Nous devons apprendre à défendre notre projet dans de nouvelles conditions

jeudi 13 août 2015
par  Traduit par Françoise LOPEZ

par Iroel Sánchez

traduction Françoise Lopez

"Pendant mon séjour en Allemagne, j’ai été interviewé par plusieurs médias. Cette interview est celle qui a été réalisée par le journaliste Harald Neuber pour le site Amerika 21qui a eu l’amabilité de m’en faire parvenir la version espagnole."

Des réponses franches et claires à de bonnes questions !

Pendant mon séjour en Allemagne, j’ai été interviewé par plusieurs médias. Cette interview est celle qui a été réalisée par le journaliste Harald Neuber pour le site Amerika 21qui a eu l’amabilité de m’en faire parvenir la version espagnole.

Iroel, qu’est-ce qui se passe en ce moment entre Cuba et les Etats-Unis ? Est-ce que nous vivons un rétablissement des relations, une normalisation, un rapprochement ?

Il y a un rétablissement des relations diplomatiques. Et il y a ce que nous pourrions qualifier de premier pas d’un long processus vers la normalisation. Il n’y a pas encore de normalisation parce qu’il ne peut pas y avoir normalisation quand un pays met l’autre sous blocus, quand il occupe le territoire de cet autre illégalement, quand il a des règlements qui empêchent ses citoyens de se rendre dans ce pays. Par conséquent, tant que tout cela restera en vigueur, tant que ce pays finance un groupe de programmes pour changer l’ordre constitutionnel en vigueur dans l’autre, il est très difficile de parler de normalisation.

Qu’ont à voir les événements actuels avec le processus d’intégration latino-américain ?

Ce processus a été une des causes du rétablissement des relations. Le président (états-unien Barack) Obama lui-même a reconnu qu’en cherchant à isoler Cuba, les Etats-Unis sont restés isolés sur le continent. Cuba n’est pas seulement un pays intégré à l’Amérique Latine qui a des relations avec tous les pays latino-américains mais c’est un leader dans ce processus. Cuba a été le siège du second sommet de la CELAC, Cuba a des programmes de coopération avec beaucoup de pays de la région dans le domaine de la santé et de l’éducation et est une référence dans otus les mécanismes internatioanaux auxquels participent l’Amérique Latine.

Dans une interview au journal états-unien The New York Times, le président états-unien a dit en évoquant ce qu’on appelle la Doctrine Obama, que son gouvernement va appliquer de nouvelles méthodes pour changer Cuba, qu’il va utiliser le "soft power" ("pouvoir doux") comme ils l’appellent. Et si cela ne fonctionne pas, ils pourraient revenir à la politique conventionnelle à tout moment. Ce "pouvoir doux" ne constitue pas un danger pour Cuba ?

Bon, un de tes compatriotes, Karl von Clausewitz, a dit que la guerre est la suite de la politique avec d’autres moyens. Nous, à Cuba, nous sommes avant la suite de la politique avec d’autres moyens. Et je crois que les Etats-Unis ont des objectifs dans leur politique extérieure de domination et ces objectifs, ils essaient de les atteindre avec des méthodes plus conformes aux conditions dans lesquelles Cuba a des relations avec le monde.

Ca ne me surprend pas que ce soit ça, la conception qu’il a des choses parce que les Etats-Unis sont un état impérial qui applique une doctrine de domination qui ne dépend pas d’Obama ou d’un gouvernement X mais de groupes d’intérêts. Les gouvernements de ce pays peuvent osciller à l’intérieur de lignes déterminées mais les élites de ce pays ont toujours leurs intérêts et les conservent.

Obama a dit le 19 décembre de l’année dernière, 2 jours après avoir annoncé le rétablissement des relations, qu’il va exercer une politique de carottes et de bâtons en ce qui concerne Cuba. Et je crois qu’ensuite, il a été plus intelligent il a été plus diplomate. Mais je crois aussi que ce jour-là, il a été très honnête. En rétablissant les relations, il est clair qu’il cherche à influer sur le gouvernement de Cuba, sur ses institutions, sur l’image de Cuba.

Et cela ne représente pas un danger pour la Révolution Cubaine ?

