Chemin de fer cubain

Le délit de vol ne peut pas rester impuni !
lundi 17 décembre 2018
par  Traduit par Gonzalo Dorado

Le vol de combustibles, de farine de blé ou de ciment et la destruction de coûteux silos constituent des faits délictueux alarmants qui nuisent au transport ferroviaire des marchandises, essentiel pour notre économie.

Auteurs : Freddy Perez Cabrera, Miguel Febles Hernandez, Julio Martinez Molina

Le vol de combustible des locomotives entraîne d’énormes pertes pour l’économie du pays.
(Photo : Miguel Febles Hernandez)

L’extraordinaire effort que réalisent les dirigeants du pays pour moderniser le transport ferroviaire cubain, programme mis en œuvre au milieu des complexes et difficiles conditions dans lesquelles se trouve notre économie n’aura pas les effets attendus si on ne retient pas la main de quelques éléments transgresseurs sans scrupules qui se sont consacrés, ces dernières années, à détruire silos, wagons-citernes et remorques.

Quand on sait que depuis toute l’année 2017 et 2018 jusqu’à présent, sur le territoire desservi par l’Entreprise des Chemins de fer du Centre située à Villa Clara, ce sont 403 silos utilisés pour le transport du ciment jusqu’à la région orientale du pays qui ont été endommagés, on peut raisonnablement penser que dans ce cas, les mécanismes de contrôle, de surveillance et de protection d’une activité ont failli alors qu’il s’agit d’une activité vitale pour l’économie nationale.

Comment comprendre qu’en 2017 chacun de ces silos soit endommagé 2,67 fois et qu’au cours de 2018 cette moyenne se soit maintenue ; ce phénomène, en plus de sa paralysie le temps de la réparation, entraîne le non-transport de milliers de tonnes de marchandises et produits comme le ciment duquel dépendent des centaines de travaux vitaux pour le développement de la nation.

Seuls la négligence, le manque d’assiduité dans le travail et de coordination entre les organismes chargés de veiller à l’application du Décret-Loi 348 des Chemins de fer qui régule tout ce qui concerne le transport ferroviaire, son infrastructure et la forme d’organisation des opérateurs ferroviaires, les agissements face aux atteintes à la sécurité ferroviaire et à la discipline de ses travailleurs, peuvent expliquer cet état de fait.

Pour Lazaro Moreno Ymeno, Directeur du Matériel Roulant et des Ateliers de l’Entreprise citée, ceci n’est pas un phénomène nouveau, au contraire, il dure depuis de nombreuses années et a été en s’accroissant. Il rappelle ce qui est arrivé à Cruces, dans la Province de Cienfuegos, où il y a quelques années le sucre d’un wagon entier a été volé.

« Maintenant, ceux que l’on appelle « ninjas » à cause de leur façon d’agir, assaillent les silos de ciments vides à leur retour de la région centre-orientale et où il reste toujours de la marchandise qui en certains cas peut atteindre plusieurs tonnes. Pour ce faire, ils utilisent des pics, des masses et des matériels d’oxycoupage ce qui cause de grands dommages à ces moyens de transport et qui nous oblige à les paralyser le temps de la réparation dans les ateliers » a dit le directeur.

Ce sont des personnes qui agissent à la faveur de la nuit ou en plein jour, précise Lazaro. Pour agir, ils réalisent leur forfait avec le train en marche ou après l’avoir immobilisé en déconnectant le système d’air ce qui paralyse son fonctionnement. Ils profitent de ce moment-là pour décharger la marchandise dans des zones prévues à l’avance en accord avec d’autres hors-la-loi.

Ce sont des personnes de peu de morale, qui sont parvenues à agresser plusieurs équipages qui se sont affrontés à eux, précise le directeur, ce qui explique comment une des dernières modalités a été de retirer les couvercles des wagons en plus du vol des échelles, les barres de freinage et jusqu’aux tuyaux d’air parmi d’autres éléments.

Ivan Rodriguez Aguila, chef du département de Prévention et Protection de l’Entreprise des Chemins de fer du Centre, explique que les trajets les plus risqués et où l’on rapporte le plus grand nombre de faits délictueux sont ceux compris entre la zone de Majagua dans la Province de Ciego de Avila, Jatibonico dans la Province de Sancti Spiritus et Placetas dans la Province de Villa Clara.

« Dans ces régions, nous avons dû réaliser des opérations en lien avec le Ministère de l’Intérieur et organiser des accompagnements des équipages. On a ainsi atténué à certains moments le nombre de délits. Cependant, il est certain que cela n’a pas été systématique ce qui a rendu possible la prolifération de tels faits ».

Au regard de ces événements, Orestes Duarte Moreno, chef du Département de la Sécurité Ferroviaire dans l’entreprise mentionnée, reconnaît que ses actions et celles des autorités compétentes pour mettre un frein aux agissements des dénommés « ninjas » a manqué de coordination ce qui a engendré, en plus des dégradations aux équipements, des pertes économiques.

