Transfert de technologie et de connaissance pour le développement de Cuba

samedi 17 février 2018
par  Luis A. Montero Cabrera, Traduit par Pascale HEBERT

Dans un article de 2012, publié dans Temas, il était signalé au moins deux des problèmes fondamentaux de la politique technologique cubaine. L’un d’eux était le dramatique retard technologique existant dans les technologies de l’information et dans leur pénétration dans la société, par rapport au reste de l’humanité.
Un tel retard signifiait inévitablement un sous-développement considérable non seulement de toute l’économie cubaine et de l’universalisation de la connaissance, mais aussi du bien-être social et personnel en lui-même. Ceci a à voir avec quelque chose d’aussi essentiel à la condition humaine que l’échange d’information entre les individus et avec toute la société.
L’autre problème était l’inexistence de mécanismes et de processus économiques pour que les avancées scientifiques et technologiques soient implantées et portent les fruits économiques qu’on peut en attendre, dans le cadre d’un système de gestion public très globalisant et hautement centralisé.

Ces deux aspects ont fait l’objet de traitement dans les réunions du parti et du gouvernement avec aujourd’hui des textes programmatiques progressistes dans les deux directions.

Dans le premier cas, un discours conceptuel a été prononcé au mois de février 2015 par le premier vice-président du Conseil d’Etat qui affirmait :
« Internet est un outil au service de l’identité et de la culture nationale et de l’insertion souveraine et universelle des Cubains, y compris de leur souveraineté technologique ». Et plus loin :
« La promotion et l’universalisation de l’accès et de l’utilisation d’Internet doivent faire partie du processus de développement culturel national au sens le plus large et elles devront être accompagnées par la promotion de la production culturelle nationale, la promotion de ses valeurs et la diffusion nationale et internationale la plus large. Cela fait partie de l’infrastructure de base pour le développement des activités économiques et entrepreneuriales du pays et le développement des capacités nationales dans ce domaine et c’est en même temps une activité économique avec un fort potentiel de développement ». [1]

La situation à la fin de 2017 est différente de celle de 2012 dans un sens positif. Cependant, elle est encore bien loin de n’importe lequel des standards mondiaux dans ce domaine.

La rapidité avec laquelle progressent les technologies contemporaines d’informatisation dans n’importe quelle partie du monde est très supérieure à la nôtre ; comme résultat nous avons un retard systémique, et aussi grandissant.
La situation empire tous les jours par rapport au reste du monde.

A titre illustratif nous pouvons citer comme exemple que récemment on nous a informés de l’état du réseau de distributeurs automatiques dans le pays et il a été reconnu qu’il existe encore de nombreuses communes qui, en plein XXIème siècle, ne disposent pas de ces dispositifs élémentaires de gestion économique.
Or, il s’agit d’une technologie introduite commercialement à Londres par le britannique John Sheperd-Barron en 1967.

C’est quasiment la même chose avec le service d’Internet à domicile : on commencera à le proposer en 2017, seulement dans des zones très limitées du pays, avec des largeurs de bande des dizaines de fois inférieures aux standards mondiaux actuels, avec des tarifs horaires limités et en plus exagérément élevés par rapport au salaire moyen des Cubains.
Même comme ça, on l’annonce comme un grand progrès, après des expérimentations prolongées probablement pas nécessaires par les temps qui courent.

La téléphonie mobile intelligente est, à la fin de 2017, un outil technologique indispensable à tout progrès économique ou social, qui inévitablement doit être accessible à tous les citoyens d’un pays.
Cependant, à Cuba les déjà obsolètes technologies 3G, continuent d’être « expérimentées » et elles ne couvrent même pas une partie souhaitable de la zone de service.
Les téléphones intelligents qui ont déjà dix ans d’exploitation dans le monde entier, manquent encore à Cuba d’un accès aux données et à Internet.
Cela réduit le plus avancé de ces dispositifs à un dispositif de la fin du siècle dernier, en ce qui concerne beaucoup de ses prestations.

Le coût économique et social de ce retard généralisé en informatisation est silencieux, mais il augmente à chaque seconde qui passe. Il est sûrement très élevé aussi pour notre gestion économico-sociale et pour notre productivité.

Concernant la promotion de la science et de la technologie dans l’entreprise publique socialiste cubaine, on a également avancé de façon substantielle sur le plan conceptuel.

La Directive 14 du Parti Communiste de Cuba, qui traite de cette question, déclare :
« Donner la priorité et continuer d’avancer dans la réussite du cycle complet de production grâce aux enchaînements productifs entre les organisations qui développent des activités productives, de services et de science, de technologie et d’innovation.
Y compris les universités, qui garantiront le développement rapide et efficace de nouveaux produits et services, avec des standards de qualité appropriés, qui intègreront les résultats de la recherche scientifique et de l’innovation technologique, et qui incluront la gestion de la commercialisation interne et externe »
. [2]
Il s’agit d’un principe bien élaboré, qui est bien loin, et en mieux, des approches traditionnelles que nous rapportions dans l’article déjà cité, où l’on invitait simplement la science et les scientifiques à introduire leurs résultats dans la pratique sociale.

La réalité régulatrice et administrative du pays a également avancé. Il existe maintenant la possibilité qu’une entité productive publique utilise une partie de ses bénéfices dans la technologie et l’innovation.

