La réussite de Evo Morales est dans les choix économiques, selon la presse quotidienne en France

lundi 20 octobre 2014
par  Michel Porcheron

Posté par M P
A 54 ans, Evo Morales, a été réélu dimanche 12 octobre au premier tour des élections présidentielles, avec environ 61 % des suffrages exprimés, face à son rival le plus proche dans les sondages, Samuel Doria Medina, le candidat du parti de droite Union nationale.
Premier Amérindien à accéder au poste de président dès 2005 dans un pays andin, Evo Morales, dont la victoire n’est pas réellement une surprise, a déclaré que « cette victoire est un triomphe pour les anti-impérialistes et les anticolonialistes ». Il établit un record de longévité à la tête de la Bolivie, dont l’histoire a longtemps été marquée par l’instabilité politique. Son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS), conserve sa majorité au Congrès, que les six millions d’électeurs boliviens étaient également appelés à renouveler ce dimanche.

Comment en France la presse quotidienne (du 12 au 14 octobre) a commenté cette victoire pour un 3 e mandat de 5 ans ? Elle met en avant la réussite économique de la Bolivie de Evo Morales, avec une croissance moyenne du produit intérieur brut supérieure à 5% par an et une nette réduction de la pauvreté. Le président a fait campagne sur la promesse de consolider les réformes socialistes qu’il a mis en œuvre depuis 2006.

La réussite d’Evo Morales vue par la presse française : elle est d’ordre économique

Posté par M P

Le président bolivien Evo Morales, 54 ans, a remporté dimanche 12 octobre un troisième mandat de cinq ans à une écrasante majorité, selon des résultats encore non officiels lui attribuant 61 % des voix (le 14 octobre), son plus proche rival Samuel Doria Medina n'obtenant que 24 %. La majorité des 6 millions d'électeurs se sont montrés reconnaissants envers cet ancien berger de lamas qui a su amener la Bolivie à une stabilité politique et économique sans précédent.

« Aujourd'hui nous sommes dignes. Plus jamais nous ne serons mendiants, ni humiliés », aime-t-il à répéter après neuf ans à la tête de ce pays enclavé, aux finances dopées par la nationalisation des hydrocarbures. Pour la première fois, plus de 200 000 Boliviens de l'étranger ont pu faire entendre leur voix lors de cette huitième élection depuis le retour à la démocratie. Le vote est obligatoire dans le pays (sous peine d'amende).

Arrivé au pouvoir en 2006 avec 54 % des voix dès le premier tour, Evo Morales avait été triomphalement réélu en 2009 avec 64 % des suffrages. Il est le plus ancien président en exercice du continent. Le premier chef de l'Etat amérindien de Bolivie a affronté les électeurs fort d'une stabilité politique inédite dans un pays qui a connu 160 coups d'Etat depuis l'indépendance, en 1825.

Selon les calculs de l’Etat, la nationalisation des hydrocarbures a généré 22,3 milliards de dollars entre 2006 et 2013 et 7 milliards de dollars ont été investis dans le secteur. Des résultats que salue M. Morales qui a fait de l’industrialisation du pays une des grandes promesses de sa campagne.

Comment la presse quotidienne en France a commenté cette troisième victoire de Evo Morales 

Le président Evo Morales fait plus que jamais figure de modèle pour la gauche sud-américaine, considère le quotidien Libération, qui titre « En Bolivie, Morales triple la mise ». (…) Son parti, le Movimiento al socialismo (MAS), obtient la majorité des deux tiers à l’Assemblée législative plurinationale.

Pourquoi cette victoire ?

Depuis qu’il s’est installé en 2006 au Palacio Quemado, Evo Morales s’est attaché à réduire les inégalités sociales dans l’un des pays les plus pauvres d’Amérique du Sud. Lui-même d’origine amérindienne (aymara), il a remis les populations andines - 65% des 10 millions d’habitants - au centre de la vie politique. De manière symbolique, en rebaptisant son pays Etat plurinational de Bolivie, ou en laissant flotter le wiphala, le drapeau multicolore des peuples de l’Altiplano, aux côtés du drapeau national.

