Pablo et La Pasionaria, le face à face de deux personnalités resplendissantes de la Guerre Civile Espagnole


En juillet 1936, lorsque se produisent les soulèvements militaires contre la République qui marquent le début de la guerre civile, Dolores Ibárruri est déjà La Pasionaria, elle a 40 ans et c’est une figure éminente au sein du Parti Communiste Espagnol.
À la même date, Pablo de la Torriente Brau se trouve exilé à New York, il participe à des meetings de soutien à la République espagnole et en août il communique à ses amis les plus proches sa décision de s’embarquer pour l’Espagne. Cependant, depuis l’Amérique du Nord, Pablo sait déjà qui est La Pasionaria et ce que représente sa parole pour les combattants.

Nous avons publié plusieurs articles sur la présence des cubains aux cotés des républicains espagnols. Dans l’un d’eux il est particulièrement rendu hommage à Pablo de la Torriente Brau : https://cubacoop.org/ecrire/?exec=article&id_article=1454

En septembre 1936, Pablo de la Torriente Brau, leader révolutionnaire cubain exilé à New-York, reporter et journaliste, rejoint l’Europe sur l’Ile de France, il débarque sur le port du Havre et assiste au Congrès pour la Paix à Bruxelles. De là, il poursuit vers Paris.
Dans la première de ses chroniques, datée du 10 septembre 1936 et intitulée Des Avions pour l’Espagne !... il révèle ses premières impressions sur La Pasionaria, qui a pris la parole dans un meeting populaire au Vélodrome d’Hiver.

…Mais la plus forte attente concernait les orateurs espagnols. Il y avait Marcelino Domingo et Dolores Ibárruri, la célèbre Pasionaria, qui lors d’un gigantesque meeting au Vélodrome d’Hiver a enthousiasmé le public.
Son nom, sa majesté pathétique, son immense force morale, sa pâleur due à la fatigue contrastant avec ses vêtements noirs, ses mèches de cheveux blancs sur un visage encore jeune, ont exercé une singulière fascination sur les Parisiens, qui l’ont acclamée jusqu’au délire.
La Pasionaria est allée également à Bruxelles, profitant du fait que se déroulaient dans la belle capitale belge les sessions du Premier Congrès Universel pour la Paix, auquel assistaient près de cinq mille délégués.
Elle n’était arrivée que le dernier jour, alors que le Congrès se clôturait par une grande fête pour la paix, pour laquelle cinquante mille personnes s’étaient déplacées.
Elle n’avait pas pu parler, mais le public, dans une ovation extraordinaire par son intensité et sa durée, avait salué sa présence dans le stade, manifestant de cette façon ses sympathies pour la cause espagnole.

A partir de là, les références à La Pasionaria abondent, aussi bien dans les lettres que dans les chroniques de Pablo envoyées depuis l’Espagne. Le 21 octobre, dans une chronique madrilène il signale : « Avant-hier, La Pasionaria a pris la parole devant cinq mille soldats qui étaient allés voir We are from Kronstadt ».

Deux jours plus tard, le 23, Pablo poursuit dans sa correspondance le récit au quotidien des évènements politiques et militaires de la Péninsule :

Dans Mundo Obrero, c’est La Pasionaria qui, dans un article intitulé « Il n’y a pas de dilemme : Il faut vaincre coûte que coûte ! », d’une façon admirable dans sa technique, à la fois belle et puissante, offre les formules : « Cette guerre n’est pas celle des grands combats où sur le sable de la lutte s’affrontent des milliers et des milliers d’hommes.
C’est la guerre des carrefours, des surprises, des guérillas, des audaces. Chaque homme, un guérillero, chaque soldat, un héros ; chaque chef un véritable dirigeant, pas un militaire de métier qui ne ressente pas la cause pour laquelle lutte le peuple ; chaque homme ou chaque femme, un milicien prêt à sacrifier sa vie. Un mètre de terrain, un parapet ; une maison, une forteresse ; une rue, une tranchée ; une usine, une caserne où l’on forge, en même temps que les armes de la victoire, des hommes pour la lutte, des soldats pour la cause antifasciste ».

« Les caractéristiques de la photo, un profil de Pablo avec un béret, révèlent derrière la lentille photographique la présence d’un maître », Leonardo Depestre Catony.
Photo prise par Generoso Funcasta probablement en 1931 (archives de la bibliothèque nationale José Marti)

Pablo interviewe le secrétaire général du Parti Communiste Espagnol, José Díaz, qui lui explique que « grâce à des démarches de La Pasionaria, cent cinquante nonnes ont été libérées : nous leur avons donné leur propre couvent, qui est là derrière, et elles sont là, à faire leurs prières et leurs oraisons, satisfaites de la façon dont nous les avons traitées et cousant des vêtements pour les miliciens du front ».

