"NOUS N’ALLONS PAS REMETTRE LE PAYS AU CAPITAL ETRANGER NI AUX BANQUES INTERNATIONALES"

lundi 9 mars 2015
par  Traduit par Françoise LOPEZ

Interview d’ Eugenio Martínez Enriquez, Ambassadeur de Cuba en Espagne

traduction Françoise Lopez

Les gouvernements de Cuba et des Etats-Unis ont décidé de rétablir leurs relations diplomatiques et d’ouvrir la voie à un processus de négociation pour normaliser ces relations, rompues depuis 1961. L’ambassadeur de Cuba en Espagne, Eugenio Martínez Enríquez s’est entretenu avec El Diario au sujet des perspectives qui s’ouvrent dans ce sens.

Nous, les Cubains, sommes optimistes, conscients que le chemin est long.

El Diario : Jusqu’où est disposée à aller Cuba dans ses négociations avec les Etats-Unis ?

EME : comme l’a dit le président cubain, notre volonté de normaliser les relations avec les Etats-Unis est entière, les principaux obstacles à cette normalisation sont du côté nord-américain : le blocus, Guantanamo, les programmes fédéraux du gouvernement étasunien pour renverser mon Gouvernement, les transmissions de TV et de Radio Marti vers Cuba, les compensations pour les dégâts humains et économiques qu’a causé le Gouvernement des Etats-Unis à Cuba, la permanence de cuba dans la liste des états quipatronnent le terrorisme international, qui est un gros mensonge.

Cuba a la meilleure volonté du monde pour discuter avec les Etats-Unis des pas à accomplir pour avancer dans ce processus de normalisation mais nous n’avons aucune intention de modifier des aspects de notre ordre intérieur comme nous n’exigeons pas que les Etats-Unis le fassent pour le leur. En ce sens, nous ne renoncerons pas aux principes que le peuple cubain a soutenus ni à la forme dans laquelle nous sommes organisés à Cuba.

El Diario : Ce rétablissement des relations diplomatiques pourrait constituer un premier pas vers la fin du blocus ?

EME : C’est une décision qui va dans cette direction mais ce n’est pas la fin du blocus. Le président des Etats-Unis a des possibilités pour éliminer certains aspects du blocus. L’éliminer totalement est du pouvoir du Congrès mais je dirais qu’il a des pouvoirs et des possibilités illimités pour désarmer le blocus et le laisser dans sa coquille.

El Diario : Et il ne le fait pas ?

EME : Et il ne l’a pas fait, nous allons dire. Nous souhaiterions qu’il l’ait fait parce que le président des Etats-Unis peut, par son pouvoir exécutif, éliminer des domaines qui forment aujourd’hui un système de sanctions que les Etats-Unis appliquent à Cuba, qui ont un caractère extra-territorial, qui affectent la relation de Cuba avec d’autres pays.

El Diario : Un système de sanctions qui ont porté préjudice sérieusement au peuple cubain et a été inefficace pour les gouvernements des Etats-Unis.

EME : Le président Obama a reconnu que le blocus a causé des dommages au peuple cubain, que le blocus n’a pas atteint les objectifs pour lesquels il a été créé et qu’il allait travailler avec le Congrès des Etats-Unis pour l’éliminer. C’est à dire que ce ne sont pas seulement les Cubains qui le disent, la communauté internationale le dit et le président des Etats-Unis le dit.

El Diario : Mais des pas sont-ils faits pour l’éliminer ?

EME : C’est très difficile de le dire pour nous parce que l’information nous manque mais on peut assurer qu’il y a un mouvement fort au Congrès des Etats-Unis pour éliminer le blocus. Par conséquent, nous, les Cubains, sommes optimistes, conscients que le chemin est long.

El Diario : Les Etats-Unis pourraient-ils avoir assumé le fait que le blocus n’a pas été efficace et pourraient-ils tenter de faire plier la Révolution Cubaine d’une autre façon ?

EME : Oui, c’est clair. C’est l’une de leurs intentions. En fait, les Etats-Unis ont dit que l’instrument changeait, pas la politique. Les Etats-Unis ont dit qu’une politique destinée à isoler Cuba et de la bloquer n’a pas fonctionné et qu’ils vont en essayer une autre. C’est un défi pour Cuba mais nous l’affrontons.

Cuba a des relations avec 189 pays, Cuba fait du commerce avec les pays avec lesquels les Etats-Unis ne l’empêche pas d’en faire, 3 millions de touristes visitent Cuba... Cuba est ouverte au monde et nous avons des relations avec le monde entier, nous n’avons pas peur d’avoir des relation avec les Etats-Unis, comme certainement nous en aurons dans l’avenir proche.

El Diario : Il y en a qui disent que Raúl Castro est plus pragmatique que Fidel et que des questions comme le rétablissement des relations diplomatiques ou les récentes mesures d’ouverture économique n’auraient pas été possibles avec Fidel Castro à la tête de l’Etat.

