Cienfuegos : les avatars d’un destin contrarié

jeudi 31 janvier 2019
par  Traduit par Pascale HEBERT

Les atouts que présentaient la Baie de Jagua avaient été repérés très tôt, d’abord par Christophe Colomb en 1494, ensuite par Sebastián de Ocampo en 1508, par le Gouverneur Diego Velázquez dès 1512, puis par de nombreuses cohortes de contrebandiers, pirates et corsaires, certains au nom célèbre, qui en avaient fait leur repaire pour attaquer et piller la flotte espagnole qui naviguait au large. Pourtant, l’Espagne attendit plusieurs siècles avant de construire une forteresse pour défendre l’entrée de la baie et encore près de 75 ans avant de confier la colonisation de ce territoire à des colons français, venus en partie de Bordeaux, appelés à contrebalancer l’afflux d’esclaves et d’affranchis d’origine africaine. C’est pourquoi Cienfuegos, jadis Fernandina de Jagua, est une jeune ville qui s’apprête à fêter ses 200 printemps (seulement !).

Pascale Hébert

Les origines de Cienfuegos avant de devenir une colonie

Article de Sabdiel Batista Díaz, Perlavisión, 11 septembre 2018, traduit par Pascale Hébert.

Depuis l’arrivée même des Espagnols à Cuba avec les expéditions de Colomb, on connaissait les atouts de cette baie et la faisabilité d’y fonder une colonie ou une ville. Certains auteurs affirment que lors de son parcours le long de la côte sud de Cuba en 1494, Christophe Colomb avait fait escale dans la baie de Jagua au cours de son voyage de retour vers l’Île Espagnole ¹.

Il avait noté dans son journal de bord qu’il avait « pénétré dans un port aussi vaste et aussi spacieux que celui de Carenas », comparaison qu’il faisait entre notre baie et celle de La Havane, qu’il avait appelée port de Carenas parce qu’il y avait fait caréner ses navires, d’après ce qu’indique Miguel Rodríguez Ferrer dans son livre « Nature et Civilisation de la Grandiose Île de Cuba », tome II, édité à Madrid en 1882 et cité par Antonio Núñez Jiménez dans « Île des Pins. Colonisateurs Rebelles », éditions Art et Littérature, publié à La Havane en 1976.

Ensuite, en 1508, Sebastián de Ocampo était arrivé dans cette rade avec ses marins lorsqu’il fit le tour de Cuba et il avait décrit les facilités qu’offrait le site pour la navigation et le commerce à cause de la baie et des rivières qui s’y jettent. En 1512, Diego Velázquez avait vu les atouts du site pour le commerce, mais malgré cela, il fit fonder deux villes à proximité (Trinidad et Sancti Spiritus), mais aucune ici.


Pratiquement depuis ces années-là et jusqu’en 1745, le site fut utilisé par des contrebandiers et des pirates et son développement commercial se limita presque exclusivement au commerce de contrebande. Mais dès la moitié du XVIIIe siècle, la Couronne espagnole commença à reprendre les idées de développement du secteur situé autour de la baie de Jagua, d’où la construction d’une forteresse pour en garder l’entrée.

Au XVIIIe siècle, il existait sur ce territoire quelques scieries, en plus des propriétaires terriens et des éleveurs.

Vers 1796, on chargea Joaquín Beltrán de Santa Cruz y Cárdenas-Vélez de Guevara, Premier Comte de Santa Cruz de Mopox - qui était apparenté à Agustín de Santa Cruz, propriétaire de la contrée de Jagua - de l’étude des principales baies de l’Île, ainsi que de leur flore et de leur faune.

A la suite de ces études, surgirent des plans, non seulement des baies, mais aussi des villes que l’on devrait y implanter ; c’est ainsi que l’on dressa le premier plan d’une ville pour la péninsule de Majagua, qui date de 1798 et qui fut exécuté par les frères Lemaur, ingénieurs militaires, aidés d’ Anastasio Echeverría, tous membres du groupe de la « Commission Mopox ».

Ces plans furent une anticipation des études postérieures réalisées sur l’Île de Cuba par Alexandre de Humbolt qui, en se référant à Jagua, reconnaissait le faible développement de ce territoire et le relatif isolement de sa maigre population.


Le plan de 1798, exécuté par la Commission de Mopox, fut utilisé en 1816 par Honorato de Bouyón, Brigadier du Port Royal de la Marine de La Havane, qui était, en outre, avant la fondation de la colonie, l’un des principaux propriétaires terriens et le propriétaire de la centrale sucrière Notre Dame de Regla.

La principale proposition de Bouyón consista à encourager la création d’un chantier naval dans la baie de Jagua. L’idée n’était pas neuve car le plan que les frères Lemaur avaient exécuté pour la péninsule de Majagua, prévoyait déjà un chantier naval dans la ville qu’ils avaient projetée.

