ACOSTA DANZA aux Nuits de Fourvière, une Première française

samedi 16 juin 2018
par  Michel Porcheron

On connaît peu Carlos Acosta en France. Le monde entier célèbre ce danseur cubain au tempérament affirmé. Outre-Atlantique, on le situe à une croisée des chemins entre Baryshnikov et Noureev. L’Angleterre l’adopte en lui ouvrant les portes de l’English National Ballet et du Royal Ballet.

Gamin, à Cuba, il grandit dans un quartier de La Havane (Arroyo Naranjo) et est allergique à l’école. Habitué des faubourgs, il rêve de devenir footballeur et il intègre contraint et forcé l’école de Ballet Alejo Carpentier pour être canalisé. D’abord rétif, il commence à aimer le ballet. Ici commence l’histoire, il rafle tous les prix, enchaine les interprétations remarquables, devient un des danseurs les plus respectés au monde, fonde son studio et sa compagnie de danse à La Havane. (source nuitsdefourviere.com)

Acosta Danza était au programme des Nuits de Fourvière les 7 et 8 juin. A cette occasion, la journaliste Ariane Bavelier du Figaro s’est rendue à La Havane. Son reportage a été publié dans le quotidien le mardi 5 juin. (mp)

L’étoile Carlos Acosta à Fourvière avec sa compagnie, créée récemment à La Havane

PAR ARIANE BAVELIER ENVOYÉE SPÉCIALE À LA HAVANE (Le Figaro, 5 juin 2018) / posté par Michel Porcheron

La Havane, chacun sait indiquer la maison de Carlos Acosta dans le quartier de Miramar. « Elle est incroyable, mais il le mérite. Il a tellement travaillé... », dit notre chauffeur de taxi qui vient de débiter son commentaire sur les vertus de la révolution en dépassant la place éponyme depuis laquelle Fidel Castro faisait ses discours.

Dans son pays, où le ballet tient lieu d’art officiel, Acosta est un héros. L’authentique Billy Elliot cubain, dernier des onze enfants d’un père routier et d’une mère chroniquement malade. Dans les faubourgs de La Havane, il déploie en voyou son trop-plein d’énergie, se heurte à la break dance et cogne dans le ballon. À Cuba, cela se vaut. Son père l’inscrit de force à l’École de ballet de La Havane. Depuis qu’Alicia Alonso et son mari, Fernando, se sont rangés du côté de Castro, le Ballet national de Cuba est né et des écoles de danse ont fleuri dans tout le pays à la manière des clubs de pionniers en URSS. Là-bas, Rudolf Noureev en est sorti. Le destin d’Acosta ressemble au sien.

Alors directeur de l’école, Fernando Alonso, inventeur de la pédagogie et du style cubain, le confie à Ramona de Saa, qui lui a succédé aujourd’hui. « C’est grâce à elle que j’ai été le premier Roméo noir au Royal Ballet de Londres. Elle a compris qu’avoir l’aura d’un prince n’est pas une question de couleur ! », dit Acosta qui a été « principal guest artist » à Londres depuis 2003. Ce qui l’a forgé ? « La règle du “toujours plus” qu’on applique dès l’école : sauter plus fort, voler plus loin, tourner plus vite, lever les jambes plus haut. Ici, pour façonner les danseurs, on s’intéresse aux fondations, c’est-à-dire à la musculature. Et puis quand on a le diamant, on le façonne. Beaucoup d’écoles font le chemin inverse, s’intéressant d’abord à l’esthétique et aux bras. Ça n’a pas de sens. Cette règle du “toujours plus” qui m’a forgée, je m’y soumets encore », confie-t-il.

Il lui doit sa carrière internationale. Il lui doit aussi son retour à Cuba pour fonder sa compagnie, baptisée Acosta Danza. « J’ai tellement à dire, je suis père, j’ai trois enfants, j’ai 45 ans. J’ai mieux à faire que de m’épuiser à essayer de danser les classiques aussi bien qu’autrefois. En revanche, je veux diriger une compagnie pour convier des chorégraphes contemporains à créer pour des danseurs cubains. Et permettre à des jeunes défavorisés d’entrer dans la danse », explique-t-il, définissant les deux axes d’Acosta Danza qu’il amène en tournée aux Nuits de Fourvière.

