Marta Rojas : « Être témoin n’est pas suffisant »

mardi 9 août 2016
par  Susana Méndez Muñoz CUBARTE

Le nom de la journaliste et narratrice cubaine Marta Rojas (Santiago de Cuba, 1931), apparaît toujours inexorablement associé à l’assaut de la Caserne Moncada et au procès postérieur lors duquel ont été condamnés les jeunes patriotes de la Génération du Centenaire ; bien sûr, ces événements extraordinaires sont une partie essentielle de sa vie et ses souvenirs.

Converser avec Marta Rojas c’est comme lire un bon roman,

Le nom de la journaliste et narratrice cubaine Marta Rojas (Santiago de Cuba, 1931), apparaît toujours inexorablement associé à l’assaut de la Caserne Moncada et au procès postérieur lors duquel ont été condamnés les jeunes patriotes de la Génération du Centenaire ; bien sûr, ces événements extraordinaires sont une partie essentielle de sa vie et ses souvenirs.

Converser avec Marta Rojas c’est comme lire un bon roman, avec tous les ingrédients narratifs qui attrapent le lecteur - dans ce cas, c’est plutôt l’auditeur – et c’est aussi très bien écrit ou conté.

L’écrivaine est née sûrement curieuse, imaginative et pas peureuse ; déterminée et tenace, et avec d’autres caractéristiques qui combinées avec certaines circonstances et un peu de hasard, l’ont aidé à conformer une personnalité qui, du haut de ses 82 ans, préserve une joie d’avoir vécu et de vivre ce qui chez d’autres serait seulement un souvenir.

On a souvent recours à la phrase de « témoin exceptionnel » pour la qualifier, mais Marta Rojas dès le début, était plus qu’un témoin.

Vous avez toujours voulu étudier le journalisme ?

Non, au début la médecine me passionnait, je n’avais pas peur du sang, j’avais lu un livre d’anatomie et je savais où étaient chaque os dans le corps, mais non je ne l’ai pas étudié car la carrière était très longue.

En revanche, à l’école j’aimais toujours écrire des compositions et en plus mes amis me demandaient que j’écrive des petites lettres pour leurs petites amies et leurs petits amis et je le faisais avec plaisir, avec beaucoup de sentimentalités, mais c’était le propre de l’âge.

J’aimais aussi beaucoup le cinéma, j’ai vu la première de Lo que el viento se llevó (Autant en emporte le vent) et je l’ai raconté à ma mère, à mes tantes et à mes cousines avec un final de mon invention. Ensuite elles ont été le voir et ma mère m’a surnommé « Julita Verne » et toutes ont dit que j’étais une menteuse, mais elles ont convenu que j’avais beaucoup d’imagination.

À l’institut, j’avais un petit ami qui m’a dit un jour que le roman Bonjour tristesse de Françoise Sagan était en vente dans la librairie El Renacimiento et il m’a défié d’en écrire un, et pour moi que un défi est quelque chose… J’ai acheté un Esterbrook et j’ai commencé mon premier roman, intitulé El dulce enigma, traitant de l’adolescence. Je n’ai pas eu le courage de le lire à nouveau, je le ferai un jour.

Un soir, alors que nous dînions en famille, la radio a annoncé que les inscriptions seraient ouvertes pour l’École Nationale de Journalisme Márquez Sterling, le coût était de 6 pesos et les études duraient quatre ans. Je me suis décidée sur le champ, mais mes parents m’ont précisé que si je n’étais pas approuvée je devais revenir et être couturière, car mon père était un tailleur de haute couture et ma mère, mes tantes et mes cousines, étaient toutes des modistes. J’ai accepté cette condition sachant que je ne serai pas couturière, bien que j’avais appris ce métier.

Je suis venue à La Havane pour vivre dans une maison d’hôtes que des amis de ma famille avaient à Marianao et je me suis préparée pour les examens d’entrée. Nous étions environ une cinquantaine à nous présenter et il y avait seulement vingt places, j’ai été approuvée et je suis rentrée à l’École à l’âge de dix-sept ans.

Vous étiez une élève brillante et dévouée ?

Non, je n’ai jamais ce qu’ils appelaient « philomatique », presque toutes mes qualifications étaient Notable, bien que j’ai eu plusieurs Excellent en Rédaction, Géographie et Histoire. Réellement, j’étudiais pour être approuvée. J’aimais surtout découvrir des choses. Il y avait un prix de l’Alliance Française pour le premier dossier de diplômé, il s’agissait d’une bourse d’études de deux ans à Paris, pour étudier le journalisme et le français, je ne suis jamais intéressé à ceci, je préférais plus vivre que d’obtenir la note maximale. Si je n’étais appliquée pour gagner la bourse je n’aurais pas pu être à Santiago de Cuba le 26 juillet, mais à Paris.