Pour le démontrer, il donne plusieurs exemples comme les ruptures occasionnées dans les silos qui ont empêché le transport de 15 000 tonnes de ciment, sachant que chacun d’eux peut transporter 60 tonnes de ce matériau.

Il mentionne aussi d’autres faits occasionnés à des wagons qui transportent de la farine depuis le terminal maritime de Cienfuegos auxquels on rompt les scellés pour soustraire cette matière première utilisée pour faire le pain et la pâtisserie que la population consomme ; en plus du combustible qui a aussi été l’objet de soustraction.

Les wagons de ciment ont été la cible favorite des malfaiteurs. (Photo : Entreprise Ferrocarriles Centro)

Le combustible qui part en fumée

L’Entreprise Centre-Est des Chemins de fer de Cuba est un gigantesque conglomérat de voies ferrées, trains, gares, ateliers et autres dépendances disséminées dans les Provinces de Ciego de Avila, Camagüey et Las Tunas, qui n’a pas été exempte des faits survenus dans la zone centrale qui englobe les territoires de Villa Clara, Cienfuegos et Sancti Spiritus.

Une si grande infrastructure qui regroupe 12 unités de travail de base (UEB), demande la mise en œuvre de systèmes de direction qui privilégient un contrôle strict et le suivi de chacun des processus appliqués chaque jour comme garantie de sécurité des opérations et l’utilisation rationnelle des ressources.

Gilberto Baro Galvez, son Directeur général, informe que sous la juridiction de la société on trouve 130 locomotives, majoritairement chinoises et russes, avec une consommation de carburant diesel élevé lors du transport de marchandises de toute sorte et dans la circulation des trains de passagers régionaux et nationaux.

Il reconnaît que toutes les mesures de contrôle qui sont prises paraissent toujours insuffisantes dès lors qu’au moindre défaut de surveillance ou vigilance, les faits de soustraction de ce moyen de transport énergétique stratégique se reproduisent ce qui occasionne de très grosses pertes pour l’Entreprise et l’économie du pays.

« Le travail fondamental, explique-t-il, est dirigé vers les personnels pour les convaincre, les alerter afin de renforcer leur engagement et le sentiment d’appartenance à leur entreprise et les associer a cette bataille contre le vol de combustible et pour l’honnêteté et la décence. Il s’agit de sauver avant de parvenir à une situation extrême ».

Toutefois, Baro Galvez admet que le niveau d’engagement n’est pas le même pour tous les salariés, certains persistant à commettre ces pratiques illégales, c’est un danger qui est latent et qui peut seul se vaincre avec courage et des actions de contrôle systématiques, pas avec des campagnes occasionnelles.

Au cours de cette année, selon la Police Nationale Révolutionnaire, cinq équipages de l’entreprise affectés au transport des marchandises dans les trains nationaux ont été impliqués dans le vol et la vente de carburant en différents points du pays avec des personnes étrangères à ce secteur d’activité.

« Chaque fois que des faits délictueux ont été détectés, tant par des agents externes que par les systèmes de contrôle de la société, précise le directeur, on ouvre un dossier, on dépose plainte et on remet les personnes impliquées entre les mains de la justice. Dans la plupart des cas, cela s’est terminé par des sanctions de privation de liberté ».

Roberto Escalona Duran, Directeur de la Surveillance du Bureau National pour le Contrôle de l’Usage Rationnel de l’Energie (ONURE) à Camagüey rapporte que l’on a procédé à 20 actions de contrôle dans le secteur ferroviaire et que la consommation de combustible en rapport avec l’activité réalisée n’a pas pu être toujours justifiée.

« Les Directions et les spécialistes doivent faire un meilleur usage du système GPS et les cartes magnétiques prépayées, qui, bien analysées sont des outils qui permettent d’évaluer les tendances et déterminer les violations de l’usage du diesel ».

En cela, Raimundo Montero Atis, directeur de l’UEB (N.d.T. : unité de travail de base des Chemins de fer de Camagüey) est d’accord. Si au bureau du siège il y a bien une équipe de travail qui se charge de la visualisation, du monitoring et de la surveillance du parcours des locomotives, le niveau de ses résultats peut être bien plus rigoureux.

« Tous les jours, précise-t-il, les équipages des trains participent à des réunions où l’on aborde les instructions et principalement la question du combustible, ce que l’on peut faire et ne pas faire c’est dire que chaque travailleur sait très bien à quoi il s’expose s’il est repéré dans un acte de vol ».

En plus de corriger la qualité de la planification, les règles des trains, le contrôle des cartes magnétiques et les feuilles de route, on applique d’autres mesures plus pratiques comme les inspections surprise, le scellement des réservoirs et autres accès d’où l’on peut soustraire le diesel de la locomotive.

« Ce qui est important, souligne Montero Atis, c’est d’être rigoureux dans les mesures de contrôle, déterminer les causes et conditions qui génèrent les manifestations négatives et s’y affronter constamment, ce qui signifie que nous ne nous fatiguons pas ni baissons la garde une minute jusqu’à ce que le vol de combustible soit ramené à zéro ».

