Une lettre de Fidel Castro en vente à Paris. Rarissime.

lundi 9 mai 2016
par  Michel Porcheron

Fidel Castro a écrit des centaines et des centaines de lettres, pour ne pas dire des milliers. Dans sa vie de chef guérillero, la plume fut une de ses armes. Il dirigea la guérilla aussi en écrivant.
« Du 6 août 1958 jusqu’à la victoire, j’ai envoyé d’innombrables lettres aux responsables des troupes rebelles (…) Au cours de la première quinzaine d’octobre, je passais des heures à écrire aux commandants des différents fronts ».(Fidel Castro, Mémoires, 2012) « Le rôle joué par les messagers rebelles fut également un facteur très important et souvent déterminant dans nos succès lors de l’offensive »
« Toutes les nuits, tous les jours, à chaque heure, le Comandante écrivait (…) L’économie de la lettre écrite est bien connue : sa prose de guerre, concise et efficace, « fonctionnait », a raconté un témoin proche.
Fidel Castro dans une lettre adressée à Celia Sanchez en mai 58 lui rappelle qu’il lui faut un stylo. « J’ai jeté deux crayons parce qu’ils ne marchent pas. Je ne veux pas de ces saletés qui, à chaque trait, rayent le papier et n’écrivent pas. J’ai besoin d’un stylo et je déteste ne pas en avoir »
Aucun destinataire n’a publié de livre uniquement consacré à la reproduction de lettres reçus de Fidel Castro. Carlos Franqui (Las Villas 1921- Porto Rico 2010), journaliste, ancien membre de la guérilla, en l’occurrence directeur de Radio Rebelde, donc documentaliste, reproduit plusieurs lettres et messages dans « Journal de la Révolution cubaine », 1952-1958 (Seuil, 1976, 584 pages). Il s’exila en 1968 en Italie.
Alors quand on lit dans un magazine français qu’une lettre du Comandante en jefe, a été mise en vente (et vendue) à Paris, après un sourire d’incrédulité, on est amené à constater l’authenticité de la lettre, certifiée et le sérieux de la mise en vente. C’est une lettre manuscrite du leader cubain, écrite huit jours après son entrée à La Havane en janvier 59 et adressée à Pastora Nunez Gonzalez.

Une lettre de Fidel Castro parmi les trésors du Salon du livre rare à Paris. Une première.

Par Michel Porcheron

Comment une lettre manuscrite de Fidel Castro, adressée le 16 janvier 1959 à une combattante de la guérilla de la Sierra Maestra s’est retrouvée 57 ans plus tard au Grand Palais à Paris, à l’occasion du Salon International du livre rare  ? On ne reconstituera bien sûr jamais son parcours exact. D’autant moins que la destinataire –qui mérite qu’on la découvre- n’a jamais quitté le territoire cubain (1921-2010). Après la victoire de janvier 59, elle eut des fonctions officielles.

L’exposition-vente de cette lettre, écrite à l’encre noire, sur une feuille lignée d’un carnet (vraisemblablement) a été une des grandes curiosités de l’édition 2016 (22-24 avril) de ce Salon. Elle a été immédiatement emportée pour 12.500 euros. On ne connaitra pas l’acquéreur.

C’est la librairie lyonnaise Autographes des Siècles qui a mis en vente ce document. Selon son directeur Julien Paganetti, les lettres de Fidel Castro « sont rarissimes. Je l’ai trouvée chez un collectionneur canadien. Le fait qu’elle ait été écrite dans les premiers jours de la prise de pouvoir à Cuba lui donne plus de valeur »

Le lot comprenait aussi une photographie originale NB de Fidel Castro allumant en cigare, signée Kent Kobersteen (cachet au dos).

Le site de la librairie : http://www.autographes-des-siecles.com/

[Voir par ailleurs l’entretien que nous a accordé Julien Paganetti]

L’hebdomadaire L’Express avait publié le 20 avril « en avant-première » la lettre de Fidel Castro avec pour titre « Fidèlement vôtre. Parmi les trésors du Salon du Livre rare à Paris, une émouvante lettre de Castro, après son entrée à La Havane »

Quels sont ces trésors du Salon international du livre rare et de l’estampe ? (2)

« Un exemplaire du Périt Prince enrichi d’un dessin original de Saint-Exupéry, une impression sur vélin de 1520 longue de 3 mètres par laquelle François Ier réclame l’héritage de Charlemagne, la correspondance manuscrite entre Louis-Ferdinand Céline et Abel Gance, un agenda Hermès saturé d’annotations de Serge Gainsbourg : voilà, entre mille autres trésors, ce que collectionneurs, bibliophiles et simples curieux pourront découvrir, et acheter, au Salon international du livre rare et de l’estampe » a écrit à la veille du Salon Jérôme Dupuis.

