Propos sur la transition à CUBA ...

lundi 7 mai 2007

« La vision d’une société cubaine silencieuse est caricaturale »

Entretien . Rafael Hernandez, politologue et écrivain, est directeur de la revue cubaine Temas.

Les conséquences économiques et idéologiques de la crise, la jeune génération, l’effondrement des pays de l’Est, les inégalités.... Depuis sa création en 1995, la publication Temas s’est imposée comme l’une des références de la pensée critique au sein de la Grande Île. Entretien avec son directeur, Rafael Hernandez.

Vous êtes directeur d’une revue critique. Qu’est-ce que cela veut dire à Cuba ?

- Rafael Hernandez. Temas n’est pas la seule revue à présenter des débats critiques à Cuba. L’une des conséquences non négatives de la crise économique et idéologique des années quatre-vingt-dix, alors que l’on était encore dans la période « spéciale », a été l’apparition de publications développant le débat d’idées depuis l’angle des sciences sociales, de la culture, des arts, de la sociologie, des sciences politiques. Des thèmes qui se développaient dans la société cubaine. Si vous observez le cinéma et la littérature produits sur l’île, ils évoquent des thèmes, encore interdits il y a vingt ans, comme l’immigration, la marginalité, les problèmes engendrés par la prostitution, le marché noir, les critiques concernant le système socialiste. Tout cela est abordé publiquement. La vision d’une société silencieuse, qui ne s’exprimerait qu’à travers un discours unique, est caricaturale.

Alors que vous travaillez sur le mouvement des idées, comment interprétez-vous la campagne du gouvernement baptisée « la bataille des idées » ?

- Rafael Hernandez. Il s’agit de la rénovation de la culture politique du socialisme mais aussi de politiques gouvernementales en direction de ceux qui sont le plus touchés par la crise. La bataille d’idées vise à mobiliser et à faire participer les secteurs les plus défavorisés. Le socialisme du XXIe siècle, dont on parle tant, c’est le socialisme des jeunes puisque ce sont eux qui vont vivre au XXIe siècle. Ce thème de l’identification des nouvelles générations aux problèmes et aux objectifs du socialisme est, selon moi, l’essentiel de cette bataille. C’est une réaction à la conjoncture politique. Au sens où les batailles les plus importantes aujourd’hui se trouvent sur le terrain des idées. La crise et la chute du socialisme en Europe de l’Est ont démontré l’importance de la culture politique.

Depuis que Fidel Castro est tombé malade et l’intérim du pouvoir confié à Raul Castro, on parle de transition. Partagez-vous cette analyse ?

- Rafael Hernandez. Les changements ont commencé il y a quinze ans ! Les relations sociales, économiques, culturelles, les comportements et les mentalités se sont modifiés, mais comme tout processus de changement, il n’est pas linéaire. Cette transformation s’est produite avec Fidel Castro au pouvoir. La réalité cubaine, la forme de pensée et de comportement des gens, l’assentiment politique se sont complexifiés. C’est dans ce contexte que Fidel Castro tombe malade. Selon la Constitution cubaine, le vice-président relève le président en cas d’incapacité. Cela nous interpelle que l’on puisse parler en France de succession comme s’il s’agissait d’un roi qui abdique. Cuba est une république. Il revient donc au vice-président d’assumer cette charge.

- Rafael Hernandez. La transition débutée il y a des années est plus importante que le changement de gouvernement de Fidel Castro à Raul Castro. Je ne vois aucun signe, pas même à l’intérieur, selon lequel le gouvernement de Raul Castro ne bénéficie pas de l’assentiment populaire. Raul Castro devra s’inscrire dans la continuité de changements économiques et politiques graduels.

Et vers quoi cela peut-il déboucher ?

- Rafael Hernandez-. Vers un socialisme progressivement mieux réparti concernant la direction politique. La logique serait une direction plus collégiale. Mais surtout une direction développant les politiques des réformes entamées dans les années quatre-vingt-dix et qui ont été interrompues. Des réformes qui pourraient tendre à un socialisme plus décentralisé. Un système socialiste qui assure le débat d’idées et la pluralité déjà existants et qui réponde plus efficacement aux nécessités et au bien-être de la population.

Cela pourrait-il se concrétiser par l’instauration d’un système pluripartite représentatif de la pluralité d’idées dont vous parlez ?