Mais, considère Gérard Thomas, de Libération, surtout en initiant la lutte contre la misère, le manque d’éducation et les conditions sanitaires insupportables dans lesquelles survivait une grande partie des Boliviens. Des initiatives financées par l’excellent cours des matières premières - la Bolivie possède notamment les deuxièmes plus grandes réserves de gaz naturel d’Amérique - qu’il a nationalisées. Cette politique volontariste, selon Libération, a dans un premier temps heurté les intérêts des secteurs les plus favorisés qui ont tenté de faire sécession en 2008 dans le département de Santa Cruz, moteur économique du pays. Evo Morales a rétabli la confiance en se pliant à la logique libérale des entrepreneurs. Et dimanche, Santa Cruz a pour la première fois voté en faveur du Président.

Quels sont les atouts du pouvoir en place ?

Le cocktail gagnant bolivien est un savant dosage de déclarations musclées contre «l’impérialisme et le colonialisme», d’une large rasade de pragmatisme économique et de programmes sociaux, le tout agrémenté d’un zeste de vista politique, ajoute Gérard Thomas . Depuis dix ans, l’envolée du prix des hydrocarbures aidant, les exportations ont quintuplé, passant à plus de 7,5 milliards alors que le pays n’a pas encore exploité ses réserves de lithium, les plus importantes du monde.

Selon G.Thomas, la Bolivie s’est rapprochée de partenaires comme la Chine, l’Iran et la Russie. Dans le même temps, le pouvoir central a développé les infrastructures routières, amélioré l’habitat des plus humbles, distribué des ordinateurs et des bons d’alimentation, réduit la pauvreté de 38% à 18% de la population (chiffres officiels), et affiche une croissance à 6,5% cette année. Le chômage est tombé à 3%, son plus bas niveau historique. Mais le principal acquis de l’ère Morales est sans nul doute la longue plage de stabilité politique dans un pays qui a connu, 160 coups d’Etat depuis son indépendance en 1825.

Un exemple pour la gauche latino-américaine ?

Dimanche soir, Morales - qui est désormais le plus ancien président en exercice du continent - a dédié sa victoire au Cubain Fidel Castro et au défunt président vénézuélien Hugo Chávez auquel il vouait une sincère amitié.

Moins dogmatique que celle de Castro, conclut Gérard Thomas, moins théâtrale que celle de Chávez, l’expérience politique de Morales - tout comme celle de son homologue équatorien socialiste, Rafael Correa - est décryptée avec attention par une gauche latino-américaine qui se cherche un nouveau modèle entre le rose pâlichon de la Chilienne Michelle Bachelet, la froideur de la Brésilienne Dilma Rousseff et l’exubérance stérile du Vénézuélien Nicolás Maduro. Gérard THOMAS

Pour le Figaro, son envoyé spécial Frédéric Faux était à El Alto (4000 mètres d’altitude), lieu du dernier meeting, avant le vote de dimanche, de « Evo ». « Dans la foule qui scandait son nom en agitant des drapeaux bleu et noir, il y avait bien sûr les femmes portant leur bébé dans des aguayos multicolores, ou les chefs de village aymaras brandissant fièrement leur bâton de commandement. «Il est des nôtres, clame Rigoberto en montrant son poncho, il applique la politique du Suma Qamaña, du bien-vivre, et nous voulons qu'il continue.»

