Le miel cubain invité par notre comité Armor à la foire de Saint Brieuc.

L’apiculture cubaine : que disent les chiffres ?
jeudi 18 octobre 2018
par  Yves Flageul

Le Comité Armor de Cuba Coopération France a, une nouvelle fois participé à la foire exposition de Saint-Brieuc dans les Côtes d’Armor.

Conformément à ses statuts, dans le but, à la fois de

  • faire connaître la réalité cubaine,
  • développer l’activité du comité,
  • dégager des fonds propres au bénéfice de la coopération,
    Celle-ci rassemblait 350 exposants sur 54 000 m² et a reçu 58 000 visiteurs.

Chaque année, la foire exposition présente une exposition événement différente. L’an dernier celle-ci était « pain béni » pour le comité puisqu’il s’agissait de Cuba.

Cette année il s’agissait des années 60.

Néanmoins le comité y a trouvé toute sa place en présentant plusieurs expositions :

  • La première sur l’activité du comité (la coopération économique avec la coopérative de production agricole d’ABREUS dans la province de Cienfuegos, l’envoi de matériel médical, le tri sélectif des déchets en collaboration avec l’agglomération briochine, la réalisation de l’étanchéité de la toiture du Castel Madrid dans le Grand Parc de La Havane...)
  • La seconde, une toute nouvelle exposition créée spécialement pour la Foire exposition de Saint Brieuc sur l’apiculture cubaine, celle ci était complétée d’une exposition consacrée à l’apiculture bretonne fournie par des apiculteurs locaux.
    Pourquoi ce choix ?
    Parce que cette activité cubaine est méconnue et que l’actualité nous rappelle la fragilité de notre environnement et son impact sur les abeilles et la production de miel.

L’Apiculture cubaine :

Que disent les chiffres ?
Le miel n’est pas vraiment la première chose qui nous vient à l’esprit lorsqu’on parle de Cuba. On a surtout tendance à penser à la Révolution cubaine, les fameux cigares, les cocktails ou encore le blocus américain. Et pourtant, les chiffres sont formels. En 2014, les ruches cubaines ont produit jusqu’à 7 200 tonnes de miel biologique. D’après les statistiques gouvernementales, cela équivaut tout simplement à 23,3 millions de dollars.


Un apiculteur au travail dans la région de Cienfuegos, à Cuba | © Belpress

Certes, Cuba ne peut pas encore rivaliser avec les plus grands producteurs comme la Chine, la Turquie et l’Argentine. Mais son miel est de bien meilleure qualité, tout en étant biologique, et sa valeur au kilo est plus importante. Il n’est devancé que par le poisson, le tabac et le rhum. Il surpasse toutefois le sucre et le café, deux produits faisant également la fierté du pays.
Contrairement à leurs homologues français, les apiculteurs cubains ne sont pas livrés à eux-mêmes pour la vente des produits. Le gouvernement rachète directement le miel récolté auprès des producteurs, et ce, au prix du marché mondial.
L’État s’occupe donc de l’écoulement à l’étranger.

Comment expliquer le succès de l’apiculture cubaine ?

Un article publié par Jean-Gabriel Fernandez journaliste à l’AFP et Alexandre Grosbois directeur du bureau AFP de La Havane nous apporte leur analyse (cf. le lien ci-dessous). Les abeilles cubaines plus productives que les françaises ? Oui, mais l’absence de pesticides n’est pas la seule raison.
"Il est vrai que Cuba fait figure d’exception dans le monde de l’apiculture. En 2016, Cuba a produit 9 120 tonnes de miel avec un rendement moyen de 51kg de miel par ruche, selon les déclarations du Centre d’investigations apicoles de Cuba. En France, la production de miel cette même année était inférieure à 9 000 tonnes, selon les chiffres de l’Union nationale de l’apiculture française (Unaf), malgré les 1,3 million de ruches sur le territoire, bien plus qu’à Cuba.
Les abeilles françaises, comme dans la plupart des pays, souffrent d’un phénomène de surmortalité. Chaque année, "la mortalité des colonies est de 30% en moyenne mais avec parfois des pertes de 50 à 80% dans certains secteurs", toujours selon l’Unaf, alors que Cuba échappe à ce phénomène, d’après les diverses sources contactées par l’AFP.

