Anniversaire de LA MONCADA

samedi 23 juillet 2011

Des jeunes, conduits par l’avocat Fidel Castro Ruz, engagèrent l’histoire et la culture de Cuba dans un nouveau tournant lorsque, le 26 juillet 1953, ils attaquèrent les casernes Moncada et Carlos Manuel de Céspedes dans ce qui était alors la province d’Oriente. Ils appartiennent à la « Génération du Centenaire », car cette action révolutionnaire eut lieu l’année du centenaire de la naissance du Héros national, José Marti.

Pedro Trigo, un des attaquants de la caserne Moncada, nous livre quelques « éclats d’histoire »…

ANGELA ORAMAS CAMERO

A la veille du 58e anniversaire de cette geste héroïque, nous avons rencontré Pedro Trigo, un des 21 attaquants de la caserne Moncada qui ont survécu jusqu’à nos jours. Ses 83 ans ne l’empêchent pas de conserver le souvenir de plusieurs anecdotes qui se situent avant et après l’action…

Quelle était votre pensée politique et idéologique avant l’attaque de la caserne Moncada ?

— Comme tous les jeunes qui y ont participé, j’étais et je reste martiste. A l’époque, je militais dans les rangs du Parti orthodoxe. Son leader, Eduardo Chibas, était mort, mais avec d’autres camarades nous continuions à diffuser sa pensée. J’ai rencontré Fidel Castro en 1951, à une réunion du Parti orthodoxe qui se tenait à Santiago de las Vegas, chez le Dr Maria Purificacion Garcia Cabello de Fina. J’étais en train de parler lorsque je le vis arriver, revêtu d’une guayabera. Je ne manquai pas de remarquer avec quelle attention il m’écoutait parler de cinq propriétés acquises par des voies obscures par le président Carlos Prio Socarras à proximité des quartiers El Globo et Calabazar. Prio avait tout simplement délogé de ces terres des paysans qu’il avait remplacés par des soldats utilisés comme journaliers : il leur versait deux pesos pour dix heures de travail par jour, c’est-à-dire qu’il ne les exploitait pas moins que des paysans.

« Lorsque je finis mon discours, j’avais devant moi, au pied de la tribune, Fidel qui me fixait de son regard intelligent et me lançait : ‘’Je m’appelle Fidel Castro. Si tout ce que tu as dit est vrai, pourquoi ne pas dénoncer Prio ? … Avant, il faut rassembler les preuves, les titres de propriété figurant au cadastre… rencontrer les paysans expulsés, car ce seront sans nul doute les meilleurs témoins…’’

« Le lendemain à 8 heures du matin, il se présentait chez moi, à Calabazar (un village situé à une douzaine de kilomètres de la capitale), accompagné de Juan Martinez Tinguao. Ils entendaient ouvrir immédiatement l’enquête sur les propriétés Gordillo, Lage, Potrerillo de Menocal, Pancho Simon et Paso Seco, que Prio avait fondues en une seule qu’il avait appelée El Rocio et qui couvrait plus de 700 hectares, dont la presque totalité sont aujourd’hui occupés par le parc Lénine, l’Ecole de sciences exactes Lénine et le Jardin botanique national.

« José Luis Tasende et Gildo Fleitas ne tardèrent pas à nous rejoindre. Ces deux compagnons, comme mon frère Julio et tant d’autres, devaient trouver la mort le jour de l’attaque. Fidel nous indiqua que la première chose à faire était de tenir une réunion et de photographier les paysans qui travaillaient sur ces terres depuis longtemps, 18 ans pour certains. La réunion eut lieu chez La Gallega Joséfa Yañez, orthodoxe, dans le quartier d’El Globo. Une centaine de paysans y assistèrent, presque tous des fermiers de Santiago de las Vegas. C’est à cette occasion que Fidel parla pour la première fois de la Réforme agraire qui mettrait un terme au latifundium et à l’exploitation des fermiers et métayers en remettant la propriété des terres à ceux qui les travaillaient. Il dénonça le vol, l’exploitation, l’abus et les expulsions forcées dont les fermiers étaient victimes. Il parla de l’enquête et du combat qui allait commencer.