Comment êtes-vous arrivée à la chaîne de télévision de Gaspar Pumarejo ?

Pumarejo demandait à l’école que certains étudiants fassent leurs pratiques dans sa chaîne de télévision. Là, j’ai commencé à travailler dans la section des sports avec une collège, Lucy, qui pratiquait le plongeon et quand nous nous sommes diplômées après deux ans de pratique, nous avons eu la possibilité de rester. En plus il y avait une campagne, depuis le gouvernement de Prio, pour que les Mulâtresses et les Noires puissent travailler dans les magasins, les banques et à la télévision ; Pumarejo m’a fait passer un test pour que je sois présentatrice dans la chaîne de Mazón et San Miguel ; on devait me payer cent pesos par semaine, qui, à cette époque, étaient une fortune.

Votre travail final a été sur la Fragua Martiana ?

Oui. Cela m’a été suggéré par Juan Luis Martin, un érudit professeur d’histoire. Lucy et moi avions fait ce travail en vue de la proche commémoration du centenaire de José Martí. J’avais lu Martí, surtout ses poèmes. Dans mon école à Santiago on prenait beaucoup en compte l’Apôtre et on réalisait des activités patriotiques, c’était un thème qui me plaisait ; notre reportage d’apprentissage est sorti à la télévision.

C’est après que vous avez été à Santiago ?

Oui, l’année suivante. J’avais dépensé presque tout l’argent du voyage dans une vente en solde « Don Julio » du magasin El Encanto ; j’avais beaucoup de goût pour m’habiller, sans apparat, mais j’avais appris à bien me vêtir chez moi grâce à la profession de mes parents et de mes tantes, à qui j’ai aussi acheté des cadeaux, mais je voulais aller au carnaval, comme toujours pendant les vacances.

J’ai alors demandé une aide à un ami de mon père qui travaillait au Ministère de la Santé et il m’a obtenu un billet de train que l’on donnait aux membres des familles des malades pauvres qui étaient admis dans l’hôpital Calixto García.

Je suis arrivée à Santiago le 24 juillet 1953 et peu après se sont déclenchés les faits de l’assaut de la caserne Moncada. Panchito Cano, correspondant graphique de Bohemia, qui était un grand photographe, m’a proposé que j’écrive les légendes des photos du reportage qu’il devait dédier au carnaval. J’ai accepté ; il devait me payer cinquante pesos.

De toute façon je participais aux carnavals avec mes amis le Jour de Santiago, le 25 juillet. Mes amis sont partis vers une heure du matin le 26, ils m’ont laissé avec Panchito car ils voulaient se reposer pour aller à la remise des prix le lendemain. Les carnavals durent jusqu’à l’aube. Vers cinq heures, en entendant la fusillade - je pensais qu’il s’agissait de pétards – le photographe m’a dit « ils nous ruinent le reportage » et je lui ai dit que nous allons faire celui des tirs, ne sachant pas ce qui se passait et il a accepté.

À ce moment, vous aviez conscience de la situation du pays ? Saviez-vous qui était Fidel Castro ?

Je ne peux vous dire que j’avais une pleine conscience de la situation, mais je n’étais pas étrangère à ce qui se passait, un an avant il y avait eu le coup d’Etat et aussi peut-être pour ce que j’avais entendu chez moi depuis mon enfance, j’avais une formation patriotique qui m’a permis une perception de ce qui se passait et bien que je n’étais pas impliquée avec aucun parti politique, je sympathisais avec la Jeunesse Orthodoxe et je connaissais Max Lesnik, son président.

Je n’avais jamais vu Fidel Castro, sur lui, je savais seulement ce qu’on publiait dans les journaux ou ce qu’on entendait à la radio. Un jour j’ai rencontré Max Lesnik et le jeune qui conduisait sa voiture s’est avéré être Fidel ; c’était la première fois que je le voyais, c’était en 1951.

Conservez-vous encore l’image quand vous avez vu pour la première fois Haydee Santamaría et Melba Hernández dans la caserne Moncada ?

Oui. Lorsque nous attendions le début de la conférence de presse que devait donner le Colonel Chaviano, dans la caserne après l’assaut, Panchito Cano a demandé aux soldats que je puisse aller aux toilettes et il m’a dit de regarder vers la gauche afin que je vois deux femmes qui étaient interrogées, je les ai vues en revenant ; Haydee se balançait sur un rocking-chair et Melba était assise sur une chaise face à un dactylo qui tapait sur une machine à écrire. Quand je suis passée, Haydee m’a regardé fixement, c’était un regard dur, je ne savais pas ce qui lui était arrivée, mais j’ai senti ce regard dur.

