Récession économique en 2016 et croissance en 2017 : le facteur d’investissement.

dimanche 11 juin 2017
par  Omar Everleny Perez, Traduit par Juanita Sanchez

Par Omar Everleny Pérez Villanueva, traduction Juanita Sanchez

Dans la séance de l’Assemblée Nationale de Cuba du 27 décembre 2016, Ricardo Cabrisas, ministre de l’Économie, a expliqué ce qui suit :

« Au cours de l’évaluation de l’exercice estimé de l’économie dans l’année 2016 et ses perspectives pour 2017, il a été reconnu que la situation existante avec la disponibilité de devises est tendue, les rentrées prévues par le programme des exportations n’ont pas été atteintes et le ravitaillement de carburants a été fortement limité, ce qui nous place dans un scénario impossible à changer à court terme, caractérisé par des restrictions importantes qui nous obligent à faire une analyse profonde et à porter une attention prioritaire aux affaires de l’économie nationale » . . .

Cet article d’Omar Everleny Pérez Villanueva publié le 23/02/2017 fait partie du dossier de « Catalejo » : La lettre de Temas : Comment vient 2O17 pour Cuba ?

Ce qu’on comprend de ces paroles c’est que Cuba doit faire de grands changements au niveau de son économie pour vaincre ses problèmes structuraux à partir de 2017.

La présence d’un retard économique, conséquence de la combinaison des facteurs externes et internes, met sur la table la nécessité de trouver des solutions rapides et sûres.

En 2016 l’économie cubaine a baissé de 0,9%, la première récession de l’administration de Raul Castro depuis 2008.

Des indicateurs économiques importants se sont maintenus dans des valeurs malsaines, comme le déficit fiscal, la présence de la double monnaie d’échange à l’intérieur du pays, le déficit de son équilibre commercial. Les exportations sont à la traîne et on continue à importer des biens qui peuvent être produits dans le pays, comme les produits agricoles.

On a constaté, entre autres, un ralentissement des rentrées par des services professionnels, ce qui rend difficile de faire face à la croissance attendue en 2017. Les revenus des travailleurs cubains sont encore bas et leur pouvoir d’achat n’a pas augmenté depuis 27 ans.

Les autorités cubaines continuent à parler de « travailleurs à leur propre compte », mais en réalité il y a plus de 535 000 personnes qui travaillent en tant que « privés » dans les déjà vieilles 201 activités approuvées depuis 2010 qui maintiennent pourtant leur croissance mais à un rythme encore insuffisant pour absorber le trop plein de plus d’un million de travailleurs répertoriés dans les listes des effectifs de beaucoup d’institutions, chiffre reconnu par les institutions officielles.

Le rythme des transformations-clés entreprises par l’administration de Raul Castro est maintenu mais marqué par l’empreinte de tant d’années de centralisation élevée.

Pourquoi pour sortir de la stagnation économique n’avance-t-on pas au rythme dont on a besoin ? Quelles idées sont à la base de cette immobilité ? Il est clair que l’État cubain n’est pas paralysé, il travaille en vue de changer la matrice énergétique du pays, il investit dans un développement hydrique puissant, élabore des programmes pour la récupération sucrière, construit des hôtels, parmi différents autres ouvrages. Mais le citoyen commun ne voit pas ce qu’on a fait et les chiffres macro-économiques du pays ne le traduisent pas.

Le rôle de l’investissement étranger direct (IED) dans l’économie cubaine.

Ceux qui se refusent à encourager l’investissement étranger devraient reconnaître le rôle qu’il a joué jusqu’à nos jours et vérifier l’efficacité de sa présence dans des activités où l’on emploie du capital étranger.

Dans la quasi-totalité des branches de la production dans lesquelles Cuba remporte ses meilleurs résultats économiques ou d’exportation, il y a eu d’une façon ou d’une autre la présence de capitaux étrangers. Ce signe permet de considérer que même dans des sphères sensibles pour la population, tels que les aliments et les produits d’hygiène parmi d’autres, il pourrait y avoir une présence plus importante d’investissement étranger direct.

Grand nombre d’hôtels qui accueillent les quatre millions de touristes par an que Cuba reçoit commercialisent et font leur gestion en passant des contrats administratifs avec des compagnies étrangères reconnues, ce qui fait un total de 27 entreprises mixtes et 76 contrats d’administration avec 17 groupes étrangers.

Notre fameux rhum Havana-Club est commercialisé par une entreprise mixte créée avec Pernod-Ricard de France, un des plus grands fournisseurs de liqueurs au niveau mondial.

Habanos, entreprise mixte avec la National and Imperial Tobacco du Royaume Uni, commercialise une grande partie du cigare habano-cubain.

Les cigarettes cubaines de qualité pour la consommation nationale et l’exportation sont produites par Brascuba, une entreprise mixte de Cuba avec Souza Cruz du Brésil.

C’est la compagnie Energas, entreprise mixte de Cuba avec l’entreprise canadienne Sherrit qui s’occupe de l’énergie électrique à partir du gaz.

