« L’essentiel est de rester fidèle à l’humanité de « Chocolat » (Bénédicte Rivière)

vendredi 29 janvier 2016
par  Michel Porcheron

« L’essentiel est de rester fidèle à l’humanité de « Chocolat » (Bénédicte Rivière)
Par Michel Porcheron (N°2 du Dossier Chocolat)
Il fallut l’attraper au vol. Dans Paris, elle court, elle court. Elle s’excuse de son petit retard à notre rendez-vous (téléphonique). Mais elle donne là l’impression qu’elle a du temps pour vous, entre sa vie de comédienne, d’écrivain et sa vie de famille.
On comprend qu’elle regrette que les journées n’aient que 24 heures. Elle le dit avec un timbre de voix clair, posé, une voix de gamine recherchée pour des doublages.
Elle sera à Bordeaux à la fin du mois de janvier, à l’occasion de l’avant-première de « Chocolat », le film, en présence de Roschdy Zem et Omar Sy, qu’elle n’a pas encore rencontrés. Elle est certaine que ses éditeurs lui préparent une bonne tournée de dédicaces dans l’Hexagone. Et un voyage à La Havane ? Ca s’imposerait.

ENTRETIEN

Michel Porcheron- Vous êtes comédienne, vous animez des ateliers et on découvre, avec « Chocolat », que vous êtes aussi auteure. « Auteure » c’est le mot ? Peut-on concilier toutes ces activités ?

Bénédicte Rivière- Chacune de ces activités sont liées. Je joue dans des spectacles, il est tout naturel que j’aille à la rencontre du public. Et puis la transmission est très importante pour moi. Les élèves dans mes ateliers n’ont pas toujours pour but de devenir comédiens, mais si je peux les aider à s’affirmer davantage dans la vie, à assumer leurs choix et à les revendiquer, j’aurais réussi quelque chose… Quand on est comédien, on a un lien privilégié avec les mots, on est particulièrement sensibles à leur musique, aux émotions qu’ils véhiculent, on les incarne, on leur donne vie. Comme un écrivain, mais différemment. Pour moi, l’écriture n’est qu’un prolongement, un « déplacement » du jeu théâtral : dans les deux cas, il s’agit de donner vie aux mots, à une histoire. Peut-on être à la fois comédienne, animer des ateliers et écrire ? Oui alors ! Je ne pourrai me passer d’aucune de ses activités et je regrette beaucoup de ne pas m’être lancée dans l’écriture plus tôt. Et aussi que les journées ne fassent que 24 heures !

Auteur ou auteure peu importe. Ce qui est important c’est de toucher le lecteur, de l’entraîner dans l’histoire qu’on a choisi de raconter. Ce que le lecteur veut, c’est être plongé vers un « ailleurs »… Il se moque que l’auteur soit un homme ou une femme…En tout cas, ça ne devrait pas être important de le préciser. Mais malheureusement peut-être que nous n’en sommes pas là et qu’il est utile de faire la distinction…
[Elle est diplômée d’art thérapie et titulaire d’un master d’études théâtrales à l’Université Paris III - Sorbonne Nouvelle (2008) et est directrice artistique de la Compagnie "Plume de lune".
page Facebook :
https://www.facebook.com/benedicte.riviere ]

Vous publiez aujourd’hui deux nouveaux ouvrages, « pour la jeunesse ». Comment s’est fait votre passage à l’écriture ?

B.R- J’ai très longtemps regardé l’écriture de loin, un peu comme un rêve inaccessible. Et puis, fin 2012, mon fils a eu un accident : longue hospitalisation et convalescence à la maison. J’ai alors mis mon activité professionnelle entre parenthèses pendant plusieurs mois. Je me suis mise à écrire alors que je ne l’avais jamais fait auparavant, sauf quand j’y étais « contrainte » : devoirs d’école, mémoires de fin d’études… Une envie, un besoin soudain… L’écriture a été une bonne échappatoire. Ca m’a tellement plu que depuis, j’écris dès que mon emploi du temps, ma vie de comédienne, et ma vie de famille me le permettent !

Vous considérez que quand vous écrivez pour les petits, vous vous adressez à eux, « en premier lieu ». Que voulez-vous dire ?

