SANS PRETEXTES POUR TUER

mercredi 11 février 2015
par  RG

Ci-après un texte de Jorge Gómez Barata, journaliste cubain, suite aux assassinats du mois de janvier ;

C’est notre ami Julio César Pardo (voir post scriptum) qui nous a fait le plaisir de nous le transmettre avec la lettre de remerciements qu’il lui a adressée.

SANS PRETEXTES POUR TUER

Jorge Gomez Barata (*)

« Le dessin, disait René de la Nuez, le grand caricaturiste cubain décédé il n’y a pas longtemps, c’est le plus universel des langages. Ce sont des dessins qui ornent la grotte d’Altamira. Ecrire, c’est dessiner les sons ».
« Dessiner – me racontait-il – c’est le propre des gamins et des gamines. Les enfants dessinent avant même de parler, de lire ou d’écrire. Tous les dessins d’enfants sont des caricatures ».

Les jeunes hommes qui ont fait irruption dans la rédaction de « Charlie Hebdo » pour venger avec des balles les offenses supposées faites avec des crayons, ces jeunes hommes ont, sûrement, quelquefois, fait des dessins et, en étant nés en France, les frères Saïd et Chérif ont connu « le Petit Prince », le livre français le plus lu, traduit et édité de tous les temps. Un livre pour enfants qui raconte l’histoire avec des dessins. Son auteur, Antoine de Saint-Exupéry, avait choisi comme scène le Sahara, un décor arabe.

Ecrit et publié aux Etats-Unis en 1943, au moment où sa patrie, la France, était occupée par les nazis, le Petit Prince raconte l‘histoire d’un aviateur perdu au beau milieu du désert, où il rencontre une créature d’une autre planète. Un enfant qui semble un prince.

Avec des traits d’une émouvante naïveté, plus qu’avec des mots, Saint-Exupéry raconte l‘histoire d’un enfant qui, ayant dessiné un boa qui avait avalé un éléphant, ce qui l’avait déformé, faisait penser aux adultes qu’il s’agissait d’un chapeau.
Quand l’enfant demande à l’aviateur de lui dessiner un mouton, celui-ci n’ayant pas de dispositions pour l’art du dessin, s’en sort en dessinant une boîte dans laquelle, lui dit-il, est enfermé le mouton. Le Petit Prince accepte l’explication.

Il ne s’agit pas d’une fraude mais d’une fantaisie qu’ils vivent et savourent ensemble, tandis que l’homme répare son avion et lui raconte des contes. Dans l’un de ces contes, ils arrivent à la conclusion que « seulement le cœur est capable de voir l’essentiel de ce qui ne peut être aperçu avec les yeux »

« L’art du dessin – expliquait René – montre ce que les gens ne voient pas… Les artistes ne sont pas plus intelligents mais plus sensibles, c’est peut-être à cause de cela qu’ils souffrent davantage… »

Nous n’arrivons pas à nous rappeler un fait aussi barbare commis contre des journalistes que les assassinats des membres de l’hebdomadaire Charlie Hebdo. Deux fanatiques pénètrent dans la rédaction tandis que les journalistes sont en conférence de rédaction et, froidement, l’un après l’autre, comme dans un rituel macabre, abattent à coups de feu les caricaturistes dont le seul péché était celui de dessiner.

La réponse n’est pas de demander aux dessinateurs qu’ils cessent de dessiner, de demander aux écrivains de ne plus écrire, de demander aux critiques de ne plus critiquer.
Il s’agit, plutôt, de prier les assassins qu’ils s’arrêtent de tuer, de les empêcher de le faire, et de leur demander que, quand ils tuent, au moins, ils ne le fassent pas au nom de Dieu, du Prophète ou de la foi.
Il faut les prier, haut et fort : Ne tuez pas l’enfant qu’il y a dans tout homme ! Ne tuez pas ceux qui dessinent, ceux qui écrivent, ceux qui pensent et créent ! De préférence : Ne tuez personne !
« Allà nos vemos » (N du T : Jorge Gomez Barata finit toujours ses écrits avec cette formule qui peut se traduire très approximativement par : « À plus »).

(*) Jorge Gómez Barata est professeur, journaliste d’investigation cubain et auteur de nombreuses études sur les USA.


MERCI A JORGE GOMEZ BARATA

Julio César Pardo

Qui peut remercier de ma part Jorge (Gomez Barata) d’avoir écrit cet article ?
Après avoir lu, ces derniers temps, tant d’imbécilités concernant ce qui vient de se passer à Paris, cela fait vraiment du bien d’entendre une voix rationnelle telle que celle de Jorge.

J’ai assisté hier matin aux obsèques de Charb, le dessinateur assassiné (47 ans) directeur du journal Charlie Hebdo.

La dépouille mortelle est arrivée jusqu’à l’estrade portée sur les épaules de six camarades, tandis que se faisaient entendre les notes de « l’Internationale ».
La moitié de la salle (il y avait à peu près 2000 personnes) écoutait la musique le poing gauche brandi tandis que l’on suivait du regard la dépouille de notre camarade assassiné.

