Le blocus contre Cuba, l’autre mur à abattre

mardi 23 décembre 2014
par  Cathy Ceïbe

Un article de CATHY CEÏBE dans le quotidien L’Humanité du 19 décembre 2014

Sur la photo/logo de l’article les cubains sont dans la rue et applaudissent à la libération de Gerardo Hernandez, Ramon Labañino et Antonio Guerrero. ces agents cubains qui étaient prisonniers aux États-Unis depuis 1998 faisaient partie des « Cinq de Miami ». Les deux autres, René Gonzalez et Fernando Gonzalez, avaient déjà été relâchés.

Cuba a imposé que le dialogue l’emporte sur la déraison d’une guerre anachronique !

“Volveran”, avait promis Fidel Castro. Mardi, c’est l’actuel président cubain, Raul Castro, qui a annoncé le « volvieron » tant attendu. Seize années durant, le retour des cinq agents antiterroristes cubains injustement emprisonnés aux États-Unis s’est imposé comme une exigence du respect du droit. Ils sont enfin revenus.

À Cuba, le 17 décembre n’est pas une journée de fête nationale, mais c’est désormais tout comme, pour ainsi dire. Les Cubains sont descendus dans les rues avec des drapeaux, comme souvent lors de leurs manifestations, symbole par excellence de leur souveraineté, pour célébrer la libération de Ramon, Antonio, Gerardo, les trois manquants des « Cinq de Miami », comme on les appelle communément. Des héros aux yeux de leurs compatriotes. Les scènes de joie ont précédé des instants de grave silence.

Rarement un pays avait été autant suspendu au discours de leur président, mais également à celui du président du pays voisin, les États-Unis qui, depuis cinquante- trois ans, ont fait de l’ingérence et des coups tordus contre La Havane une posture inébranlable.

Le plaisir de voir de nouveau les « Cinq » réunis au pays s’est confondu avec les déclarations officielles de Raul Castro et de Barack Obama annonçant enfin le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays. Le dialogue l’a finalement emporté sur la déraison d’une guerre anachronique.

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Ramon, Antonio, Gerardo, les trois manquants des « Cinq de Miami » reçus par Raul Castro

« Nous sommes tous des Américains », a déclaré Barack Obama, reprenant ainsi à son compte le «  Je suis un Berlinois  » prononcé par Kennedy du temps de la guerre froide.

Dans son allocution de mardi, le président des États-Unis n’a pas eu d’autre choix que d’admettre l’échec de la stratégie de la Maison-Blanche à l’encontre de Cuba. La normalisation des relations entre La Havane et Washington vient enfin mettre un terme à une anomalie historique.

À de rares exceptions près – des cercles anti-castristes de Miami aux opposants à Cuba en passant par les républicains ou encore certains spécialistes et personnalités qui ont fait de «  l’anti-Cuba  » leur fonds de commerce –, le retour au dialogue a été vivement salué de par le monde.

Le Vatican a été l’un des premiers États à se réjouir de cette décision, le pape François la qualifiant «  d’historique  ». La diplomatie ecclésiastique aura été l’une des chevilles ouvrières du rapprochement entre les deux pays et des discussions qui se sont déroulées dans le plus grand secret au Canada depuis le printemps 2013.

Les nations d’Afrique ou encore la Chine et le Vietnam, partenaires de Cuba, se sont joints au concert de satisfaction. «  La guerre froide doit être terminée une fois pour toutes  », a déclaré le président français François Hollande.

Une «  rectification historique  » 
de l’administration américaine

Les félicitations les plus appuyées sont bien sûr venues d’Amérique latine. «  Je crois que c’est un moment qui marque un changement dans la civilisation, qui montre qu’il est possible de rétablir des relations interrompues depuis de nombreuses années  », a estimé la présidente du Brésil, Dilma Rousseff, à l’occasion du sommet du Mercosur en Argentine.

Son homologue du pays hôte, Cristina Kirchner, «  combattante de la justice sociale  » qui n’aurait jamais cru voir cela de son vivant, selon sa formule, a salué «  le peuple cubain et son gouvernement pour avoir initié un processus avec une absolue dignité et sur un pied d’égalité  » avec les États-Unis.

