Deux histoires de vie sous trois latitudes


Par Camilo Rafael Fabra González
Premier Prix Catégorie Esméralda

Texte traduit par Renée Clémentine Lucien

Extrait de l’article publié dans le livre du Prix 2015 par Rafael Acosta de Arriba
Poète et essayiste, docteur en Histoire et membre de l’UNEAC
"Construire les ponts entre deux cultures"
Traduction : Pascale Hébert
Dans la catégorie Esmeralda, qui concerne des auteurs avec une moindre spécialisation et une moindre présence dans le panorama intellectuel du pays, les prix sont revenus à « Deux histoires de vie sous trois latitudes », de Camilo Rafael Fabra González, qui examine les existences consacrées à la science archéologique d’Alberto Ruz L’Huillier et de Felipe Martínez Arango, des scientifiques loués par Victor Hugo comme paradigmes de la rigueur et de la passion scientifiques. }


Ces frères gigantesques, différents par leur sort, Semblables par leurs désirs, trouvent une fin semblable par des chemins inverses.

Victor Hugo

I

Il est des hommes destinés à pénétrer les énigmes de l’Histoire pour les générations futures, tels de grands titans de la race qu’ils attendent tout au long du chemin, en proposant les questions qui pousseront l’évolution sociale sur la voie de l’avenir. Des miroirs et des phares dans lesquels les générations se reconnaissent et qui les orientent. C’est le cas de deux grands de l’archéologie en Amérique : Alberto Ruz L’Huillier et Felipe Martínez Arango ont dévoilé nos vestiges cachés par leur silencieux et infatigable labeur dans le monde moderne.

Les deux ont ressenti un intérêt propre à leur génération envers les secrets de nos cultures premières, qui, comme des ombres, attendaient d’être découverts par la science, tant par l’Histoire que par l’Archéologie. C’est dans une telle ambiance de diversité et d’énergie que nait l’homme universel. L’individu complet et multidimensionnel, doté de toutes les capacités pour pénétrer les mystères du passé.

Le fil conducteur qui nous permettra de nous plonger dans ces deux histoires de vie et d’explorer les semences et les actions sur lesquelles elles se développèrent en même temps est une très brève ligne sur l’évolution de leurs pensées, qui me semble unifier, avec une remarquable proximité, l’immensité de leur œuvre. Voici l’idée : les parties qui composent le devenir et l’action sociale de la pensée, l’énergie avec laquelle se manifeste la pensée dans le discours social et la contemplation de la nature qui pénètre la superficie. Trois concepts qui, dialectiquement, permettront de mettre en relation l’évolution de leurs connaissances.

II

Alberto Ruz L’Huillier naquit à Paris, en France, le 27 janvier 1906, dans une société bouleversée par le changement de siècle qui se préparait aux nouvelles avancées, qui résonnaient dans les idées ultranationalistes et socialistes. Son père, cubain dans une société européenne, et sa mère française, qui engendra un rejeton qui est lui-même l’un des exemples les plus clairs des postulats anthropologiques qu’il enseignerait et défendrait dans son travail : un Métis au sang américain et européen.

Ses premières études se déroulèrent dans l’ambiance humaniste française de l’avant-guerre où l’Anthropologie et l’Archéologie indiquaient le chemin qui les désignait elles-mêmes comme des sciences, mais elles n’avaient pas encore reçu cette dénomination à partir d’un principe, et le débat sur leur rapport avec l’histoire et la philologie n’était pas terminé. L’Archéologie, comme « science du passé » était définie progressivement par son objet, ses principes théoriques, ses méthodes et ses résultats. Cela s’applique à n’importe quelle œuvre humaine dans la même mesure que la Philologie, selon la définition d’Ernest Renan, comme « science de l’homme », qui consiste en l’expérimentation universelle de la vie humaine, et par conséquent, en l’étude de tous les produits de son activité. C’est à L’École Commerciale de Paris qu’il connut ces grands principes.

Entre 1925 et 1926, il quitta son Paris natal pour s’installer à La Havane. Ce nouveau changement de vie fut clairement déterminé par son père, bien que nous ignorions s’il fut motivé par les conséquences de la Première Guerre Mondiale. Quoi qu’il en soit, ce nouveau cadre de vie le poussa à s’inscrire à l’Université de La Havane, dans la spécialité d’ Expert Chimique Sucrier.