Si j’écris pour la jeunesse, c’est peut-être pour renouer avec mes premiers bonheurs de jeune lectrice. En tant que comédienne je travaille beaucoup avec les enfants, que ce soit dans des spectacles, dans le cadre d’ateliers. Et dans le doublage, ayant gardé un timbre de voix jeune, je suis souvent sollicitée pour des voix d’enfants, d’adolescentes… Je crois que j’ai gardé mon âme d’enfant comme on dit et qu’écrire pour la jeunesse m’est venu « naturellement », sans calcul… Mais j’écrirai pour les adultes très certainement un jour… Déjà quelques idées qui me trottent dans la tête… On verra…
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Publier deux livres en même temps, c’est déjà original, mais de plus ils ont le même thème, « Chocolat ». Il y avait donc beaucoup à dire ?

Oh que oui !!! Le personnage de Chocolat m’a tout de suite fascinée. J’ai fait sa connaissance au cours de mes recherches pour mon projet « Arlequin, Charlot, Guignol et cie » (Actes Sud Junior). J’ai trouvé son histoire incroyable, tellement « romanesque ». J’ai tout de suite pensé aux romans que j’avais lus enfant : « Tom Sawyer » « Huckleberry Finn » « Sans famille »… Pour moi, Rafael ( le vrai nom du clown Chocolat) est un véritable héros et j’ai eu immédiatement envie de raconter son histoire. Le roman est né ainsi. Plus tard, j’ai été contactée par Alain Serres des éditions Rue du Monde (à qui j’avais envoyé le manuscrit du roman) qui m’a proposé de travailler à un projet autour du clown noir pour leur collection « Grands Portraits ». J’ai accepté de relever le défi !
D’autant plus que l’angle choisi, le traitement était radicalement différent pour chacun des deux projets. Dans le roman (« Je suis Chocolat ! », Les Petites Moustaches Editions), qui est écrit à la première personne, c’est Rafael qui parle. Le lecteur a un lien direct avec son intimité, ses pensées, ce qu’il ressent. Pour le projet aux éditions Rue Du Monde, « Monsieur Chocolat », on se tourne beaucoup plus vers un livre-documentaire, accessible pour le jeune lecteur dès 6 ans.

Quelles ont été vos sources, car l’histoire de Chocolat est authentique, il fut dans son enfance fils d’esclaves à La Havane, où il est né vers 1868

Mes sources – vous devez vous en douter – viennent de l’ouvrage que Gérard Noiriel a consacré au clown : « Chocolat clown nègre » aux éditions Bayard. Pour les recherches historiques, je me suis principalement appuyée sur son travail, et j’ai glané des informations ici ou là. Rendons à César ce qui est à César : c’est grâce à Gérard Noiriel que le clown Chocolat sort enfin de l’oubli.

On sent nettement que vous ne vous êtes pas contentée de raconter une histoire, aussi formidable soit-elle. Que souhaitez-vous communiquer à vos lecteurs ? Que pourront-ils garder de l’histoire de Rafael-Chocolat ?

Je suis heureuse que vous me fassiez cette remarque ! J’ai bien sûr voulu transmettre des valeurs de tolérance, d’acceptation de soi… Mais aussi le goût de l’effort, la volonté de se dépasser : la force de garder toujours l’espoir malgré tout.

Dans le roman, j’ai imaginé une amitié entre Rafael et le personnage du « Vieux » : un vieux pêcheur asiatique, qui passe ses journées sur les rivages de La Havane à contempler la mer. Il fait un peu office de père spirituel, de guide, et revient tout au long du roman, dans les souvenirs de Rafael : face à chaque épreuve, il repense à lui. Et puis, il y a la mouette Habana qui accompagne Rafael dans toutes ses aventures, sa vie, sa confidente et amie, symbole de liberté : elle peut voler très loin, où elle veut.

En ce qui concerne l’album-documentaire aux éditions Rue du Monde, les choses ont été différentes. Il a fallu adapter mon travail à la charte de la collection « Grands Portraits ». Le travail documentaire y a été passionnant, et cela m’a permis d’ouvrir mes recherches à d’autres sujets : l’histoire de l’esclavage, l’histoire du cirque et des clowns. J’ai moi-même été clown, et j’ai été élève à l’Ecole Jacques Lecoq (travail du corps, jeu masqué et clownesque) et cela m’a beaucoup amusée de pouvoir rendre hommage à tous ces artistes que j’admire tant.