Pablo, chez qui se rejoignent les aptitudes de l’écrivain et aussi celles de l’orateur, est étonné par l’éloquence de tribun de La Pasionaria, par sa capacité à attirer les foules, par sa parole incendiaire et persuasive. C’est une personnalité de premier plan du Parti Communiste Espagnol et elle a les aptitudes d’un leader qu’avalisent sa hardiesse et son parcours.

Dans une lettre du 4 novembre, il revient sur La Pasionaria dont il reconnaît le style sur un manifeste quand bien même sa signature n’y figure pas.

Mundo Obrero a reproduit depuis avant-hier déjà, lorsque cette tension a commencé, le manifeste du Comité Central du PC adressé à tous les communistes et au peuple en général. Un appel vibrant, qui semble écrit par La Pasionaria et qui se termine, après avoir rappelé que la défense de Madrid n’est pas seulement son œuvre à lui mais celle de toute l’Espagne antifasciste, par : « Communistes, en avant vers le triomphe ! Donnons tout, sacrifions tout pour la défense de Madrid ! »

Ce ne sont pas là les seules allusions à La Pasionaria dans l’œuvre de Pablo, mais elles sont bien suffisantes pour illustrer la considération et le respect que lui inspire la légendaire communiste espagnole, qui a réussi à symboliser à son époque la résistance du peuple ibérique contre les forces réactionnaires pendant la guerre civile dans la Péninsule.

Élue en 1936 députée aux Cortes en représentation du Parti Communiste Espagnol, trois ans après, avec la défaite des forces républicaines, elle est partie pour un long exil en Union Soviétique. En 1942, elle a été désignée secrétaire générale du Parti Communiste Espagnol, fonction qu’elle a occupée jusqu’en 1960, lorsqu’elle a présenté sa démission pour en devenir la présidente.

La Pasionaria a débarqué à La Havane le 5 décembre 1963. Sa visite a représenté un évènement pour la Révolution cubaine encore très jeune alors ; elle est venue parce qu’elle était invitée à assister aux festivités du cinquième anniversaire du triomphe de la Révolution en janvier. C’est à Cuba qu’elle a fêté son 68ème anniversaire, le lundi 9 décembre de cette année-là.

La Pasionaria a pu constater le développement social et le climat d’effervescence dans lequel vivait le peuple, l’enthousiasme généralisé devant la construction d’une société aux nouveaux contours. Elle s’est rendue jusqu’à l’hospitalière et héroïque ville de Santiago de Cuba, où elle a visité la Caserne Moncada.

« Pendant les jours de la guerre civile —a écrit Juan Marinello— Dolores Ibárruri acquiert un rayonnement qui ne l’abandonnera plus. De partout on la voit comme une image puissante et altière, imperméable à la fatigue et au découragement.
Nous qui avons eu le privilège de voir Dolores en meeting et dans la tranchée, sur la place et à l’assemblée, nous pouvons déclarer que nous avons assisté à ce rare spectacle du guide menant le peuple, et du peuple soutenant et stimulant son plus parfait porte-parole.
C’est alors que se cristallise un lien inébranlable, historique, entre La Pasionaria, son peuple et son temps »
, affirme en conclusion le grand essayiste cubain.

Ce n’est qu’en 1977, au bout de 38 ans d’absence que La Pasionaria a pu rentrer en Espagne, elle a alors été élue députée de la province d’Oviedo, mais elle ne s’est pas présentée deux ans plus tard aux élections de 1979, se consacrant entièrement à son travail de présidente du Parti Communiste Espagnol.

Le 4 mai 1976, alors qu’elle se trouvait à Moscou, elle a été décorée à l’ambassade de Cuba de l’Ordre Ana Betancourt, occasion au cours de laquelle elle s’est qualifiée de « simple femme du peuple dont les mérites ont été de refuser de se mettre à genoux devant les exploiteurs ».

Cette femme exceptionnelle, grande amie de Cuba, est décédée en Espagne en 1989.


http://www.cubadebate.cu/especiales/2018/02/25/pablo-y-pasionaria-tu-a-tu-de-dos-caracteres-esplendentes-de-la-guerra-civil-espanola/#boletin20180225


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