Mais au côté de cette population indienne, indique F.Faux, la foule comptait aussi de nombreux «Blancs», jeunes urbains qui militent désormais pour la deuxième réélection d'Evo Morales. «Je ne l'avais pas choisi en 2005 et encore aujourd'hui mes parents ne voteront pas pour lui car il est un Indien, dit Daniela, coquette avocate de 33 ans, mais on ne peut pas nier que le pays a progressé

«La prospérité est là et se voit, ajoute Fernando, fonctionnaire. Le gaz arrive dans les maisons, des usines ouvrent presque tous les mois…»

                                          L'opposition divisée

Cette alliance entre une classe moyenne séduite par les succès économiques de la Bolivie et une majorité indienne qui veut reconduire son leader explique l'avance de Morales dans les sondages, selon Frédéric Faux. Même Santa Cruz, ajoute-t-il, capitale économique et bastion de résistance au pouvoir indien, fait passer ses intérêts avant ses convic­tions : ses entrepreneurs financent le MAS et une foule inédite a assisté au meeting local de Morales.

L'opposition, divisée entre quatre candidats, aimerait un scénario à la brésilienne, où l'outsi­der Aécio Neves a réussi à imposer un second tour à la présidente Dilma Rousseff. « Face à Evo, il y a trois hommes, blancs, issus de milieux privilégiés. Mais jamais plus un Blanc ne gagnera la prési­dence ici », tranche l'historien Hernan Pruden.

« L'opposition n'a pas su se recomposer et vit de sa critique du gouvernement », ajoute l'analyste Jorge Lazarte. Face à elle, le MAS rassemble une myriade de syndicats, entreprises publiques, coopératives, où le vote Evo n'est pas discutable (…)

Le président sortant, ajoute l’envoyé spécial du Figaro, est aussi porté par les performances du pays qui affichera en 2014 la croiss­ance la plus forte du sous-continent – 5,5 % - après un record de 6,8 % en 2013. Selon Morales, la nationalisation du secteur énergétique permettra cette armée de faire entrer « 7 milliards de dollars » dans les caisses de l'État, contre 300 mil­lions en 2005. Une manne qui a permis de mettre en place des programmes sociaux et de réduire la pauvreté.

Pour l'opposition, ce bilan soumis aux aléas de la rente gazière reste cependant entaché par un profond déficit démocra­tique, considère F.Faux. « Evo Morales représente un projet excluant, autoritaire, qui va aboutir au parti unique, déplore Ricardo Paz, directeur stratégique de la campagne de Doria Medina. Il a supprimé le financement pu­blic des partis, nous empêche d'accéder aux médias gouvernementaux » (…) Juan del Granado, ancien maire de La Paz qui fut l'allié de Morales lors de son premier mandat, dénonce les « failles » qui ont causé cette rupture : « La corruption, le gaspillage et la répression du mouvement du Tipnis, des Indiens de l'Amazonie boli­vienne qui refusaient une route dans un parc naturel. » (…)

Lire du figaro.fr : http://www.lefigaro.fr/international/2014/10/13/01003-20141013ARTFIG00125-evo-morales-un-provocateur-tranquille.php

Par ailleurs, le Figaro a publié le 14 octobre ce PORTRAIT, titré : « Un président indéboulonnable » (Frédéric Faux)  

Réélu pour un troisième mandat, Evo Morales va devenir le président qui aura gouverné le plus longtemps la Bolivie… Un destin hors du commun pour un fils de berger qui dit incarner « le triomphe de l'anticolonialisme et de l'anti-impérialisme ».

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Dimanche soir, Evo Morales est apparu au balcon de son palais présidentiel entouré de mineurs casqués, de syndicalistes et de ses ministres. Les Boliviens, selon des estimations qui n'étaient pas encore confirmées ce mardi, viennent de lui accorder 60 % des suffrages. Celui qu'on présente comme le premier président indien des Amériques lève le poing et célèbre avec sa deuxième réélection«le triomphe de l'anticolonialisme et de l'anti-impérialisme». Sa victoire était annoncée par les sondages mais c'est comme si la foule, à ses pieds, n'avait pas encore réalisé que ce fils de berger allait gouverner la Bolivie jusqu'en 2020. «Evo, de nuevo», lancent les militants... «Evo à nouveau.»

