Cuba dans l’imaginaire des États-Unis

Le livre Cuba en el imaginario de Estados Unidos du Dr. Louis A. Perez, Jr. Par Jesús Dueñas Becerra
lundi 18 janvier 2016
par  Paula Lecomte

Cuba en el imaginario de Estados Unidos (Cuba dans l’imaginaire des États-Unis), du Dr. Louis A. Perez, Jr. (1), est le titre du livre publié par la maison d’édition Ciencias Sociales qui a été présenté dans la salle Martinez Villena, de l’Union des Écrivains et des Artistes de Cuba (UNEAC).

Avant tout il faut souligner – en lettres indélébiles - les valeurs historiques, éthiques, politiques et idéologiques que le lecteur pourra découvrir dans ce joyau de la littérature spécialisée.

Ledit ouvrage examine - parmi d’autres questions de grand intérêt pour la connaissance approfondie des relations entre notre archipel et notre voisin du Nord - comment les États-Unis ont pénétré dans l’imagination des citoyens américains, au début du XIXe siècle, grâce à l’utilisation de métaphores, avec des descriptions conçues et dessinées en fonction de ses propres intérêts, souvent exprimées sous la forme d’impératifs moraux où l’exercice du pouvoir est présenté comme un acte bénéfique.

Le texte est enrichi avec 107 illustrations d’époque montrant les diverses métaphores utilisées dans les campagnes publicitaires afin de faire connaître aux Étasuniens, et au reste du monde, son plan impérial d’annexer la Perle des Antilles.

L’édition cubaine se joint à la récolte prolifique de celui qui est un spécialiste de Cuba et de ses liens avec les États-Unis. La publication de ce livre revêt une importance particulièrement maintenant, quand le rétablissement des relations diplomatiques génère tant de commentaires, de spéculations et même beaucoup d’illusions.

À ce thème, celui de notre position à l’égard de la nation à laquelle José Martí a dédié des réflexions qui sont toujours en vigueur : notamment sa recommandation d’examiner avec des yeux judiciaires ce qui a été et sera une question déterminante pour le sort de notre pays, qui, selon les termes du vénérable père Félix Varela, devait être libre aussi bien géographiquement que politiquement.

Le fondateur du journal Patria était encore un adolescent quand Carlos Manuel de Céspedes, le Père de la Nation, a découvert que s’emparer de Cuba était le secret de la politique nord-américaine, et que pour le réaliser ils chercheraient les conditions les plus favorables et le moment le plus opportun. José Martí se référait à ce calcul froid et cette attitude malveillante, qui connaissait bien cette société car il vivait dans le monstre, il a disséqué ses entrailles et alerté à temps le danger mortel qui planait sur la Clé du Golfe en particulier, et sur Notre Amérique en général.

L’œuvre de l’éminent historien et chercheur, fruit d’une connaissance profonde de la société étasunienne, est le résultat de recherches méticuleuses englobant tous les secteurs : depuis la vie politique jusqu’à la vie quotidienne (y compris les plus diverses manifestations culturelles).

Sa lecture peut surprendre ceux qui ont limité le sujet aux contradictions conjoncturelles et aux désaccords qu’affrontent deux bons voisins à partir de la Révolution cubaine de 1959, l’appelé différent : un euphémisme très repris des deux côtés du détroit de Floride.
Les découvertes des recherches réalisées par l’auteur prouvent qu’il s’agit de quelque chose de beaucoup plus complexe et ancien, antérieur à la naissance de la nation cubaine. Sa genèse remonte aux années immédiatement postérieures à l’indépendance des Treize Colonies et a perduré - comme une constante invariable – au long de plus de deux siècles, durant tout le processus de formation, d’expansion et de développement des États-Unis.

L’idée morbide que Cuba leur appartenait, que son incorporation était nécessaire pour l’existence même de l’Union Nord-Américaine, par conséquent l’obligation inévitable de décider de l’avenir de la plus grande île des Antilles, est le véritable point de départ pour comprendre la dynamique des relations entre les deux pays depuis cette époque jusqu’à nos jours.

Cette idée, ainsi qu’une vision déformée de la réalité de Cuba et des Cubains, toujours paternaliste et discriminatoire et très souvent raciste, sera présente dans les discours des politiciens et des hommes d’État, dans les éditoriaux, les caricatures et les articles journalistiques, dans les dissertations académiques, dans les livres, les poèmes et les chansons et, bien sûr, dans les documents officiels et confidentiels.

La prétention de dominer Cuba, reflétée clairement dans ces derniers, requiert de compter le soutien du peuple étasunien au sein duquel il y a et aura toujours – pour les motifs plus variés – des sympathies et des liens affectifs et spirituels vers ce métissage unique et irremplaçable qui vit, aime, crée et rêve dans la patrie de Varela, de Martí et de Maceo. Contrôler et diriger l’esprit de ce peuple frère ont été des objectifs permanents pour les propriétaires des États-Unis.

Le professeur Louis A. Pérez, Jr. résume le résultat : « Cuba occupe plusieurs niveaux dans l’imaginaire nord-américain, souvent tous en même temps, parmi ceux-ci, presque tous fonctionnent au service des intérêts des États-Unis. La relation des États-Unis avec Cuba était avant tout les choses servant d’instrument. Cuba et les Cubains ont été un moyen pour atteindre une fin. Ils étaient dédiés à être un moyen pour satisfaire les nécessités [...] et d’accomplir les intérêts [étasuniens]. Les Étasuniens sont arrivés à connaître Cuba principalement par le biais de représentations qui étaient de leur propre création, suggérant que la Cuba que les Étasuniens ont choisi pour avoir des relations était en fait un produit de leur propre imagination et une projection de leurs nécessités. Les Étasuniens se mettent rarement en relation avec la réalité cubaine dans ses propres termes, ou comme condition possédant une logique interne ou avec les Cubains comme un peuple ayant une histoire intérieure, ou comme une nation possédant son propre destin. C’est toujours ainsi entre les États-Unis et Cuba ».

Maintenant, quand un nouveau chapitre de cette longue saga s’annonce, il est urgent d’empêcher que l’oubli couvre les ombres d’un chemin parcouru si douloureusement. Car, comme l’avait averti Cintio Vitier dans un texte dont il faut et faudra se souvenir « à l’heure actuelle de Cuba nous savons que notre véritable force est d’assumer notre histoire ».

Notes :
1 - Louis A. Pérez, Jr., docteur en Sciences, spécialisé en Histoire de Cuba, il occupe la Chaire J. Carlyle Sitterson de la Faculté d’Histoire de l’Université de Caroline du Nord à Chapell Hill et il est membre de l’American Historical Association (AHA) et de la Latin American Studies Association (LASA).
Dans la bibliographie de Louis A. Perez Jr. se trouvent plusieurs livres sur Cuba et, depuis 1982, il a réalisé des recherches avec l’Académie des Sciences de Cuba et en tant que membre du Groupe de Travail Cuba/États-Unis, du Groupe des Études Cubaines de l’UNEAC, du Ministère de la Culture, de l’Université de La Havane et d’autres institutions cubaines.
L’Université de La Havane lui a décerné la distinction académique remise aux experts étrangers pour leur contribution aux Sciences Humaines et Sociales.

Par Jesús Dueñas Becerra
Source CUBARTE 12.01.2016


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