« Ayant réuni toutes les preuves nécessaires, Fidel porta plainte devant le Tribunal des comptes le 3 mars 1952 et en publia le texte dans le journal Alerta. »

Quelques jours après a lieu le coup d’Etat de Batista. Comment avez-vous réagi ?

— Comme tout le peuple, par l’indignation. Il ne s’était pas écoulé une semaine depuis le putsch militaire que Fidel nous parlait de l’urgente nécessité de créer un mouvement révolutionnaire opposé à la dictature et décidé à libérer le pays de la tyrannie et du système néo-colonial qui s’était imposé dans le pays depuis 1902. Il n’y avait d’autre alternative, affirmait-il, que la lutte armée.

« Fidel me demanda d’organiser et de diriger une cellule insurrectionnelle à Calabazar, formée par des paysans, des ouvriers, des étudiants et des intellectuels : des honnêtes gens disposés à prendre les armes pour faire la Révolution.

« C’est à la même époque que j’ai fait la connaissance d’Abel Santamaria, un révolutionnaire hors pair, d’une grande sensibilité, débordant d’optimisme et de fermeté. Il était fils de Galicien. Ma mère, Galicienne elle aussi, l’admirait et l’aimait beaucoup. Nous avons organisé une réunion à laquelle il assista. Il demanda à chacun quel était son niveau de scolarité et qui avait lu les œuvres de José Marti. Il nous recommanda de le faire, parce que Marti allait inspirer toute notre action révolutionnaire.

« Je me rappelle un après-midi : nous étions en pleins préparatifs de l’ « action armée de l’heure zéro ». Fidel et moi arrivâmes dans la Chevrolet qu’il conduisait chez Pedro Marrero, dans le quartier de La Ceiba. A peine entrés, nous constatons que les meubles du salon et de la salle à manger ont disparu. Il y avait sur le sol, en tout et pour tout, un matelas. Fidel s’exclame : ‘’ Mais… qu’as-tu fait ? Tu es devenu fou ? ’’

« Et Pedro Marrero de répondre, imperturbable : ‘’ Et demain, je vends le réfrigérateur… ‘’ ‘’ Je te l’interdis, rétorque Fidel. Tu as déjà perdu ta place de camionneur, et ça suffit… ‘’

‘’ Si je suis prêt à donner ma vie pour nos idéaux, que veux-tu que je fasse des biens matériels ? ‘’, lui répondit Pedro Marrero, un des combattants assassinés à la caserne Moncada.

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Que signifiait « l’action de l’heure zéro » et quand avez-vous appris la nouvelle ?

— Je l’ai apprise à Santiago de Cuba, quelques heures avant l’attaque. En dehors de Fidel et d’Abel, personne ne savait ce que voulait dire « l’action de l’heure zéro », qui désignait l’attaque des deux casernes : Moncada et Carlos Manuel de Céspedes. Fidel m’en informa dans la nuit du 26 Juillet, à une heure et quart, alors que nous partions avec Abel de la ferme Siboney pour le Champ de Mars.

« Fidel demande à Abel de continuer et d’aller chercher à El Esperon le Dr Mario Muñoz ; pendant ce temps, nous allions faire un tour dans les quartiers du carnaval pour prendre le pouls de la ville. C’est là que j’apprends que j’ai pour mission, avec d’autres camarades, de m’emparer de l’émetteur de radio depuis lequel le poète Raul Gomez Garcia devait transmettre sa harangue au peuple de Santiago.

« Je retourne à la ferme Siboney avec Abel ; le chef en second de l’opération. Le Dr Muñoz fait de même, dans une autre voiture, avec Fidel. Je demande à Abel si tout est bien organisé et il me répond : ‘’ Oui, Pedrito, la synchronisation et parfaite. ’’ il me demande aussitôt : ‘’Tu as des questions ?’’. Je n’en avais pas et il se mit à réfléchir à voix haute : « Il faut se préparer au pire : si nous sommes tous tués. De toutes manières, ce serait une victoire, parce que nous aurions montré que la pensée de José Marti vit encore en l’année du centenaire de sa naissance.’’ J’étais loin de penser que quelques heures plus tard, Abel serait mort, tout comme mon frère Julio. Tous deux furent sauvagement torturés, puis assassinés.