Le problème exige, comme on a coutume de le dire dans le monde du basket-ball, « de maintenir la pression » de la part des dirigeants, des spécialistes et des travailleurs honnêtes, de fermer toutes les brèches aux conduites délictueuses, éliminer l’impunité et appliquer des mesures plus sévères aux responsables et ceux qui y sont impliqués.

Chaque machiniste doit veiller à l’emploi adéquat des ressources assignées au bon fonctionnement de la locomotive. (Photo : Miguel Febles Hernandez)

A propos de ce que l’on peut faire

Le système ferroviaire à Cienfuegos développe une grande activité dans le transport de charge, avec des mouvements prioritaires de produits comme le ciment, le combustible et la farine de blé, en plus du transport de sucre au moment de la récolte.

José Ramon Bernal, directeur provincial et représentant de l’Entreprise dans le secteur, dont le siège est dans la Province de Villa Clara comme dit précédemment, ne nie pas la responsabilité qui lui revient dans le transport de ces « produits phares », fortement attirants pour les « ninjas », pour la grande demande dans le marché informel et sa vente rapide.

Il reconnaît que pendant un bon moment la marchandise provenant des sites industriels de Cienfuegos à destination de plusieurs coins du pays a été rendue vulnérable et saccagée par des éléments sans scrupule qui se sont gavés tant par le manque de contrôle que par l’absence de méthodes scientifiques d’attention au phénomène.

Si bien qu’actuellement il ne serait pas objectif d’affirmer que l’affaire s’est convertie en une panacée, la situation diffère quelque peu de celle constatée il y a trois ou quatre ans, rappelle Bernal.

Cette opinion est partagée par Florencio Piobet Moreira, vice-président de l’Assemblée Provinciale du Pouvoir Populaire qui suit la sphère des Transports et par Barbara Isolina Alver Hernandez qui est à la tête de la Direction des Opérations Port-Transport-Economie interne au Gouvernement Provincial.

Les faits extraordinaires susmentionnés jusqu’en novembre 2018 le confirment, et parmi eux il mentionne le vol de 22 sacs de farine dans un conteneur, sur le tronçon de Candelaria, action interrompue par la police.

Il rapporte un autre fait de vol et de revente par des ouvriers du propre secteur ferroviaire de Cienfuegos dans la Province de Sancti Spiritus dans le train de combustibles qui va de La Perla del Sur jusqu’à Ciego de Avila.
Ils furent surpris après avoir soustrait 400 litres de gazole sur une locomotive et les avoir vendus à des particuliers, fait pour lequel ils ont été menés devant la justice et accomplissent actuellement une peine de prison, indique le Directeur Provincial.

Et le dernier cas est celui d’un vol de 22 sacs de ciment dans un conteneur, également à Candelaria. « Une partie du produit a été utilisée, l’enquête se poursuit et les auteurs sont mis en examen », précise-t-il.

Remarquez le dégât occasionné sur cette citerne et la réparation dont elle a fait l’objet. (Photo Miguel Febles Hernandez)

Les autorités de Cienfuegos ont adopté des mesures qui ont contribué à diminuer, dans une certaine mesure, les délits contre le chemin de fer, selon ce que rapporte le Vice-Président du Gouvernement. Il mentionne l’implantation de systèmes GPS sur chacune des locomotives pour suivre chacun de leurs parcours en temps réel ce qui a drastiquement éliminé des arrêts inutiles et des « problèmes » sur ces matériels, en réalité inexistants.

A ce qui est précédemment conté, Bernal ajoute l’accompagnement du train par CUPET depuis le départ jusqu’à sa destination finale. « Quant au contrôle interne du combustible, nous faisons une analyse quotidienne de la trajectoire du train et de la consommation réelle de combustible qu’indique le GPS. Selon le trafic de charge que nous générons, les consommations de combustibles sont en forte diminution », ajoute Bernal.

Une autre alternative a été l’accompagnement des trains chargés de farine par les camarades de l’Agence de Sécurité et de Protection du Ministère des Transports, depuis le départ jusqu’à leur destination.

Ainsi, on a clôturé le terminal maritime de Cienfuegos qui était un lieu très propice aux actions des « ninjas » car là-bas arrivent tous les conteneurs remplis de produits pour le centre de chargement et déchargement, explique le Vice-Président du Gouvernement de Cienfuegos.

De plus on investit a Candelaria - nœud ferroviaire entre Palmira et Cienfuegos et lieu stratégique de convergence de toutes les lignes qui entrent dans ce territoire, dans la cimenterie Karl Marx et la raffinerie Camilo Cienfuegos – où sera construite une station de contrôle.
La voie d’accès est déjà réalisée et cette station disposera d’une clôture sur tout le périmètre, annonce Piobet Moreira.


> http://www.granma.cu/cuba/2018-11-27/el-delito-no-puede-andar-sobre-rieles-27-11-2018-18-11-10


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