Prédominance et mise à l’écart de la femme en milieu rural : un duo indésirable

samedi 5 mai 2018
par  Maria Julia Mayoral

À Cuba, plus de 20 000 femmes rurales sont propriétaires de leurs terres. Elles ont les mêmes opportunités et possibilités que les hommes. D’autre part elles représentent actuellement 53,22 pour cent des députés de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, ce qui place le parlement cubain au second rang mondial pour la participation féminine dans une assemblée législative nationale.
La majorité des autres pays sont dans une situation bien différente.
C’est ce que montre le rapport fait par la "Commission de la Condition Juridique et Sociale de la Femme des Nations Unies" (CSW, en anglais), dont la session annuelle s’est tenue en mars dernier au siège de l’ONU .
Ce rapport met l’accent sur l’immense inégalité entre hommes et femmes y compris fillettes qui sévit dans plus de 50 pays à travers le monde. Elle est dénoncée d’une même voix par "l’ONU Femmes", le "Fonds des Etats-Unis pour l’Enfance" (UNICEF), "l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture" (FAO), entre autres entités présentes lors de cette session.
PL

La Havane, 23 avril (Prensa Latina). Les femmes rurales forment un tiers de la population mondiale. 50% de la production mondiale d’aliments passe entre leurs mains, mais à quoi leur sert cette prédominance, peut-on se demander quand on regarde les statistiques internationales.
« Les femmes jouent un rôle fondamental dans le développement durable de la terre, dans le maintien de la famille et du tissu social », a expliqué la spécialiste argentine Susana Balbo, devant la « Commission de la Condition Juridique et Sociale de la Femme des Nations Unies » (CSW, en anglais), dont la session annuelle s’est tenue en mars dernier.

« En améliorant leur condition, a ajouté cette fonctionnaire, nous pourrions augmenter de 20 à 30 pour cent la production internationale de produits agro-alimentaires ».

« Dans beaucoup de régions, elles constituent jusqu’à 60 pour cent de la main d’œuvre agricole, mais seulement 13 pour cent possèdent la terre qu’elles labourent et ce déséquilibre des pouvoirs les empêche de contrôler la gestion de la terre », a fait remarquer la directrice exécutive de l’ONU Femmes, Phumzile Mlambo-Ngcuka.

« Il existe 400 millions d’agricultrices qui travaillent très dur pour que nous ayons de la nourriture dans nos assiettes, mais elles le font dans une invisibilité presque totale », a dit la représentante des Nations Unies pendant la réunion de la CSW.

« Un autre aspect dont il faut tenir compte, rappelle-t-elle, est que la moitié des femmes pauvres dans les pays en développement manquent d’une alphabétisation de base ; ainsi, 15 millions de fillettes en âge de se rendre à l’école primaire sont dans l’incapacité de le faire ».

(source photo : ccfd-terresolidaire.org)
(source photo : terdav.com)

De l’avis du secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, l’égalité des sexes est une question de pouvoir :" Et le pouvoir ne se donne jamais, il se prend", par conséquent, " hommes et femmes, nous devons nous mobiliser ensemble pour que l’égalité entre les uns et les autres nous profite à tous".

« Cette iniquité est multidimensionnelle : dans 25 pays, les lois empêchent les femmes de transmettre leur nationalité à leurs enfants », dénoncent l’ONU Femmes, l’Agence des Nations Unies pour les Réfugiés (Acnur) et le Fonds des Nations Unies pour l’Enfance (UNICEF).

« Dans plus de 50 pays, les femmes ne possèdent pas les mêmes droits que les hommes pour obtenir, changer ou conserver leur nationalité, en violation des droits de l’homme », ajoute le communiqué commun.

D’après la recommandation Nº 34 sur les droits de la femme en zones rurales, élaborée par la « Convention sur l’Elimination de Toutes Formes de Discrimination contre la Femme » : « les États membres devraient veiller à ce que les femmes rurales puissent acquérir, changer, conserver, ou renoncer à leur nationalité, ou à la transmettre à leurs enfants, ou à leur conjoint étranger selon les mêmes modalités que les hommes ».

« Si les femmes habitant la campagne pouvaient travailler dans les mêmes conditions que les hommes, il y aurait entre 12 et 17 pour cent de famine en moins dans le monde », a souligné Balbo, devant le « forum W20 Argentine » (qui fait partie du groupe ayant lancé une initiative sur les genres à l’intérieur des 20).

Pour la directrice exécutive du « Centre du Commerce International », Arancha Gonzalez, « il existe trois facteurs clefs permettant de découvrir l’inégalité du traitement de genre dans le milieu agricole : l’accès aux terres et aux moyens de production, l’accès aux services publics et l’accès aux instruments nécessaires dans le contexte du changement climatique ».

Bref aperçu sur la situation en Amérique latine.

Les femmes rurales : la clé de la lutte contre la faim, la malnutrition et la pauvreté (photo FAO)

Les études de « l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’Agriculture » (FAO) assurent qu’en Amérique Latine et aux Antilles entre 8 et 30 pour cent des exploitations agricoles sont aux mains de femmes.

Bien que cette proportion soit en progrès, " les exploitations concernées sont toujours les plus petites et dans des terres de moindre qualité, avec moins d’accès au crédit, à l’assistance technique et à la rentabilisation", conclut la FAO.

Car si l’on peut dire que le pourcentage de femmes productrices a augmenté de plus de cinq points en une décennie, une analyse approfondie de la situation montre que ce phénomène de féminisation de la campagne se fait dans des conditions très souvent précaires.

