Cuba a r-envoyé un missile aux États-Unis. Sympa.

vendredi 29 juillet 2016
par  Michel Porcheron

Un missile air-sol yankee, après un périple en Europe, a fini par échouer à …La Havane, dans la soute d’un avion-cargo d’Air-France, certes dans sa caisse d’expédition hermétique. Après un incroyable concours de circonstances, selon la formule consacrée.

Et les Cubains, très fair-play, ont fini par restituer dans la même caisse hermétique ce bel engin (désactivé) à leur voisin du nord. Mais sans se précipiter. Ils l’ont gardé au chaud, dans un endroit secret climatisé, durant quelque 18 mois. De juin 2014 à février 2016. Le temps de pourparlers appropriés. Il faut ce qu’il faut.

Tout est bien qui finit bien. La crise du missile n’a pas eu lieu. Mais cinq mois après la révélation de « l’affaire » par le Wall Street Journal, on ne sait rien de plus que cela, ce fut donc un non-évènement. Aucune information, pas la moindre, n’a fusé de la justice américaine, du Pentagone, d’Air-France, du département d’Etat, du constructeur Lockheed Martin. Le black-out demeure.

Seuls les Cubains connaissent le fin mot de l’histoire. Qu’ils gardent au chaud. Sympa.

“Hellfire Missile Mistakenly Sent to Cuba Has Been Returned to U.S.”

La grande vadrouille d’un missile air-sol américain

Par Michel Porcheron

Y’a pas que les petits objets sans importance qui se perdent dans la nature. Combien de missives se perdent, s’égarent, finissent enfin chez le destinataire longtemps après, sont retournées à l’envoyeur…Des missiles c’est plus rare.

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En d’autres temps, cette affaire américano-cubaine aurait été traitée avec perte et fracas. En février 2016 elle est passée avec profits et pertes, cela après une courte Déclaration de 222 mots du MINREX (Ministère cubain des Relations Extérieures).

Il est vrai…vingt mois après « les faits » restés secrets jusqu’à la publication le 7 janvier 2016 dans le Wall Street Journal (WSJ) d’une révélation : « Missing U.S. Missile Shows Up in Cuba », « Un missile américain, porté disparu, retrouvé à Cuba ».

http://www.wsj.com/articles/missing-u-s-missile-shows-up-in-cuba-1452213667 (en anglais, s’inscrire)

ou

http://www.kathrynsreport.com/2016/01/missing-us-missile-shows-up-in-cuba.html (en anglais, texte intégral)

Le 13 février suivant, le WSJ publiait de nouvelles informations détaillées sous le titre « Hellfire Missile Mistakenly Sent to Cuba Has Been Returned to U.S » « Le missile Hellfire envoyé par erreur à Cuba a été restitué aux Etats Unis » …

http://www.wsj.com/articles/hellfire-missile-mistakenly-sent-to-cuba-has-been-returned-to-u-s-1455390176 (en anglais, s’inscrire)

Les journalistes du WSJ, Devlin Barrett et Gordon Lubold terminent là leur enquête.

Les autorités, américaines et cubaines, confirment. Le département d’Etat se félicite de la bonne « coopération » américano-cubaine. Il invoque des raisons juridiques pour ne pas commenter les circonstances de cette rocambolesque (ou pitoyable ?) affaire.

Cuba souligne que La Havane a agi avec « sérieux et transparence »

http://www.cubadebate.cu/noticias/2016/02/13/declaracion-del-minrex-misil-de-eeuu-llego-a-cuba-por-equivocacion/#.V4u59aJK5JI

(avec 45 commentaires, en espagnol)

« En juin 2014 est arrivé à la Havane, par un vol en provenance de Paris, un chargement commercial, qui, après inspection par les autorités de la Douane Générale de la République, s’est révélé être un missile AGM 114 Hellfire, à guidage laser.

Ce missile est arrivé à Cuba par erreur ou à la suite d’une mauvaise manipulation dans le pays de provenance. L’arrivée dans le pays d’un matériel militaire de fabrication étatsunienne n’a pas manqué de susciter l’inquiétude des autorités cubaines, matériel qui n’avait pas été déclarée comme tel dans le manifeste de la cargaison de l’avion qui le transportait.

Ce matériel militaire fut conservé et surveillé comme il se doit. Une fois que le gouvernement des Etats-Unis a officiellement informé le gouvernement cubain qu’un missile d’entraînement appartenant à la compagnie « Lockheed Martin », avait été envoyé à notre pays par erreur et exprimé son intérêt à le récupérer, Cuba a communiqué sa décision de le restituer et commencèrent les démarches entre les deux parties afin de procéder à sa remise.