EME : Non. Je peux assurer que les deux présidents ont répondu aux moments historiques qu’ils vivaient et si quelqu’un a fait ou a dirigé des transformations importantes à Cuba tout au long de sa Présidence, il faut rappeler le leader historique de la Révolution, Fidel Castro, qui a fait les grandes transformations révolutionnaires à Cuba. Par conséquent, ce n’est pas quelqu’un dont nous pouvons douter de la capacité à diriger des processus de transformations.

La période du mandat du président Raùl est un moment historique qui demande ces transformations. Le peuple, qui a été consulté entre 2006 et 2011 et on a reccueilli plus de 8 millions d’opinions, a soutenu et suggéré les transformations que nous sommes en train de faire aujourd’hui, conformes aux temps que nous vivons.

Et, comme l’a dit Raùl, pour les décisions essentielles, il a consulté le leader de la Révolution. Par conséquent, il n’y a pas de faille entre ces deux frères et je crois que si nous sommes arrivés ici, ça a été à cause de la capacité des deux de nous diriger et de recueillir le sentiment du peuple cubain.

El Diario : Mais quelle est la portée réelle des mesures d’ouverture économique de ce moment historique ?

EME : Ces derniers temps, effectivement, on a introduit des mesures que nous appelons d’actualisation du modèle économique cubain et il est important de souligner cela parce que les bases du système restent : la planification socialiste, la propriété d’Etat sur les moyens essentiels de production, éviter la concentration de la richesse dans une classe très riche.

Tout cela est maintenu. Par conséquent, le système est le même mais actualisé. En quoi avons-nous changé ? Il y a une coexistence de différentes sortes de propriété qui peut être un apport de cette nouvelle étape de la Révolution Cubaine vers le socialisme, dans laquelle il y a la propriété coopérative, de petits travailleurs ou de petites travailleuses à leur compte, qui représentent déjà un demi-million de Cubains.

Par conséquent, s’il y a des changements qui obéissent à de nouvelles circonstances historiques et je crois qu’ils ont à voir avec cela : la forme de la propriété, la forme de la gestion de la propriété, la modification du modèle énergétique à Cuba, qui sont également en train de se faire, une loi sur les investissements qui élimine certaines ambigüités et donne plus de sécurité juridique aux investissements étrangers. Enfin, effectivement, il y a des changements évidents que nous faisons pour avoir un socialisme plus efficace, prospère et soutenable.

El Diario : A propos des investissements étrangers, vous avez rencontré certains chefs d’entreprises de Cantabrie. Je suppose que ceux-ci et d’autres chefs d’entreprises ont regardé d’un bon oeil ces mesures d’ouverture économqiue parce qu’ils voient là une occasion de négoce.

EME : Certains pensent que cuba devient une destination intéressante pour les investissements étrangers et nous, nous ne le refusons pas parce que nous avons besoin d’investissements étrangers. En Cantabrie, nous avons rencontré des chefs d’entreprises intéressés par les investissements à Cuba ou par le commerce avec Cuba. Certains ont déjà des négoces et nous sommes venus justement pour leur faciliter l’intégration à Cuba et l’actualiser.

Nous, nous considérons les investissements étrangers comme nécessaires dans les secteurs que nous avons rendus prioritaires et à condition nous ne remettions pas le pays aux mains du capital étranger ni à la banque internationale, que nous fassions un investissement qui réunissent les critères qui protègent l’environnement, que les bénéfices, bien que l’investisseur étranger puisse en faire, soient répartis justement avec les Cubains et que les besoins croissantes de la population de Cuba soient satisfaits.

El Diario : Ne pas remettre le payx au capital étranger ni à la banque internationale est intéressant. A Cuba, ce ne sont pas les marchés qui gouvernent. Les systèmes de santé et d’éducation (à Cuba) sont un exemple pour le monde, il n’y a pas d’expulsions, il n’y a pas de malnutrition infantile... Comment le système électoral cubain garantit-il que ces pouvoirs économiques que personne n’a élus ne finissent pas par gouverner, comme cela arrive dans des états qui ne sont pas très loin (de Cuba) ?

EME : Nous, nous avons un système électoral différent de celui de nombreux pays. Celui de Cuba n’est pas basé sur un système de partis politiques multiples qui répondent à des intérêts différents et dans lesquels interviennent des lobbies économiques, des lobbies internationaux ou même des intérêts idéologiques différents. C’est un parti qui ne présente pas les candidats qui gouvernent mais qui trace des lignes directrices idéologiques et qui est une force directrice nationale et les candidats occupent des charges au parlement cubain et ensuite dans les instances du gouvernement sur la base de leurs mérites personnels. Ou, on peut dire, le peuple, en assemblée populaire, élit ou propose des candidats pour qu’ils intègrent les organes du pouvoir à Cuba sur la base des mérites obtenus par ces personnes, leur capacité à diriger, d’organisation, de travail, et non sur la base de programmes politiques, de promesses électorales ou d’argent qu’il présente souvent à la télévision, dans une annonce, etc...

