Bienvenue au Président Raúl Castro !

lundi 1er février 2016
par  Gérard

André Chassaigne est le Président du Groupe d’Amitié avec Cuba à l’Assemblée nationale, groupe qui rassemble des député de toutes tendances politiques. Il fait également partie de la Présidence d’Honneur de notre association.

J’ai voulu profiter de la venue du Président Raúl Castro les 1er et 2 février à Paris pour dresser un état des lieux des relations entre la France et Cuba.

Comme beaucoup d’amis de Cuba, cette visite est pour moi un grand moment de bonheur après des décennies de soutien à la Révolution cubaine. Bienvenue au camarade Raúl Castro !
Il n’en est pas moins nécessaire de voir la réalité en face. Mon analyse n’est évidemment pas exhaustive et demande à être complétée, corrigée sans doute. Mon souhait est que cet article soit une ouverture aux débats. Je suis donc ouvert aux appréciations et observations de tous ceux qui prendront le temps de lire cette contribution et qui connaissent parfois bien mieux que moi la réalité cubaine.

Quelles perspectives ?

Rappelons que depuis 1996, la « Position commune » de l’Union Européenne, alignée sur la politique étrangère des Etats-Unis, devait limiter, voir geler, les relations politiques, diplomatiques et culturelles avec Cuba. Dans ce contexte, la France a cependant maintenu de bonnes relations bilatérales. Même si leur pleine normalisation en était freinée, elles sont restées constantes.
La visite de François Hollande à Cuba et l’accueil de Raúl Castro à Paris marquent aujourd’hui une volonté partagée de renforcer encore davantage nos liens. Dommage cependant que ces deux initiatives ne se soient concrétisées qu’après l’annonce conjointe, le 17 décembre 2014, du processus de négociation entre Cuba et les Etats-Unis pour rétablir leurs relations diplomatiques. Mais ne boudons pas notre plaisir : ces rencontres sont des signes forts pour intensifier nos relations dans de multiples domaines, notamment culturels.

Quant au secteur économique, les échanges ne pourront prendre toute leur ampleur qu’à la levée du blocus, ce qui n’est pas encore le cas. L’enjeu premier est donc aujourd’hui d’anticiper cette levée en contournant l’embargo comme le font bien mieux que nous certains pays. Il y a vraiment urgence pour précéder la déferlante mercantile à laquelle rêvent les entreprises américaines. Soyons conscients qu’elles sont dans les starting-blocks dans l’attente de l’ouverture du marché cubain, avec le risque réel de déstabilisation que ça représente pour l’économie socialiste cubaine.
Pour autant, n’oublions pas que pour les Cubains ces relations doivent se faire dans le respect de trois principes fondamentaux : souveraineté, réciprocité, non-ingérence dans les affaires intérieures. Cuba ne compte pas renoncer à la construction du socialisme !

Comment concrétiser ?

L’enjeu est effectivement de ne pas en rester aux mots et d’aboutir à du concret. Sur le plan économique, je vois trois axes complémentaires :
- Le premier est l’amplification des actions de coopération décentralisée, initiées aujourd’hui par trop peu de collectivités territoriales françaises avec le soutien remarquable d’associations amies de Cuba qui ont depuis des décennies joué un rôle de pionniers en appui de la révolution cubaine. L’Etat doit prendre toute sa place en encourageant et en accompagnant ces initiatives.
- Le second est la mise en relation des PME françaises qui peuvent développer des échanges commerciaux avec Cuba, en lien avec la nouvelle politique économique et le développement de l’entreprenariat privé, notamment dans les services du quotidien et le secteur touristique. Je pense plus particulièrement aux fournitures de service pour la restauration et l’hébergement, aux apports technologiques pour le numérique et les communications, au marché du transport et de l’énergie, au matériel agricole et agroalimentaire, au développement des réseaux d’eau et d’assainissement.
- Mais le plus important, me semble-t-il, est d’accompagner Cuba dans un développement économique endogène, créateur de richesses. Soyons conscient que le pays est aujourd’hui considérablement appauvri, asphyxié par le blocus américain et sa dimension extraterritoriale, situation aggravée par un système économique trop étatisé et bureaucratique qui commence seulement à se réformer. Ainsi, des productions de biens manufacturés sont rendues impossibles au regard du surcoût d’achat de matières premières, dû à l’embargo. Les investissements publics sont bloqués par l’impossibilité d’importer des matériaux de construction pour des équipements publics. N’oublions pas que le blocus concerne toutes les importations qui ont plus de 10 % de composants étatsuniens et s’applique à l’ensemble des entreprises de la planète ! Cuba a donc besoin d’actions économiques d’envergure et structurantes, créatrices d’emplois et de valeur ajoutée. Elles concernent autant l’industrie que les services et l’agroalimentaire.