Son autobiographie, parue il y a un an, donne une idée du long chemin parcouru par le leader aymara de 54 ans.

Né dans une famille d'éleveurs de lamas, Evo Morales grandit dans une cahute sans eau, sans électricité, à 4000 mètres d'altitude. Ses parents sont analphabètes, car «dans les campagnes, jusqu'aux années quarante, il est interdit de lire». Dès qu'il peut marcher, il accompagne les troupeaux, puis récolte la canne à sucre en Argentine, travaille dans une briqueterie. Sa vie bascule en 1980, quand une terrible gelée détruit les récoltes et force sa famille à migrer vers les «Tropiques». La coca est alors l'une des rares cultures qui permet aux colons de survivre. Evo Morales va en faire son étendard, «le noyau de la lutte», pour fédérer les producteurs contre les États-Unis, les politiques néolibérales, et finalement arriver au pouvoir en 2005.

La rhétorique du grand soir

Malgré cette ascension inespérée, ajoute F.Faux, le cocalero n'impressionne pas l'élite blanche qui jure qu'il ne tiendra que six mois. Depuis, son parti a gagné tous les scrutins.

 Avec ce troisième mandat, la présidence d'Evo Morales sera la plus longue qu'a connue la Bolivie. Comment expliquer ce paradoxe dans un pays déchiré entre un Altiplano indien et des plaines «blanches», sans cesse secoué par de violents mouvements sociaux? Par un mélange subtil entre discours radical et gestion orthodoxe, répond l'historien Hernan Pruden: «Au niveau des grands équilibres financiers, la stabilité est privilégiée ; dans la pratique, on redistribue les richesses ; et dans le discours, on brandit la révolution... c'est toute son habileté.»

Cette rhétorique du grand soir a notamment prévalu lors de l'expulsion en 2008 de l'ambassadeur américain... qui depuis n'est jamais revenu. Le même discours enflammé est employé lors des nationalisations, qui ont touché une vingtaine d'entreprises depuis 2006 : l'annonce est faite le 1er mai, devant une foule de militants, avec déploiement de l'armée sur les sites «impérialistes» pour marquer les esprits. La ligne affichée est celle de Fidel Castro et d'Hugo Chavez, auxquels il a d'ailleurs dédié sa troisième victoire.

Une croissance à 5 %

Mais, dans le même temps, les institutions internationales tressent des couronnes à ce pays qui devrait bénéficier en 2014 d'une croissance supérieure à 5 %, la plus importante d'Amérique du Sud.

La dette est limitée à un tiers du PIB, l'industrie renaît et les réserves de devises (15 milliards de dollars) sont considérables pour un si petit marché. «Il est possible d'avoir une politique socialiste tout en préservant l'équilibre macroéconomique», déclarait récemment le ministre des Finances, Luis Arce.

Quant aux entreprises passées dans le giron de l'État, elles sont aujourd'hui gérées avec des exigences de rentabilité tout à fait classiques. Les bénéfices issus du secteur énergétique, nationalisé en 2006, et la flambée des prix du gaz ont ainsi permis de faire reculer la part de la population vivant dans une pauvreté extrême, qui est passée de 40 % à 20 %. «Il aurait été facile de gâcher cette opportunité, et la réalité c'est qu'ils ne l'ont pas fait», souligne Faris Hadad-Zervos, représentant de la Banque mondiale à La Paz.

La marge importante avec laquelle Evo Morales a remporté cette élection, considère le Figaro, montre que cette prospérité ne profite pas qu'à la population indienne.

Pour la première fois, la région riche et blanche de Santa Cruz, qui il y a encore quelques années voulait son indépendance, a voté pour lui. S'il ne renouvellera pas son score historique de 64 % en 2009, il peut aussi se féliciter d'avoir gagné dans huit des neuf départements du pays, ce qui marque une influence sans précédent de son parti, le Mouvement vers le socialisme (MAS). Le président qui ne dort que cinq heures par nuit, qui convoque ambassadeurs ou journalistes à six heures du matin, a cependant annoncé à la fin de son discours qu'il était prêt à travailler avec l'opposition... qu'il vient de laminer.