C’est dans cette maison de hautes études qu’il sentit vibrer la génération de jeunes Cubains en désaccord avec la République rêvée et souhaitée oublieuse du statut politique et social. Il se vit ainsi engagé envers les devoirs civiques de cette patrie récemment adoptée et enrôlé dans les luttes estudiantines.

Dans cette ardeur révolutionnaire, il connut à l’occasion des luttes estudiantines des années 30, Calixta Guiteras Holmes, qui plus tard deviendrait sa compagne de lutte et sentimentale. Ils militèrent tous les deux dans l’Aile de la Gauche des Étudiants. Pour cette cause, il fut arrêté à plusieurs reprises et subit de mauvais traitements. C’est pour cela qu’ils émigrèrent en 1930 en France pour fuir la répression officielle.

Il n’est pas étonnant qu’Alberto Ruz L’Huillier ait adhéré à la cause des jeunes Cubains contre la dictature de Machado, sans y rencontrer de rejets parce qu’il était étranger. Avec la famille Guiteras Holmes, il fit cause commune pour défendre le pays qui l’avait accueilli comme une patrie.

Alberto Ruz L’Huillier et Calixta Guiteras revinrent à Cuba en septembre 1933, après la création du Gouvernement des Cent Jours. Dans ce gouvernement, Antonio Guiteras Holmes tenterait de revendiquer au nom du mouvement révolutionnaire déçu, en approuvant les demandes les plus nécessaires au peuple cubain à ce moment-là et en affrontant les intérêts impérialistes.

Dans ce contexte nouveau, L’Huillier fut fonctionnaire du Secrétariat du Gouvernement, en travaillant la main dans la main avec son beau-frère et en appuyant la cause du peuple de Cuba.

Après le coup d’État contre le Gouvernement des Cent Jours, en janvier 1934, la famille Guiteras Holmes qui était très unie, dut vivre dans la clandestinité, car elle était harcelée par les forces armées. Après l’assassinat d’Antonio Guiteras Holmes, l’Huillier sollicita du gouvernement de Lázaro Cárdenas la condition d’exilé pour lui et son épouse. C’est ainsi que culminèrent ses jours à Cuba et son passage dans l’histoire de la première moitié de notre siècle, de manière décisive bien que silencieuse.

Toute cette période de sa résidence à Cuba lui fournit l’occasion de connaître et de s’identifier à une nation qui avait su l’accueillir comme l’un de ses fils, et bien que ses mouvements se limitassent pratiquement à la scène de la capitale, l’on peut affirmer que lors de cette première expérience dans des terres antillaises, se sont créées les bases afin de resserrer davantage les liens de fraternité avec quelques intellectuels et révolutionnaires de tout le territoire cubain.

Quels sentiments dut éprouver Alberto Ruz L’Huillier, lorsqu’il lui fallut quitter Cuba qu’il avait choisie comme deuxième patrie, pour reprendre à nouveau le chemin de l’exil ?

III

Felipe Francisco Martínez Arango naquit à Santiago de Cuba le 20 janvier 1909, dans une famille qui venait, du côté maternel, d’illustres penseurs, qui avaient forgé notre nationalité au XIXème siècle.

Cet antécédent direct, auquel se conjoignait l’éveil de la conscience la plus pure de la jeunesse cubaine durant la première décennie des années 20 du siècle passé, firent de lui l’un des porte-paroles des premières protestations et des luttes contre les gouvernements corrompus de notre République.

La nation, dans les bras de ses fils les plus jeunes, désirait construire sa voie future et éviter ainsi d’être encore conduite par ceux qui semblaient être les guides messianiques qui incarnaient des projets dissous dans de vagues consignes. En 1926, l’Université de La Havane accueillit ce jeune homme dans le cours de Droit, avec des condisciples aussi valables que Raúl Roa.

Dès le début, il milita dans les forces de l’Aile de la Gauche des Étudiants, et il devint l’éditeur chargé de la propagande révolutionnaire et dans le journal de cette organisation, l’organe de lutte contre la dictature de Gerardo Machado. Ce fut sans doute le cadre approprié pour que Felipe Martínez Arango nouât une amitié intime avec le jeune Franco-cubain Alberto Ruz L’Huillier.

