Gérard Noiriel : « Réhabiliter Chocolat, figure noire populaire »

dimanche 31 janvier 2016
par  Michel Porcheron

A quelques jours de la sortie nationale du film de Roschdy Zem, « Chocolat », avec Omar Sy, d’après les recherches, l’enquête de Gérard Noiriel, mais librement adaptées, tout entretien avec l’historien, devenu quelque peu « détective » (le seul) pour son dernier livre « Chocolat, La véritable histoire d’un homme sans nom » (Bayard) a une place de premier ordre sur notre site.

Voici aujourd’hui quelques extraits de l’entretien qu’il a accordé à Esther Attias pour « Le Monde des livres » du 22 janvier. Nous avons déjà publié un entretien avec G.Noiriel dans Libération.

Outre « le Dossier Chocolat » de notre site, récemment annoncé, nous continuerons de suivre à la trace (sic) le meilleur que nous détecterons sur l’épopée de Rafael-Chocolat pour qui, c’est clair, nous ouvrons très largement les portes de notre site. Nous avons à l’esprit qu’au tout départ de l’histoire de Chocolat, enfin sorti de l’oubli et de l’indifférence, il y a la vie du petit Rafael, fils d’esclaves cubains, né à La Havane, vendu à un marchand espagnol, un certain Castaño.

Une nouvelle « histoire franco-cubaine » de cette dimension et si riche de sens n’est pas pour demain.

(Source :LE MONDE DES LIVRES | 20.01.2016, Esther Attias, EXTRAITS)
Posté par Michel Porcheron

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Le Monde des Livres (vendredi 22 janvier 2016) a publié un entretien avec l’historien Gérard Noiriel, qui vient de publier, comme une brillante enquête écrite à la première personne « Chocolat. La véritable histoire d’un homme sans nom », suite (et fin ?) d’un ouvrage universitaire publié en 2012 déjà chez Bayard, Chocolat, clown nègre. L’histoire oubliée du premier artiste noir de la scène française).

« Entretien avec un chercheur qui défend une autre écriture de l’histoire ». En voici quelques extraits

La casquette de militant intellectuel de Gérard Noiriel

A la question d’Esther Attias, « Quel est l’enjeu principal de votre ­livre et du film de Roschdy Zem  ? », Gérard Noiriel souligne que « ces deux projets ont pour but de créer un héros. Je le revendique. Je sors de l’objectivité de l’historien pour prendre une casquette de militant intellectuel , les ­héros français officiels s’appellent Jeanne d’Arc, Napoléon… Notre mémoire collective a refoulé le souvenir de Chocolat, figure noire populaire, alors même qu’il a connu un grand succès de son ­vivant. Cet oubli est une forme de violence symbolique. Le livre et le film sont deux façons différentes de réparer cette injustice en réhabilitant sa mémoire.

Sur la question de la violence physique contre Chocolat, « bien présente », Gérard Noiriel considère qu’ « à la Belle Epoque, en France, la violence physique à l’égard des Noirs est assez rare. Nous ne sommes pas dans une situation comparable à celle des Etats-Unis (…) Chocolat a bel et bien souffert «  dans son corps  » dès son arrivée en Europe. Les paysannes du village basque où il a d’abord vécu tentent de le «  blanchir  » en le frottant avec une brosse à cheval  ! Au début de sa carrière, il est le souffre-douleur du clown blanc. Mais, contrairement à ce qui a souvent été écrit, on ne peut pas l’envisager uniquement comme un corps malmené par ses maîtres et les différents clowns blancs avec qui il travailla. Il suffit de regarder les sketches des frères Lumière pour constater que s’il reçoit des gifles, il en donne aussi »

Pour l’historien, « le stéréotype dominant que Chocolat incarne est celui du «  nègre rigolo  ». L’élaboration de ce cliché repose sur l’apparence physique, et en même temps, l’apparence est aussi un vecteur de popularité puisque Chocolat connaît la gloire grâce à son jeu de scène. Tous les stéréotypes sur les Noirs puisent dans ces deux catégories d’étrangeté  : la gestuelle («  Bamboula  ») et la couleur («  Chocolat  »).

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Esther Attias : « En dépit du poids des préjugés, ­Chocolat connaît une carrière de ­premier ordre  : vedette du ­Nouveau Cirque, il sera applaudi par le Tout-Paris ­pendant vingt ans… »

Les auteurs antiracistes qui ont parlé de Chocolat ont surtout insisté sur les violences dont il a été l’objet et tendent à occulter son succès. Dans Le Figaro, premier journal culturel de l’époque, Chocolat est encensé sans relents racistes. La question noire ne se pose pas encore dans la France du XIXe siècle. A cette époque, le véritable racisme est l’antisémitisme. Dans l’Hexagone, la haine à l’encontre des Noirs naîtra avec la première guerre mondiale et le début des révoltes contre l’empire colonial. Il s’agit alors plutôt de paternalisme. (…)

Au XIX e siècle, en France métropolitaine, il y a une forte conscience de classe, mais il n’y a pas de communauté noire à proprement parler. Par exemple, on ne retrouve pas de solidarité ni de processus d’identification entre Chocolat, un prolétaire immigré, et les intellectuels noirs à Paris  »

Gérard Noiriel cite l’exemple de l’intellectuel haïtien Bénito Sylvain qui écrit dans La Fraternité, l’hebdomadaire qu’il a fondé, sans jamais citer Chocolat. Pour ces hommes de lettres, le cirque est soit trop aristocratique, soit trop populaire, et Sylvain n’apprécie pas que Chocolat puisse gagner sa vie en faisant rire les Blancs. Mais contrairement à ce qu’on voudrait croire, Chocolat n’est pas aliéné pour autant. A sa manière, il dessert l’étau des stéréotypes.

Avec Chocolat, on peut proposer autre chose que de la peur sur les immigrés

Enfin sur le film de Roschdy Zem, « Chocolat », qui sortira le 3 février, Gérard Noiriel précise que l’élaboration du scénario lui a été utile pour esquisser la personnalité de Chocolat. « Intellectuellement et scientifiquement, je n’ai renoncé à rien. Le producteur est venu vers moi de lui-même. Je crois à une éducation populaire et son projet m’a immédiatement enthousiasmé. Omar Sy et Roschdy Zem, eux, ont souhaité porter ce film parce qu’ils se reconnaissaient en Chocolat. En abordant l’histoire d’un tel personnage, on peut implicitement s’exprimer sur la condition des immigrés aujourd’hui et proposer autre chose que de la peur » Propos recueillis par Esther Attias (posté par Michel Porcheron)
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Interview Gérard Noiriel et Rocshdy Zem Sur France Culture


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