Une grande partie des recherches et de l’exploitation du pétrole est faite par des compagnies étrangères, parmi lesquelles Sherrit du Canada et d’autres de la Chine et de la Russie.

La meilleure productrice du nickel de Cuba est une entreprise mixte entre « Pedro Soto Alba » de Moa et Sherrit, qui le produisent et le commercialisent.

Des produits d’hygiène personnel et des cosmétiques entre autres sont produits en association avec du capital étranger.

La même chose est réalisée avec la production et la commercialisation de jus, d’eau, de bières, de charcuterie, où des contrats sont passés entre des entreprises cubaines et quelques étrangères à renommée internationale tels que Nestlé parmi d’autres.

Dans les télécommunications on coopère avec des entreprises chinoises.

Dans la construction des contrats ont été passés avec des entreprises françaises qui construisent des hôtels entre autres.

Il y a 103 affaires passées avec l’État cubain dans la modalité mixte. Les contrats d’association économique internationale en totalisent 102. Les résultats les plus importants des 214 entreprises comprises dans la modalité d’investissement étranger qui existaient en 2015 ont atteint un montant de ventes de 4 500 millions de CUC, avec plus de 2 300 millions exportés. Mais cette IED ne représentait que 0,5% du PIB cubain.

D’après des données de novembre 2016, plus de 250 entreprises étrangères s’étaient déjà établies à Cuba. Dans la Zone Spéciale de Développement de Mariel (ZSDM) 19 s’étaient installées parmi lesquelles 10 à capital 100% étranger, 4 mixtes, 4 cubaines et un contrat d’association économique international.

Ce sont les suivantes, classées selon leur nationalité :

  • 2 du Mexique : Richmeat de Cuba SA, qui fabrique des produits dérivés de la viande et Devox Caribe SA, qui fabrique des peintures et antirouilles.
  • 2 de l’Espagne : ProFoodService SA, qui produit des jus et des distributeurs de boissons et la deuxième, Teconsa qui fabrique des structures métalliques.
  • 2 du Brésil : Brascuba, qui produit des cigarettes et COI, pour l’infrastructure.
  • 2 de la Hollande : Unilever, pour des produits de toilette et WomyEquipmentRental, pour la location d’équipements.
  • 2 de la France : BouyguesConstruction, pour la construction, et la CMA CGM, pour la logistique du transport terrestre et maritime.
  • 2 de la Belgique, la première, dédiée à la fabrication de panneaux électriques et de capteurs de température, l’autre à l’entretien et la réparation de véhicules.
  • 1 de la République de Corée : Arco 33, pour la production de seringues jetables et autres produits similaires.
  • 1 du Vietnam : Thai BinhCorp, pour les lingettes et les couches jetables.
  • 1 de Singapour, associée à un contrat international d’administration du terminus de containers.

Entre 2014 et 2016 Cuba a présenté trois Cahiers d’Opportunités d’Affaires pour des capitaux étrangers. Le plus récent comprend 395 affaires à traiter, pour une valeur de 9 500 millions de dollars, parmi lesquelles 24 dans la ZSDM et 371 dans le reste du pays. La loi 118 vient d’approuver 54 affaires d’une valeur de 13 000 millions de pesos, quoique à un rythme trop lent et épuisant pour les entrepreneurs.

Que pourrait-on faire ?

Cuba devrait accélérer le rythme de la passation des affaires qu’elle traite avec du capital étranger ; elle devrait améliorer le climat des affaires déjà passées et éliminer les taux des croissances économiques négatives qui ne stimulent pas la venue des capitaux étrangers.

On pourrait envisager des formes nouvelles de IED telles que les BOT (Construction-Opération-Transfert) ainsi que l’utilisation des franchises à une échelle importante, rendre plus souple la gérance centralisée de force de travail ainsi qu’utiliser ce que la législation en cours prévoit pour passer des accords de IED avec des formes de production non étatiques, spécialement avec les coopératives urbaines.

La décroissance de 2016 devrait motiver le changement de tendance vers la croissance économique.

Cela peut être atteint si l’on approuve avec rapidité les investissements étrangers qui se présentent au pays, quelles que soient leurs origines, et si l’on élargit les métiers retenus pour exercer un travail privé et la création de petites et moyennes entreprises ; si l’on donne plus de facilités à la grande entreprise étatique qui compte sur le nombre d’actifs le plus important de la nation ; si l’on met en place un marché de grossiste réel, national ou avec franchises avec des compagnies reconnues ; si l’on élargit les services de la banque mobile en donnant de la transparence aux opérations des entités économiques privées en vue d’améliorer les rentrées par impôts au budget en provenance de ces services privés.

C’est encourageant d’entendre l’exhortation faite par le Président cubain à se débarrasser une fois pour toutes des préjugés sur l’investissement étranger. Il est important de capter dans toute sa portée le sens de l’importance et de l’urgence d’un pareil appel et il est fondamental d’agir en conséquence.

On a démontré que Cuba doit équilibrer son investissement domestique avec plus de 2 500 millions de dollars annuels qui proviennent de l’investissement étranger.