Ensuite, lors du procès Haydee ne me quittait pas des yeux, elle avait même un regard inquisiteur. Il faisait très chaud et les deux femmes épongeaient leur sueur avec un morceau de chiffon. Dans mon sac j’avais des mouchoirs que j’avais achetés en solde à El Encanto et lors d’une pause j’ai demandé à un garde qu’il en donne un à Haydee, quand elle l’a reçu je l’ai vu sourire pour la première fois.

Plus tard elle m’a dit que quand elle m’a vu dans le Moncada elle s’est demandée pourquoi une jeune fille se trouvait dans cet endroit sinistre, et c’est ainsi que j’ai su le pourquoi de ce regard.

Etiez-vous vaillante à cette époque ?

C’est très laid que je vous dise ceci, il ne s’agit pas de courage, mais si je suis hardie et même un peu téméraire ; quand j’étais une petite fille je descendais une colline sur des yaguas (tissus fibreux qui enveloppe la partie la plus tendre du palmier royal), vers le port Boniato, où mon oncle avait une petite ferme. Les collines étaient très pentues, et je faisais la même chose sur des patins dans les rues en pente de Santiago : je me sentais sûre parce que je savais bien freiner et éviter le danger, même si je tombais parfois.

Nous avons tous peur, la question est de savoir la surmonter ; je surmonte la peur. Le parcours dans la caserse Moncada était quelque chose de terrible, mais je me suis préparée pour regarder comme une professionnelle, même s’il s’agissait de quelque chose de terrible. Je n’avais jamais vu une mort tragique, ni une chose ainsi de près. Ce qui m’a impressionné le plus était de voir les nouveaux uniformes des jeunes morts, sans les trous des balles, ce qui démontrait qu’ils n’étaient pas mort en combattant mais qu’ils avaient été torturés et assassinés. J’ai tressailli en voyant un morceau de cerveau collé au mur : cette image ne s’effacera jamais de mon esprit quand je me rappelle les faits.

Pour vous, quel a été le moment de plus grande émotion lors du jugement du Moncada ?

L’entrée de Fidel dans la salle, cela a signifié un tournant dans mon attitude, dans ma conscience. Je m’attendais que lui et ses compagnons aient l’image de déroutés, car il avait été mis en échec, cependant quand il arrive, avec un costume foncé, impeccable, et qu’il s’est levé et qu’il a dit qu’on ne pouvait faire venir un homme ainsi menotté à un jugement, ce fut un moment d’un tel impact et d’une telle force que mon cœur m’a fait comprendre que j’étais en présence d’une scène de Carlos Manuel de Céspedes, des mambises, tout ceci a traversé mon esprit comme un torrent en ce moment.

Quand ils ont donné l’ordre d’enlever les menottes, j’ai remarqué que les mains des gardes tremblaient et je l’ai écrit.

Ma première motivation en ce qui concerne les faits du Moncada était éminemment professionnelle, mais à partir de ce moment et lors du passage des jours, mon intérêt a été traversé par une réflexion - associée aux crimes que j’ai vu, à tout ce que je connaissais et cela s’est réaffirmée lors du jugement -, qui s’est d’abord convertie en sympathie absolue, ensuite en solidarité et finalement en engagement politique.

Comment êtes-vous arrivée à Bohemia ?

Quand Panchito a appris que l’on allait réquisitionner les rouleaux de pellicule sur les scènes des assassinats il s’est écarté furtivement du groupe des journalistes et des autres photographes et il m’a fait signe de le suivre. Il n’a pas eu besoin de parler, j’ai compris qu’il allait changer les rouleaux. Il jeta dans le sac du garde les rouleaux de photos du carnaval et nous avons quitté la caserne avec le groupe des journalistes. Il a immédiatement révélé les photos et il me les a données avec 25 pesos pour que je prenne un avion pour La Havane le lendemain et que je les apporte de sa part à Miguel Quevedo, le directeur de Bohemia.

Comment avez-vous transporté les négatifs ?

Ma maman, qui était très intelligente et qui avait beaucoup de bon sens, m’a suggéré que je m’habille bien et que je les transporte autour de ma taille, collés au corps, et c’est ce que j’ai fait ; deux ou trois négatifs, comme ils étaient encore humides et qu’en plus il faisait très chaud, avait la marque de mon nombril.