Tous les grands libraires français et nombre de leurs confrères étrangers y ont exposé leurs plus belles pièces.

Pour connaitre tous les détails de la lettre de Fidel Castro, l’original et la traduction en français, voir :

http://www.autographes-des-siecles.com/produit/castro-fidel-lettre-autographe-signee-sur-la-revolution-cubaine-1959/

Dans le catalogue mis en vente de « Autographes des Siècles », la lettre de Fidel Castro – qui aura 90 ans le 13 août prochain- se trouvait en compagnie de haut niveau. Julien Paganetti proposait en effet des pièces de Verlaine, Churchill, Baudelaire, De Gaulle, Frank Liszt, Victor Hugo, Aragon, Frédéric Chopin- George Sand…

http://www.autographes-des-siecles.com/catalogues/Catalogue-XI.pdf

.

« Comme souvent, précise Jérôme Dupuis (JD) cette lettre vaut aussi par sa destinataire, Pastorita Núñez González (1921-2010), pionnière de la guérilla dans la Sierra Maestra. Cette militante infatigable fut chargée par Fidel de percevoir l’impôt révolutionnaire auprès des grands propriétaires et patrons cubains, plutôt proches du dictateur Batista. Mission à haut risque, qui permit de financer la guérilla des Barbudos ».

La lettre du 16 janvier 1959, soit huit jours après l’arrivée de Fidel Castro à La Havane « non dénuée d’une certaine emphase révolutionnaire, exprime d’ailleurs la dette morale du leader cubain à cette pasionaria du mouvement » (JD)

On verra plus loin que Pastora Núñez González, si elle fut bien une militante infatigable, passionnée, n’eut dans ses combats aucun profil de « pasionaria » mot de plus généralement associée à un comportement violent et spectaculaire. En effet « Pastorita » fut une combattante de l’ombre, dès les années 40, puis comme militante du Mouvement du 26 juillet et dans la Sierra Maestra. C’était « Augustina ».

Fidel Castro lui-même présente la délicate et importante mission de Pastora Núñez González, dans ses Mémoires (2) « La victoire de la liberté, de la Sierra Maestra à Santiago de Cuba » (pages 32-33) :

LU le 19 août 1958 SUR RADIO REBELDE (créée le 24 février 58 par Ernesto Che Guevara. Un émetteur à onde courte, situé au siège du Commandement, à La Plata, dans la Sierra Maestra, permettait aux rebelles d’informer la population sur leurs avancées. Violeta Casals en fut la voix féminine .De juin 58 jusqu’à la fin de la guerre, c’est Carlos Franqui qui la dirigea.]

« La camarade Pastora Núñez González est mandatée pour intégrer une commission, en compagnie d’autres personnes, afin de rendre visite à tous les propriétaires de fabriques de sucre de canne de la province d’Oriente. Elle les informera que, suivant les dispositions militaires de l’Armée rebelle, sera établie une contribution de quinze centimes par sac de sucre de deux cent cinquante livres résultant de la récolte de 1958. Sur ces quinze centimes, dix seront payés par la raffinerie et cinq par le fermier. Le versement de cette contribution devra être effectué dans sa totalité avant le 15 octobre prochain.

En contrepartie du respect de cette obligation, le contribuable bénéficiera des garanties que seule l’Armée rebelle peut accorder aux producteurs de cannes et aux installations industrielles des raffineries de la province. Le non- paiement dans le temps et la forme indiquée donnera lieu à des sanctions qui seront irrévocables à partir de la dite date, aucun retard ne sera admis et nous n’accepterons pas son paiement ultérieur ».

Le 28 décembre 58, Fidel Castro, dans les bureaux de l’administration de la raffinerie de Palma déclarait qu’il avait « élevé plusieurs combattants au grade d’officiers de l’Armée rebelle », le capitaine Universo Sanchez au grade de commandant, ainsi que Calixto Garcia, Luis Crespo, Raul Menendez, Aldo Santamaria, Manuel Pineiro, Luis Orlando Rodriguez.

Au grade de capitaine Enrique Jimenez Mayo et Luis Borges et au grade de lieutenant, Pastora Núñez González.

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Sur Pastora Núñez González, lire (en français) :

http://cubanismo.net/cms/fr/articles/pastorita-nunez-la-constructrice-de-reves

http://www.cubamigos.be/CubaSi170.pdf (page 14)

En espagnol :

http://www.ecured.cu/Pastorita_Núñez

http://www.cubanosfamosos.com/pastora-nunez-gonzalez

Au lendemain de son décès en 2010 :

http://www.juventudrebelde.cu/cuba/2010-12-27/pastorita-nunez-constructora-de-suenos/

http://cafefuerte.com/csociedad/734-fallecio-pastorita-nunez-cercana-colaboradora-de-fidel-castro/

[A savoir par ailleurs : le sculpteur cubain Tony Lopez fut notamment l’auteur du masque mortuaire (1951) d’Eduardo Chibàs, que conservait une des proches collaboratrices de l’homme politique cubain, Pastorita Núñez González. Cette dernière en a fait don plus tard aux institutions cubaines compétentes. Le masque se trouve aujourd’hui au Musée de la Révolution].