À la suite de ces échanges, une équipe d’experts du gouvernement étatsunien et de la société mentionnée plus haut s’est rendue à Cuba pour examiner l’état du chargement. Le 13 février 2016 les experts retournèrent aux Etats-Unis avec le missile.

Cuba a agi avec sérieux et transparence et a coopéré pour trouver une solution satisfaisante à ce fait ». (traduit par l’auteur)

Tout est bien qui finit bien. Le missile longtemps sans domicile HellFire - qui signifie en anglais « feu de l’enfer » - a bel et bien réintégré ses foyers.

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En 1962, lors de la crise d’Octobre ou des fusées, le monde était au bord de l’apocalypse atomique. En 2016, on a eu droit à une version rocambolesque ou pitoyable d’une nouvelle « crise de missile », à une odyssée minable d’un missile US égaré on ne sait toujours pas pourquoi et comment cinq mois après la révélation de l’affaire. Hellfirexit. Circulez y’a rien à voir.

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Sur le missile en question, voir, à la rigueur :

https://fr.wikipedia.org/wiki/AGM-114_Hellfire

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Le moins qu’on puisse dire c’est que le missile air-sol a eu un parcours étrange jusqu’à l’aéroport José-Marti de La Havane, dans la soute d’un avion-cargo d’Air-France (sic). Le colis dument étiqueté, expéditeur US et destinataire US, est volumineux, mais pas énorme. Le missile n’est jamais qu’un engin de moins de deux mètres et ne pèse pas 50 kg, caisse d’expédition non comprise. Car, il faut le savoir, il y a missile et missile. Du missile à ogive nucléaire au missile de croisière en passant par le missile anti-missile et les missiles air-sol. La gamme est très large.

L’engin hellefire 114 est une arme anti-char plutôt vieillotte, mais elle continue d’occuper une place de choix dans l’arsenal anti-terroriste américain.

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Bien sûr personne ne le réclame. C’est la stupeur des douaniers cubains de permanence, qui commencent à échafauder des hypothèses, avant de transmettre illico le bébé à leurs supérieurs lesquels informent les autorités compétentes… L’inspection révèle que le missile est inerte, c’est-à-dire dépourvu de charge explosive. La stupeur baisse d’un cran.

On voit mal ces autorités compétentes désosser le AGM-114 Hellfire US.

Nous sommes donc en juin 2004. Cuba fait toujours partie, selon Washington, des « pays soutenant le terrorisme », mais ce que l’on ne sait pas alors, c’est que des hauts fonctionnaires des deux pays sont en pleins pourparlers, contacts, sur la question d’un rapprochement entre les deux pays, lourd processus à la virgule près qui va aboutir le 17 décembre de la même année, 2014, aux déclarations simultanées des présidents Barack Obama et Raul Castro.

Probablement à Cuba, certains, à la vue du missile anti-char US, ne sont pas loin de penser que quelques-uns pourraient chercher à torpiller les perspectives encourageantes dans les relations américano-cubaines, en créant un incident. Le WSJ rapporte que les Etats-Unis cherchent à savoir si la disparition du missile est un acte délibéré d’espionnage.

Au lendemain des premières révélations du WSJ, Europe n°1, citant le quotidien américain, disait que les Etats Unis ont tenté de récupérer le missile et que les enquêteurs cherchaient à déterminer si l’arrivée du missile air-sol sur l’île des Caraïbes est le résultat d’une série d’erreurs ou d’une activité criminelle. Europe 1 ajoutait : « Le gouvernement américain a tenté sans succès de faire pression afin de récupérer le missile- dépourvu d’ogive- alors qu’il entamait en décembre 2014 un rapprochement avec Cuba, son ancien ennemi ». Les autorités américaines ne craignent pas tant que Cuba démantèle le missile ou en développe un similaire, mais que le pays partage le savoir-faire avec la Chine, la Corée du Nord ou la Russie, selon les sources du Wall Street journal.

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Début 2014, le missile avait été envoyé par Lockheed, son constructeur, et avec l’accord du département d’Etat, d’Orlando(Floride), en Espagne, à la base navale américaine de Rota, où il a été utilisé par l’OTAN pour des exercices militaires. Dans ce genre de situation, une munition de ce type n’a pas de charge, ni de système de mise à feu.

Il devait ensuite être renvoyé aux Etats-Unis, à Orlando, via Madrid et Francfort. Le missile passera donc entre les mains de plusieurs sociétés de transport.

