L’unification monétaire et cambiaire à Cuba : les principaux défis.

mardi 23 janvier 2018
par  Hiram Marquetti Nodarse, Traduit par Nicole Bedez

L’élimination graduelle de la double monnaie et, de là, du double système économique, en vigueur dans l’île depuis 1993, constitue une étape indispensable et décisive en faveur de la réussite d’un plus grand degré de solidité, et y compris de garantie, dans la mise en œuvre des réformes en cours. On peut affirmer que sa réalisation représentera probablement le centre névralgique de l’évolution du processus d’Actualisation du modèle économique entrepris ces dernières années.

Conformément à l’importance stratégique que signifie la nécessaire gestion du fonctionnement monétaire du pays, le 22 octobre 2013 le Conseil des ministres, en réunion élargie, a adopté la décision de commencer à travailler sur le processus d’unification monétaire. [1]

La divulgation ultérieure de cette décision a produit des attentes diverses au niveau national, surtout dans le domaine de l’économie réelle, étant donné que la lente mise en œuvre de cette mesure devra contribuer, graduellement, à surmonter différentes distorsions présentes dans l’économie. Spécifiquement la capacité à disposer d’une base uniforme et fiable dans le registre comptable de toutes les opérations économiques car, actuellement, il n’est pas possible de déterminer avec certitude le coût réel d’aucune activité économique.

L’approche graduelle qui a caractérisé la mise en œuvre du processus d’élimination de la dualité économique et monétaire a répondu à divers facteurs. Parmi ceux-ci on souligne le fait que la réalisation pratique de cette décision comprend le développement de deux transformations interconnectées. D’une part, l’unification monétaire devra être vérifiée tout comme, d’autre part, l’introduction de profonds ajustements dans la politique de change, action qui impliquera de passer par une dévaluation monétaire progressive allant de pair avec certains coûts économiques et sociaux qu’il sera difficile de corriger rapidement.

En relation avec ce qui est dit ci-dessus, on doit considérer que le processus d’unification monétaire et cambiaire devra être réalisé sous l’effet de la persistance de faiblesses macroéconomiques : le maintien de rythmes de croissance économique médiocres, l’instabilité dans la dynamique des revenus fournis par les exportations de biens et de services, l’existence de facteurs qui tendent à la présence de potentielles conditions de risques de manque de liquidités, les pressions exercées par la politique visant à honorer de manière ponctuelle les obligations financières externes contractées, les niveaux insuffisants des réserves monétaires internationales, etc. À ceci s’ajoute le maintien de la crise comme une composante consubstantielle de l’évolution du cycle économique national.

La suppression du régime de dualité économique et monétaire présuppose également une évaluation approfondie des décisions qui devront être adoptées, parallèlement à l’unification, parmi lesquelles prédominent les modifications dans le système bancaire et dans celui des prix, dans le fonctionnement financier, fiscal, de change et de rémunération du travail, ainsi que l’aménagement que devra expérimenter le mécanisme d’assignation administrative de la devise.

De manière générale, la mise en route conjointe des facteurs décrits ci-dessus offre la possibilité d’expliquer pourquoi, dans la période postérieure à 2013, l’élimination de la dualité économique n’a pas présenté de progrès tangibles.

II –

L’unification cambiaire représente probablement l’un des aspects les plus complexes inclus dans le processus d’ordonnancement monétaire, car il ne s’agit pas simplement d’affronter la situation traditionnelle de survalorisation du change mais de réussir à transformer l’emploi du taux de change en un instrument stratégique pour la prise de décisions dans le système entrepreneurial, étant donné qu’en termes pratiques il n’existe qu’une vision limitée en ce qui concerne ce sujet dans les entreprises dépendant du commerce extérieur.

L’unification cambiaire devra être précédée de l’élimination de la circulation du CUC (peso cubain convertible), processus qui présenterait certaines complexités particulières, tandis que des incompatibilités et des désordres pourraient apparaître de façon objective lors de la transition à partir d’un modèle de gestion ancré sur la devise jusqu’à un autre alimenté exclusivement par le peso, quand par ailleurs il est nécessaire de créer un cadre de convertibilité minimum du peso, comme l’indique Joaquín Infante (2017).

Faut-il rappeler que pour diverses raisons il n’existe pas de développement adéquat du marché financier local et l’on ne dispose pas non plus d’un schéma de Cadecas (maisons de change) réservé au système entrepreneurial d’État qui leur faciliterait la satisfaction de certaines obligations financières.

