La pire défaite des États-Unis depuis la guerre de 1812

mercredi 20 avril 2016
par  Gabriel Molina Franchossi

Le général Lauris Norstad, chef des Forces alliées en Europe, déclara que « la baie des Cochons avait été la pire défaire des États-Unis depuis la guerre de 1812 ».

Le chef de l’OTAN a analysé ainsi l’échec du gouvernement nord-américain à Playa Giron.

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Le commandant en chef Fidel Castro en première ligne sur la palge de Playa Giron dirigeant la défense du pays. Photo : Fichier

La Guerre de 1812, livrée et perdue par les États-Unis contre le Canada, fut la première tentative d’expansion des 13 colonies qui constituèrent la nation en 1776. Libérés du colonialisme, certains de ses fondateurs se proclamèrent « élus par Dieu » pour conduire le reste du monde et s’étendre vers l’ouest et le sud.

Playa Giron est liée aux questions les plus importantes du 20e siècle, comme l’assassinat de John et Robert Kennedy ; la Crise des missiles, l’alliance de Churchill et de Truman, Hiroshima et Nagasaki, la CIA, l’anti-communisme, la Guerre froide, le maccarthysme, le néolibéralisme et la montée du complexe militaro-industriel.

La Baie des Cochons a des liens également avec la guerre du Vietnam, celles du Moyen-Orient (Palestine, Irak, Syrie) l’Afghanistan, l’Ukraine et la mystérieuse mort soudaine de Franklyn D. Roosevelt, à cause de ses opinions concernant l’utilisation de la bombe atomique, la création de l’État d’Israël et sur Churchill lui-même.

Bienvenido Pérez Salazar vécut intensément les jours de Playa Giron aux côtés de Fidel Castro. Il était tellement habitué à ce qu’on l’appelle Chicho qu’il ne répondait pas si on l’appelait par son nom. Bienvenido était chef de groupe de l’escorte personnelle de Fidel et il était en service auprès de lui dans le bâtiment de la rue 11, dans le quartier du Vedado, où vivait le chef du gouvernement.

Dans la nuit du 16 au 17 avril, le commandant en chef s’était allongé pour se reposer, car il n’avait pas pu dormir depuis le raid aérien à l’aube du 15 avril sur les aéroports de San Antonio, Ciudad Libertad et Santiago de Cuba. Il avait assisté à l’enterrement des victimes et avait prononcé le discours dans lequel il proclama le caractère socialiste de la Révolution.

Le calme était général et soudain, vers minuit, Fidel se leva et commença à passer des appels téléphoniques à plusieurs chefs militaires du pays. Il marchait à grands pas dans le couloir en disant : « Ils ont débarqué et là où je l’avais prévu. Nous allons les écraser. »

Il marchait et appuyait ses mains contre le mur comme s’il se balançait d’un côté à l’autre du couloir, tout en scandant des vers de l’hymne national. Tout à coup, il s’arrêta et s’exclama très fort : « Vive Cuba Libre ! » Il fit un signe de la main et dit : « Allons-y ... »

Il descendit à grandes enjambées les escaliers, s’arrêta un instant sur le trottoir et répéta : « Nous allons les écraser. » (1)

Fidel s’assit sur l’un des sièges de l’Odsmobile 1960 noire qu’il avait l’habitude d’utiliser. Sur le siège avant, s’installa son assistant personnel, le capitaine Alfredo Gamonal, qui encore un peu plus tôt travaillait dans la boutique La Sortija, dans la rue Monte. Jesus Lopez Monteavaro était au volant et le reste de l’escorte se répartit dans cette voiture et deux autres. Ils prirent la rue 12 et se dirigèrent vers la rue 36 à Kohly, dans le Nuevo Vedado, où se trouvait l’État-major, connu sous le nom Punto Uno. Aidé du commandant Sergio del Valle, Fidel organisa au plus tôt les compagnies, les bataillons et les chefs qui allaient devoir repousser l’invasion.

