ECOLOGIE, DEVELOPPEMENT DURABLE

samedi 13 janvier 2007

Cuba a fait sa révolution bio

Il y a dix ans, c’était une nécessité vitale ; aujourd’hui, c’est un atout. L’agriculture durable est devenue indispensable pour pouvoir survivre à l’embargo américain.

Dans les pays occidentaux, c’est une mode. A Cuba, ces dernières années, cultiver et consommer bio est une nécessité dont on a fait vertu. Il y a encore quelques décennies, on y trouvait sans difficulté des engrais chimiques et des pesticides, achetés à des prix dérisoires aux pays du bloc communiste. Après la chute du mur de Berlin, cependant, l’Union soviétique n’a plus été en mesure d’assurer l’approvisionnement. Le pétrole, les tracteurs et les pièces de rechange ont commencé à manquer. Pour le gouvernement, ce fut un nouveau défi, qui se résumait en deux mots : autosuffisance alimentaire. Plus facile à dire qu’à faire, avec l’embargo décidé par les Etats-Unis. Il a fallu reconvertir les monocultures exportatrices en activités destinées à la consommation domestique et optimiser ainsi les maigres ressources dont disposait le pays. “La transition n’a pas été facile. A la fin des années 1980, Cuba avait un système agricole dominé par des monocultures mécanisées, avec un emploi massif de fertilisants et d’antiparasitaires chimiques. Pourtant, dès la fin des années 1990, Cuba est devenue le pays ayant le plus recours aux produits biologiques et à la tradition animale”, explique Luciano Rovesti, qui a coordonné pendant quatre ans un projet financé par l’Union européenne et géré par une ONG de Bologne, le Groupe de volontaires civils (GCV) en faveur du développement et de la fabrication d’antiparasitaires et d’engrais biologiques. Aujourd’hui, il travaille en tant que consultant à La Havane pour le compte d’une entreprise italienne. Sa nouvelle mission consiste à développer la production de légumes et à en organiser l’exportation, notamment vers l’Italie. “Les Cubains sont fiers des résultats obtenus, mais passer à l’agriculture biologique a plus été une nécessité qu’une stratégie éthique. Comme le disait Fernando Funes, l’un des agronomes cubains les plus réputés, ‘le choix consistait à se mettre à pleurer ou à travailler pour changer’. Et le gouvernement a retroussé ses manches”, raconte Luciano Rovesti. Grâce à un plan de reconversion nationale, on est passé en l’espace de quelques années d’une agriculture de type chimique et industrielle à une agriculture biologique. Aujourd’hui, il n’y a plus que deux cultures qui bénéficient d’une aide de l’Etat pour leur approvisionnement en antiparasitaires et en engrais chimiques : le tabac et la pomme de terre. Pour les autres, c’est le retour à la traction animale et aux machettes, associées au compost organique et à un contrôle naturel des insectes nuisibles et des maladies des plantes. Autant de techniques que les agronomes et les chercheurs développent dans des laboratoires qui se consacrent à la fabrication d’antiparasitaires biologiques. La plupart sont gérés par des coopératives. “80 % d’entre elles utilisent essentiellement des méthodes et des contrôles naturels, et ont recours à l’utilisation de produits chimiques uniquement si nécessaire”, rapporte Hector Pina, ingénieur agronome au municipio La Lisa, à La Havane. Le centre de San Antonio de los Baños, dans la province de La Havane, est l’une des 200 structures de ce genre disséminées aux quatre coins de l’île. Sur le mur du bâtiment, des préceptes rédigés en grosses lettres à côté du portrait de Che Guevara exaltent l’agriculture de l’avenir plutôt que la révolution de 1959. Dans la salle d’incubation du laboratoire, des employés préparent les substrats nécessaires à la lutte intégrée : ils assurent la reproduction en laboratoire d’insectes, de champignons et de bactéries capables de vaincre de manière naturelle les micro-organismes nuisibles aux plantes. A l’extérieur, à côté d’un verger de bananiers et de manguiers, on a planté une dizaine de neems, arbres [également nommés margousiers] dont les graines entrent dans la préparation artisanale d’extraits aux propriétés antiparasitaires.
Les produits sont ensuite vendus aux coopératives agricoles à des prix accessibles. Parfois, on voit arriver des clients particulièrement importants. “Comme ce producteur de tabac”, se souvient en souriant M. Rovesti. “Il y a quelques années, une des coopératives de Colón, dans la province de Matanzas, a vendu d’énormes quantités d’antiparasitaires biologiques à l’Empresa de Tabacos, qui avait subitement découvert les bienfaits des insecticides végétaux pour ses cultures. Elle a touché 3 000 dollars, une somme colossale pour l’île. Quand je suis allé voir le responsable de la coopérative, Elio Castellanos, il a couru vers moi en agitant le chèque et en hurlant : ‘Ça marche !’ Il avait beau avoir 70 ans, il était heureux comme un enfant. Malheureusement, la coopérative n’était pas autorisée à avoir de compte bancaire en dollars. Ce n’est que plus tard que nous avons compris combien de soucis ce chèque allait nous causer avec les autorités.” Le succès du bio a eu des effets encore plus radicaux en termes de répartition démographique. Nombreux sont en effet ceux qui ont décidé de quitter la ville pour aller vivre à la campagne. Un passage obligé, puisque la culture biologique requiert plus de main-d’œuvre que l’agriculture conventionnelle.

