La pauvreté et l´iniquité ; des questions impératives dans l’agenda de la science

mardi 25 novembre 2014
par  RG

Portal Cubarte

Par : Ismael Clark Arxer | Source : CUBARTE

Seules, les volontés politiques des gouvernements pourront bannir définitivement de la planète la pauvreté et l’iniquité.

La pauvreté et l´iniquité ont été des questions peu abordées dans l´agenda scientifique international durant très longtemps, mais le déploiement des contradictions globales les situent chaque fois plus au premier plan.

Il y a encore quelques années, les termes prédominants dans les études et les documents du programme scientifique international étaient majoritairement ceux de connotation positive, tels que « le progrès », « le développement », « les avances », « le saut en avant » et d´autres de ce caractère. Les explications possibles pour cela sont nombreuses et, parmi elles, sans aucun doute, le caractère intrinsèquement altruiste et optimiste de l´effort scientifique.

Maintenant nous pouvons déduire comme une explication plausible pour l´irruption de nouveaux et en rien agréables termes dans l´ordre du jour, la croissante perception de la part des secteurs les plus lucides des élites dominantes dans les principaux pays riches, de la nécessité d´apporter des réponses de fondement scientifique pour affronter avec succès les contradictions aiguës qui les menacent.

Compte tenu de cette évidence, il est peut être opportun de réviser et de comparer le contenu et les résultats de certains grands rassemblements scientifiques internationaux, dotés d´une composition essentiellement similaire, mais séparés dans le temps de moins de trois décennies.

Avec l´avènement du nouveau siècle, le dilemme de la soutenabilité et de la nécessité d´une réponse aux grands changements globaux s’est révélée incontournable et, à cet égard, a eu lieu la première Conférence Scientifique organisée par les académies des sciences à l’échelle mondiale. Son slogan thématique était précisément « la transition vers la soutenabilité au XXIe siècle ».

Lors de cette importante réunion, qui a rassemblé des représentants de plus de soixante académies des sciences de tous les continents, des questions cruciales à l’échelle globale ont été discutées en profondeur, telles que les sources d´énergie, la disponibilité de l´eau potable, le taux élevé de croissance de la population ou les maladies, parmi d’autres.

Toutefois, il n’y a eu aucune référence pertinente pour les problèmes de la pauvreté et de l´inégalité sociale, ni pour le problème de l´accès universel aux droits de l´homme considérés fondamentaux comme l’alimentation et la santé. Le texte alors convenu se référait à ces questions en termes que beaucoup pourraient qualifier, à juste titre, de timides :

« Même en prenant en compte les nombreuses réalisations positives dans l´utilisation de la science, les défis à venir seront énormes et d’une très rapide évolution. La faim et la pauvreté existent encore dans d’importantes parties du monde. Les tendances mondiales quant au changement climatique, à la dégradation de l´environnement et les disparités économiques sont des préoccupations croissantes ».

Ceux qui ont eu l´opportunité de participer à ces sessions, ou ceux qui ont consulté les documents nés de celles-ci et qui se conforment strictement à ses résultats, peuvent encourir la naïveté de penser que le bien-être futur de l´humanité dépend essentiellement de l’application cohérente des principaux chemins suggérés emphatiquement dans ses recommandations.

À cette occasion, on a examiné des affaires importantes comme la nécessité d´améliorer l´éducation scientifique et la préparation du personnel pour la science ; de construire un réseau mondial d´information, d’impulser la génération de nouvelles connaissances et d’appliquer, en fin de compte, les valeurs de la communauté scientifique et technologique pour la construction du développement durable.

Les représentants scientifiques alors réunis ont mis l’accent (à juste titre) de mettre en garde que : « Pour préserver le bien-être humain à long terme, il est mathématique que les gens se meuvent vers de nouvelles formes de satisfaire les nécessités humaines, en adoptant des patrons de production et de consommation qui maintiennent les systèmes de soutien de la vie sur la Terre et de sauvegarder les ressources nécessaires pour les générations futures ».

À la fois et sans plus autres commentaires ils avertissement : « Si les tendances actuelles en termes de croissance de la population, de consommation d´énergie et de matérielles et de dégradation de l´environnement se poursuivent, de nombreuses nécessités humaines ne pourront pas êtres satisfaites et le nombre de personnes pauvres et affamées augmentera ».

Depuis lors, le problème de la pauvreté est passé à un plan d´attention préférentielle pour des raisons politiques. Au printemps 2010, la présidence espagnole de l´Union Européenne a décidé de convoquer et de réaliser, avec un fort relief médiatique, une conférence internationale intitulée « La Science contre la pauvreté », afin de « trouver des solutions pour lutter contre les inégalités et la pauvreté à travers la science et l´innovation ».

L´objectif proclamé était de présenter les conclusions au conseil des ministres européens de cette même année. Selon mon modeste avis, sur la table était présente, sans la mentionner, la question de savoir comment soulager la pression migratoire vers les pays de l´UE, encourager des conditions de vie moins pénibles pour les vastes légions de pauvres en Afrique et dans d´autres régions, qui voient leur seul espoir de subsistance personnelle et familiale dans l’émigration vers les pays de l’appelé « premier monde ».

Dans tous les cas, le plus significatif semble être mentionné par la ministre espagnole de l’époque lors de sa convocation, je cite : « Plus de 80 % des articles publiés dans les influentes revues internationales et plus de 90 % des brevets enregistrés dans le bureau des brevets et des marques étasuniens viennent des pays développés. De même, environ 60 % des brevets mondiaux sont produits en Chine, au Japon et aux États-Unis et seulement 600 sociétés privées possèdent 80 % de ceux-ci ».