À 3h29, le commandant en chef vérifia, en communiquant avec la centrale sucrière Australia, que l’attaque principale était le débarquement de troupes à Playa Larga et Playa Giron, dans la baie des Cochons, dans la péninsule de Zapata, Matanzas, où les combats avaient déjà commencé. Il ordonna au bataillon 339 d’avancer jusqu’à Playa Larga à partir de la centrale Australia, et à l’École des chefs des milices de Matanzas et à son directeur, le capitaine José R. Fernandez, de se diriger vers Playa Larga et Aguada de pasajeros pour prendre Palpite et les empêcher de former une tête de plage, ce qui était un objectif stratégique. Il ordonna au bataillon des milices de Matanzas d’avancer de toute urgence vers Jovellanos.

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Fidel sautant d’un char sur la plage de Playa Giron.

Fidel incorpora la Colonne spéciale n° 1, José Marti, à Cojimar, qu’il avait lui-même organisée. Il avait placé à sa tête les officiers Haroldo Ferrer et Leopoldo Cintra Frias, chef de l’Infanterie et de l’artillerie, respectivement. Il alerta les bataillons de réserve et maintint une colonne à la centrale sucrière Covadonga, vers laquelle il envoya une batterie anti-char, une autre à Giron et une autre à la colonne Cayo Ramona. Il déplaça également des mortiers de 120 vers Giron.

Le débarquement eut lieu dans un endroit très difficile à reprendre, car les routes d’accès doivent traverser plusieurs kilomètres de marais sans possibilité de manœuvre militaire. Les envahisseurs lancèrent trois pelotons de parachutistes dans les marécages, tentant de bloquer les routes entre Playa Larga et la Centrale Australia, mais ils furent pratiquement anéantis par la résistance des milices.

Fidel se maintient en contact permanent avec le commandant Raul Castro, qui était en charge de la défense dans les provinces de l’Est ; les commandants Juan Almeida et Ernesto Che Guevara au centre du pays et Pinar del Rio. Il donna l’ordre à Almeida d’envoyer plusieurs bataillons de troupes à l’est de Giron pour encercler l’ennemi, au capitaine Osmani Cienfuegos, chef du secteur 4 de la défense de La Havane, qui comprenait toute la côte nord jusqu’à Mariel, de maintenir prêts les bataillons dans son secteur pour sortir des opérations. Il positionna Universo Sanchez au sud vers Pinar del Rio, avec 4 batteries antichars.

LA PRÉPARATION MILITAIRE ET POLITIQUE DE L’INVASION

Le volume X FRUS (Foreign Relations of the United Status) sur Cuba (1961-1962) publié par le Département d’État, ainsi que le volume VI du Département d’État 1958-1960, révèlent le caractère agressif de la politique nord-américaine.

Les plans de la CIA pour écraser la Révolution avait comme axe principal l’assassinat de Fidel. Dans la matinée du 18 août 1960, Richard Bissell, directeur adjoint de la CIA, étroitement lié au directeur Allen Dulles, convoqua le colonel Sheffield Edwards, directeur du Bureau de l’Agence de sécurité. Bissell dit à Edwards que Dulles avait reçu des instructions expresses pour assassiner le leader cubain. La décision fut approuvée par Eisenhower.

Les détails figurent depuis 1975 dans un rapport du Comité spécial du Sénat des États-Unis, dirigé par le sénateur Frank Church, où il est indiqué qu’« en août 1960, la CIA avait contacté les maffieux John Roselli, Santos Trafficante pour assassiner Fidel Castro, ainsi que Sam Biancana chargé d’organiser plusieurs complots d’assassinat ».

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Des combattants cubains se dirigent vers Playa Giron pour défendre la Patrie et le Socialisme. Photo : Fichier

La revue nord-américaine News and World Report appelait à agir rapidement, car la Révolution cubaine « se renforçait de jour en jour ». Parallèlement, Dulles prétendait forcer Cuba à faire appel au camp socialiste de telle sorte que ce rapprochement « justifierait » des mesures punitives. Tout semblait avoir été prévu. Avant le débarquement, une opération tactique par air avait été menée pour détruire ou neutraliser l’aviation cubaine sur les aéroports.