À la havane, 300 000 tonnes de légumes en 2004

De nombreuses familles se sont installées dans les provinces de Matanzas, de La Havane et de Pinar del Río grâce aux incitations du gouvernement, qui souhaitait encourager les habitants à cultiver des terres ayant autrefois appartenu aux grandes entreprises d’Etat. Le produit des récoltes sert avant tout à l’autosubsistance, le reste pouvant être vendu sur le marché local. La véritable nouveauté, toutefois, qui a donné du travail à des milliers de personnes (plus de 200 000 en l’an 2000), ce sont les organoponicos, les jardins cultivés en ville. Les Cubains appellent non sans fierté ce système de production “la nouvelle agriculture urbaine”. Dans ces lopins de terre grands comme un mouchoir de poche (en moyenne, 1 mètre sur 40 centimètres), on cultive presque exclusivement des légumes à cycle court, des herbes aromatiques et des plantes médicinales. Les rendements ? “Trois fois plus élevés, affirment les cultivateurs. Et avec une consommation de carburant et d’eau bien inférieure.” C’est, dans tous les cas, une solution à la crise énergétique des années 1990, lorsque les fruits et les légumes pourrissaient dans les campagnes parce qu’il n’y avait pas de gazole pour les camions qui devaient les transporter vers les centres urbains. On a donc décidé de les faire pousser dans les agglomérations, en utilisant le moindre petit espace à disposition. Désormais, ces minuscules jardins potagers se comptent par milliers, à travers tout le pays mais surtout à La Havane, où 300 000 tonnes de légumes ont été produites en 2004 (année des derniers chiffres disponibles). Même les campesinos ont fini par se rallier à la cause du bio : ils y voient moins de dangers pour l’environnement, mais surtout la possibilité de subvenir dignement aux besoins de leur famille. Au début, pourtant, il n’a pas toujours été facile de les convaincre que l’on pouvait obtenir, grâce aux vers de terre, par exemple, un engrais à la fois efficace et bon marché. Aujourd’hui, certains parviennent à vivre de l’élevage des lombrics. Elía González, responsable d’une coopérative de la province de Ciego de Avila, nommé héros du travail par Fidel Castro en personne, fait partie de ces sceptiques qui ont changé d’avis. “Il était très perplexe, se rappelle M. Rovesti. Il était persuadé que recycler les déchets agricoles pour les donner à manger aux vers de terre n’était pas une activité très sérieuse. Après bien des hésitations, il a fini par accepter, mais il nous a obligés à commencer dans le plus grand secret. Ce n’est qu’en voyant les résultats qu’il s’est rendu compte que le jeu en valait la chandelle.”
Reste à savoir ce qu’il adviendra des cultures biologiques le jour où l’embargo américain sera levé. “Les Cubains pensent qu’une levée du blocus n’entraînerait pas un retour à l’agriculture conventionnelle, mais plutôt un renforcement de l’agriculture alternative”, affirme Giuseppe Altieri, qui enseigne l’agroécologie et figure parmi les pionniers du bio en Italie. Certains vont même jusqu’à annoncer la naissance prochaine du cigare bio.

Stefania Romani
D (La Repubblica delle Donne)


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