Joyeux anniversaire, Baracoa !

lundi 12 septembre 2016
par  Lilibeth Alfonso Martínez

Baracoa, la plus ancienne des villes cubaines, est un petit joyau au bout de l’Oriente. Un morceau de paradis en face de l’océan Atlantique, berceau de personnages fiers et illustres.

Terre de mythes et de légendes, cette ville au charme colonial possède une histoire riche et fascinante qui nous ramène des siècles en arrière.

Une histoire riche et fascinante

Ce fut la première ville fondée par Diego Vélasquez au cours du processus de colonisation de Cuba et baptisée sous le nom religieux de Nuestra Señora de la Asuncion (Notre-Dame de l’Assomption de Baracoa), ce qui en fait tout à la fois la plus ancienne colonie espagnole de l’île, mais aussi la première capitale (d’où son surnom de Ciudad Primada –.près de deux décennies après que Christophe Colomb eut foulé ces terres, émerveillé par la beauté de leurs paysages.

On raconte qu’en arrivant à Baracoa, la troupe de Velazquez vit la croix érigée par Christophe Colomb à l’entrée de la baie, le premier décembre 1492. La légende veut que cette croix appelée « Cruz de la Parra » ait été placée dans la première église de Baracoa, construite en bois en en feuilles de palmier, et transférée par la suite dans la cathédrale actuelle érigée en 1833.

La première place, le siège du premier gouvernement, le premier cimetière… mais aussi la première mission évangélisatrice, l’esclavage et les travaux forcés des Indiens taïnos, dont les descendants, contrairement à la croyance de certains selon laquelle les premiers habitants de l’Île auraient été exterminés, sont encore nombreux dans les montagnes de Guantanamo.

Les historiens affirment que nos peuples autochtones livrèrent la première guerre de résistance aux conquistadors, qui dura dix ans, menée par le cacique Guama.

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La rivière Miel, avec ses eaux cristallines et poissonneuses est très fréquentée par la population locale et les touristes

Baracoa est aussi une terre aux beautés naturelles incomparables – la baie, le mont El Yunque, une faune caractérisée par un grand endémisme, les fleuves aux eaux pures – devant lesquelles, à l’instar de Colomb, le visiteur s’extasie.

Mais Baracoa est beaucoup plus que cela. Quasiment isolée par voie terrestre, mais ouverte sur la mer à tel point que, selon l’historien de la ville, Alejandro Hartman Matos, en 1930 le port de la ville accueillait plus de navires que La Havane.

Malgré sa géographie essentiellement montagneuse, dans les premières décennies du 19e siècle, ces parages reculés connurent une augmentation de la production sucrière. Dans son ouvrage « En Baracoa, más allá de la Farola », le journaliste Ariel Soler Costafreda signale qu’en 1803 cette agglomération était « l’un des six points de l’Île par où on exportait du sucre (…), dont la « raspadura » (sucre brut) emballée dans des caisses ».

Le relief, le climat et les sols privilégiés favorisèrent aussi les cultures de café, du cacao et de noix de coco, qui se développèrent de manière inégale et furent interrompues autour des années 1910-1940, durant une période où des fortunes se sont bâties grâce à l’exportation de bananes, notamment aux États-Unis et en Norvège. Et Baracoa eut aussi l’honneur d’avoir le premier et le dernier chemin de fer.

Mais la ville est son histoire, son patrimoine et ses personnages. Comme cette charmante et mystérieuse dame russe connue sous le nom de La Russe, qui sacrifia presque tous ses biens à la cause des barbus et finit ses jours à Baracoa. Cayamba, le musicien qui n’avait jamais fréquenté de conservatoire ni d’académie de musique et qui marqua pour toujours la vie romantique de la ville. Le Pelu, personnage pittoresque dont le souvenir est perpétué par une statue. Urbano Rodriguez, le Roi vivant du cacao… Les sept mensonges de Baracoa : La Farola (lampadaire) qui n’éclaire pas, et le Yunque (Enclume) qui n’est pas en acier…

C’est au milieu de tout ce monde que Baracoa fut marquée par la Révolution en 1959, qui introduisit ses politiques sociales dans cette ville jusqu’ici vouée à l’oubli et qui en sortit en 1965, avec l’achèvement des travaux du viaduc La Farola et son autoroute en béton de six mètres de large et six kilomètres de long, dans la municipalité d’Imias, depuis le pont de Las Guasimas, à Veguita del Sur, jusqu’à l’endroit connu sous le nom d’El mirador. La Farola est considéré comme l’une des sept merveilles du génie civil cubain.