Sur la dette cubaine

L’accord du 12 décembre 2015 sur la dette cubaine est historique. Il n’est pas pour autant l’expression d’une générosité absolue : l’effacement de la dette n’est que partiel. Cuba était en effet dans l’impossibilité de rembourser la dette que lui imposaient ses créanciers occidentaux regroupés dans ce qu’on appelle « le Club de Paris ». L’accord a porté sur un réaménagement de la dette qui s’élèverait à 11,1 milliards de dollars… dont 8,5 milliards pour les seuls intérêts de retard et pénalités ! Au final, Cuba ne paierait que les arriérés des prêts initiaux.
Principal créancier, la France convertirait 230 millions de dollars « en projets de développement à Cuba à titre d’effort bilatéral additionnel ». Cette clause permettra le retour de l’Agence Française de Développement (AFD) avec l’objectif de porter des projets de développement. Mais les usuriers n’abandonnant pas leur cassette, il s’agira prioritairement de rendre le système cubain solvable pour tenir ses nouveaux engagements d’un remboursement échelonné de sa dette.
Il nous faut donc être attentifs pour que l’accompagnement financier des institutions françaises concerne des projets structurants dans la durée et pas pour de simples intérêts à court terme de multinationales avides de nouveaux marchés.

Créer un front du refus

A l’Assemblée générale des Nations Unies, la France a toujours voté la demande cubaine de levée du blocus des Etats-Unis, qui obtient depuis 3 ans une majorité écrasante de 188 pour, contre 2 (Etats-Unis et Israël). Au sein de l’Union européenne, elle a été active pour lever la « Position commune » qui aligne la diplomatie de Bruxelles sur celle de Washington. Mais j’ai toujours considéré qu’elle pouvait faire bien davantage. Encore faudrait-il avoir la volonté politique d’affronter les Etats-Unis.
Je pense en particulier à l’humiliation et au silence de la France quand la banque BNP Paribas a dû s’acquitter d’une amande faramineuse de 6,6 milliards d’euros pour avoir eu une activité financière dans des pays soumis aux embargos américains. Plus récemment encore, en octobre 2015, le Crédit Agricole a été condamné pour les mêmes raisons par la justice américaine à une amende de 787 millions de dollars.
Comment accepter sans réagir que le blocus américain soit imposé à tous les pays du monde ? La France ne pourrait-elle pas être à la tête d’un front du refus ?
Sur le plan diplomatique, il est un levier que la France n’utilise pas suffisamment, c’est celui des pays latino-américains. Notre pays doit amplifier son action diplomatique avec la Communauté des Etats latino-américains et caribéens (CELA) qui regroupe 33 nations, et plus particulièrement avec les pays progressistes de l’Alliance bolivienne pour les Amériques (ALBA). Les velléités des Etats-Unis de faire à nouveau main basse sur l’Amérique Latine ne sont en effet pas étrangères aux évolutions concernant Cuba.

Quels liens à renforcer ?

Le sujet est vaste mais je pense à un domaine à privilégier où la réciprocité pourrait être exemplaire. C’est celui de la santé publique sur la base des prouesses de la science médicale cubaine et de son industrie médicale, pharmaceutique et biotechnologique de première dimension. Ce n’est pas un hasard si l’île socialiste a été en 2015 le premier pays du monde à avoir éliminé la transmission du virus du sida (VIH) et de la syphilis de la mère à l’enfant. Rappelons aussi que les scientifiques cubains ont découvert le premier vaccin au monde contre le cancer des poumons. En 2013, à la demande des députés martiniquais de mon groupe, j’avais posé une question écrite, sans obtenir satisfaction, pour mettre sur le marché français le vaccin Heber Prot-P, mis au point par les chercheurs cubains, d’une grande efficacité pour lutter contre certaines conséquences du diabète, tel que l’ulcère du pied diabétique. Avec nos apports respectifs, la marge de coopération est immense.
Dans le domaine éducatif, beaucoup a déjà été fait depuis la réouverture par Che Guevara lui-même de l’Alliance Française de La Havane au lendemain de la Révolution. Avec 12 000 étudiants venant apprendre notre langue, c’est la plus importante au monde ! Mais il faut faire davantage en ouvrant d’autres antennes sur l’île en plus de celles de La Havane et de Santiago de Cuba. Je pense en particulier à la ville de Cienfuegos qui va commémorer le bicentenaire de sa création par des Français. Quant aux échanges entre nos universités, un nouvel élan est indispensable autour de coopérations ciblées.
Dans le domaine culturel où il est plus facile de mettre en œuvre la réciprocité, des actions culturelles vont s’amplifier avec, dès cette année, un printemps de la culture française à La Havane en complément du Festival du film français. A nous d’accompagner l’initiative similaire qui doit avoir lieu à Paris pour mieux faire connaître la culture cubaine.
Sur le plan social enfin, je crois que nous pouvons nous enrichir mutuellement de nos savoir-faire respectifs. Notre expérience française sur l’économie sociale et solidaire autour des coopératives et les réalités cubaines de démocratie et gestion citoyennes sont à confronter, notamment dans l’agriculture, la production industrielle et sur les questions environnementales.
Beaucoup reste à faire pour approfondir nos liens et passer d’une amitié ancienne et partagée entre nos deux peuples à des actes concrets de coopération dans tous les domaines. Mais cela doit se faire dans le respect de l’identité et des choix de nos deux pays, et donc sans porter atteinte à cette « création héroïque » qu’est le socialisme cubain.

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Le Blog d’André Chassaigne

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