Cuba et Internet . Qui bloque qui ?

samedi 14 février 2015
par  Traduit par Michèle Claverie

Un article d’Atilio A.Boron traduit par notre amie Michèle Claverie, journaliste à Radio Havane Cuba, originaire de Toulouse, ville où elle animait le comité de France Cuba.
Merci à cette nouvelle collaboratrice.

Les chaines du blocus !

La nervosité qui s’est emparée de la droite latino-américaine avec « la normalisation » des relations entre les États-Unis et Cuba a déclenché une série de réactions) qui défigurent la réalité d’une manière stupéfiante . La colonne d’Andres Oppenheimer [1] dans La Nación del Martes, du 2 février au titre éloquent:t « La clef de la liberté à Cuba est l’accès à Internet » nous en offre un exemple.

L’auteur de l’article , connu par son viscéral rejet de (SA HAINE VISCÉRALE À L’ÉGARD DE) toute l’œuvre de la Révolution Cubaine , se demande si « le régime cubain acceptera l’aide étasunienne pour étendre l’accès à Internet. Un peu plus loin il rappelle que dans son discours du 17 décembre 2014, Obama a déclaré que « Washington éliminera plusieurs règlementations qui empêchaient les entreprises étasuniennes d’exporter des smartphones , software d’Internet et d’autres équipements de télécommunications, mais à juger par ce que me disent plusieurs voyageurs qui reviennent de l’île , il y a de bonnes raisons pour être sceptiques sur le fait que le régime cubain le permette.

La fin de son article est d’anthologie : « Washington devrait se centrer sur Internet. Et si Cuba ne veut pas parler de cette question, les États-Unis et les pays latino-américains devraient dénoncer le régime cubain pour ce qu’il est : une dictature militaire qui n’a plus d’excuses pour continuer d’interdire l’accès à Internet dans l’île ».

« Le fait de qualifier Cuba, de manière inouïe , de dictature militaire » qui dans un examen d’Introduction à la Science Politique mériterait le fulminant ajournement d’un étudiant qui oserait manifester une boutade de ce type (qui n’est pas la même chose qu’une idée, un peu de respect pour Hegel, s’il vous plaît ). Oppenheimer n’est pas un de ces énergumènes qui pullulent à la télévision nord-américaine, qui violent en série les normes plus élémentaires du métier de journaliste.

Mais la nervosité et le désespoir qui s’est emparé des groupes anti-castristes de Miami – chaque fois plus réduits et discrédités- doivent l’avoir incité et encouragé à écrire une note où foisonnent les mensonges. Je me limiterai à en signaler trois.

Premièrement, on ne peut pas ignorer que c’est à cause du blocus que Cuba est entré partiellement et tardivement dans le cyberespace, et qu’au moment de l’expansion vertigineuse de haut débit et de l’Internet, la Maison Blanche a fait pression brutalement sur ceux qui offraient ces services à l’Ile pour qu’ils les interrompent immédiatement, ordre qui bien sûr n’a pas pu être désobéi par les petits pays de la zone des Caraïbes.

C’est pourquoi, jusqu’à l’arrivée du câble sous-marin provenant du Venezuela, il y a un peu plus d’un an, la connexion à Internet à Cuba se faisait exclusivement par satellite, Maintenant, il existe ce lien physique , mais malheureusement , le gros du grandissant trafic cubain doit encore transiter par des liens satellitaires lents et très couteux et avec un débit absolument insuffisant. Problèmes qui ne sont pas dus à une décision de La Havane , mais à l’aveuglement de Washington.

Deuxièmement, avant de se demander si La Havane acceptera l’aide que promet Obama, il conviendrait que Oppenheimer vérifie si Washington acceptera de mettre fin au siège informatique contre Cuba. Son argument paraît venir d’une chanson pour enfants de María E. Walsh : « Le règne de l’envers ». Ce n’est pas Cuba qui,face à l’arrivée de la révolution des communications a décidé de se faire un harakiri informatique mais c’est l’empire qui, conscient de l’importance de ces nouvelles technologies , a étendu la portée de son criminel blocus pour inclure aussi Internet.
Tous ceux qui ont visité ce pays savent que l’on ne peut accéder à de très nombreux sites du réseau , ni disposer des principaux instruments de navigation dans le cyberespace.