De la même façon, l’unification cambiaire aura une forte incidence sur la structure des prix relatifs et, en conséquence, sur les possibilités de déterminer les niveaux de rentabilité des entreprises. Elle pourrait également générer des pressions fiscales supplémentaires alors qu’on peut prévoir l’apparition d’un accroissement des moyens financiers qui seraient utilisés pour dédommager les entreprises directement affectées par l’unification en question.

La dévaluation que devra connaître le taux de change en vigueur est un défi implicite qui accompagnera l’unification cambiaire, autant pour les transactions officielles que pour la population. Pour des raisons objectives, la mise en adéquation du taux de change aura une incidence sur la dynamique des prix intérieurs, comme je l’ai déjà indiqué ; en termes pratiques, elle se convertirait en un facteur potentiel qui stimulerait l’augmentation des pressions inflationnistes. [2]

On ne connaît pas encore les niveaux de change qui émergeront du processus de dévaluation, bien qu’actuellement un système de change à taux multiple soit en fonctionnement, en particulier pour les transactions entre le secteur de l’État et le secteur non étatique. Dans les propositions effectuées par Humberto Pérez (2016) et Joaquín Infante (2017), il est suggéré d’appliquer une dévaluation générale – tant pour le système des entreprises que pour les personnes – de 1 CUC = 15 CUP (peso national non convertible), laquelle est supérieure à celle en vigueur dans certains espaces officiels et aux transactions déjà mentionnées (1 CUC = 10 CUP). Que soit acceptée ou non la proposition de Pérez et Infante, la dévaluation prévue est significative et ses conséquences à court terme pourraient s’avérer significatives.

Dans une autre perspective, la dévaluation à moyen terme devra être convertie en une motivation à développer les exportations. Souvenons-nous que durant l’existence de la dualité monétaire, ce régime monétaire contribuait à stimuler davantage la tendance à importer que les ventes à l’international. Évidemment, on ne doit pas espérer un automatisme dérivé de la dévaluation, c’est-à-dire que les bénéfices qui accompagneront cette décision n’impliqueront pas immédiatement le développement des exportations.

Dans ce nouveau contexte d’élimination du double système monétaire, la politique monétaire devra en outre privilégier le maintien des équilibres macro, ainsi qu’atteindre un meilleur niveau d’interaction avec la politique fiscale. De même, la politique de change devra évoluer vers un cadre opérationnel plus flexible et d’un plus grand poids dans la dynamique du fonctionnement économique intérieur, dans lequel elle visera à se transformer en une composante stratégique de la gestion économique, tant à l’échelle entrepreneuriale que gouvernementale, et parallèlement à faciliter la création de ces conditions macroéconomiques de base qui permettent d’orienter la gestion économique et d’évaluer, avec une plus grande sécurité, la capacité compétitive de l’économie nationale.

De manière générale, le processus d’unification monétaire et cambiaire est passé par ce que nous pourrions définir comme la première étape du processus qui comprend la promulgation des textes juridiques sur lesquels devront s’appuyer les entreprises, quand sera arrivé le moment de supprimer la circulation du CUC : l’emploi du CUP est presque généralisé dans le segment de marché qui utilise la devise, pour le taux de change en vigueur dans les Cadecas, dans les transactions avec la population. La Banque centrale de Cuba a effectué l’émission des signes monétaires des plus grosses coupures afin de parvenir à une meilleure organisation de la circulation monétaire tandis que, en ce qui concerne la politique de taux de change, il n’y a pas encore de précision sur ce que sera ce taux qui restera en vigueur après l’unification tant que l’on utilisera différentes taxes de change.

Enfin, si la construction d’un système de fonctionnement économique ancré sur l’emploi de la devise s’est avérée complexe, il sera encore plus compliqué de revenir à un cadre réglementaire dépendant exclusivement du peso cubain traditionnel (González - 1998), lequel devra envisager son évolution ultérieure vers la nécessaire reconnaissance internationale qui contribuera à disposer de conditions minimum de convertibilité monétaire à l’échelle internationale.

http://www.temas.cult.cu/catalejo/la-unificaci-n-monetaria-y-cambiaria-en-cuba-principales-retos
Traduit par Nicole BEDEZ


[1Pour de plus amples détails, voir « Note officielle du Gouvernement de la République de Cuba ». Granma, 25 octobre 2013, La Havane.

[2L’élargissement des possibilités d’exercer un travail pour son propre compte, la suppression des subventions, l’introduction d’autres formes de gestion de la propriété d’État, parmi d’autres mesures, ont provoqué la tendance progressive à l’augmentation des prix intérieurs.


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