Il n´est pas possible d´avoir un doute, devant l’ampleur de ces chiffres, sur la nécessité de savoir jusqu’à quand pourra continuer à s´étendre la contradiction entre le caractère chaque fois plus universel de la connaissance et de la technologie et l’injuste forme d´appropriation des bénéfices de son application qui prévaut actuellement.

La question est loin d´avoir une solution simple. Une personnalité reconnue du milieu scientifique international, ayant un doctorat de l’Université d’Harvard et étant depuis plusieurs années vice-président de la Banque Mondiale, l´Egyptien Ismail Serageldin, a exposé de manière élégante mais énergique le fond des contradictions existantes dans un article publié dans la notable revue Science en 2002. Il a écrit dans cet article :

« Du côté positif, la science peut aider à nourrir les affamés, guérir les malades, protéger l´environnement, assurer la dignité avec le travail et créer un espace pour la joie et l´auto expression. Du côté négatif, le manque des opportunités pour l´éducation et le développement des nouvelles technologies accentuera la division entre les riches et les pauvres. Comme moyen et exprimé « par habitant », les pays riches ont un revenu 40 fois supérieur par rapport au pays pauvres, mais ils investissent 220 fois plus dans la recherche ».

Ensuite, le spécialiste qui dirige depuis plusieurs années la célèbre Bibliothèque Alejandrina, disait : « À ces tendances préoccupantes on doit ajouté le défi spécial de l’émergence du secteur privé, qui gère la science et garde pour lui les connaissances par le biais des droits de propriété intellectuelle, empêchant le libre accès pour la recherche et le partage des bénéfices avec les pays pauvres qui ne peuvent pas se permettre son paiement ».

Le spécialiste conclu son article avec une citation du célèbre historien de la science, le mathématicien polonais nationalisé britannique J. Bronowski (1908-1974) : « Ceux qui pensent que la science est neutre sur le plan éthique, confondent les découvertes de la science, qui le sont, avec l´activité de la science qui ne l’est pas ». De toute évidence, les entités qui réunissent et soi-disant mobilisent les scientifiques du monde devraient garder à l´esprit cette affirmation lucide.

Significativement, la question de l´inégalité et de ses conséquences est l’objet direct d’attention depuis un certain temps par les chercheurs scientifiques. La mentionnée revue Science, éditée par l´Association Américaine pour l´Avance de la Science (AAAS, par son sigle en anglais), a publié un numéro dédié à ce sujet en 2014.

Il est révélateur d´examiner le titre et les principales considérations des articles qui y sont publiés. Celui intitulé « La science de l’iniquité », signé par deux membres importants de son éditorial, G. Chin et E. Culotta, appelle l’attention sur ce que beaucoup tiennent pour acquis que les gouvernements de certains pays à économie émergente ont décidé de favoriser la croissance économique au détriment d´une inégalité croissante, étant entendu que « la marée montante lève tous les bateaux ». Les auteurs suggèrent qu´il n´y a aucune preuve à l´appui de cette hypothèse et de nombreux éléments démonstratifs dans le sens opposé.

Un autre travail intéressant dans ce même numéro, sous la signature du célèbre économiste australien Martin Ravillion (1952...), met directement sous le microscope la corrélation entre la pauvreté et l´iniquité. À la suite de ses analyses, l´auteur dit que « la croissance, en général, a contribué à réduire l´incidence de la pauvreté absolue, mais elle est moindre quand l’iniquité est majeure dans un pays donné » et il termine en concluant « une forte iniquité menace de retarder les perspectives de succès futurs contre la pauvreté dans la mesure où elle ralentit les perspectives de croissance ».

Avec tout ce panorama complexe comme toile de fond, un nouveau rendez-vous académique mondial de structure similaire et ayant une plus grande représentation qu´en 2000, a eu comme siège la ville de Rio de Janeiro en 2013. Cette fois la devise de la convocation reflète l´ampleur cumulative des problèmes auxquels nous faisons allusion : « Les Grands Défis et les Innovations Intégrées pour le Développement Soutenable et l’Éradication de la Pauvreté ».

A cette occasion, la réflexion finale résultante de la réunion, publiée sous le nom de « Carte de Rio », appelle par son nom les dilemmes cruciaux : « Éradiquer la pauvreté et obtenir un développement soutenable requièrent d’affronter d’énormes défis clés dans des domaines comme la santé, l’alimentation, l’énergie, la biodiversité, le climat, la gestion des catastrophes, l´éducation et le mode de gouvernement, parmi d’autres ».

En ce qui concerne les rôles et les devoirs de ceux qui travaillent dans la science, la Conférence a demandé aux Académies des Sciences de « déclarer leur responsabilité envers la société » et de travailler, aussi bien individuellement qu’ensemble, sur de nouveaux buts tels que la connexion vers des objectifs sociaux de la recherche fondamentale à long terme et, en particulier, de travailler pour l´intégration de la connaissance par le biais de la recherche interdisciplinaire et de l’application interdisciplinaire qui essaient de se concentrer sur les objectifs locaux et suivre une orientation vers des problèmes concrets.

Il n’y a aucun doute que les académies ont devant elles le chalenge moral de relever ces défis dans leur systématique travail consultatif et de diffusion des connaissances scientifiques. Toutefois, ce seront les volontés politiques des gouvernements et l´intronisation d´une véritable relation mondiale de paix et de coopération entre les pays, par opposition à la guerre et à la spoliation, qui pourront bannir un certain jour et définitivement de la planète la pauvreté et l’iniquité.


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