Ce fut le moment le plus propice pour partager leurs idées sur les nouveaux courants anthropologiques qui leur parvenaient depuis l’Université de La Havane et son Musée Montané. Ils comprirent progressivement, depuis l’Anthropologie et l’Histoire, que le sens de l’humain est l’unique raison de l’être, et que le sens de la conscience humaine est d’approfondir la connaissance de son être, c’est-à-dire dans la quête soutenue de l’inconnu, ce qui est, comme l’horizon, toujours inaccessible. Mais dans cette contradiction ultime, le sentiment de ne pouvoir l’atteindre renferme l’obligation de ne jamais abandonner sa recherche.

Cette conscience de la reconnaissance et de la cause commune alla au-delà des vestiges romantiques de l’identité humaine et sociale du XIXème siècle pour les doter, à partir de leur expérience personnelle, des semences d’une vraie science sociale fondée sur la reconnaissance de l’être humain sous tous les domaines. C’est ainsi que les deux chercheurs rebâtirent les théories en provenance de l’Europe qui découvraient progressivement l’homme, lesquelles depuis ces marges-ci, étaient reformulées et reconnues en permanence.

Cette époque convulsive engendra une évolution anthropologique que la société accueillit par la suite de façon antagonique. De cette expérience vitale de la conscience humaine, émergèrent les guides lesquels tels des phares, tracèrent le chemin vers des cotes de plus en plus hautes de l’intelligence et de la sensibilité. Ruz l’Huillier et Martínez Arango, en tant qu’acteurs sociaux directs du devenir de la jeune nation, comprirent que le nœud du problème consistait à pénétrer les racines de cet homme découvert dans sa réalité humaine la plus profonde.

La prise en compte de l’humain comme voie fondamentale de connaissance de la mémoire historique de nos peuples et de leur protection sont les valeurs essentielles communes a ces deux hommes, après qu’ils eurent vécu cette expérience vitale.

IV

Le point de départ du développement de la science archéologique pour ces deux intellectuels date de 1936 lorsque leur vie se stabilisa après la lutte agitée contre Machado. Alberto Ruz L’Huillier obtint un permis de résider à Mexico octroyé par le président mexicain, le général Lázaro Cárdenas. En compagnie de son épouse, Calixta Guiteras Holmes, il commença à se plonger dans les théories anthropologiques depuis la science archéologique, en lien étroit avec les sites mayas.

En 1940, elle obtint le titre de docteur en sciences anthropologiques de l’Université Nationale Autonome de Mexico (UNAM). En 1945, elle obtint une bourse en France qui embrassait des stages à l’Institut d’Ethnologie, au Musée de l’Homme et à l’École des Langues Orientales.

Les arguments avancés pour établir en Europe une relation d’échanges équilibrés avec des chercheurs latino-américains firent de la France l’épicentre des collaborations et le foyer duquel elles devaient irradier vers le reste de l’Europe et vers l’Orient.

Au cœur des vicissitudes de l’Histoire en ces moments de l’après-guerre et dans un champ géographique immense, L’Huillier comprit parfaitement la variété des méthodes et des techniques. Il mit en évidence les liens très divers qu’entretenait l’archéologie avec les autres champs du savoir.

Il n’est pas difficile de constater que l’archéologie sortait progressivement du domaine réduit de l’érudition pour entrer dans la vie de l’homme moderne à juste titre.

À la suite de la redéfinition de nouvelles frontières après la guerre, la découverte et la conservation des monuments du passé paraissaient plus séduisants que jamais. La preuve en fut le grand succès des grandes expositions tant en Europe occidentale que de l’autre côté de l’Atlantique sur les différentes cultures qui vécurent dans l’antiquité.

De retour à Mexico, il fit l’une des découvertes archéologiques les plus importantes du patrimoine archéologique maya de ce pays : en 1949, en réalisant des fouilles dans le dénommé Temple des Inscriptions de la Rivera Maya de Palenque, il découvrit l’accès à la tombe secrète de K’inich Janaab’Pakal en déplaçant une grosse pierre tombale. Bien que le site eût été étudié et fait l’objet de recherches pendant deux cents ans, ce n’est qu’à ce moment que fut découvert l’autel circulaire tétrapode contenant la chambre funéraire.