« Le jour D-1, dès que les forces d’invasion auront engagé le combat, elles auront pour principale mission de défendre une petite zone (tête de pont) qui, dans des conditions idéales, comprendront un aéroport et un accès par mer pour le soutien logistique. Les plans devraient prévoir qu’ils puissent recevoir du ravitaillement par air. »

Si cela ne se passe pas comme prévu, un gouvernement provisoire devra être établi, lequel pourrait être reconnu par les États-Unis et probablement par d’autres États d’Amérique et lui apporter une assistance militaire. La route sera ensuite ouverte pour une intervention militaire des États-Unis qui se traduira par le renversement du gouvernement de Castro. »

VOILÀ FIDEL… IL EST LÀ…

Le commandant en chef ne cessa de donner des instructions par téléphone et de s’assurer qu’elles étaient respectées. Son objectif était de mettre les forces de débarquement hors de combat avant 72 heures, afin d’empêcher les envahisseurs organisés, financés et armés par la CIA, de réclamer une intervention directe des forces armées des États-Unis.

À 15h00, les commandants Flavio Bravo et René Vallejo, les capitaines Gamonal et Eugenio Teruel, aide de camp de Raul Castro et des membres de l’escorte partirent vers le front. Sur le chemin vers les marais de Zapata, le peuple tout entier était mobilisé. Chaque fois que quelqu’un pouvait voir le commandant en chef dans le véhicule, on entendait crier : « Voilà Fidel. Regardez, il y va…. » (2)

Le premier qui l’apercevait depuis d’un arrêt de bus, depuis l’angle d’une rue, de partout, s’exclamait pour que les autres puissent le voir et la phrase se répétait à l’infini. « Voilà Fidel ! ». Le fait de voir le commandant en branle-bas de combat redonnait du courage au peuple. Vers 16h, ils arrivèrent à la Centrale Australia, où José Ramon Fernandez avait installé un poste de commandement. Il informa Fidel que les avions ennemis, portant des insignes cubains sur leur fuselage, avaient trompé nos troupes : ils faisaient des signes d’amitié avec les ailes puis les mitraillaient, une manœuvre qui avait provoqué de lourdes pertes.

Fidel informa que des renforts arrivaient, il réorganisa le combat à Playa Larga qui n’avait pas pu être encore récupéré.

Il ordonna aux forces aériennes d’organiser deux escadrilles avec deux Sea Fury, un B-26 et un avion à réaction T-33. Fidel demanda alors à parler au chef d’escadrille, le capitaine pilote Enrique Carreras.

JPEG - 56.3 ko Des armes capturées aux envahisseurs lors de l’invasion à Playa Giron. Photo : Fichier
Le pilote s’est souvenu plus tard dans plusieurs interviews que Fidel leur avait rendu visite plusieurs jours avant les attaques et leur avait demandé de « prendre soin des quelques avions de combat que nous possédions, de les disperser suffisamment pour éviter que si nous étions attaqués, comme certainement cela devait arriver, ils ne parviennent à les détruire tous ». C’était le seul moyen de sauver quelques appareils. C’est ce qui fut fait. Ils évitèrent ainsi d’être détruits, comme l’avaient pensé les chefs du Pentagone. Ils sauvèrent ces quelques avions qui jouèrent ensuite un rôle décisifs dans les combats.

Fidel demanda à Carreras d’attaquer les embarcations. Celui-ci se dirigea vers le Houston, chargé de troupes et de matériel de guerre. L’attaque anti-aérienne fut d’une rare violence : des douzaines de mitrailleuses et de canons crachaient leurs feux vers les forces aériennes cubaines. Carreras tira des roquettes et à sa grande surprise toucha le bateau qui coula. Il en toucha un autre et abattit un B-26.

Fidel insistait sur le fait que l’essentiel n’était pas d’attaquer les envahisseurs, mais couler les navires qui les transportaient. À leur bord se trouvaient les renforts, le matériel militaire et le ravitaillement qui leur permettent de survivre.

Le courage sans limite du peuple, le commandement, le contact direct et les ordres de Fidel, en particulier ses efforts acharnés mais victorieux pour parvenir à la victoire totale en moins de 72 heures, empêchèrent l’intervention directe des États-Unis.


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