensuels....pas si mal...

Autre remarque : comparez le prix de deux pesos pour aller au cinéma à cuba, soit environ, sur la base de 9 euros la place en France, 270 FOIS MOINS CHER.
Autrement dit, avec le prix d’une place au cinéma en France, on va 270 fois au ciné à Cuba....pas si mal...


Commentaires

Logo de Helene
vendredi 12 septembre 2014 à 12h08 - par  Helene

Bonjour

Merci pour ce très bon article qui rappelle "que tout est relatif". Toutefois, j’aimerais revoir et compléter la partie "calcul" proposée par le traducteur :

En ce qui concerne les transports :
- En prenant la base de 40 centimes de pesos pour un aller en bus, 1 CUC = 24 pesos, donc 1 peso = 1/24 = 0.04, soit la moitié pour 40 centimes : 0.02 CUC. Jusque là tout va bien, mais attention 20/0.02 = 1000, et non 2000 (qui correspondrait cette fois à un salaire de 40 CUC !).
Un mois de salaire à 20 CUC, correspond donc bien à 1000 allers en bus, et non 2000.
- Maintenant voyons ce que ça donne pour la France. A Lyon, avec une réduction on arrive effectivement à 1.50€ pour un aller en bus. Avec un salaire moyen à 1500€, 1500/1.50 = 1000 allers. Soit exactement le même ratio qu’à Cuba pour un salaire à 20 CUC et un aller à 2 cts.

Et si on fait le calcul pour le cinéma :
- A Cuba, 2 pesos pour une place = 10 cts de CUC. Avec un salaire de 20 CUC mensuels, on va donc 200 fois au cinéma.
- En France, 9€ pour une place. Avec un salaire de 1500€, 1500/9 = 166 places.

Ma conclusion ? Les transports en bus coûtent relativement le même prix en France qu’à Cuba, tandis que le cinéma est relativement moins cher à Cuba qu’en France. Cela devrait faire réfléchir ceux qui osent dire que les cubains vivent dans la misère...

Logo de Pierre HERVE
vendredi 12 septembre 2014 à 07h15 - par  Pierre HERVE

Bonjour, un grand bravo pour cet article, d’une grande réalité et source d’un avenir pour Cuba, car on ne peut grandir sur des bases fausses comme le font tous les autres pays sur des faux systèmes démocratiques de santés et d’éducations.
Pierre

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