André Breton à Cuba avec Alejo Carpentier

vendredi 8 juillet 2011
par  Roger Grevoul

Le voyage cubain d´André Breton

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Autor : Boris Leonardo Caro | Fuente : www.cubania.com | 10 , Mai 2011
C´est janvier à Cuba. André Breton, le fondateur du surréalisme voyage par la Carretera central (route centrale) dans une vieille camionnette soviétique. A ses côtés, Alejo Carpentier. Les deux auteurs discutent du roman du Cubain : El Reino de este Mundo.
Leur destinée finale est le hameau de l´orientale province de Guantánamo, appelé Ranchería, là où l´on rend culte à la nature de la même manière qu´on le faisait il y a cinq siècles, lorsque les tainos (premiers aborigènes de Cuba) habitaient l´île.

La scène est fictive, mais seulement jusqu´à un certain point. L´écrivain français est décédé en 1966. Cependant, son parcours à travers ce pays caribéen a été possible grâce à la camera du cinéaste Arturo Sotto, qui l´a choisi comme compagnon de traversée dans le documentaire Breton est un bébé.

Carpentier est décédé lui aussi, il y a 28 ans. Mais la quête de Sotto pointe précisément vers ce que le premier Prix Cervantes cubain avait qualifié en tant que réel merveilleux : « [...] ce qui est merveilleux commence à l´être de manière manifeste lorsqu´il surgit d´une altération inattendue de la réalité (miracle), d´une révélation privilégiée de la réalité, d´une illumination inhabituelle ou singulièrement favorisante des richesses inaperçues de la réalité, d´un élargissement des échelles et des catégories de la réalité, perçues avec une particulière intensité en vertu d´une exaltation de l´esprit qui l´amène à un certain mode « d´état limite » signale Carpentier dans le célèbre prologue du Reino de este mundo.

Sotto a tracé sa route depuis la Vallée de Viñales, dans l´occidentale province de Pinar del Rio, jusqu´aux montagnes de Guantánamo. Il a recueilli des histoires qui révèlent la démesure, l´absurde, l´angoisse, la crédulité, l´espoir, la créativité, la ferveur, la sagesse, l´innocence…l´âme d´une nation.

Sur l´écran, apparaissent des animaux célèbres, tels la vache Ubre Blanca, qui a battu tous les records de production de lait et a été disséquée à sa mort, comme une héroïne du travail, dans un pays qui n´a jamais réussi à s´auto ravitailler du nutritif liquide.

Ou encore le bouc Perico, un véritable étendard lors des protestations populaires contre la dictature de Gerardo Machado (1925-1933), assassiné dans une manifestation par la police du tyran. Perico fut un bouc « [...] engagé avec son époque » a affirmé avec fierté l´historienne du musée havanais où l´animal repose, empaillé lui aussi, pour l´éternité.

Tout au long du film, les images parlent des va et viens de la politique et de l´économie des cinq décennies écoulées.

Assis dans un parc de La Havane, un John Lennon en bronze est gardé jour et nuit pour éviter qu´on lui vole ses lunettes. Il fallu attendre quatre décennies au génie des Beatles pour recevoir le consentement des autorités, qui jadis l´avaient interdit pour considérer ses chansons idéologiquement incorrectes. Maintenant considéré comme un exemple révolutionnaire il passe des journées silencieuse, attrayant les touristes et les curieux.

A plus de 230 kilomètres à l´Est de la capitale cubaine, la nostalgie s´est installée dans les vies des anciens travailleurs de la Centrale Electro-nucléaire de Juraguá. Le 5 septembre 1992 le président Fidel Castro avait annoncé l´arrêt de « l´ouvrage du siècle », une victime de plus de l´écroulement de l´Union Soviétique. Sur ce qui allait devenir la Cité Nucléaire, quelques professionnels de l´époque ont trouvé d´autres occupations. L´un d´eux s´est transfiguré en berger de petit bétail. D´autres travaillent dans une usine de cigares comme le traducteur de langue russe et l´ingénieur chimiste, qui soupirent par le rêve gâché.