Le président du Venezuela, Nicolas Maduro, a, quant à lui, relevé «  la rectification historique  » de l’administration américaine, insistant sur «  le geste du président Barack Obama, un geste courageux et nécessaire dans l’Histoire  ». « Il s’agit peut-être de l’initiative la plus importante de sa présidence », a-t-il souligné alors que les relations entre leurs pays sont des plus tendues.

C’est un «  espoir pour la paix  », a soutenu le chef de l’État colombien, le conservateur Juan Manuel Santos.

Depuis de nombreuses années, les présidents d’Amérique latine n’ont eu de cesse de réclamer la fin des hostilités, Cuba étant à leurs yeux le symbole d’un pays libre et indépendant face aux pressions impérialistes. Ces quinze dernières années, avec l’avènement de gouvernements de gauche dans le sud continent, le rapport de forces s’est même inversé.

Pour l’avocate et écrivaine états-unienne, Eva Golinger, «  l’union de l’Amérique latine a joué un rôle énorme  » en faveur de la normalisation de la situation. Selon elle, la «  vision d’intégration dans la région  » et «  l’isolement de la politique et la domination historique des États-Unis  » ont pesé dans la décision de Washington.

Barack Obama avait-il le choix ?

Pas un sommet continental ne s’est dernièrement déroulé sans un rappel à l’ordre concernant la mise à l’index de Cuba des rencontres officielles, à commencer par les réunions de l’Organisation des États américains (OEA) dont Cuba a été exclu en 1962.

Cette mise au ban décrétée de manière unilatérale par le bureau Ovale, et bien d’autres encore, ont conduit les nations de l’hémisphère Sud à fonder des institutions alternatives telles que la Communauté des États américains et de la Caraïbe ou encore l’Union des Nations sud-américaines dont sont exclus les États-Unis. Ces derniers se sont retrouvés isolés sur le plan diplomatique. Un boycott politique du prochain sommet de l’OEA qui aura lieu l’an prochain au Panama n’est pas écarté si Cuba n’est pas invitée à y participer.

Si la restauration des relations diplomatiques est un bouleversement des rapports dans la région et à une échelle internationale, elle ne met pas un terme au conflit tant que les sanctions économiques et financières à l’encontre de Cuba ne seront pas levées.

«  Nous espérons voir davantage que les initiatives annoncées, que le blocus contre Cuba soit définitivement levé et que les relations soient normalisées pour le bien de l’ensemble de la région  », a demandé le ministre chilien des Affaires étrangères, Heraldo Munoz.

Sur ce terrain également, les États-Unis se sont marginalisés. Lors de la dernière Assemblée générale des Nations unies en octobre, seul Israël a voté avec eux en faveur du maintien du blocus.

Dans son discours, Barack Obama a fait état de plusieurs mesures telles qu’un assouplissement des restrictions de voyages imposées aux Cubains vivant aux États-Unis. La diaspora pourra dorénavant envoyer jusqu’à 2 000 dollars par trimestre à leurs familles contre 500 actuellement. Les voyageurs états-uniens seront désormais autorisés à utiliser leurs cartes de crédit à Cuba. Des institutions américaines pourront même ouvrir des comptes dans des organismes financiers cubains.

D’aucuns considèrent que ces mesures constitueront un appel d’air pour la fragile économie cubaine. Mais très en deçà des cent treize milliards de dollars dont a été privée la Grande Île depuis que les États-Unis ont décrété l’embargo en 1962.

«  Dans les années 1960-1970-1980, (ils) ont évoqué l’intervention cubaine en Afrique pour aider les pays comme l’Angola et la Namibie à obtenir leur indépendance, pour justifier leur hostilité vis-à-vis de Cuba  », a rappelé au micro de France Info, l’enseignant et spécialiste de Cuba, Salim Lamrani. Interventions pourtant décisives pour endiguer le régime d’apartheid en Afrique du Sud.

«  Depuis 1991 et l’effondrement de l’Union soviétique alors que les États-Unis auraient dû normaliser leurs relations avec Cuba, ça n’a pas été le cas  », poursuit-il en insistant sur le fait que Washington a même renforcé le blocus avec les lois Helms and Burton ou encore Toricelli qui sanctionne également les pays qui ont des relations commerciales avec la Grande Île.

Il faut maintenir la pression 
pour lever le blocus

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«  Le blocus n’est pas seulement un embargo des produits américains sur Cuba, il a un caractère planétaire. Toute entreprise, quelle que soit son implantation dans le monde, qui a plus de 10 % de technologie américaine se voit interdite de commercer avec Cuba.