Quand je les ai remis à Quevedo, celui-ci m’a demandé de faire les pieds des photos, car on ne pouvait pas publier mon histoire parce qu’il fallait avoir les informations de l’armée. Heureusement, le censeur n’a pas fait attention à l’une des légendes de l’un des combattants morts et où on voit clairement qu’il porte un uniforme neuf et les chaussures non lacées. Le pied de la photo est rédigé ainsi : « Le cadavre porte un uniforme neuf et les chaussures non lacées ».

Mon article n’est pas sorti, mais celui de la partie militaire oui. Mon nom n’est apparu non plus pour les légendes des photos. Ils ont seulement poursuivit Panchito, l’armée l’a menacé de mort, mais le directeur de Bohemia l’a protégé dans sa ferme quand il est arrivé à La Havane après mille péripéties.

Qu’avez-vous fait alors avec votre reportage ?

Quevedo m’a dit de retourner à Santiago et d’avoir une vie normale. Il m’a donné 500 pesos et il m’a dit de revenir à La Havane à la première difficulté, que cet argent ne comptait pas le paiement du reportage qui n’avait pas été publié, même si je voulais qu’il le soit car c’était mon premier travail de grande importance.

À Santiago, je me suis dédiée à l’amplifier pour le faire paraître quand il n’y aurait plus la censure et j’ai commencé à faire des recherches. Je suis allée à la Granjita Siboney, à l’hôpital Saturnino Lora et à Bayamo. J’ai contacté Baudilio Castellanos, l’avocat d’office pour savoir quand serait le procès, qui a débuté le 21 septembre. J’avais déjà effacé de mon esprit le travail sécuritaire à la télévision.

Le procès étai ouvert mais étant donné la censure on ne pouvait pas publier ce que le censeur objectait, ce qui était pratiquement tout. Quand il a pris fin, le 16 octobre, je suis retournée à La Havane et je l’ai remis à Quevedo. Il l’a lu, ainsi qu’Enriquito de la Osa, et quelques jours plus tard il m’a demandé si j’aimerai travailler dans la célèbre section En Cuba, j’ai accepté, bien que je ne gagnerai que 50 pesos par semaine. Ensuite il m’a dit « mais je ne peux pas publier ce ‘bouquin’, même s’ils suspendent la censure », alors je me suis levée. Une fois, alors qu’ils avaient levé temporairement la censure, j’ai fait une synthèse de douze pages pour la section En Cuba ; mon texte en avait deux cents.

Le temps a passé et j’ai continué à travailler à Bohemia. Le 31 décembre 1958, je dormais dans la première maison d’hôtes où j’ai vécu en arrivant à La Havane et vers deux heures du matin Quevedo m’a appelé au téléphone et m’a demandé si j’avais « le bouquin » - il ne le disait pas péjorativement, mais il l’appelait ainsi -, je lui ai dit oui et il m’a dit qu’il allait être une fois de plus la nouvelle car Fidel était à Santiago. Il m’a envoyé une voiture, jugeant que c’était dangereux que je conduise dans ces conditions, pour que je l’amène à la maison d’Enriquito de la Osa.

Lors du trajet j’ai vu comment étaient les rues cette nuit du premier janvier : les voitures de ceux qui quittaient Cuba roulaient à toute vitesse, prenant même le sens contraire dans l’avenue qui menait à l’aéroport militaire de Columbia, c’était la débandade de Batista et de ses gens.

Pour la première Bohemia de 1959, qui était déjà sous presse, j’ai fait un reportage graphique avec les photos que j’avais gardées sur les faits principaux et les assaillants. Puis, dans d’autres numéros, trois reportages ont été publiés sous le titre Nacimiento y evolución heroica de un movimiento (Naissance et évolution héroïque d’un mouvement).

Un jour, j’ai fait la connaissance d’un jeune colombien appelé Humberto Gaviria qui visitait notre pays, il m’a demandé de lire le reportage complet et que je lui donne. En janvier 1960, il est venu à Bohemia et il me l’a rendu publié en trois parties ; C’est ainsi qu’est sorti mon premier livre, et c’est la première édition sur le jugement et les événements du Moncada. Humberto Gaviria a vendu 100 000 exemplaires à 20 cents les trois parties lors d’une Foire qui a été ouverte dans le Parque Central.

Plus tard, avez-vous demandez à Alejo Carpentier qu’il écrive le prologue ?