La version la plus courante indique que le missile, au lieu d’être embarqué vers Francfort, prend la route pour…Paris par la route. Lockheed l’ignore. « Le missile a été chargé à bord d’un camion affrété par Air- France. Une fois arrivé à Paris- Roissy, il s’est retrouvé dans un vol cargo de la compagnie française à destination de La Havane », écrivait le 9 janvier le site spécialisé Zone militaire Opex 360, cité par François-Xavier Gomez de Libération (14 février 2016) qui commente : « la cascade d’erreurs inexpliquées fait craindre une affaire d’espionnage ». Fomentée par qui ? Par la CIA ? Perhaps. Or not.

Une source de l’AFP évoquait elle un vol Air France parti d’Allemagne et arrivé à Cuba.

Comment une telle confusion a-t-elle été possible ? Mystère. Mystère au moment des faits, mystère encore en juillet 2016. Qui se vanterait d’être à l’origine d’une telle énorme bourde ou d’une œuvre de barbouzes ?

[Une bavure de plus du Pentagone.

Voir : http://vigile.quebec/Le-palmares-des-pires-bavures-du ]

Lockheed Martin, le fabricant, a signalé le problème au département d’Etat quand il s’est rendu compte de la disparition du missile vers juin 2014. Lockheed ne savait qu’une chose, le missile n’était pas, comme prévu, à Orlando. La société était très loin de penser qu’il se trouvait en réalité de l’autre côté du Détroit de la Floride, à Cuba. Quand il a été très vite constaté que le missile n’était pas là où il devait être, les tentatives pour joindre Air France se sont révélées « infructueuses », avance le Wall Street Journal en janvier 2016. D’après le quotidien, toutes les hypothèses sont sur la table.

« Est-ce que quelqu’un a été soudoyé pour envoyer [le missile] ailleurs ? Est-ce une opération de renseignement, ou tout simplement une série d’erreurs ? Voilà ce que nous allons essayons de comprendre », expliquait un responsable américain.

Le département américain de la Justice enquête actuellement sur le sujet, concluait Europe 1 le 8 janvier 2016. Washington privilégiait la piste de l’incident logistique, au détriment de tout autre hypothèse.

« On notera qu’il a fallu vingt mois pour trouver une issue, et qu’on ne dispose toujours pas d’explication à cette étrange erreur d’aiguillage. Il reste en outre à répondre à quelques interrogations sur les procédures d’embarquement de matériel hautement sensible sur les appareils d’Air France au départ de Roissy » concluait pour sa part François-Xavier Gomez.

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Sous le titre « Crise des missiles, épilogue », Pierre Rimbert, dans le Monde diplomatique (février 2016) a écrit notamment :

« Avec l’altruisme proverbial des marchands d’armes, Lockheed, soutenu par le département d’Etat, se faisait une joie de familiariser les alliés européens avec le maniement de ce bijou de technologie humaniste (…)

« Condensé des aberrations de l’économie de marché, le secteur du transport de fret réunit les trouvailles les plus baroques en matière de réduction des coûts, de multiplication des intermédiaires et de sous-traitance. Les travailleurs jouent le rôle de variable d’ajustement.

D’après une source officielle citée par le Wall Street Journal, « le missile a été reconditionné en Espagne, à Rota, puis embarqué dans un camion appartenant à un autre transporteur, un transitaire, lequel a livré la caisse à une nouvelle entreprise de fret. Cette dernière était supposée placer la cargaison à bord d’un vol au départ de Madrid et à destination de Francfort, où l’engin devait être transbordé dans un autre avion pour regagner la Floride ».

Las, pour une raison inexpliquée, la caisse pourtant bardée d’indications impérieuses sur la destination américaine du contenu (…) atterrit à La Havane, où, toujours selon le Wall Street Journal, « un fonctionnaire local repère l’étiquetage et saisit le chargement, poursuivait Pierre Rimbert qui concluait :

(…) La ruse de l’histoire est assurément piquante : en 1962, la volonté des Etats-Unis d’éviter l’installation de missiles nucléaires soviétiques à Cuba mettait le monde au bord d’une guerre atomique ; en 2014, la livraison gracieuse par Washington d’un projectile à La Havane aura, en définitive, préludé au rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays ».

http://www.monde-diplomatique.fr/2016/02/RIMBERT/54710

Cinq mois après la révélation de « l’affaire » (le missile s’est retrouvé à Cuba….pas au Danemark par exemple, ou en Australie ou au Mexique…) aucun des protagonistes impliqués dans cette étrange « erreur d’aiguillage » (jusqu’ici) n’a communiqué. Ils sont tous aux abonnés absents. Hellfirexit.

(mp)


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