L’absence de néonicotinoïdes à Cuba.

Au début des années 1990, après la chute de l’URSS fournisseur de l’île en produits phytosanitaires, Cuba doit se passer de pesticides dans l’agriculture. Cela lui a offert une protection aussi naturelle qu’inattendue contre les néonicotinoïdes, des pesticides qui se sont répandus durant les années 1990.

Plusieurs études ont en effet prouvé qu’ils sont néfastes pour les abeilles, notamment deux études parues en 2012 dans le magazine Science. La première affirme que ces pesticides mènent "à une diminution de 85% de la création de nouvelles reines", freinant l’expansion des ruches, la seconde qu’ils causent "une mortalité élevée (des abeilles) à cause d’effets néfastes sur leur capacités à naviguer, à un niveau qui pourrait causer la disparition d’une colonie".

La situation en France et dans l’Union européenne.

Avant l’introduction des néonicotinoïdes dans l’agriculture, la France produisait environ 33 000 tonnes de miel par an, une quantité plus de trois fois supérieure à celle d’aujourd’hui selon l’Unaf, pour un nombre de ruches similaire.
Les néonicotinoïdes, sont désormais en voie d’interdiction en France dans le cadre de la loi de reconquête de la biodiversité, de la nature et des paysages, qui prévoit l’arrêt de leur usage en septembre 2018 (Ndlr : Depuis la rédaction de cet article, dans sa séance du 2 octobre, l’Assemblée Nationale à modifié l’article L. 253-8 du code rural et de la pêche maritime : « L’utilisation de produits phytopharmaceutiques contenant une ou des substances actives présentant des modes d’action identiques à ceux de la famille des néonicotinoïdes et des semences traitées avec ces produits est interdite. Un décret précise les modalités d’application du présent alinéa. »). L’UE a décidé, vendredi 27 avril 2018, d’interdire totalement trois néonicotinoïdes dans toutes les cultures de plein air, citant l’effet néfaste de ces pesticides sur les abeilles.

Le combat efficace contre un parasite.

La surmortalité des abeilles françaises n’est pourtant pas uniquement due aux pesticides, mais aussi à un parasite, le Varroa destructor, que les apiculteurs peinent à combattre alors qu’il est capable d’infecter et de décimer une ruche en un à deux ans.

Cuba, privé de médicaments efficaces contre le Varroa à cause de l’embargo auquel l’île est soumise et en l’absence de livraison de tels produits par l’Union soviétique, a dû trouver une méthode alternative pour sauver ses abeilles. "En 1996, Varroa a été diagnostiqué à Cuba et a fait des dégâts importants", rappelait en 2010 lors d’une conférence Adolfo Perez, directeur du Centre d’investigations apicoles de Cuba. "Après le premier impact, toutes les abeilles sauvages ont disparu pendant plus de deux ans, puis la population d’abeilles sauvages a commencé à se rétablir. Les apiculteurs ont reconstitué leurs colonies avec ces abeilles sauvages ayant survécu à Varroa".
En croisant les abeilles domestiques avec les abeilles sauvages naturellement résistantes au parasite, les apiculteurs de l’île ont effectivement procédé à une sélection génétique drastique, immunisant leurs colonies contre les menaces naturelles, d’après lui.

De 20%, la part de la population d’abeilles cubaines infectées est passée à 2% en dix ans (Adolfo Perez, Ciapi / AFP)

Ailleurs qu’à Cuba, l’accès aux médicaments a paradoxalement affaibli les élevages sur le long terme. "Les médicaments masquent et renforcent les effets négatifs du parasite, arrêtant temporairement la crise ; mais les abeilles fragiles sont devenues viables et par conséquent ont répandu leurs gènes dans la population, donc les gènes résistants ont été perdus" dans ces pays, expliquait aussi Adolfo Perez dans un documentaire de France 2 sur le sujet. Aujourd’hui encore, les apiculteurs cubains mènent une sélection génétique annuelle pour s’assurer d’avoir les abeilles les plus résistantes.