C’est un système différent qui demande un perfectionnement, qui commence à travailler depuis la base, qui soumet les candidats à une élection et le gagnant doit toujours aller sur un bulletin avec un autre, qui doit avoir au moins 50% des voix pour être élu et qui ensuite, en assemblée souveraine, élit un conseil d’Etat qui gouverne au nom du peuple représenté dans cette Assemblée Nationale qu’est notre parlement.

Ce système doit être perfectionné - comme l’a dit notre président, nous sommes contre la fausse unanimité, nous devons coexister avec des différences, nous devons le rendre plus participatif et qu’il aille jusqu’au fond des problèmes, que les ministres rendent des comptes aux députés dans cette Assemblée Nationale et qu’ils aient plus de contact direct avec la population - mais nous croyons que c’est le système qui a rendu les Cubains libres et souverains.

El Diario : que ressentez-vous quand certains médias critiquent la présence de Raúl Castro aux funérailles de Nelson Mandela, sachant que la Révolution Cubaine a toujours été le principal soutien et la principale référence de Mandela ?

EME : Avec les funérailles de Mandela, il s’est passé une chose dont je pense qu’elle n’est pas curieuse mais qu’elle est symptomatique : ceux qui ont été surpris du fait qu’à ces funérailles, seuls 5 présidents aient parlé et que l’un d’eux ait été le président cubain l’ont été parce qu’ils ne connaissaient pas ou parce qu’ils voulaient ignorer la présence cubaine en Afrique qui a été ce qui a obtenu la libération de Mandela, la libération de la Namibie, l’indépendance de l’Angola et finalement, l’élimination de l’apartheid en Afrique du Sud.

C’est une reconnaissance du peuple cubain et plus que du peuple cubain, des 2 000 Cubains qui sont morts en Afrique en combattant non seulement en Angola ou en Namibi mais dans plus de 20 pays africains. Et cela a à nouveau provoqué la surprise. Ma surprise, à moi, est que le président Obama soit là, dont je ne sais pas ce qu’il a fait pour la libération de Mandela. Mandela était considéré comme un terroriste aux Etats-Unis.

El Diario : Jusqu’à peu de temps avant sa mort.

EME : Jusqu’au dernier moment. Il y a eu despays qui ont accueilli en souriant les funérailles du symbole de l’égalité des hommes, de la lutte pour la liberté, et le fait que leurs pays aient tenté de tuer Mandela - et je ne mentionne pas de noms pour éviter des problèmes diplomatiques - et nous non, nous, nous soutenons toujours Mandela, depuis le premier jour, jamais nous ne l’avons considéré comme un terroriste, nous le considérons toujours comme un combattant pour une cause juste, comme éliminer l’apartheid, qui finalement a été obtenu en Afrique du Sud avec le soutien de Cuba, comme cela a été reconnu par le peuple sud-africain et la dirigeante sud-africaine qui a présenté Raùl quand il est allé parler, dont jamais je n’oublierai qu’elle a dit : "voici le représentant du peuple qui a libéré l’Afrique du Sud".

El Diario : En ce sens, avec la souveraineté, la santé et l’éducation, la solidarité internationaliste est une des réussites dont le peuple cubain est le plus fier. Par exemple, la reconnaissance du travail de Cuba dans la lutte contre l’ébola en Afrique a été unanime. Qu’est-ce que la solidarité internationaliste implique pour le peuple cubain ?

EME : C’est un devoir des Cubains. Fidel a dit que nous, nous devions solder notre dette envers l’humanité parce que Cuba a été aidée. Elle a été aidée par l’Espagne, elle a été aidée par de nombreux pays. Et nous... C’est le moins que nous puissions faire, c’est comme un engagement, c’est notre... Dans notre concept de système politique doit être incorporée la solidarité parce que le monde ne pet pas être excessivement compétitif et pas solidaire.

Oui, nous recevons très fréquemment des demandes de Cubains pour rentrer à Cuba ou des demandes d’assistance consulaire. Cela arrive dans différents pays et les changements à Cuba favorisent aussi leur insertion dans notre pays.

El Diario : Comment qualifieriez-vous les relations de Cuba avec l’Espagne et avec l’Union Européenne ?

EME : Je crois que les relations de Cuba avec l’Espagne sont bonnes et intenses. On pourrait avancer plus mais elles ont atteint un niveau dans lequel nous avons pu gérer nos différences pour éviter des conflits et nous avons de bonnes relations. Nous faisons du commerce avec presque tous les pays de l’Union Européenne, on avance, nous arrivons à un accord de coopération et à un dialogue politique et nous discutons pour avancer mais nous avons des relations stables, fluides et de bonne communication.

(Extrait de El Diario)

Source en espagnol :

http://www.cubadebate.cu/?p=536171

URL de cet article :

http://cubasifranceprovence.over-blog.com/2015/03/cuba-nous-n-allons-pas-remettre-e-pays-au-capital-etranger.html


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