Colette Magny, « une Léo Ferré au féminin injustement oubliée »

mardi 12 juin 2018
par  Michel Porcheron

Figure contestataire des années 1970, à l’origine du tube “Melocoton”, Colette Magny a pourtant sombré dans l’oubli. Retour sur son œuvre, aussi audacieuse que puissante.
Voir sur le site (19 mai 2018) : Colette Magny, elle chantait aussi Cuba

https://www.franceinter.fr/emissions/dans-la-playlist-de-france-inter/dans-la-playlist-de-france-inter-16-mai-2018 ]

par Valéry Lehoux (Télérama) / posté par Michel Porcheron

Figure contestataire des années 1970, à l’origine du tube “Melocoton”, la chanteuse a pourtant sombré dans l’oubli. Retour sur son œuvre, aussi audacieuse que puissante.

La postérité est parfois mauvaise fille. Qu’évoque aujourd’hui le nom de ­Colette Magny ? En général : une voix d’un velours remarquable et un seul tube, Melocoton, « aimable » comptine qu’un passage à la télévision — au Petit Conservatoire de Mireille — avait suffi à immortaliser. Au pire : rien du tout — on a vérifié auprès de trentenaires interloqués, qu’on ne blâmera pas tant la chanteuse a disparu des radars médiatiques depuis très longtemps. En­tre les deux, certains se rappelleront quand même qu’elle fut une figure de la contestation politique des années 1960 et 1970, une sorte de Ferré au féminin, mais dont les chansons étaient trop souvent bannies des ondes pour qu’on ait pu les retenir…

Ceux-là disent vrai. Si ce n’est qu’à trop mettre en avant la personnalité hors norme qui fut la sienne, à trop souligner que cette pasionaria de l’indépendance préférait se produire dans les meetings révolutionnaires que dans de jolis théâtres, on en ou­blie l’essentiel : Colette Magny était, d’abord, une grande chanteuse. Et une créatrice qui, au-delà de son amour du jazz et du blues, n’aura eu de cesse de repousser les frontières de son chant. La sortie concomitante d’une double compilation et d’une anthologie en dix volumes devrait aider à remettre les pendules à l’heure : vingt et un ans après sa mort, son répertoire impressionne encore par son ampleur, ses audaces, sa liberté.

Une puissance primale et viscérale

Le champ est même si large que l’on pourrait s’y perdre. Par où commencer ? Par le plus abordable : l’inusable Melocoton bien sûr, mais aussi ses adaptations de poètes comme Hugo (Les Tuileries), Rimbaud (Chanson de la plus haute tour), Aragon (Richard II quarante), Louise Labé (Baise m’encor’). Ou ses reprises de standards américains, chantés avant elle par Bessie Smith (Any woman’s blues), Marilyn (My heart belongs to Daddy), ou Billie Holliday (My man). De sa première vie de se­crétaire bilingue pour l’OCDE, Colette Magny avait gardé une maîtrise de l’anglais rare chez les Français de l’époque ; alliée à sa voix capiteuse et son sens du swing, cela en faisait l’interprète idéale pour reprendre les classiques du jazz. Dès ses débuts, elle sut les investir d’une intensité toute personnelle et parfois très inattendue… Au point par exemple de mixer My man avec le sautillant Titine, brouillant mine de rien les pistes de l’idéal amoureux.

Déjà donc, même dans ce qui fut l’aspect le plus sage de sa carrière, ­Colette Magny faisait preuve d’audace. Et ce n’était rien au regard de ce qui allait suivre : les envolées rageuses et militantes des années 1970. L’autre versant du répertoire, difficile à gravir aujourd’hui, mais qui n’en reste pas moins passionnant. Dès 1965, elle lance Choisis ton opium, et place ouvertement ses espoirs politiques dans la révolution cubaine (Le Mal de vivre). Deux ans plus tard, la guerre du ­Viet­­nam avive son engagement. Plus que jamais, Magny s’éloigne de la structure traditionnelle du couplet-refrain pour s’avancer vers l’expérimental : elle alterne le chant, le texte parlé et le cri. Ses explosions vocales rappellent l’emportement d’une Nina Simone ou même d’une Janis Joplin ; puissance primale et viscérale. L’artiste n’essaye pas de séduire : elle veut interpeller. Sur le papier, ses réquisitoires contre l’exploitation humaine ont gardé toute leur pertinence… à l’inverse de ses plaidoyers pour des régimes douteux, notamment le nord-coréen (Djout­che). Sauf que, justement, tout l’art de ­Magny fut de savoir nous transporter au-delà de ce qu’on appelle communément la chanson engagée : dans la vibration ardente d’une foi. Une espèce de transcendance par le chant, qui dépassait les mots. Elle voulait une humanité libérée, et peu importe au fond qu’on la suive ou pas sur les moyens d’y parvenir. La conviction qui vibrait dans sa voix était telle qu’elle irradiait celles et ceux qui l’entendaient.

Un coup de tonnerre salvateur

C’est toujours le cas. Au milieu des mièvreries standardisées inondant le marché de la musique, la force de Colette Magny sonne même aujourd’hui comme un coup de tonnerre. Pas confortable, mais salvateur. Et si, pour convaincre les plus réticents, on ne devait retenir qu’un seul titre des cent quatre-vingt-treize présents dans l’anthologie, ce serait Tu es ma graine, écrit et composé par elle en 1977. Une réflexion sur le couple, en français et en anglais, qui s’ouvre sur le calme apaisé d’une confidence, s’interrompt par des rires un peu désespérés, puis s’élance dans le feu, tempête sauvage et hurlée. Dans cette chanson-là brille toute la richesse d’une œuvre libre. L’expression d’une artiste qui, au-delà du temps et des modes, nous bouscule et nous emporte.

Anthologie 1958-1997 1 coffret de 10 CD Legacy/Sony Music.

A cœur et à cris 2 CD Legacy/Sony Music.

http://www.telerama.fr/musique/colette-magny,-une-leo-ferre-au-feminin-injustement-oubliee,n5661869.php

https://blogs.mediapart.fr/jean-jacques-birge/blog/270518/colette-magny-improvisations-inedites

(mp)


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