« La veille, Julito avait fait une crise d’hémoptysie et Abel lui avait ordonné de rentrer à La Havane. Mais il refusa et se battit à ses côtés à l’hôpital civil Saturnino Lora. C’est lui qui tira la dernière balle, lorsque tous les autres camarades avaient épuisé leurs munitions. »

Pourquoi certains des attaquants tardèrent-ils à arriver à la caserne Moncada ?

« Pour la simple raison que les chauffeurs de plusieurs des véhicules ne connaissaient pas la ville de Santiago de Cuba et se sont perdus en chemin. J’étais dans une de ces voitures. Nous étions sur les hauteurs de Quintero ; en plein carnaval, je vois un homme qui danse avec des sandales de bois et je lui demande : ‘’ Mais où se trouve donc la caserne Moncada ? ‘’. Il n’arrête pas de danser et me lance : ‘’ Par là, dans la direction des coups de feu ! ‘’

« Nous étions huit dans la voiture, en proie à l’angoisse. A notre arrivée à la caserne, Fidel avait déjà donné l’ordre de battre en retraite. Nous ne pouvions pas rester ensemble, et certains d’entre nous sont partis à pied, pour brouiller les pistes. Tout en marchant dans une ville que je ne connaissais pas, je me suis débarrassé de mon uniforme et j’ai continué d’avancer en civil ; c’est ce qui nous avait été indiqué.

« J’ai arrêté un autobus et j’ai demandé au chauffeur où il allait : ‘’ Montez, me dit-il, on va à La Havane. Mais essayez de vous coiffer un peu et d’arranger votre guayabera. On verra bien comment on s’en sortira…’’

« A Calabazar, des agents du SIM (Service de renseignements militaires) m’attendaient. Ils m’arrêtent et m’emmènent au siège de ce corps répressif. Ils n’ont pas pu prouver ma participation à l’attaque de la Moncada. En plus, il y avait la déclaration d’un chauffeur de taxi batistien qui m’avait confondu avec quelqu’un d’autre et affirmait que j’étais monté dans son taxi à Calabazar ce dimanche 26 juillet. Ils me relâchèrent en m’avertissant que je ne pouvais pas quitter mon village : je ne pouvais me déplacer que de la maison au travail.

« Lorsque Melba et Haydée sortirent de prison, je les rejoignis pour continuer de collaborer avec le Mouvement 26 Juillet. Lorsque Fidel sortit de la Prison modèle et partit pour le Mexique, je dus moi aussi m’exiler. »

Où avez-vous connu Raul Castro ?

Dès que les attaquants de la Moncada sortent de la Prison modèle, je rencontre Raulito (Melba et moi utilisions volontiers ce diminutif, car il nous semblait vraiment très jeune) chez sa sœur aînée, Lidia.

« Fidel m’avait chargé d’aller chez Lidia pour que Raul me remette l’article qu’il tapait à la machine : le directeur de la revue Bohemia tenait à le publier de toute urgence… Soudain, Lidia se rend compte que la police encercle l’immeuble. Je cache les feuilles sous mon tricot de corps et, quand j’arrive à la porte, je tombe sur le colonel de la police Martin Pérez, qui me demande : ‘’ Et toi, tu habites ici ? ’’. Je réponds fermement que oui. "Poursuis ton chemin, me dit-il. Je vais fouiller tous ces appartements un par un.’’

« J’arrive au siège de la revue Bohemia, je raconte cet épisode à Fidel et lui tends les feuilles cachées sous ma chemise… Tout content, Fidel me prend à bras le corps et me soulève du sol… L’article fut publié sous sa signature et sous le titre : Chaviano ment. »

Pedro Trigo aurait bien d’autres anecdotes à nous raconter, ds souvenirs, ce qu’il appelle des « éclats d’histoire ». Mais je ne lui pose pas plus de questions car ce 29 juin, il fête ses 83 printemps, et les amis et voisins se pressent à la porte de chez lui pour le féliciter…


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