Cependant, tout semble indiquer que le fond des bénéfices destiné à ces fins est partagé d’une manière ou d’une autre avec le fond de stimulation directe des travailleurs.
S’il en est ainsi, il s’agit d’un aspect dévastateur pour tout progrès économique qui affecte les revenus de ceux qui dans l’entreprise rendent possible son fonctionnement.

Il est difficile de concevoir que dans les graves conditions de disparité de pouvoir d’achat entre les employés publics cubains et ceux du secteur privé, il existe beaucoup d’entrepreneurs disposés à les sacrifier en fonction des nécessaires coûts circonstanciels qu’a toute action d’innovation technologique, indépendamment des bénéfices qu’on peut en attendre.

Défis à relever en 2018

Les déclarations des plus hautes instances du Parti et du Gouvernement à la fin de 2017 [3] montrent bien qu’elles sont conscientes de la nécessité de procéder à de profonds changements structurels de l’économie socialiste cubaine actuelle qui suit les schémas de celles qui ont échoué, preuves à l’appui, en URSS et en Europe de l’Est.
Les disparités qui touchent les travailleurs concernant la réalisation du fruit de leur travail sont très importantes et il s’agit là des acteurs principaux de tout système économique.

Les principes essentiels des réformes nécessaires sont déjà très largement et très clairement conceptualisés dans les documents programmatiques du pays pour les prochaines années. [4]

C’est pourquoi, il devient indispensable de reformuler et de restructurer le plus vite possible le système de gestion de la Science, de la Technologie et de l’Innovation (CTI), de sorte qu’il permette de corriger les graves problèmes qui subsistent et d’en éviter les causes à l’avenir.
Cette activité est transversale à toute la société et sa gestion doit l’être également.

Grâce aux transformations réellement indispensables, et annoncées comme telles, dans la valorisation de l’argent et du travail, on doit relever et sortir victorieux du défi qui consiste à commencer de changer les nombreuses choses qui doivent être changées dans le schéma actuel de gestion de la CTI, obsolète et sectorisé.

Probables avancées, continuités et/ou retours en arrière qu’on peut attendre en 2018.

En 2018, la situation actuelle ne peut régresser davantage, sans mettre en péril la substance même du processus révolutionnaire.
L’immense majorité de nos centres de production de connaissances est menacée ou gravement touchée par la perte constante du capital humain le plus qualifié, sa composante indispensable.
C’est pourquoi, les actions pour réduire ou résoudre ce problème sont obligatoires.

Le travail que les cubains doivent réaliser pour faire avancer le pays dans la production de nouvelles connaissances et dans l’innovation technologique doit obtenir sans plus attendre sa juste valorisation par rapport à d’autres professions ou activités professionnelles.
Il ne peut continuer de se faire qu’un scientifique ou qu’un technologue de n’importe quel domaine ait un niveau de vie inférieur à celui d’un voiturier.

Les technologies de l’information doivent réaliser un bond de développement pour se fixer et atteindre des buts qui situent le pays dans un état technologique acceptable et compétitif, dès l’année 2018.
Et cela est possible avec quelques investissements indispensables, mais surtout avec une volonté réelle et effective de la part des organisations chargées de ces politiques et de ces tâches.

Dans ce domaine, les complaisantes tromperies sur le fait d’avoir récemment multiplié le nombre d’usagers et de services ne sont pas recevables.
Tout progrès est multiplicateur des chiffres incroyablement bas d’informatisation que nous avions en février 2015, et c’est pourquoi les fréquentes annonces triomphalistes dans ce domaine ne s’avèrent pas satisfaisantes.

Un progrès véritablement substantiel dans ce domaine est, de toute évidence, un pré-requis pour tout autre développement, presque autant que dans celui de la valorisation du travail, déjà mentionné.

Ce qui permet une projection optimiste pour 2018 c’est surtout la conscience des réalités mentionnées, qui se reflètent dans les déclarations des hautes sphères de décision du pays et dans l’opinion publique, apparemment généralisée, sur ce problème.

Le potentiel humain globalement créé par la Révolution cubaine est un investissement très coûteux sur presque soixante ans et il doit se traduire par la création de valeur matérielle et spirituelle.
Si une telle conscience se traduit dans la pratique cette année, elle doit signifier un changement conjoncturel qui permette d’améliorer le bien-être des cubains d’aujourd’hui et de demain, qui sont les acteurs principaux.

Notes
[1] Díaz-Canel Bermúdez, M. (2015) « Le droit de tous à Internet suppose des devoirs en ce qui concerne son utilisation adéquate ». Cuibadebate, 21 février. (Consulté le 17 mars 2017).

[2] Actualisation des Directives de la politique économique et sociale du Parti et de la Révolution pour la période 2016-2021, approuvées au VIIème Congrès du PCC, en avril 2016 et par l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire en juillet 2016.

[3] Castro Ruz, R. (2017) « Raúl à l’Assemblée Nationale : « La Révolution cubaine a résisté aux assauts de 11 administrations des Etats-Unis », Cubadebate, 22 décembre. (Consulté le 7 janvier2018).

[4] Documents du VIIème Congrès du PCC, approuvés par le IIIème Plénum du Comité Central du PCC, le 18 mai 2017 et ayant reçu le soutien de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire le 1er juin 2017.

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