En 1957, il fonda dans la zone archéologique maya de Palenque le Musée du Site de Palenque, dans le but de conserver les pièces trouvées et recueillies dans cette aire de la culture maya, qui connut son essor durant la Période Classique Mésoaméricaine. Postérieurement, on baptisa ce musée dont le nom fait honneur de son fondateur et de son directeur initial.

Chaque œuvre de réunion, de sauvegarde et de recherche de cette grande zone archéologique maya fut recueillie dans l’un des objets exigeant le plus grand effort dans le domaine de travail de L’Huillier : il s’agit de la revue Palenque Maya Arqueológico. Celle-ci a recueilli, périodiquement non seulement les travaux qu’il a réalisés, mais aussi ceux de tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, ont collaboré à cette grande œuvre scientifique et culturelle.

Ce travail de recherche archéologique valut à Alberto Ruz L’Huillier d’être nommé directeur des explorations archéologiques mayas des zones mexicaines de Campeche-Yucatán-Palenque par le gouvernement mexicain. Cette tâche généra sans doute une grande recherche sur tous les sites compris dans cette zone. Cela permit à l’archéologue consacré de rétribuer ses homologues européens, qui l’avait aidé à organiser son travail antérieurement. C’est ainsi que s’établit un pont d’études et d’échanges scientifiques entre les deux côtés de l’Atlantique. Ce travail titanesque lui permit d’obtenir la citoyenneté mexicaine en 1952.

Felipe Martínez Arango s’était intégré depuis 1936, dans sa ville natale, au Groupe Humboldt, lequel, dans le sens d’une expédition scientifique-historique, se consacra à recueillir les principaux sites historiques du siècle passé liés aux guerres d’indépendance contre le colonialisme espagnol. Pour cette raison, on sauvegarda les sites liés à la guerre hispano-américaine, au soulèvement du 24 février 1895 à Santiago de Cuba et de Baire, le lieu exact de la Protestation de Baraguá et les maisons natales des grands patriotes des guerres d’indépendance.

Uni à ce travail de sauvegarde du patrimoine historique, il se lia avec la Société des Études Orientales, dans le but de créer une haute maison d’études dans la partie orientale qui permît le développement d’une force jeune créatrice en science et en conscience. Le 10 octobre 1947, ils attinrent ce but avec la création de l’Université d’Oriente.

Dès la fondation de ce centre, Felipe Martínez Arango entra dans son conseil exécutif, en exerçant la fonction de directeur du Département d’Extension et de Relations Culturelles, où il développa l’un des travaux de recherche archéologique le plus important du pays. Pour ce faire, tout d’abord, il y eut les Cours d’Été, pour y dispenser des cours sur l’Archéologie aborigène cubaine et latino-américaine, ainsi que sur des sujets d’anthropologie. L’un des professeurs qui conféra le plus de prestige à ces cours par sa présence fut L’Huillier, qui établirait des liens étroits sur le plan de l’investigation et du travail avec son ami.

La mise en œuvre de ces classes d’été annuelles s’accompagna de l’émergence d’un groupe d’étudiants qui avait la capacité de faire avancer le travail dans le domaine de l’archéologie. Fut alors fondé le Groupe de Recherches Archéologiques et Historiques de l’Université d’Oriente sous la tutelle du Professeur Martínez Arango. Postérieurement, étant donné l’ampleur des recherches mises en œuvre par le groupe et son professeur, on créa le musée d’Archéologie et d’Histoire de l’Université d’Oriente.

Cette institution réalisa la trouvaille d’un des sites les plus emblématiques de l’archéologie cubaine, Damajayabo, où l’on découvrit une superposition de cultures aborigènes qui révélait une compartimentation de son habitat avec celui des Conquérants espagnols. L’Huillier, invité par son ami reconnaissant pour la relation entre professeurs et chercheurs qu’il entretenait avec son département, joua un rôle de premier plan dans ces premières fouilles.