Cela représente un défi, moi, je dirais. Mais je dirais aussi, comme dit une vieille chanson cubaine, l’ivrogne pense une chose et l’aubergiste une autre. Ils ont leurs objectifs et nous, nous avons les nôtres. Et je crois que le fait que nous cheminions vers une relation dans laquelle le blocus disparaîtrait est une grande opportunité pour Cuba. Notre pays va être dans de meilleures conditions pour défendre son projet même avec ces nouveaux défis. Nous ne pouvons pas avoir lutté contre le blocus pendant plus de 5 décennies et maintenant que nous approchons pour la première fois d’une situation dans laquelle toutes ses limitations peuvent disparaître, tout ce qu’il a imposé et tous les dégâts qu’il cause à la vie du peuple cubain, ne pas voir cela comme quelque chose de positif bien que ça implique de nouveaux défis.

Mais je crois aussi que ça implique un défi pour le gouvernement des Etats-Unis. Et cela implique des opportunités pour Cuba d’influer sur les Etats-Unis et sur les relations internationales. Cuba a démontré ces derniers mois qu’elle maintient une politique de principes envers le Venezuela, envers Porto Rico, envers l’Europe.

Et si les Etats-Unis croient qu’ils vont influer sur la politique étrangère de Cuba, qu’ils vont influer sur l’engagement du gouvernement cubain envers son peuple, envers la justice sociale, que Cuba va permettre la construction d’un capitalisme qui permette la domination des Etats-Unis, ils ne connaissent pas Cuba. Alors, ce dont il s’agit, c’est d’un très grand défi et nous devons apprendre à défendre nos idées et notre projet dans de nouvelles conditions.

Que dirais-tu, que seraient les pas les plus importants que les Etats-Unis ont à faire pour arriver à une véritable normalisation dans les relations bilatérales avec Cuba ?

La fin du blocus. La fin des programmes subversifs et des projets comme radio et TV Marti. La fin de l’occupation illégale d’une partie du territoire cubain à Guantanamo. Ce seraient les principaux pas qui permettraient une normalisation. Il y a un autre sujet, c’est la Loi d’Ajustement Cubain qui est une parodie parce qu’elle reconnaît comme réfugiés politiques des personnes qui voyagent aux Etats-Unis et qui viennent d’un pays avec lequel les Etats-Unis ont maintenant des relations diplomatiques. C’est, je crois, incompatible avec le discours qu’Obama lui-même et le gouvernement des Etats-Unis lui -même tiennent.

Il y a quelques jours, l’ODEPA, l’Organisation Sportive Panaméricaine, s’est solidarisée avec Cuba après la désertion de plusieurs sportifs pendant un séjour à Toronto, Canada. En même temps, l’ODEPA a dit respecter les décisions individuelles des sportifs. Mais ces désertions ont aussi à voir avec la politique des Etats-Unis, non ?

C’est clair. Si les Etats-Unis n’avaient pas une politique qui transforme en héros ceux qui quittent le pays et s’ils n’accueillaient pas automatiquement n’importe quel Cubain, ces personnes ne seraient pas encouragées à franchir ce pas. De plus, c’est une action exclusive pour Cuba. Ou, dans le cas de pays qui ont des situations économiques ou sociales beaucoup plus complexes et desquels il y a beaucoup d’émigrants - du Mexique ou d’Haïti - on ne dit pas que ces personnes "fuient". Mais dans notre cas, les Cubains "fuient le socialisme". Mais que fuient les Mexicains et les Haïtiens ? Ah, à ce que je sais, il n’y a pas le socialisme. Tout cela est l’objet d’une grande manipulation. Ce sont de vieux instruments de propagande que les Etats-Unis ont conservé contre Cuba pendant toutes ces années.

... qui touchent aussi les médecins cubains à l’étranger.


Il y a un autre programme que Bush a créé et qui s’appelle Cuban Medical Professional Parole Program. C’est un programme criminel parce que ce qu’il cherche, c’est laisser sans assistance médicale des millions de personnes humbles dans le monde qui, s’il n’y avait pas les médecins cubains là-bas, n’auraient pas de soins. C’est une contradiction entre le discours officiel des Etats-Unis qui ont dit récemment qu’ils voulaient collaborer avec Cuba dans ces programmes internationaux de santé et d’un autre côté, cherchent à les saboter.

Iroel, dans le discours politique et médiatique ici en Europe au sujet de Cuba, le thème des droits d el’homme joue un rôle central. Que dirais-tu en tant que blogueur ? La liberté d’expression existe-t-elle à Cuba ?