Pourtant, dans la séance de décembre 2016 de l’Assemblée nationale, le ministre de l’Économie a déclaré : « Dans le projet du Programme 2017 l’investissement est encore trop faible pour ce qui est de sa participation dans l’investissement global où il ne représente que 6,5% du programme. Cela traduit qu’en 2017 l’investissement dont le pays a besoin n’atteindra pas les montants nécessaires. »

Malgré les lois et les décrets-lois liés à l’investissement étranger dans l’île en vigueur depuis 3 ans et le soutien des autorités les plus hautes du pays, la vitesse d’approbation des affaires marche à des rythmes très lents par rapport à la situation économique de récession dans laquelle Cuba est plongée.

L’impact de l’éducation et de la science dans la transformation structurelle, la productivité et l’efficacité a été au-dessous de ses capacités, tandis que l’ampleur enregistrée par les dépenses sociales est bien loin de la capacité productive du pays.

La participation de l’indicateur Taxe de Formation Brute de Capital dans le PIB a bougé, en moyenne, autour de 10% à des prix courants, c’est-à-dire la moitié de ce que l’Amérique latine présente et même dans des pays de même taille que Cuba, comme la République dominicaine qui investit 27% par rapport au PIB. Il faut ajouter à cela que le pays n’a pas encore surpassé la persistance d’une faible efficacité dans le processus des investissements dans le pays.

Cuba est peut-être unique pour ce qui est de l’investissement dans du capital humain.

Pourtant elle génère une croissance économique très limitée, contrairement aux expériences du développement enregistrées par d’autres pays depuis la décennie des années 60 comme le Japon, la Corée du Sud, Singapour, la Malaisie et plus récemment par la Chine et le Vietnam, orientés vers le socialisme.

En 2017 une augmentation du salaire des travailleurs cubains devient urgente, étant donnée la relation avec l’augmentation du niveau de vie.

Continuer à la repousser maintiendrait la baisse dans la productivité et le détournement des ressources économiques des travailleurs.

Pour réussir il est nécessaire qu’au moins le secteur de la manufacture ait une marge de décisions qui lui appartiennent et qui ne soient pas influencées par celles des niveaux supérieurs des entreprises.

Dans la séance de décembre de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, le Président cubain a déclaré que malgré la situation économique défavorable le pays avait honoré ses dettes, résultat du nouvel accord sur la dette extérieure cubaine, ce qui a un retentissement positif sur notre crédibilité externe.

Les processus de renégociation des dettes ont conduit à des récents paiements, et de ce fait on déroge les paiements intérêts et principal, dérivés de ces accords. Il est nécessaire de maintenir cette politique qui verra la totalité du principal et des intérêts originels apurés.

La proposition du développement des petites et moyennes entreprises cubaines devrait être appliquée dans l’immédiat parce que seule la création des richesses permettra la répartition de plus de richesses.

Dans un tel scénario il serait adéquat d’accepter les investissements portefeuille et même d’y étudier l’émission d’actions de valeurs.

L’émission des actions est une possibilité et une nécessité dans la recherche de nouvelles sources de financement intérieur pour financer le déficit du budget, y compris externe, pour donner des garanties au prestataire en respectant la pratique internationale.

Quelle est la leçon que l’histoire économique récente nous a apprise ?

Premièrement, qu’on ne peut pas vivre en tournant le dos au marché.

Deuxièmement, plus que les motivations, ce sont les incitations qui sont nécessaires si l’on veut augmenter la productivité et l’efficacité économiques.

Troisièmement, que ce n’est pas correct de penser que, pour construire le socialisme, le plus important doit être la branche étatique.

Quatrièmement, que des entreprises autonomes doivent y occuper une place et non pas des « unités d’administration de ressources ».

La planification faite jusqu’à aujourd’hui ne nous a pas conduits au développement. Et le marché n’est pas synonyme de propriété privée.

Si à partir de 2017 on n’assume pas la transformation de l’économie cubaine, les aspirations des cubains de vivre dans une société plus prospère, inclusive et participative, vont s’éloigner.

Il ne suffit pas d’atteindre le but du 2% prévu, mais de maintenir le taux de croissance nécessaire au pays pour sa transformation au-dessus du 5-7% annuel durant une longue période qui devra dépasser 10 ans.

Pour y réussir, un changement institutionnel doit avoir lieu, un changement au niveau de la structure de la production nationale et des changements législatifs parmi d’autres.

Nonobstant, des facteurs extérieurs comme le blocus sont présents.

Il y en a aussi d’autres, comme la baisse des prix internationaux de produits d’exportation, mais ces derniers touchent aussi d’autres pays et pourtant pas mal d’entre eux enregistrent des croissances, comme la République dominicaine avec plus de 6% en 2016.

Cuba doit faire une transformation profonde. Mais les signaux que le gouvernement envoie pourraient indiquer qu’il n’est pas prêt à la réaliser en ce moment.

Alors que la perception internationale du pays change favorablement, et tout spécialement à partir de l’essai de normalisation des rapports avec les États-Unis, un groupe de facteurs intérieurs sont maintenus qui deviennent des entraves objectives et subjectives pour la croissance économique que les cubains attendent et qui doit se traduire par le bien-être souhaité.


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