« Le panorama régional montre un aspect hétérogène en ce qui concerne les femmes chefs d’exploitations ; cependant, des relevés quantitatifs prouvent bien qu’elles ont une représentation considérablement plus grande dans la fourchette la moins capitalisée de l’agriculture familiale », met en garde la FAO.

De l’avis de cet organisme, la fracture de genre dans la propriété de la terre est la conséquence de facteurs tels que : la préférence masculine en questions d’héritage, les privilèges de l’homme en affaires matrimoniales et la tendance à les favoriser lorsque les terres sont distribuées par les communautés paysannes et indigènes et par les programmes d’État.

Durant les dernières décennies, beaucoup de pays de la région ont réalisé des modifications légales permettant d’acquérir des terres avec davantage d’équité mais " ces mesures n’ont pas eu d’effets considérables", selon la FAO.

« Mujeres rurales » (femmes rurales)/ Photo : Rajesh Krishnan

La même source indique qu’en Amérique latine, 40 pour cent des femmes rurales de plus de 15 ans n’ont pas de revenus propres " bien qu’elles travaillent beaucoup tous les jours".
En majorité, elles représentent une main d’œuvre invisible pour les statistiques, tout comme sont invisibles leurs problèmes et leurs besoins.
Les statistiques officielles témoignent, qu’au Mexique seulement 12,5 pour cent des femmes travaillant dans les champs ont une couverture sociale pour la santé, tandis qu’environ 5 pour cent des fillettes entre 6 et 14 ans ne vont pas à l’école et 15 pour cent des femmes adultes en âge de produire ne reçoivent aucune rémunération pour leur participation au marché du travail.

« Confronté à ce retard, le gouvernement mexicain encourage des programmes spécifiques dans le cadre de son plan pour un traitement égalitaire des genres », a assuré la présidente de « l’Institut National des Femmes », Lorena Cruz, lors de son intervention au sein de la CSW des Nations Unies.

A ce sujet, la spécialiste de l’ONU Femmes, Raquel Coello, a tenu à rappeler que, ces dernières années, l’Amérique Latine est parvenue à réduire les indices de misère ; toutefois, la féminisation de la pauvreté a augmenté, surtout parmi les indigènes et en milieu rural.

Le cas de Cuba, a reconnu cette 62ème édition de la CSW, fait apparaître des réalités bien différentes qui sont le résultat de politiques d’État à haute vocation humanitaire et émancipatrice.

Le programme cubain met à la disposition des agriculteurs et agricultrices des outils, des espaces de formation et des conseils pour élaborer et gérer leurs propres stratégies de développement. Photo : PNUD Cuba

« Dans plusieurs groupes de travail, j’ai très souvent entendu les mêmes demandes : accès à l’eau, égalité de salaires pour les femmes, possibilité d’exercer un emploi digne. Pour les cubaines, ces demandes sont déjà des acquis », a fait remarquer la députée Yaneidis Pérez, représentante de Cuba au forum de New York.

« À Cuba, plus de 20 000 femmes rurales sont propriétaires de leurs terres. Elles ont les mêmes opportunités et possibilités que les hommes », a expliqué la députée, qui est elle-même propriétaire de terres agricoles dans la province orientale de Las Tunas.

Pérez a également souligné la gestion d’organisations civiles comme la « Fédération des Femmes Cubaines » (FMC), dans un contexte où, « chaque jour, nous continuons à construire une culture d’égalité des genres, bien qu’il nous reste encore une longue tâche à accomplir à l’intérieur du foyer et dans la vie de la famille ».

Aux dires de la représentante permanente de Cuba à l’ONU, Anayansi Rodriguez, les femmes rurales de son pays bénéficient, en outre, d’une articulation d’alliances entre différents ministères de l’administration publique, la FMC et d’autres regroupements de la société civile.

Actuellement, les femmes représentent 53,22 pour cent des députés de l’Assemblée Nationale du Pouvoir Populaire, ce qui place le parlement cubain au second rang mondial pour la participation féminine dans une assemblée législative nationale.

La session de la CSW de 2018 a souligné que les femmes et les fillettes en milieu rural sont des éléments clefs pour le développement durable et que, par conséquent, leurs droits et l’amélioration de leurs conditions de vie doivent être une priorité.

Parmi les mesures et recommandations du forum, on trouve l’exécution de réformes permettant d’éliminer les lois discriminatoires et assurer à la femme l’égalité d’accès aux terres, aux ressources naturelles et aux héritages.

Le document approuvé par la Commission de l’ONU appelle à combler le fossé qui sépare les genres dans le domaine de l’éducation secondaire et supérieure dans les localités rurales, à offrir des services sociaux qui réduisent le travail féminin non rémunéré, et à garantir, pour le même travail, des salaires égaux à ceux des hommes.

Il recommande aussi d’améliorer les infrastructures et les technologies en milieu rural, d’accélérer la gestion des mesures permettant d’en finir avec la violence dont sont victimes les femmes et d’augmenter les investissements en faveur de la sécurité alimentaire et la couverture universelle de santé. Pour la secrétaire exécutive de l’ONU, ce texte représente "un pas en avant vital", bien qu’il faille que les gouvernements et la société civile maintiennent leurs engagements pour que les accords qui viennent d’être signés deviennent une réalité.

par Maria Julia Mayoral, journaliste de la Rédaction Économique de Prensa Latina.


Source : predominance-et-mise-a-lecart-de-la-femme-en-milieu-rural-un-duo-indesirable


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