En décembre 1955, L’Huillier accepta une invitation de l’Université d’Oriente, par le biais de son ami, pour donner une série de conférences sur le développement artistico-culturel, social, religieux et politique de la civilisation maya. Ces conférences furent imparties au Lyceum de Santiago de Cuba, une institution à laquelle s’adressa l’Université en sollicitant l’un de ses espaces car la Maison des Hautes Études était fermée. Cela était dû à la situation générale tendue occasionnée par les constants affrontements entre les étudiants et les forces répressives du régime de Fulgencio Batista.

Ce cycle de conférences fut compilé conjointement aux cours d’été dans un ouvrage d’un intérêt de premier plan pour le public universitaire avide et informé des thèmes abordés par l’archéologie : La civilisation des anciens Mayas.
Le prestige et le franc succès remporté par le matériel furent propices à sa réédition par l’Université d’Oriente en 1961. Et bien que d’autres maisons d’édition le publiassent assidûment, il faut souligner que le mérite de la première édition revient à la personne de Felipe Martínez Arango et au Département qu’il dirigeait dans l’Université.

Quand fut définitivement fermée l’Université d’Oriente, à cause du dur affrontement entre les étudiants et le gouvernement, Alberto Ruz L’Huillier invita, en 1956, son ami distingué à travailler à ses côtés sur la Rivera Maya de Palenque, comme chercheur associé au projet.

L’une des aires de recherches de l’archéologue cubain fut la Vallée de Ntezahualcóyotl. Ses travaux de prospection et de fouilles menés en compagnie d’autres spécialistes de l’Institut National d’Anthropologie et d’Histoire de Mexico (INAH), permirent, des années plus tard, à l’Université de Santiago de publier les apports et les découvertes de son professeur dans la zone concernée. Une bibliographie exemplaire qui contribua très fortement à stimuler les recherches cubaines concernant la civilisation millénaire.

En 1960, date à laquelle le livre fut publié, Felipe Martínez Arango affichait le titre de titulaire d’une chaire de Professeur d’Archéologies Préhispaniques d’Amérique et de Directeur Fondateur de la Section de Recherches Historiques et Anthropologiques et de son Musée, annexe à l’Université d’Oriente, outre qu’il était membre de la Société Mexicaine d’Anthropologie, des distinctions éloquentes quant à l’éminence professionnelle de cet historien célèbre de Santiago et aux magnifiques relations de travail et d’amitié qu’il entretenait avec son homologue mexicain.

V

La décennie des années soixante du siècle passé serait pour ces archéologues le point culminant de leur travail universitaire et de chercheur dans le domaine de l’archéologie. On en veut pour preuve l’ampleur qu’acquirent sur le plan universitaire, national et international, les travaux qu’ils dirigeaient déjà depuis plus d’une décennie.
En mai 1965, L’Huillier revint à Santiago de Cuba, invité à donné un cycle de conférences sur la culture maya et sur l’institution qu’il dirigeait. Son retour éveilla non seulement de l’intérêt pour ses publications périodiques mais également du cercle intellectuel et universitaire de Santiago, qui put profiter, à ce moment-là, de la redécouverte des richesses culturelles d’une civilisation qui cachait encore une infinité de secrets impatients d’être dévoilés.

Compte tenu de l’hétérogénéité thématique de ses rencontres avec le public de Santiago qui assistait à ses conférences sur la culture maya à l’Université d’Oriente et du niveau élevé de son analyse historique, beaucoup d’historiens se sentirent attirés par les lignes de recherche proposées par le conférencier. Cela créa un climat d’échange et un intérêt afin de pouvoir accéder de plus en plus aux études mexicaines.

Ce contact avec le public et les universitaires de la ville fut favorable à la constitution de la Société Cubano-Mexicaine des Relations Culturelles et sa correspondante Maison de la Culture Mexicaine, avec l’appui du Consulat du Mexique.
Le mois suivant, dans l’édition du journal Sierra Maestra du dimanche 6 juin, on communiqua à la population de Santiago, de façon officielle, la nouvelle de la prochaine installation de la Maison de la Culture Mexicaine comme siège principal de la Société qui était déjà une institution. Dans cette note, on fit connaître les noms des membres de la Junte directoriale, au nombre desquels se trouvait le professeur Felipe Martínez Arango.