Mais qu'en sera-t-il vraiment? Quand il mâche des feuilles de coca à la tribune de l'ONU, décide de jouer dans une équipe de football de première division ou de faire tourner les horloges à l'envers pour «décoloniser le temps», Evo Morales fait sourire les Boliviens, fiers de voir leur pays faire la une de la presse internationale.

Quand il accable ses adversaires de procès, monopolise les médias, il les inquiète aussi. «Il contrôle les pouvoirs exécutif, législatif, électoral et judiciaire, avec l'élection populaire des magistrats», s'inquiète l'universitaire María Teresa Zegada. Mardi, il a annoncé sa volonté de confirmer son hégémonie lors des élections locales de 2015. Avec la majorité des deux tiers qu'il pourrait atteindre dans les chambres législatives, Evo Morales aurait aussi la possibilité de modifier la Constitution comme l'avait fait avant lui Hugo Chavez au Venezuela... et obtenir la réélection indéfinie du président, sans limite de mandats.

 

La veille du vote, le quotidien L’Humanité publiait deux papiers de l’envoyée spéciale Cathy Ceïbe :

http://www.humanite.fr/bolivie-la-societe-est-actrice-des-changements-554285

http://www.humanite.fr/bolivie-hermano-evo-le-president-des-oublies-554318

 

Le journal Le Monde a consacré dans son numéro du 11 octobre, la veille du scrutin, deux fois une demi-page à l’élection présidentielle bolivienne et à Evo Morales.

L’envoyée spéciale Chrystelle Barbier a signé deux papiers : « La popularité inoxydable d’Evo Morales » et  « Bolivie : Morales se félicite des nationalisations », sous titré : « Evo Morales s’attribue la vigueur de la croissance économique »

L’économie bolivienne a le vent en poupe. Selon les prévisions du FMI publiées le 7 octobre, avec un produit intérieur brut (PIB) en hausse de 5,2 %, le pays andin devrait enregistrer en 2014 la plus forte croissance d’Amérique latine (…).

« En ces temps de crise, les chiffres boliviens impressionnent, écrit Chrystelle Barbier. En huit ans, la richesse nationale a été multipliée par trois, passant de 9,6 milliards de dollars (7,6 milliards d’euros) en 2005 à 30 milliards de dollars (23,6 milliards d’euros) en 2013, tout comme le PIB par tête. Dans le même temps, les exportations n’ont cessé d’augmenter pour atteindre plus de 12 milliards de dollars en 2013. Une tendance qui devrait se poursuivre en 2014.

« Comme tous les pays de la région, la Bolivie vit depuis 2006 une période de bons résultats grâce à la croissance de la Chine qui a provoqué la hausse des prix des matières premières, comme les minerais et l’énergie, qu’exporte la Bolivie », explique l’économiste Luis Carlos Jemio de l’Institut d’études avancées sur le développement (Inesad), installé à La Paz.

Pour M. Morales, ces performances seraient aussi la conséquence de la fameuse « loi de nationalisation », promulguée en 2006, peu après son arrivée au pouvoir. « Nous avons rempli le mandat que nous a donné le peuple bolivien en lançant la nationalisation et vous ne pouvez pas savoir à quel point cela a changé l’économie nationale », rappelait encore le président en campagne à La Paz. Depuis huit ans, rares sont ses discours qui n’évoquent pas ce fameux 1er mai 2006, symbole de la « réappropriation des ressources naturelles » et de la « libération du peuple bolivien ».

NOUVEAU CONTRAT

M. Morales avait alors annoncé à la surprise générale la nationalisation du secteur des hydrocarbures. « A partir de cette date, les entreprises pétrolières doivent remettre le contrôle de la production à l’entreprise d’Etat YPFB », indiquait le décret.

