Cucurucho Valdés fait parler l’âme cubaine à travers le piano

lundi 16 mai 2016
par  Posté par Roger Grévoul

Au dixième étage d’un immeuble jouxtant l’ambassade des Etats-Unis à la Havane, les notes de « Guajira » semblent accompagner le mouvement des vagues qui se fracassent sur le front de mer du Malecon.

Suave, légère, gorgée d’un généreux soleil, la musique invite à l’égarement, au détachement. Au large, une brume improbable engloutit soudain les navires qui viennent de quitter le port de la capitale. « Guajira » est une composition de Roberto Carlos Rodriguez Valdés, 38 ans.

Une cubanité méconnue

Petit-fils du pianiste et compositeur Bebo Valdés et neveu du mythique Chucho Valdés un jour appelé le « Mozart cubain » du jazz, Cucurucho Valdés, c’est son surnom, porte sur ses épaules l’héritage d’une famille de grands musiciens.

Sur la terrasse de la « Flauta magica », un bar-restaurant créé à la fin 2014 en honneur du grand flûtiste cubain Richard Egües et tenu par son petit-fils, le jeune Valdés reçoit sans fard et en toute simplicité. Chemise à carreaux, barbe bien taillée, des yeux sombres qui invitent à ouvrir la porte d’accès à une cubanité encore méconnue. Inutile de le harceler de questions.

Les paroles coulent d’elles-mêmes un peu à la manière dont ses doigts glissent sur son Steinway. Expliquer sa musique, c’est une manière d’expliquer son pays et d’en transmettre la passion. C’est dans ce haut lieu des nouvelles nuits havanaises de style baroque moderne qu’il se produit régulièrement. Le patron des lieux, Richard Egües junior, qui a longtemps vécu à Paris, ne tarit pas d’éloges à son égard : « C’est l’un des meilleurs pianistes actuels ici à Cuba. »

Avec Los Van Van

A huit ans, Cucurucho Valdés jouait déjà dans un petit orchestre, Charanga Habanera. « Vu ma famille, je pouvais difficilement jouer d’un autre instrument, souligne le pianiste qui a grandi dans le quartier de Los Sitios au centre de la Havane, « un quartier où les compositeurs de rumba, du type Guantanamera, étaient légion.

A neuf ans, ajoute-t-il, j’ai goûté aux joies de pouvoir jouer avec le groupe de mon oncle Chucho Valdés, Irakere. Mais j’ai fait mes armes avec Los Aragoncitos. » Rapidement, sous les conseils de sa mère et professeure de piano Miriam Caridad Valdés, il se familiarise avec de grands compositeurs classiques cubains, Ernesto Lecuona, Manuel Saumell, Ignacio Cervantes et bien sûr son grand-père Bebo Valdés. Il se nourrit de la tradition cubaine, des petits orchestres des années 1920 et 1930 pour remonter aux racines musicales de l’île.

Avec son oncle Chucho Valdés, il a partagé des idées, a parlé de musique. Mais « aujourd’hui, il voyage beaucoup, relève le neveu. Quant à mon grand-père Bebo, il m’a dit un jour que j’étais le seul musicien de la famille à avoir un style musical vraiment cubain. Tant mieux, mais ce n’est pas le résultat d’une démarche délibérée. C’est plutôt la conséquence fortuite de ma vie et de mon évolution. » Les circonstances l’amènent à jouer pour Isaac Delgado, le grand maître de la salsa et de la timba. Puis il rejoint en 2000 le prestigieux groupe Los Van Van, une institution cubaine fondée par le défunt Juan Formell et adepte de musique traditionnelle, de rythmes caribéens et de funk-rock. En 2014, il décide de voler de ses propres ailes.

Se revendiquant sans ambiguïté du jazz latino, Cucurucho Valdés est un puriste qui tente pourtant de conjuguer la tradition musicale cubaine qu’il compare parfois à une « langue morte » avec des airs plus contemporains. Ses fondements sont solides, mais son style est unique. Il se produit souvent à la Havane avec sa tante, la sœur de Chucho Valdés Mayra Caridad Valdés dont la voix lascive subjugue.

Composer est une manière de s’affirmer dans une famille qui a déjà tant offert à Cuba sur le plan musical. Sur la terrasse de la Flûte magique, l’après-midi s’écoule sans qu’on y prête garde, sous les airs de « Mi Danzon », une autre composition du jeune Havanais dont le dernier album « Ni Antes Ni Despues » a été récompensé du prix de musique instrumentale lors du festival Cubadisco en 2013.

Enjoué, Cucurucho Valdés n’en reste pas moins lucide. Il estime que Cuba est en train de vivre « une grande décadence musicale. Les jeunes Cubains, ajoute-t-il, écoutent toutes sortes de musiques. Ils ne se rendent plus compte de la richesse musicale cubaine. Je l’avoue, c’est un moment un peu déprimant. ».

S’il innove, le jeune pianiste ne cherche aucunement à travestir la musique héritée du passé. Il l’intègre tout en créant son propre répertoire. Il espère ainsi restaurer cet héritage qui a inspiré des musiciens du monde entier : « A ma mesure, j’espère contribuer à redonner un peu de grâce à la musique cubaine. » Il souhaite que la reconnaissance dont il jouit désormais à Cuba lui permette de capter l’attention d’un nombre croissant de jeunes et de leur « réapprendre à écouter la musique traditionnelle cubaine. »

L’espoir et la peur du changement

Cucurucho Valdés, le regard fixé sur l’horizon, affiche une fierté cubaine qui l’ancre dans un pays en plein questionnement. Le processus de normalisation des relations entre Cuba et les Etats-Unis entamé par les présidents cubain et américain Raul Castro et Barack Obama en décembre 2014 suscite l’espoir et la peur du changement.

S’il se produit à Zurich, Genève, en Allemagne, France, Espagne, Turquie et aux Pays-Bas et a partagé des scènes avec Diego el Cigala et Rubén Blades, le jeune pianiste retrouve toujours ses racines à Cuba. Son rapport à la musique cubaine traduit une forme de nationalisme nouveau, créatif, qui tranche avec le désespoir qui a poussé déjà plus de 80 000 Cubains à quitter l’île pour les Etats-Unis cette année.

Nombre d’artistes estiment que leur vie est à Cuba. Le changement imaginé ou réel est une aubaine. Qu’il s’agisse de sculpture, d’arts plastiques, de peinture, « les Cubains sont différents. En musique également », souligne Cucurucho Valdés. Le 22 mars dernier à la Havane, le président américain Barack Obama ne disait pas autre chose : « El Cubano inventa del aire », le Cubain invente même l’air.

En quittant la Flûte magique, le jeune pianiste lâche : « Dans la soirée, je vais jouer dans le célèbre paladar de la Guarida, en vieille ville. » Un concert, demande-t-on ? « Oui, en quelque sorte. Je vais jouer pour Mick Jagger et les Rolling Stones. » Un jour avant que le groupe britannique ne mette le feu à la capitale cubaine lors d’un concert gratuit en périphérie de la Havane…

Profil

- 1977 Naissance, le 22 août, à La Havane.

- 2000 Rejoint le prestigieux groupe Los Van Van.

- 2014 Décide de voler de ses propres ailes.


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