PHOTO CLAIRE DELFINO

Voilà plus de cinq ans que l’étoile parlait de ce retour au pays, avec une nouvelle compagnie, axée sur le contemporain qui fait à Cuba cruellement défaut. Le Ballet national, toujours dirigé par sa fondatrice Alicia Alonso - 97 ans avoués et sans doute un peu plus à l’état civil -, remâche ses classiques aujourd’hui plus que jamais, avec une prédilection pour Giselle et Don Quichotte. Alicia s’est, dit- on, opposée au projet d’Acosta, furieuse de voir l’installation d’une compagnie rivale, surtout menée par un danseur au moins aussi célèbre qu’elle, et transfuge de sa propre compagnie : « Cette histoire a fait beaucoup couler d’encre, mais Alicia ne m’a pas dit qu’elle ne voulait pas que je m’installe et le ministère m’a donné sa bénédiction. Même si j’ai fait ma carrière à l’étranger, mon cœur a toujours été ici. Je suis revenu y danser t y amené le Royal Ballet n 2009 », rappelle-t-ll. Situés dans le Vedado, quelques rues derrière l’hôtel Melia Cohiba, les studios de Carlos Acosta sont encore en cours d’agrandissement. Une immense baie vitrée permet aux passants de voir les danseurs. Des affiches de Carlos dans ses grands rôles, ses trophées, ses prix constellent les lieux. Le rôle de sa vie ? Spartacus au Bolchoï de Moscou : « La sensation de hurler ma prestation, au-delà de la douleur, au-delà de tout, donner le meilleur, dussé-je en mourir. Le confort n’a jamais fait les artistes, regardez Van Gogh ! J’essaie d’inculquer ça à mes danseurs. »

Classique et contemporain

À Londres, sa fondation Carlos Acosta est en charge de trouver des fonds. « J’en ai besoin pour mon programme en faveur des danseurs défavorisés du monde entier. La danse fait rêver des millions de gens, mais elle coûte cher. Je fais venir chaque année dix danseurs défavorisés venant du monde entier et dix danseurs cubains. Ils reçoivent ici une formation en trois ans. À terme, nous aurons 60 élèves. Pourquoi ici ? À cause de la règle du “toujours plus” qui produit des danseurs incroyables. Et aussi parce qu’il n’y a pas tant de distractions et pas non plus ces flux d’Internet qui font que les danseurs d’aujourd’hui sont sans cesse on et off sur leur travail. Ici, ils sont plus tranquilles pour se concentrer. C’est unique. »

À côté, Carlos Acosta développe sa compagnie de vingt danseurs. Certains viennent du classique - comme lui qui danse parfois avec Acosta Danza -, d’autres du contemporain. À charge pour cet adepte du « toujours plus » de mélanger les deux « grâce à des classes communes de ballet et de contemporain, suivant différentes techniques, de celle de Martha Graham, à la danse contact en passant par le hip-hop », explique-t-il.

De même Carlos Acosta convainc les chorégraphes de venir travailler à La Havane : Sidi Larbi Cherkaoui qui y a créé un duo, Mermaid, pour sa partenaire, Marta Ortega, et lui, Teshigawara, Justin Peck, Crystal Pite... Ceux-là mêmes qui chorégraphient pour les grandes compagnies européennes.

« Quand ils font des créations, je veux que les chorégraphes trouvent leur inspiration de la jeunesse de nos danseurs et de nos racines cubaines. Par exemple, en ce moment Goya Montero invente sur la musique de Silvio Rodriguez, le John Lennon cubain », détaille-t-il. Parfois il suggère un compositeur, un décorateur, un thème servant Cuba. Sinon, il trouve dans le répertoire de ces chorégraphes des pièces peu jouées. Il met aussi en avant les quelques chorégraphes cubains qui travaillaient dans l’ombre, comme Marianela Boan. Une de ses pièces sera donnée en ouverture de programme, à Fourvière.

Cet homme fou de classique, qui reste coach pour le Royal Ballet, auquel il a donné sa version de Don Quichotte, se contentera-t-il de sa compagnie de danse contemporaine et de son programme d’éducation pour soixante jeunes talents ? « Si on me propose de reprendre le Ballet national, je demanderai d’abord d’avoir financièrement les moyens de rebâtir une très grande compagnie. On ne peut pas fonctionner avec des rideaux de scène qui s’effondrent, des décors qui ont soixante ans t des danseurs chaussés de vieilles pointes », prévient-il

NUITS DE FOURVIERE, LYON, les 7 et 8 juin/ www.nuitsdefourviere.com

Présentation, Générique, Vidéo, photos :

http://www.nuitsdefourviere.com/programme/acosta-danza

(mp)


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