C’est alors que commence la deuxième histoire de Baracoa, une ville qui vit s’ériger des écoles et des cabinets de consultation médicale, et forma en ces premières années celle qui deviendrait la première championne olympique d’Amérique latine, la spécialiste du lancer du javelot, Maria Caridad Colon, aux Jeux de Moscou en 1980, grâce à un jet de 68,40 mètres.

Baracoa compte aujourd’hui une population de 81 698 habitants et près de 27 000 logements. C’est le plus grand producteur de noix de coco et de cacao du pays, et cette région recèle l’une des zones naturelles les plus précieuses, notamment dans le parc Alexander von Humboldt. La commune représente la principale promesse touristique de la province avec plus de 300 capacités dans les maisons d’hôte et environ 250 dans les établissements touristiques d’État.

Les visiteurs sont de plus en plus nombreux à venir découvrir les merveilles de la ville. Comme le souligne l’historien Alejandro Hartman la richesse de Baracoa va bien au-delà de la beauté naturelle, l’histoire, la musique ou la gastronomie : « Baracoa est également connue pour la gentillesse, l’hospitalité chaleureuse de ses habitants, toujours prêts à accueillir les visiteurs. »

PARTICULARITÉS

La ville se distingue par ses particularités. Depuis la cuisine, avec une palette de recettes originales provenant de cette région, dont beaucoup à base de lait de coco et de fruits de mer, et des plats typiques comme le bacan, une espèce de tamal, (plat d’origine précolombienne à base de pâte de maïs cuit à la vapeur enveloppé dans des feuilles de bananier, de maïs, ou de palmier). Il est fait de banane verte ou banane fruit farcie de viande de porc ou de chair de crabe, assaisonné d’épices et de lait de coco, enveloppé dans des feuilles de banane ou de palmier. À Baracoa, on prépare aussi le « bacan » avec du crabe, du poulet ou d’autre viande selon les goûts et le budget de chaque famille. Les paysans de la région montent généralement une petite table sur le bord de la route pour vendre cette nourriture, aussi populaire que le « cucurucho » (cornet) de noix de coco.

Les habitants de la région préparent aussi le « chorote » (chocolat chaud ou froid) en râpant les boules de cacao et en mélangeant le cacao avec de la farine, de l’eau, du sucre et de la cannelle.

Baracoa est réputée pour sa cuisine régionale dont la noix de coco constitue l’ingrédient principal. Les kiosques et étals offrent des pâtisseries exquises : pudin de boniato (sucre, lait de noix de coco et pâte de patate douce) ; yemitas (petites boules de chocolat, noix de coco et sucre) et le délicieux turron de coco (tablette de noix de coco râpé mélangée avec du lait et du sucre). Ici, le chocolat est cuisiné à toutes les sauces, notamment avec du miel et du sucre.

De nombreuses autres spécialités sont à base de fruits de mer. Au quart de lune, les pêcheurs se rendent à l’embouchure des rivières Toa, Duaba et Miel, pêcher le « teti » qui est ensuite frit dans de l’huile et servi avec du lait de coco et du riz.

Les mélomanes apprécient aussi la musique unique de Baracoa, comme le « nengon » et le « kiriba », des rythmes qui, selon Teresa Rochet Flores, fondatrice et directrice du groupe de danse Kiriba nengon, « ne sont pas des variantes du « son » cubain mais des cellules primitives du genre, ce qui constitue un mérite dans l’univers sonore de la Caraïbe ».