Si vous essayez vous verrez apparaitre presque invariablement fatidique message « Erreur 403 », disant quelque chose comme « Depuis le lieu où vous vous trouvez , vous ne pouvez ) pas accéder à cet URL ou un autre plus éloquent : « Le pays où vous êtes a l’interdiction d’accéder à cette page » On ne peut pas utiliser Skype, Google Earth, ou les plateformes de développement de collaboration Google Code y Source Force, ou télécharger librement les applications de l’Android.

Et quand c’est possible, le débit réduit rend pratiquement impossible de travailler avec un minimum de rapidité et d’efficacité. Tout ceci , est-ce la faute du gouvernement cubain ? Au milieu de l’année dernière le CEO de Google, Eric Schmidt , a emmené une délégation qui a visité Cuba en réponse aux accusations disant que le géant informatique bloquait l’accès à ses services.
Après avoir vérifié que plusieurs produits de Google n’étaient pas disponibles Schmidt a signalé indirectement le responsable en disant que « les sanctions étasuniennes contre Cuba défiaient la raison ».

Troisièmement , peut-être que Oppenheimer a raison dans son scepticisme, mais non à cause de Cuba mais des États-Unis. Car on ne peut pas oublier qu’au début de son premier mandat Obama avait alors promis ce qu’il a de nouveau promis il y a un peu plus d’un mois : adoucir certaines sanctions appliquées aux entreprises informatiques qui font du commerce avec Cuba. Qu’est ce qui est arrivé ?La loi Torricelli, de 1992, avait permis la connexion à Internet par transmission satellite mais avec une restriction décisive : que chaque prestation soit traitée avec des entreprises étasuniennes ou ses filiales après l’approbation du département du Trésor. Ce dernier a imposé des limites strictes et il a établi des sanctions extraordinaires – par exemple , des amendes de 50000 dollars pour chaque violation – pour qui favoriserait , aux États-Unis ou en dehors , l’accès des Cubains au réseau.

Ce qu’a fait Obama , en mars 2010, a été d’éliminer certaines de ces sanctions , spécialement pour les entreprises qui facilitent gratuitement des applications de courrier électronique , chat et similaires. Malgré cela, en 2012, la succursale au Panama de la compagnie Ericsson a dû payer une amende de presque deux millions de dollars au Département du Commerce des États-Unis pour avoir violé les restrictions d’ exportation d’équipements de communication à Cuba . Comme toujours : les États-Unis soufflent le chaud et le froid. C’ est pourquoiI l’accessibilité sans restrictions au réseau continue de se heurter aux chaînes du blocus. « La cyberguerre « que Washington a déclaré à Cuba , un pays qui continue d’être scandaleusement inclus dans la liste des « promoteurs du terrorisme » continue son cours.

Obama tiendra-T-IL cette fois sa promesse ? Qui est celui qui « interdit » l’accès à Internet à Cuba ?

Atilio A. Boron. Chercheur Supérieur du Conicet et Directeur du PLED (Programme latino-américain d’Enseignement à Distance en Sciences Sociales).

Notes du blog Isla Mía

[1] Auteur du livre “La Hora Final de Castro” publié en Mars, 2001

[2] http://www.lanacion.com.ar/1765195-la-clave-de-la-libertad-en-cuba-es-el-acceso-a-internet

Pris dans le blog Isla Mía

Cubanito en Cuba | 07/02/2015 en 9:32 AM | Etiquetas : acceso, Cuba, Estados Unidos, Google, habana, internet, navegación, obama, Razones, Revolución | Categorías : Bloqueo, EE.UU, Noticias de Cuba | URL : http://wp.me/pUrqk-439


Commentaires

Logo de LUCAS Yvette
vendredi 20 février 2015 à 11h09 - par  LUCAS Yvette

Merci à Michèle que jai connue à Toulouse d’avoir traduit cet article très instructif

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