« Ce décret a permis de récupérer la propriété des hydrocarbures et des revenus de la vente, mais les entreprises ont continué d’opérer dans le pays », précise Carlos Arze, du Centre d’études sur le développement professionnel et agraire (Cedla). Pour cet économiste spécialiste des questions d’hydrocarbures, « contrairement à ce qu’affirme Evo morales, la mesure de 2006 n’est pas une nationalisation. Les entreprises n’ont pas été expulsées et ce sont toujours elles, et non l’Etat, comme le gouvernement veut le faire croire, qui décident de l’exploitation des ressources ».

Huit ans après, la grande majorité des entreprises qui opéraient en Bolivie comme Total, Repsol ou Petrobras sont toujours là. Elles ont signé un nouveau contrat avec l’Etat bolivien et les investissements directs étrangers continuent d’arriver dans le secteur. « Les entreprises payent entre 70 et 75 % d’impôts à l’Etat », souligne M. Arze. « Finalement, l’Etat n’a pris le contrôle que de deux entreprises, en rachetant une majorité de leurs actions, ce qui lui donne le contrôle de seulement 20 % de la production nationale de gaz », souligne le chercheur Marco Gandarillas du Centre de documentation et d’information sur la Bolivie (Cedib).

« EPHÉMÈRE ET INSOUTENABLE »

Certains aimeraient qu’Evo Morales aille plus loin dans la « nationalisation » des ressources mais, à l’inverse, personne ne semble contester l’impôt allant aujourd’hui à l’Etat. « Le peuple ne le permettrait pas, avance M. Arze qui raconte que Samuel Doria Medina, candidat centriste à la présidentielle, a tenté de proposer de revenir à un 50-50 entre l’Etat et l’entreprise. « Cela a été un fiasco populaire et il a de suite retiré la proposition », précise le chercheur.

Si la manne financière engendrée par la hausse des prix a permis l’amélioration du niveau de vie des Boliviens et la baisse de la pauvreté, nombre d’économistes s’inquiètent pour l’avenir proche du pays. « Cette situation est éphémère et insoutenable », juge M. Gandarillas, qui critique la forte exposition de la Bolivie aux fluctuations des cours des matières premières. Selon des chiffres officiels, 57 % des impôts que perçoit l’Etat bolivien viennent du secteur des hydrocarbures, qui représente plus de la moitié des exportations boliviennes.

Chrystelle Barbier, comme d’autres envoyés spéciaux de la presse étrangère était aussi ce mercredi 8 et jeudi 9 octobre à El Alto, « immense ville surplombant La Paz, nichée plus bas, à 3600 m d’altitude »

« Bleu, blanc, noir… Une marée de drapeaux déferle (…) Mineurs, agriculteurs, fonctionnaires, syndicalistes… Des milliers de Boliviens ont rejoint El Alto pour apporter leur soutien à Evo Morales. « Le président doit rester, car il est de notre côté, du côté des pauvres », affirme Doña Nancy, qui tient un commerce à El Alto. « Evo Morales a réveillé les peuples indigènes et a montré le chemin », insiste la cinquantenaire, qui porte fièrement sa pollera, la jupe traditionnelle des femmes de l’Altiplano.

« Ancien producteur de coca d’origine aymara, Evo Morales Ayma est le premier président syndicaliste et indigène de Bolivie. Après son impressionnante victoire au premier tour de l’élection en 2005 avec près de 54 % des voix, beaucoup se demandaient comment le dirigeant socialiste allait s’en sortir à la tête d’un pays convulsé qui avait vu se succéder deux présidents cette même année. Neuf ans plus tard, Evo Morales a non seulement largement été réélu en 2009, mais il brigue un troisième mandat à la tête d’un pays en pleine croissance, jouissant d’une relative paix sociale.