Cela touche un nombre important d’entreprises françaises. Le rachat de la branche énergie d’Alstom par General Electric va contraindre l’entreprise à se retirer de Cuba. Cela aura des incidences à hauteur de 30 % pour l’énergie cubaine.

Les banques non plus ne peuvent s’installer à Cuba sauf à être frappées de fortes amendes comme ce fut le cas pour BNP-Paribas. C’est ubuesque  », dénonce André Chassaigne, président du groupe d’amitié France-Cuba de l’Assemblée nationale. Pour le député communiste, «  la priorité des priorités est la levée du blocus qui asphyxie l’économie cubaine et qui a des conséquences terribles y compris pour le peuple. Les conditions politiques sont réunies.

Pour la vingt-troisième année consécutive, l’Assemblée générale des Nations unies s’est prononcée en faveur de la levée du blocus.

La déclaration de Barack Obama va dans ce sens même si cela sera très compliqué au sein du Congrès américain. Il faut maintenir la pression, et continuer d’interpeller le gouvernement français pour qu’il agisse en faveur de la levée du blocus  ».

La «  première  » puissance mondiale est au pied du mur, celui-là même qu’elle a érigé et consolidé. Il lui faudra abattre cet avatar pour être en phase avec les avancées inédites de ces dernières heures.


Commentaires

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dimanche 28 décembre 2014 à 08h06 - par  rico

Bonjour, je crois que nous ne devons pas verser dans l’excès.Ni dans l’euphorie car effectivement le plus dur commence peut-être pour les Cubains et leur voie originale de développement, sauront-ils en préserver les acquis ?Réussiront-ils à réaliser ce que d’autres nations n’ont su faire en alliant divers modèles économiques ?Seul l’avenir pourra y répondre mais je crois qu’ils n’ont pas fini de nous surprendre par leurs capacités de réflexion et d’adaptation...
D’un autre côté il ne faut pas non plus diaboliser la "normalisation" des rapports entre les deux nations, cela fait tant de temps qu’elle est attendue...Restera à voir dans quelles mesures cette dernière s’appliquera...
Quid du blocus ?....Quid de la fermeture de la prison de GUANTANAMO et de la restitution de ce territoire à la grande île ?...Quid enfin (provocateur encore que...) de remboursement au peuple Cubain, de sommes conséquentes, suite à un demi siècle de privations endurées ?...
Là aussi seul l’avenir nous le dira mais nul doute que nous vivons des moments historiques gageons que ce ne soit que dans le seul but de respect et reconnaissance mutuels.

Logo de Sacrepeigne
vendredi 26 décembre 2014 à 08h27 - par  Sacrepeigne

Est-ce une si bonne nouvelle que çà ?nous sommes allés à Cuba en 2013 malgré l’embargo j’ai vu des gens vivant peut-être simplement mais préservé de toutes les modernités à outrance.Il faut peut-être s’intérroger,qu’est-ce que le bonheur ?C’est vrai qu’il y a des progrés à faire en matière de liberté de circuler etc.L’avantage de l’embargo c’est que Cuba pourra exporter ses produits agircoles etc.La crainte qui me tenaille c’est lorsque j’entends Obama parler d’échanges commerciaux,çà veut dire inonder Cuba de produits américains mais en sens contraire,que nenni,il n’y a qu’à en parler de l’Amérique du Sud pour s’en convaincre.J’ai entendu le PDG de Ricard se féliciter de cette levée pour s’approvisionner en rhum et renforcer son monopole pour son entreprise.N’allons nous pas à un retour en arrière avec la période Batista où Cuba était un lieu de monopole et de débauches pour les américains,voilà il y a beaucoup à dire encore sur les bonnes intentions américaines et je ne voudrais pas que ce peuple très attachant soit asservi par l’impérialisme américain.Il y avait d’autres solutions.Cordialement MS

Logo de Jacques JAUSSERAN
jeudi 25 décembre 2014 à 19h27 - par  Jacques JAUSSERAN

Celà tempère cette victoire de la raison, car la levée du blocus est indispensable pour qu’enfin l’économie cubaine fonctionne normalement.
Les pertes sont énormes, il a fallu la volonté des Cubains pour tenir, mais on peut espérer maintenant !

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