La musique est accompagnée par un bon repas à base de viande de porc grillé et autres plats typiques servis dans des calebasses coupées, et la fête dure une journée entière. « Dans l’ancien temps cette fête pouvait durer jusqu’à trois jours », assure Teresa Rochet.

JOYEUX ANNIVERSAIRE !

La ville a attendu son anniversaire avec patience. Il faut dire que l’architecture a très peu changé. Même si elle n’a pas la grandiloquence d’autres villes, Baracoa, la plus ancienne des villes d’Amérique, a su garder son charme colonial. Parmi ses principaux bâtiments figure la Basilique mineure de Nuestra Señora de la Asuncion, les trois magnifiques forts qui furent construits pour protéger la ville des attaques des corsaires et des pirates, et le bâtiment de l’Hôtel de ville, aujourd’hui siège du gouvernement municipal.

Luis Sanchez, président de l’Assemblée municipale du Pouvoir populaire (gouvernement) depuis deux mandats, nous explique qu’une vingtaine d’ouvrages sociaux construits ou remis en état ont été mis à la disposition du public depuis le mois de juillet jusqu’à ce jour.

On remarque parmi ces ouvrages la Taverne Varibe Atlantic, dans la zone de plage, la Place Cacique Hatuey, au lieu connu comme la Punta, et la Station d’autobus.

Des travaux importants sont également en cours à l’Hôpital Octavio de la Concepcion et la Pedraja, notamment concernant la rénovation et la modernisation des services de néphrologie, de maternité et gynéco-obstétrique, du poste de garde, du système intégral des urgences médicales (SIUM) et du service hospitalo-universitaire et des cuisines. De nouveaux services ont été ouverts : oncologie, chimio-thérapie et buanderie.

Dans le cadre d’un plan de développement municipal à l’horizon 2020, un financement de 18 millions de pesos est prévu pour la mise en place d’une chaîne de production et de commercialisation d’aliments, notamment dans l’industrie cacaoyère et la noix de coco, notamment pour la production de matières premières et de produits finis.

« La fabrique de produits dérivés du cacao se verra également allouer environ 8 millions de pesos en vue de sa reconversion technologique, car nous avons suffisamment de fruits dans les champs, tandis que la production de noix de coco sera plutôt orientée vers l’industrie de la conserve », a ajouté le responsable.

La ville dispose d’une industrie alimentaire locale active, axée notamment sur la pâtisserie, les produits dérivés de la noix de coco, et cette année une nouvelle unité de produits dérivés de la farine sera mise en service dans le cadre d’un projet de coopération internationale.

Après l’agriculture, « le secteur le plus important de notre région est le tourisme. Les gens qui nous visitent sont surtout attirés par les beautés naturelles, la culture, les traditions et l’histoire de notre région », ajoute-t-il.

Ainsi, dans le cadre des efforts déployés en faveur du développement touristique de la région, un nouvel hôtel de 44 chambres est en construction dans la zone de la promenade du bord de mer. Cet établissement est appelé à jouer un rôle de catalyseur de l’agriculture et de l’industrie locales, qui seront chargées de son approvisionnement.

Au nombre des investissements réalisés en faveur du tourisme figurent deux projets relevant de l’initiative municipale : l’Hôtel Plaza et la Casa del Cacao, dont les bénéfices seront destinés au budget municipal et en général à appuyer d’autres programmes de développement local.

D’autres potentialités sont étudiées, notamment en ce qui concerne la plaisance et les activités nautiques, « car nos ports et nos baies offrent des perspectives très intéressantes », affirme-t-il.

« Baracoa tient à son pari. Le plus important, c’est que nous puissions bénéficier du soutien de notre population en toutes circonstances, de notre peuple qui assume avec fierté son sentiment d’appartenance, un peuple très attaché à ses traditions locales, à sa terre et aux valeurs de solidarité et d’hospitalité, et qui l’acteur de son bien-être », a conclu Sanchez Rodriguez.


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