J’espère que les lecteurs de ces deux ouvrages, garderont de l’histoire de Chocolat un incroyable appétit pour la vie. Car une journée sans rire et sans plaisir est une journée perdue… le sens de l’amitié…
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Vous avez fait le choix parfois d’une certaine distance avec les faits historiques

Oui bien entendu c’est un choix de ma part. Ce livre s’adresse aux enfants, il a donc fallu leur rendre accessible cette histoire, la simplifier, faire des raccourcis (par exemple, je ne fais allusion qu’à Agoust, régisseur au Nouveau Cirque et pas aux autres directeurs comme Joseph Oller par exemple, car c’est avec lui que Rafael a eu le plus de liens...), la "romancer" ( Rafael est accompagné par un petit chien : il s’agit d’une idée de Bruno Pilorget, l’illustrateur), faire de Rafael un héros de notre temps, auquel les enfants pourront s’identifier.

J’ai voulu montrer à quel point Rafael a dû lutter, à quel point il a résisté : face à la peur et l’ignorance, il a choisi le rire et la générosité, ses plus belles armes. Ainsi, devant subir des surnoms quelque peu "exotiques" (chocolat, bamboula, jus de réglisse, peau de tambour...) il a choisi d’"inverser la tendance", de faire de ce qui pouvait être réducteur, considéré comme une moquerie, un atout, une identité même !!! J’ai choisi d’accentuer, de mettre en évidence la ténacité de Rafael.

Je ne suis pas historienne (et puis le dernier ouvrage de Gérard Noiriel n’étant pas encore sorti, je n’avais pas tous les éléments nécessaires, il m’a bien fallu "fictionnaliser" l’histoire), mon travail s’est surtout attaché à être fidèle à l’humanité de Rafael, au message qu’il a voulu nous laisser : il ne s’est jamais résigné. Il dansait le genou fléchi, oui, mais à terre, jamais. C’est, à mon avis, ce que doivent retenir les enfants du clown Chocolat. Ensuite, plus tard, pour aller plus loin, connaître mieux la vie du clown, les enfants pourront se pencher sur le travail de l’historien Gérard Noiriel.

La partie narrative dans Monsieur Chocolat a donc été romancée, Rafael "héroïsé". La partie documentaire est plus historique : elle est surtout là pour aider les jeunes lecteurs à comprendre dans quel climat Rafael est arrivé en Europe, quels ont été ses combats, quel héritage il nous a laissés : que ce soit dans le monde du spectacle ou dans notre société. L’étoile de Rafael brille toujours.

J’espère avoir été fidèle à l’humanité qui était celle du "clown Chocolat". Voilà l’essentiel.

Votre titre « Je suis Chocolat » peut-il être lu comme un « Je suis Charlie » ?

Si vous entendez par là que « Je suis Chocolat » signifie : je résiste, je ne me résigne pas, je lutte pour plus de solidarité et de compréhension entre les peuples, alors oui !

Avez-vous eu des rencontres avec l’équipe du film « Chocolat » (sortie nationale le 3 février). Il va de soi que vos deux éditeurs ont fait parvenir vos livres à Omar Sy, Roschdy Zem ou encore James Thierrée. Avez-vous eu des « retours » ?

Pas pour l’instant. Mais qui sait ? Un jour, j’espère… il est encore un peu tôt : le roman paraît aujourd’hui (le 15 janvier) et l’album-documentaire le 4 février…

Elle sera à Bordeaux pour l’avant première du film à la fin du mois de janvier en présence de l’équipe (Roschdy Zem, Omar Sy…). Elle interviendra au cours de la Quinzaine autour du clown Chocolat, organisée à Bordeaux – ville où en 1917 est mort Rafael - du 1er au 15 février par l’association « Les Amis du clown Chocolat »

Une lecture théâtralisée de ses deux ouvrages se déroulera les 6 et 7 février à l’espace Saint Rémi, toujours à Bordeaux.

(br-mp)


Documents joints

Monsieur Chocolat
ça presse Chocolat
Chap-1-jesuis-Chocolat
Fiche livre "Je suis Chocolat"

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