JPEG - 8.9 ko Dans son livre « Fidel Castro, Biographie à deux voix » (Fayard-Galilée, 2007) Ignacio Ramonet interroge le leader cubain sur la participation des femmes dans la guérilla qui en mai 58 comptait dans la Sierra Maestra, « tous ensemble, à peu près trois cents combattants » (FC) Soit environ un contre trente- cinq, quand les troupes de Batista ont commencé leur offensive. Le 2 décembre 56, les expéditionnaires du Granma étaient 82. Fin janvier « nous sommes retombés à vingt hommes, puis à douze »

Fidel Castro- « Oui, dans la Sierra, j’ai organisé une unité de femmes, les « Marianas » (3) Nous prouvions que les femmes [jusque-là, elles exécutaient uniquement des tâches à l’arrière-garde] pouvaient être d’aussi bons combattants que les hommes. J’ai dû me battre âprement contre le machisme. Après la dernière offensive de Batista, nous avions des armes plus légères qui leur étaient réservées, et certains disaient : « Comment veux-tu qu’on donne des M 1 à des femmes ? » Je répondais : « Laissez-les-moi, je m’en occupe. » Je réservais la phrase suivante à certains d’entre eux : « Tu sais pourquoi je leur donne des M1 ? Parce qu’elles sont de meilleurs soldats que toi. »

J’ai personnellement entraîné les premières unités de femmes combattantes, et leur comportement a été excellent, meilleur même que celui de la moyenne des hommes ; je n’ai aucune raison de travestir les faits. Elles étaient dans l’active sur le front, et pas attelées à des tâches administratives ? Ce n’est pas une justification, c’est un fait ».

Le 3 septembre 58, le peloton féminin nommé Mariana Grajales, patriote cubaine et mère d’Antonio Maceo, fut formé. Fidel Castro nommait à sa tête l’infirmière Isabel Rielo, avec le grade de lieutenant - elle obtint finalement le grade de capitaine des Forces armées révolutionnaires -, tandis que Teté Puebla fut désignée commandant en second, elle aussi avec le grade de lieutenant. Ce peloton reçut son baptême du feu au combat de Cerro Pelado, le 27 septembre 1958.

Dans l’arrière-garde, les femmes avaient des charges d’assistantes médicales, de messagères, cuisinières, guetteuses, elles s’acquittaient de tâches d’approvisionnement, de réparation d’uniformes, etc… « En particulier, le travail effectué par l’assistante de Celia Sanchez, Teté Puebla, fut exemplaire ». Elle joua un rôle efficace dans une délicate mission que lui confia le Che en juillet 58.

Il y eut « d’autres femmes remarquables » à partir de l’offensive d’avril 58, selon Fidel Castro, citant Rita Garcia et Eva Palma, Orosia Soto et Juana Pena, Olga Guevara, Angelina Antolin et Ada Bella Pompa.

NOTES

(1)- En juin 1984 était inaugurée la première Foire Internationale du Livre Ancien à Paris, qui jusqu’en 1995 s’est tenue tous les deux ans. C’est en avril 2007 que ce Salon, qui avait lieu à la Maison de la Mutualité, s’installa dans la Nef du Grand Palais, en association avec le Salon de l’Estampe et du Dessin. L’édition 2016 du « Salon International du Livre rare, de l’Autographe, de l’Estampe et du Dessin » a été organisée par le Syndicat national de la Librairie Ancienne et Moderne (SLAM).

C’est aujourd’hui la plus belle manifestation du genre en France et l’une des plus importantes au monde, avec 150 exposants venus du monde entier et 50 galeristes d’estampes et de dessins,

https://www.salondulivrerare.paris/

(2)- Mémoires (1926-1958) en deux volumes  : « Les chemins de la victoire » (653 pages) et « La victoire de la liberté » (471 pages). Traduction par Marie Kosmowski. Ces deux ouvrages ont été publiés à Cuba en 2010 par la « Oficina de Publicaciones del Consejo de Estado de la Republica de Cuba »

(3)- Sur Las Marianas :

En espagnol :

http://www.ecured.cu/Las_Marianas

http://www.acn.cu/2006/septiembre/01edmarianas.htm

https://cmkxradiobayamo.wordpress.com/2013/09/02/celebraran-mujeres-granmenses-aniversario-55-del-peloton-femenino-las-marianas/

(mp)

Entretien avec Julien Paganetti.


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