Non, je ne lui ai pas demandé, c’est venu de lui. Après l’édition de Gaviria dans son improvisée maison d’édition Tierra Nueva, la maison Ediciones R a publié une version dans laquelle j’ai incorporé comment s’est formé le mouvement, suite aux conversations avec Haydee et Melba, ainsi que les données sur les attaquants et d’autres antécédents, sous le titre de La generación del centenario en el juicio del Moncada (La génération du centenaire dans le jugement du Moncada).

Carpentier l’a lu et il m’a dit de le prévenir quand sortira une nouvelle édition afin qu’il écrive un prologue. Il a été nommé Ministre Conseiller de la Culture de l’ambassade de Cuba en France, le livre a été réédité et je n’ai pas eu le temps de le prévenir, mais pour une autre édition si, je l’ai prévenu et il me l’a envoyé de France.

Après avoir lu la préface, je lui ai demandé pourquoi il disait que j’étais « une romancière par instinct » et il m’a répondu que la structure que je lui avais donné dès le premier instant était celle d’un roman, que j’avais aussi incorporé des éléments du suspense et des minuscules détails très symboliques comme celui de la cour où passaient les assaillants où il y avait un petit arbre nouvellement planté qui luttait pour pousser.

Cette appréciation de Carpentier vous a-t-elle motivé à poursuivre sur la voie de la narrative de fiction ?

Oui, parce que s’il disait que je dominais la structure… le reste était d’imaginer, de rechercher des informations et d’armer une trame. J’ai commencé à accumuler des histoires comme celle du passage du cyclone Flora dans l’île et d’autres, jusqu’à l’arrivée de la période spéciale « bénie ».

Bénie ?!

Oui, « bénie », dans le sens que jusqu’à ce moment je faisais des reportages de quatre, trois et deux pages et quand les tirages de toutes les publications ont été réduits j’ai eu beaucoup de temps libre et j’ai commencé à écrire des romans. Et en plus cette période coïncide avec l’arrivée au journal Granma, mon lieu de travail, des premiers ordinateurs, qui venaient comme une donation de l’Allemagne ; soit dit en passant, ils venaient de la RDA en bateau et quand ils sont arrivés à Cuba le mur de Berlin était tombé.

Que pensez-vous qu’il serait arrivé si Panchito Cano ne vous avait pas proposé de lui écrire les légendes du reportage photographique qu’il devait faire sur le carnaval de Santiago de Cuba ?

J’y ai pensé et je vous dis que de toute façon j’aurai fait un reportage, je suis sûre que je l’aurai fait, je n’aurais peut-être jamais eu l’occasion d’entrer dans la caserne, de faire ce parcours dramatique, mais je l’aurais fait car quand j’ai su que c’était une attaque contre la Moncada, j’ai d’abord pensé aller voir le docteur Fabré, un médecin ami de ma famille qui vivait en face de l’hôpital civil, proche de la caserne Moncada, afin qu’il me dise ce qu’il avait vu, lui ou sa femme, et ce qui était arrivé.

Ne pense pas que j’aurai obtenu la même histoire, mais je voulais écrire quelque chose sur ce fait, indubitablement.

Donc les responsables n’ont pas été la chance et le hasard ?

Non, la chance et le hasard fonctionnent lorsque les personnes s’approprient des faits, des événements, et se rendent compte que ceux-ci sont pour une information ou pour une histoire. Je suis sûre qu’être témoin n’est pas suffisant, il faut être conscient de l’événement, interpréter la portée ou l’importance des faits et Carpentier me l’a confirmé dans l’avant-propos de mon livre El juicio del Moncada (Le jugement du Moncada).

Cependant, il y a un élément qui est le pur hasard ; quand j’ai passé une journée à converser avec Haydée, elle – qui était très perspicace – m’a demandé quel jour je me suis rendue à Santiago et je lui ai donné la date et le numéro du train et il s’avère que j’avais voyagé le même jour et dans la même wagon qu’elle et Melba en direction de Santiago de Cuba, sans le savoir, sans que nous nous connaissions, avec des objectifs différents que le hasard joint. Même après tant d’années, cela m’impressionne de le raconter.

Je vois qu’il y a un mélange de choses ; oui, il y a un peu de hasard et de chance, mais il y a aussi les conséquences des attitudes et des décisions que j’ai prises ; par exemple : j’ai étudié le journalisme au lieu de la médecine, qui était ce que j’avais à l’esprit ; j’ai préféré vivre et connaître qu’étudier, donc je n’étais pas intéressée par la bourse à Paris ; j’ai décidé, bien que je n’avais pas d’argent, d’aller en vacances à Santiago et au moment décisif j’ai proposé à Panchito de faire un reportage « des tirs ».


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