De politiques culturelles (IV)

vendredi 9 octobre 2015
par  Graziella Pogolotti Jacobson

La définition des politiques culturelles répond à une conception du monde et du développement humain.

J’ai publié récemment certaines réflexions sur les politiques culturelles, un sujet controversé dans le monde contemporain à la suite de l’offensive néo-libérale dans tous les domaines. Un malheureux accident a introduit une parenthèse dans la série. Maintenant je vais tenter un résumé provisoire, car il y a beaucoup à dire dans ce domaine.

Avec sa lucidité habituelle, le Président uruguayen Pepe Mujica a souligné le poids décisif de la culture dans la confrontation entre l’hégémonie qui vise à consolider la globalisation néolibérale, l’expression actuelle de l’impérialisme, et ceux qui soutiennent des projets émancipateurs. Dans ce domaine aussi, la domination croissante du marché est en contraste avec le rôle régulateur de l’état, parrainé historiquement par le modèle capitaliste qui, avec différentes nuances, a été institué au XIXe siècle et pendant une bonne partie du XXe, héritier du legs de la Révolution Française.

On sait que les États Généraux convoqués par Louis XVI sont devenu rapidement une Assemblée Nationale. Au nom de la nation, une armée d’un nouveau type a défendu les frontières du pays assiégé. Il est devenu courant de suggérer l’idée de nation sous le couvert d’une globalisation homogénéisante, avec un signe nord-américain marqué. Et, cependant, l’information quotidienne révèle un panorama différent. Les différentes zones géographiques sont porteuses de marques historiques et culturelles qui manifestent leurs différences à bien des égards, parmi elles, celles qui mettent l’accent sur les tendances religieuses avec une intensité sans précédent depuis l’apogée de l’illustration. La violence coloniale a engendré des nouvelles formes de violence. De même, écartée par beaucoup, la distance entre le centre et la périphérie s’est réaffirmée.

Dans le terrain culturel plus étroit, la notion de consumérisme se situe au pôle opposé à la formulation de projets visant à l’émancipation et au véritable développement humain. Ils sont incompatibles, car la notion de consommation culturelle tend à la formation d’un récepteur de plus en plus passif et manipulable, face à la nécessité de donner une voix et un espace de participation à tous ceux réduits au silence durant si longtemps, à travers l’appropriation des outils indispensables pour comprendre leur réalité et intervenir en elle de façon créative.

La définition des politiques culturelles répond à une conception du monde et du développement humain. Les pratiques dérivées, sans renoncer aux principes, s’ajustent aux demandes de chaque circonstance concrète. Ainsi, dans le cas de Cuba, dans les années qui précédèrent las Paroles aux intellectuels de Fidel Castro, des mesures ont été prises pour configurer un dessin innovateur. Pour la première fois la culture est intégrée à une stratégie de transformation pour interagir avec la vie de la société. La création des institutions s’accordait avec les aspirations historiques des écrivains et des artistes. Beaucoup d’entre eux ont participé activement à ce processus fondamental qui a ouvert la voie à la professionnalisation du secteur, ainsi qu’à la production et à la diffusion des œuvres d’art, afin de trouver un interlocuteur tant souhaité. Les bases d’une industrie culturelle propre ont été assises et, en Amérique Latine, notre espace naturel est reconnu, sans renoncer au dialogue avec les autres cultures.

Dans un travail précédent, j’ai parlé de certains des facteurs qui sont intervenus dans la rupture qui a marqué les difficiles années 1970. Le premier Ministre de la Culture, Armando Hart, a planté le rôle de l’État en termes de promotion d’un climat créatif dans tous les domaines de la société. La gestion de ceux-ci mérite une analyse plus détaillée. Je limiterai juste sur certaines fonctionnalités. La confiance indispensable entre les fonctionnaires et les créateurs a été rétablie. Des nombreux écrivains et artistes ont intégré les conseils consultatifs dans toutes les instances de direction.

Des festivals ont été constitués afin de rapprocher différents secteurs du public. Les aires dédiées à la recherche se sont proposées de doter les décisions en matière de culture d’une base scientifique. Les études sur la culture populaire ont compilé un fonds de données significatives pour la réanimation de la vie, selon les traditions de chaque territoire. L’Institut Supérieur de l’Art a présenté des modèles pédagogiques innovateurs qui se sont répercutés favorablement dans d’autres pays d’Amérique Latine.

La crise des années 1990 a lacéré l’autorité des institutions et le fonctionnement des industries culturelles. Lors de cette conjoncture d’une extrême précarité, Fidel a dit que la culture, l’essence des valeurs spirituelles et identitaire du peuple, était la première chose qu’il fallait sauver. Les longues coupures de courant et le manque du transport urbain se sont interposés à la continuité des habituelles vois de l’échange interpersonnel. Au-delà de l’île, après l’effondrement du camp socialiste, en pleine crise de la gauche internationale, beaucoup se sont interrogés sur la chute imminente.

Les marchands d’art sont arrivés pour acquérir des preuves des vêpres dans les arts visuels et dans la littérature. Et, cependant, à contre-courant de nombreuses prophéties, nous avons survécu. Ce fut l’époque des bicyclettes. Les visiteurs émerveillés contemplaient la ferveur du public lors des concerts. Dans le domaine littéraire, les revues et les plaquettes ont couvert l’absence des livres, les premières ouvertes à la diffusion des idées et à une réanimation de l’espace pour le débat. Les revues Criterios, Gaceta de Cuba et Temas étaient représentatives de cette tendance. Sans disposer de beaucoup d’instruments scientifiques, de nombreux artistes se sont disposés à animer la vie de leurs communautés.

Après la première décennie du XXIe siècle, les défis sont autres dans une société plus hétérogène. Les Orientations Économiques, sans renoncer au rôle qui correspond à l’État, reconnaissent des options pour l’initiative privée. Dans ce contexte, il correspond aux stratégies culturelles de sauvegarder les principes pour lesquels se vaut la culture, ainsi que l’éducation, la santé publique, le sport et la sécurité sociale, comme l’un des droits inaliénables du peuple. Dans ce panorama complexe, il faut dégager des concepts et définir des programmes d’action. Il faudra arriver à ces solutions au moyen d’une réflexion collective. Dans un prochain ouvrage j’ai l’intention d’avancer des idées, comme une provocation pour penser de plus en plus urgemment.


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