« GRAND CONSTRUCTEUR »

« Il y a toujours des conflits dans différents secteurs, mais ils ne remettent pas en cause l’hégémonie du gouvernement », précise le politologue et spécialiste du MAS, Hervé Do Alto. Les raisons de la popularité de Evo Morales sont nombreuses, ajoute Chrystelle Barbier. Pour Pablo Stefanoni, journaliste argentin et ancien conseiller du dirigeant socialise, « Evo Morales a gardé son aura de chef populaire » et reste le « représentant d’un renouvellement de l’élite ». Depuis son arrivée au pouvoir, « l’Etat a fait une place aux indigènes et aux paysans, ce qui n’avait jamais été le cas avant ».

« Il est des nôtres, c’est un président qui est fier de ses origines », salue Clemente Paco, un agriculteur de la province d’Ingavi, venu mercredi à El Alto. « Beaucoup de Boliviens se sentent représentés par le président », souligne à son tour le sociologue George Komadina, qui rappelle aussi la reconnaissance internationale dont jouit Evo Morales.

« Les gens voient en Evo Morales un grand constructeur »

L’envoyée spéciale du Monde poursuit : « Au charisme et à l’intelligence politique du président Morales s’ajoutent les bons résultats économiques depuis 2006. En huit ans, le PIB a été multiplié par trois et le taux d’extrême pauvreté est passé de 38 % à 21 % en 2012. La loi de nationalisation de 2006, conjuguée à une hausse du prix des matières premières (pétrole, gaz, mais aussi étain), a permis à l’Etat d’augmenter les dépenses publiques au profit des plus pauvres. « Cet argent a été redistribué de manière habile dans les secteurs les plus fragiles de la société », explique George Komadina.

Le gouvernement a mis en place des bons d’aide aux personnes âgées et aux enfants scolarisés. Il a construit des écoles, des hôpitaux ou des terrains de jeux. « Résultat, les gens voient en Evo Morales un grand constructeur », analyse M.Komadina. « Dans notre région, il a fait goudronner les routes, a installé le système d’égouts et financé des tracteurs », remercie l’agriculteur Martin Mamani, de la province d’Aromas.

« ENFIN DE LA STABILITÉ »

(…) Evo Morales depuis 2009 a gagné le soutien de la population de la riche région de Santa Cruz et des entrepreneurs, qui lui étaient pourtant farouchement opposés dans un premier temps. « Ils ont choisi d’être pragmatiques et de négocier », constate Pablo Stefanoni, qui estime « qu’en plein boom économique, ils n’avaient aucun intérêt à continuer de s’opposer au gouvernement ».

Le système de pouvoir mis en place par Evo Morales n’est pas exempt de critiques, notamment dans le domaine de la justice, trop souvent mise au service de l’exécutif. « La corruption au sein des institutions a aussi été dénoncée mais très peu sanctionnée », note George Komadina, dénonçant un « hyper-présidentialisme » alors que le MAS, qui regroupe la majorité des mouvements sociaux, concentre tous les pouvoirs.

Evo Morales a aussi été très critiqué en 2013 pour avoir décidé de la construction d’une route traversant le parc naturel du Tipnis, aux dépens de communautés amazoniennes. Ce projet a entraîné une cassure au sein des peuples indigènes et poussé Fernando Vargas à se présenter pour le Parti vert de Bolivie (crédité d’à peine 1 % des intentions de vote).

« Moi, je ne trouve pas sain de ne pas avoir plus d’opposants ou de projets d’alternance dans une démocratie », indique un fonctionnaire. Peu convaincu par le gouvernement, ce jeune père de famille votera toutefois pour Evo Morales dimanche, « car le plus important pour un pays est qu’il soit stable, qu’il y ait de la continuité. Et, avec ce gouvernement, admet-il, nous avons enfin cette stabilité. »

On peut  lire aussi : http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-Bolivie-plebiscite-le-camarade-Evo-2014-10-13-1248315

(mp)

 

   

 

Et un article du MONDE DIPLOMATIQUE du 16 octobre sur le rôle des médias dans le traitement de l’information....


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