Pays bizarre, pense Breton tandis que la camionnette s´essouffle et dépasse les cyclistes à chapeau en paille, les charrues à boeufs, croise les tracteurs obsolètes, évite le bétail qui paît sur l´asphalte et esquive les nids de poule. Tu n´as encore rien vu, le met en garde calmement Carpentier. « Pour commencer la sensation du réel merveilleux présuppose une foi. Ceux qui ne croient pas en les saints ne peuvent pas être guérit des miracles des saints… », continu le précité prologue.

A Sabicú, province de Ciego de Ávila, une communauté de descendants d’haïtiens conserve les rituels de leurs ancêtres, qui apportèrent le vaudou dans l´Ile au siècle dernier. Le sacrifice d´animaux, la danse violente au rythme des tambours, la transe… sont des moments familiers pour Carpentier, qui avait expérimenté à Haïti ce qu’est le réel merveilleux dans le quotidien.

Dans l’espérance du miracle, dansent également les cordonniers de Troye, le batey (hameau construit autour des usines à sucre) d´une centrale sucrière inactive située dans la province de Granma, au sud-est de l’île. Habillés en blanc, hommes et femmes lèvent les bras et élèvent leurs prières à Dieu, ils s´embrassent et chantent. Le but étant d´atteindre un état de transe leur permettant de soulager spirituellement la personne nécessiteuse. Le spiritisme a une longue histoire à Cuba depuis son arrivée au milieu du 19ème siècle. Avec le catholicisme, les religions d´origine africaine sont l´un des courants des plus importants du panorama des croyances de la population cubaine.

Cependant, comme il a été remarqué par le défunt chercheur Jorge Ramírez Calzadilla, « [...] la religiosité cubaine ne se limite pas aux formes organisées, comme pensent ou analysent d´habitude ceux qui écrivent sur elle. Il existe une autre tendance, la plus étendue, qui pourrait être appelée religiosité populaire, qui typifie, synthétisant la religiosité dans la société cubaine [...] La religiosité populaire est construite avec des apports de théories religieuses de formes organisées, notamment avec des éléments du catholicisme et des religions popularisées à Cuba, telles que la santeria et le spiritisme, assimilés de manière créative par le peuple qui incorpore ce qui est religieux à sa vie quotidienne, à ses problèmes, à ses expectatives et à ses modes de concevoir la réalité et de solutionner ou remèdier aux besoins », a affirmé Calzadilla dans sa monographie La religión y la juventud cubana actual ( La religion et la jeunesse cubaine actuelle), publiée en 2004.

Ces expressions ont connu un élan lors des temps de crise, par exemple lors des guerres d´indépendance du 19ème siècle, mais aussi lors des temps de récession économique notamment celle des années trente et plus récemment lors des pires moments de la dite période spéciale, il y a dix ans. « Une hausse de cette nature a des multiples raisons, mais il n´y a pas de doutes qu´une partie importante d´elles réside dans les difficultés quotidiennes, dans l´insécurité et par conséquent dans le besoin de protection, de soulagement, la quête des idéaux de vie protégés par la stabilité du monde surnaturel, et en général, dans une valorisation plus grande de la vie spirituelle », a signalé Calzadilla dans l´article Identidad cultural y religiosidad popular (Identité culturelle et religiosité populaire), publié en 2004.

Sur ce sentier qui lie les inquiétudes présentes avec la foi dans le surnaturel, convergent la guérisseuse d´eau bénite et ses prières inintelligibles entourés de fervents croyants au milieu de la campagne cubaine, avec les milliers de fidèles qui prennent part à la procession du Saint Sépulcre, dans la ville de Camagüey. Chez tous il y a l´haleine du souhait du miracle, cette altération du réel provoquée par l’espérance partagée, sous l´étrange lumière qu´irradient les esprits en extase.

Quelques 50 minutes dure le voyage cinématographique de Breton et de Carpentier. Une vingtaine d´histoires d´un pays « [...] où l´on travaille, on souffre, on rêve, on meurt, mais où l´on aime et où se construit la vie », d´après les paroles de Sotto.

Mais qu’est-ce que l´histoire de Cuba toute entière, sinon une chronique du réel merveilleux ? demande le génial cubain à son collègue français, qui acquiesce de la tête tandis qu´il observe la nature prodigieuse de cette île, sa richesse majeure selon les paroles savantes de Panchito, paysan de Ranchería, le dernier des caciques Tainos.


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