- Rafael Hernandez. Pour la majorité des Cubains, la démocratie ne signifie pas actuellement multipartisme. Peut-être que cela changera d’ici à dix ans. La démocratie aujourd’hui est synonyme de plus grand contrôle populaire, de plus grande participation dans la prise de décision par les classes populaires. C’est l’agenda démocratique à Cuba. Il est possible de le faire avec un système qui fonctionne de manière plus décentralisée et plus efficace. Un socialisme avec plusieurs partis est une hypothèse ouverte aux socialistes cubains dans les prochaines années, si l’affrontement avec les États-Unis se réduit.

La visite officielle de congressistes américains augure-t-elle d’un changement dans l’attitude des États-Unis ?

- Rafael Hernandez. Si les Américains pouvaient voyager librement à Cuba, peu importe ce qu’ils pensent du régime cubain, ils se rendraient compte que l’embargo n’a pas de sens. Il n’a de sens ni pour les intérêts du peuple cubain ni pour les intérêts des Nord-Américains.

Partagez-vous l’idée selon laquelle l’embargo permet au gouvernement cubain de justifier ses choix politiques et économiques ?

- Rafael Hernandez. Lorsque le gouvernement cubain restreint des espaces, dans son affrontement avec les États-Unis, il n’invente pas l’ennemi. Quiconque lit la loi Helms Burton, et les résolutions du président des États-unis concernant ce qu’il nomme « une transition démocratique à Cuba », s’aperçoit qu’il s’agit de dicter ce que doivent être les changements. Ce n’est pas une justification du gouvernement cubain : la menace est réelle et elle n’aide pas au développement démocratique à Cuba. Elle contribue à créer la mentalité de la forteresse assiégée. Et quand on est assiégé, la tendance prédominante n’est pas au débat.

Comment percevez-vous les changements en cours en Amérique latine ?

- Rafael Hernandez. L’accession de la gauche au pouvoir est l’expression du mal-être des citoyens et du manque de crédibilité des partis traditionnels. Lorsque nous parlons de créer différents partis politiques à Cuba, je constate que les systèmes des partis politiques en Amérique latine sont en crise. Chavez au Venezuela est le résultat de trente ans de gouvernement d’un système bipartite qui a créé des espaces de corruption gigantesques. Et de fait, les grandes masses vénézuéliennes ont cessé de croire, comme la majorité des Latino-Américains, dans les partis politiques. D’où l’émergence de mouvements alternatifs dans ces pays.

Où se situe le problème ? Dans la forme parti ou dans l’orientation développée par ces partis ?

- Rafael Hernandez. Le système des partis renvoie à un système politique où il y a liberté de partis, mais seuls deux ou trois sont en mesure de gagner les élections. Les autres ne comptent pas. En France, tous peuvent se lancer dans la compétition, et ici cela a peut-être un sens. Mais combien sont-ils à avoir réellement une option de pouvoir ? Le bipartisme prédomine et il peut fausser les choix avec un parti tendant à ressembler à l’autre et à partager le même agenda. Ce sont des partis qui n’impliquent pas d’alternative fondamentale mais une pure alternance de pouvoir. Selon moi, la participation démocratique commence en bas, depuis la capacité du citoyen à influer dans les politiques. Le parti politique est une institution qui peut remplir une fonction dans la mesure où le délégué du citoyen répond aux intérêts du citoyen et non aux siens propres au sein du parti. Sinon il s’éloigne du citoyen et ne fait appel à lui que pour avoir son vote.

Quel est l’impératif posé aux gouvernements de gauche latino-américains ?

- Rafael Hernandez. Ils sont l’expression de la contestation sociale et de la recherche d’une voie alternative. Quel que soit son degré de radicalité, la gauche doit démontrer sa capacité à produire des politiques véritablement différentes, socialement audacieuses. Sinon, cette option sera de courte durée. Cela peut donner lieu à l’inhibition, à l’abstentionnisme électoral, au désintérêt de la jeune génération. L’action de chaque gouvernement dépend de la structure du pouvoir politique et économique de son pays mais aussi, bien sûr, des forces politiques qui sont au pouvoir, et cela ne se réduit pas à un seul homme.

Ni à un seul parti ?

- Rafael Hernandez. À l’intérieur d’un seul parti, il y a toujours plus d’une manière de penser et plus d’un courant.

Entretien réalisé par Cathy Ceïbe journaliste au quotidien l’HUMANITE.


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