A Cuba, un climat favorable.

D’autres facteurs jouent encore dans la prospérité des abeilles de l’île, notamment le climat. Les abeilles hibernent si les températures deviennent trop basses, mais elles sont actives toute l’année dans les pays au climat chaud.
La température moyenne à Cuba, en hiver, est comprise entre 18 et 29°C, et le climat humide des Caraïbes permet aux colonies de trouver des fleurs à butiner toute l’année. Par contraste, la température moyenne pendant l’hiver en France est de 5,4°C, les abeilles hibernent donc au lieu de produire. En plus de favoriser une production annuelle plus importante pour chaque ruche, ces mois de travail supplémentaires permettent aux apiculteurs cubains de laisser les ruches produire leur propre nourriture, alors que les français doivent fournir des sirops de nourrissement durant l’hiver, dont certains peuvent affecter la santé des abeilles.

Taux de mortalité des abeilles en Europe durant l’hiver 2012-2013 (Anses / AFP)

L’étude Epilobee, financée par la Commission européenne et menée par l’Anses, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail, montre que le déclin des abeilles est nettement plus important dans les pays du nord de l’Union européenne, Belgique et Grande-Bretagne en tête, qu’au sud de celle-ci. Il y a une forte corrélation entre des températures basses l’hiver et un taux élevé de mortalité des abeilles, indépendamment de l’utilisation de produits chimiques.
En bref, si l’arrêt contraint de l’utilisation des pesticides a finalement été très bénéfique à l’apiculture cubaine, d’autres facteurs entrent en compte dans la production exceptionnelle de miel du pays. Une sélection génétique très efficace, couplée à un environnement particulièrement favorable et à de bonnes pratiques apicoles, ont donné à l’île les outils nécessaires pour échapper à la crise de l’apiculture que connaissent la plupart des pays. "

Et en prime !

  • Cette exposition a été doublée par la projection d’un reportage très intéressant sur l’apiculture. Celui-ci, évoqué ci dessus dans l’article des journalistes Jean-Gabriel Fernandez et Alexandre Grosbois, a été diffusé sur France 2 et est visible sur Youtube. Il s’intitule « To bee or not to be » et dure 45mn. La première partie est consacrée à l’apiculture Maya du Mexique, la seconde à l’apiculture française et la troisième à l’apiculture cubaine (les 16 dernières minutes)

    (https://www.youtube.com/watch?v=2tyUOoRzGso).

  • Nous avons eu également sur le stand la présence d’un apiculteur costarmoricain et du magasin « La Biocoop » qui proposait le parrainage de ruches.
  • Le comité en a aussi profité pour organiser une dégustation vente de miel cubain.

    L’heure des comptes a sonné !

  • Les recettes du bar ont été conséquentes.
  • Le plus important à retenir : le bénéfice tiré de cette présence à la foire exposition permettra d’expédier un container de matériel médical à Cienfuegos.

    Des bénévoles de l’association soufflent après avoir stocké verticalement des lits médicaux.

La participation a la foire expo a bien entendu été l’occasion d’engager des échanges très riches avec les visiteurs qui se sont traduits par plus de 10 adhésions.

Rendez-vous l’année prochaine !


https://factuel.afp.com/les-abeilles-cubaines-plus-productives-que-les-francaises-oui-mais-labsence-de-pesticides-nest-pas


Commentaires

Logo de jf noel
jeudi 25 octobre 2018 à 12h00 - par  jf noel

Bonjour,

Un bémol a votre article sur le miel de Cuba, l’état via l’entreprise APICUBA achète le miel aux producteurs moins de 1 $ ou CUC le kg soit a peine 30 % du prix marché international.

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