Parmi d’autres, ont prononcé des discours : Pierre Laurent, secrétaire national du Parti communiste français, et Jean-Luc Mélenchon, ex-candidat du Front de gauche à la dernière élection présidentielle (Front qui regroupait le Parti communiste, le Parti de gauche et d’autres partis de gauche) (N du T : il y a des éclaircissements dans le texte qui peuvent étonner le public français. Il faut tenir compte du fait que ce texte est adressé à l’origine à un public latino-américain).

Tout à fait normal : Charb a toujours voté communiste.

Certaines personnes avaient conseillé à Charb de modérer ses caricatures (qui, contrairement à ce que l’on dit souvent, n’ont jamais été méprisantes pour le peuple ou la culture arabe) en raison des menaces de mort qui pesaient sur le dessinateur depuis plusieurs années.

Sa réponse était, invariablement : « Je préfère mourir debout que vivre à genoux » (C’est drôle… cette phrase me fait penser au Che Guevara. Va-t-on savoir pourquoi !).
Et c’est comme cela qu’il est mort : debout, solidement appuyé sur ses convictions profondément humanistes.

Tous ceux qui accusent les dessinateurs de Charlie Hebdo (parmi d’autres horreurs) d’être, par exemple, des « Anarchistes de droite » - Guillermo Almeyra dans Argenpress, mais il est loin d’être l’unique - (Peut-être que le Che et Fidel Castro étaient des anarchistes de droite et je ne l’avais jamais su. Tous les jours on apprend de nouvelles choses, vraiment …) ignorent, sûrement, que les publications satiriques concernant l’intégrisme islamiste (celui qui assassine des jeunes filles adolescentes pour les punir du blasphème de vouloir apprendre à lire et écrire) ne représentaient que un pour cent du matériel du magazine. Ils ignorent, sûrement, que la lutte contre la discrimination raciale ou culturelle, la lutte contre le colonialisme, la défense du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes constituaient le « gros » du matériel hebdomadaire.

Ces journalistes soi-disant « de gauche » (Le sont-ils vraiment ? J’ai toujours cru que l’une des vertus fondamentales de la gauche était celle d’être objectivement renseigné par rapport à la réalité qui nous entoure. Peut-être, sans le savoir, ai-je interprété incorrectement pendant tout ce temps Marx et Engels…).
Ces journalistes que je lis dans Argenpress et qui qualifient l’obscurantisme religieux islamique de « révolutionnaire » par le seul fait que celui-ci traite les Etats-Unis de « Grand Satan »
.

Ont-ils oublié, peut-être, que Hitler, Mussolini et l’empereur Hirohito, aussi, étaient « contre » les Etats-Unis pendant la Deuxième Guerre mondiale ?

Regardez, c’est incroyable ! A mon âge, presque canonique, je viens de réaliser que tous ces gens-là (Hitler et Cie) étaient, en fait, de grands révolutionnaires !

Certains de ces journalistes qui se disent de gauche (?) pensent être très astucieux et très originaux titrant leurs articles « Je ne suis pas Charlie »
.
Ils pourraient créer une association politique internationale en collaboration avec l’unique politicien d’ici (France) qui a, aussi, affirmé « Je ne suis pas Charlie ». Il s’agit de Jean-Marie Le Pen, le « Président d’Honneur » du parti d’extrême droite « Front national » (Parti nationaliste qui soutient des thèses anti-immigration et discriminatoires par rapport à certaines ethnies). Ce parti a été, et continue d’être, l’une des cibles les plus satirisées par Charlie Hebdo.

L’on pourrait ajouter tant de choses…

Mais Jorge (Gomez Barata) avec son habituel talent l’a déjà très bien exprimé en peu de mots et de façon très poétique.

Merci encore, Jorge

AQUEL ABRAZO y… Alla nos vemos. (N du T La formule « cette embrassade-là » – traduction presque impossible ! – c’est la traduction en espagnol d’une formule brésilienne à l’origine. Julio Pardo reprend par la suite la formule habituelle avec laquelle Jorge Gomez Barata clôt ses écrits)


Julio César Pardo

Musicien compositeur argentin, né en Uruguay, membre actif de Cuba Si France, association qui a parrainé (avec la collaboration de Mutopia) la création à Amiens en 2011 de sa symphonie « Mort et Renaissance », écrite en hommage à Ernesto Che Guevara, et sa postérieure création à Cuba en 2013 (à Santa Clara et à la Havane) en collaboration avec l’I.C.A.P. (Institut Cubain d’Amitié entre les Peuples). (Le dessinateur Wolinski était le président d’honneur de Cuba Si France)

La création de sa symphonie faisait partie d’une série d’événements en hommage aux Che parmi lesquels comptait l’exposition des dessins de Charlie Hebdo avec la participation de tout le staff des dessinateurs.


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