À la fin de cette même année, L’Huillier revint à Cuba pour impartir le même cycle de conférences sur la culture maya à l’Université de La Havane, et comme membre de la Société Cubano-Mexicaine, pour apporter son appui le plus fervent au processus révolutionnaire cubain.

Cette visite servit à ce que lors de ce séjour, il retrouvât son ami Felipe Martínez Arango et participât, avec les étudiants membres du groupe scientifique dirigé par ce dernier, à une série de fouilles à Baracoa. Dans la réalisation de ces travaux se joignit un autre groupe d’archéologues étrangers, parmi lesquels il y avait Monica Werk.
En 1966, qui coïncida aussi avec son année sabbatique, L’Huillier fut invité par l’Académie des Sciences de Cuba pour dispenser des cours sur les cultures mésoaméricaines, particulièrement celle des Mayas, et ainsi contribuer à la formation du premier groupe d’archéologues d’après le triomphe de la Révolution. Il partagea cet effort avec son ami intime qui, depuis 1959, était membre de la Junte Nationale d’Archéologie, où il avait donné des conférences sur ses expériences en matière d’archéologie aborigène cubaine.

C’est ainsi que les deux amis apportèrent leur appui aux institutions destinées à développer les recherches archéologiques à Cuba, et progressivement, nous voyons comment les préoccupations d’ordre scientifique devinrent très importantes dans la vie culturelle cubaine. Cela fut essentiel pour l’archéologie cubaine. Les révélations et les conquêtes obtenues en étudiant les méthodes et les façons de promouvoir une archéologie cubaine, par-delà l’étude de monuments et des gisements, firent que l’archéologie devint, de fait, l’instrument social que tant Alberto Ruz L’Huillier que Felipe Martínez Arango avaient voulu rénover pour accéder à l’imaginaire de l’homme dans sa diversité créatrice.

Les derniers contacts de ces deux grands scientifiques eurent lieu dans la décennie des années 70. En 1972, Alberto Ruz L’Huillier présenta, au nom de son ami Felipe Martínez Arango, les résultats de leur travail de chercheur sur le site de superposition culturelle de Damajayabo, au XXVème Congrès des américanistes qui se déroula à Mexico.

En 1978, L’Huillier reçut par voie postale l’ébauche de ce que serait le travail ardu de Martínez Arango sur plus de trente ans à la tête du Musée d’Archéologie de l’Université d’Oriente. Ce travail qui fut confié à son ami ne put être publié à Cuba avec la rapidité que l’on aurait voulue. La cause en fut la mort qui surprit l’éminent archéologue franco-cubain-mexicain. Mais ses efforts et son dévouement à la cause de l’évolution de cette science dans l’île ne furent pas vains. Trois ans plus tard, ce travail fut pionnier dans la compilation et l’illustration de la recherche archéologique dans la partie orientale de Cuba.

VI

Chez ces deux hommes, il existe un parcours et une évolution que leurs travaux ont su analyser et présenter clairement et avec précision. La portée de la qualité de leurs interprétations fait de leur vie un outil pour la poursuite d’une telle œuvre et pour l’engagement. Mais ils furent, de surcroît, des propulseurs d’idées et de recherches nouvelles. Ils ne se sont pas enfermés dans un seul type de recherches, mais ils ont surtout ouvert d’autres voies. Si nous ajoutons à cela qu’ils ont mené leurs recherches en même temps qu’ils dispensaient leurs cours, nous pouvons mesurer la force de la volonté qui les a animés et leur capacité de travail peu commune.

Le renouvellement et la définition de l’objet archéologique qu’ils imposèrent à la notion de culture matérielle introduisirent une nouvelle typologie des témoignages du passé ; le domaine historique en fut étendu, par delà ses limites habituelles, puisqu’il comprit aussi les vestiges matériels de l’activité humaine érigés en documents historiques. Tous ces facteurs jouèrent un rôle essentiel dans la transmission de la connaissance qu’ils apportèrent, reflétant ainsi un esprit rationnel, souple et créatif, qui généra une mentalité universelle, quelle qu’en fût la latitude où elle se trouvait, en faveur de l’équilibre écologique et humain.

Ils comprirent la science archéologique comme la matière dont l’historien extrait la connaissance. Ce principe a contribué à un remarquable enrichissement de la connaissance du passé et au renouvellement de l’histoire.

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