Bon, il suffit de voir les blogs à Cuba pour démentir ce qui se dit. Tu peux aussi dire qu’à Cuba il n’y a pas un seul blogueur en prison, ce qui n’est pas normal si nous voyons la situation dans d’autres pays d’Amérique Latine. Même aux Etats-Unis, il y a eu des blogueurs inquiétés pour leurs opinions. Dans beaucoup d’endroits, il y a eu des gens attaqués en justice pour avoir utilisé les réseaux sociaux. Maintenant, nous venons de voir une loi en Espagne qu’ils appellent la Loi Mordaza. Et de cela, on ne parle presque pas dans les autres pays européens. Cela, nous le voyons aussi dans d’autres domaines. Quand on a appris dans les pays européens l’existence des prisons secrètes de la CIA qui étaient utilisées pour procurer des prisonniers de ce qu’on appelle la guerre contre la terreur à Guantanamo, il n’y a eu aucune sorte de condamnation.

Alors, comment tout ce processus de rapprochement entre Cuba et les Etats-Unis va-t-il affecter ce qu’on appelle l’opposition intérieure ?

Il y a 2 tendances dans celle-ci. Il y a une tendance à accueillir une espèce de centre politique qui semble être le nouveau destinataire de la politique des Etats-Unis et il y a un secteur qui est très lié à l’extrême droite de Miami qui essaie constamment d’organiser des provocations pour causer des dégâts à ce processus de rapprochement. Ces secteurs qui reçoivent de l’argent directement de Miami ou des Etats-Unis et de certains de leurs alliés sont totalement dépendants. Ils n’existeraient pas s’il n’y avait pas hors de Cuba des politiques qui les stimulent.

Le repositionnement de certaines de ces personnes a aussi à voir avec une méthode qu’on peut voir très fréquemment et qui est une espèce de tertiarisation de la subversion ou encore ils ne reçoivent pas d’argent directement du gouvernement des Etats-Unis, ils ne reçoivent pas d’entraînement à l’ambassade des Etats-Unis mais dans des Universités, des fondations, aux Etats-Unis même ou dans des pays tiers d’Europe ou d’Amérique. Je dirais que c’est une méthode plus secrète mais tout autant d’ingérence. Le rôle de ces personnes continue à être celui de la marionnette bien que le gant soit moins évident. tout cela a à voir avec le fait que les Etats-Unis ont dû accepter l’exigence de Cuba de respecter les règles de la Convention de Vienne.

Au début des années 60, Fidel Castro a prononcé les fameuses paroles aux intellectuels et a dit : "A l’intérieur de la Révolution, tout, contre la Révolution, rien." Que signifie cette phrase aujourd’hui, en 2015 ?

On la cite beaucoup mais on ne cite pas ce qui vient après. Il a dit ensuite que nous devons seulement renoncer à ceux qui seraient incorrigiblement contre-révolutionnaires. On a essayé de dépendre ce discours comme un discours excluant quand, au contraire, ce qu’il dit, c’est que la Révolution doit essayer de faire que tout le monde rentre en elle. Je crois qu’elle continue à être un appel à l’unité. Il faut comprendre qu’il y a 2 piliers qui soutiennent la Révolution, l’un est l’indépendance du pays et l’autre est la justice sociale.

Dans un projet aussi large que celui-ci, qui peut s’opposer à l’indépendance de la nation ? Bon, ces gens qui vivent d’un travail pour un pouvoir étranger. Qui peut s’opposer à ce pourquoi opte aujourd’hui même le Pape François, qui est l’idéal de la justice sociale ? Pour cela, je te dis que non seulement ces paroles ont encore un sens mais qu’elles ont été assumées par la majorité en Amérique Latine. Car à la fin, chaque peuple doit avoir le droit d’exercer sa liberté et deuxièmement, tous les êtres humains doivent avoir un ensemble de garanties pour vivre dignement.

NOTE :

Iroel Sanchez est un ingénieur et journaliste cubain. Il travaille au Ministère des Communications de Cuba et a été président de l’Institut Cubain du Livre. Il est le webmestre du site "La pupila insomne".

Source en espagnol :

https://lapupilainsomne.wordpress.com/2015/08/10/tenemos-que-aprender-a-defender-nuestro-proyecto-en-nuevas-condiciones/#more-50645
URL de cet article :

http://cubasifranceprovence.over-blog.com/2015/08/cuba-nous-devons-apprendre-a-defendre-notre-projet-dans-de-nouvelles-conditions.html


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