Dans ces années-là, aux abords de la péninsule de la Majagua, trois centrales sucrières, Candelaria, Regla et Concepción étaient en fonctionnement ainsi que des dizaines de scieries de bois d’œuvre, au bord des rivières qui se jettent dans la baie. Les intérêts des centrales sucrières et des scieries, alliés à ceux d’autres propriétaires fonciers, exerçaient une forte pression sur le Gouvernement afin de coloniser Jagua et d’y aménager un port, chose qui fut acquise en 1819 avec l’autorisation du contrat de colonisation attribué à De Clouet.

Louis de Clouet arriva à La Havane à la fin de 1818 avec 46 personnes en provenance du port français de Bordeaux, où il avait de solides relations avec d’importantes maisons de commerce spécialisées dans l’import-export : sucre, miel, café, cacao et coton. Ils entamèrent leurs démarches pour la fondation d’une colonie sur l’Île. L’amitié entre De Clouet et Honorato Bouyón et son fils Félix Bouyón eut pour effet de centrer l’intérêt sur la baie de Jagua, grâce à quoi, le 8 mars 1819, De Clouet formalisa le contrat de colonisation. C’était le premier pas officiel vers la création de la Colonie Fernandina de Jagua.

Le 22 avril de cette année-là, il se rendit sur la péninsule de Majagua, en se basant sur les plans des frères Lemaur et il rédigea l’acte de fondation. C’est ainsi que naquit la Colonie, aujourd’hui devenue une importante ville cubaine qui fête ses 200 ans.

Comme on peut le voir, bien que la ville n’ait que 200 ans, on avait analysé depuis bien longtemps les avantages géographiques à des fins commerciales et à des fins de développement social qu’offrait cette cité, qui exhibe aujourd’hui sa beauté de jeune élégante de deux siècles

¹Île Espagnole (Hispaniola), nom donné par Colomb à l’île que se partagent aujourd’hui Haïti et la République Dominicaine. (NdT)

Récit de l’époque où le Gouverneur Diego Velázquez vécut brièvement dans le secteur de Jagua.

Article de Sabdiel Batista Díaz, Perlavisión, 24 août 2018, traduit par Pascale Hébert.

Diego Velázquez arriva dans le secteur alors qu’il était Gouverneur de l’Île de Cuba. Il était parti de Baracoa, récemment fondée ; par le sud, il avait doublé le Cap de Maisí, jusqu’à arriver dans la baie de Jagua.

En 1512, il eut sur le territoire de Jagua ses sites d’orpaillage, qu’il dut abandonner à cause de la proximité de ce lieu avec un autre qui s’avérait plus adapté.


En 1514, à nouveau établi à Cayo Ocampo¹, le premier avril de cette année-là, Diego Velázquez écrivit au roi d’Espagne la lettre où il relate les incidents de la conquête et le début de la colonisation.

Tout semble indiquer que c’est depuis ce lieu qu’il décida et ordonna de fonder la Ville de Trinidad et Sancti Spiritus mais qu’il n’envisagea pas de fonder une ville à cet endroit même, alors qu’il y avait là de meilleures voies de communication et une richesse naturelle et minière équivalente.

Si l’on tient compte du fait que lorsque les rois d’Espagne se déplaçaient d’un lieu à un autre dans leur lutte pour expulser les Maures de la terre d’Espagne la capitale du royaume était située dans le lieu où ils se trouvaient, lorsque Diego Velázquez s’établit à Cayo Ocampo¹ et que depuis cet endroit il ordonna la fondation de Trinidad et de Sancti Spiritus, la capitale transitoire de l’Île de Cuba fut de ce fait la baie de Jagua, pendant tout le temps qu’il y séjourna, bien que la capitale permanente fût alors Asunción de Baracoa, dans la province d’Oriente. Rappelons-nous que Velázquez était le premier Gouverneur de Cuba.

Velázquez était arrivé à Cuba avec le troisième voyage de Colomb en 1498.

Le commerce dans la Baie de Jagua date de l’époque des premiers découvreurs de l’Amérique à cause des atouts d’un port naturel qui commençait dès ces temps reculés à être utile et commode. Diego Velázquez écrivit à propos de cette baie : « … Je suis allé dans le port de Jagua où je me trouve maintenant, c’est un port très commode pour ceux qui viennent de la terre ferme² ».

Velázquez mourut à Santiago de Cuba, dans sa maison, la plus ancienne des Amériques qui soit toujours debout. On retient de lui la fondation des 8 premières villes de Cuba, sa grande habileté dans l’administration de ses richesses à Cuba et son souci de la protection des Indiens, qu’il alla jusqu’à mentionner dans son testament.

  • ¹ Ilôt situé au sud-est de la rade, au nord-est du goulet d’entrée. (NdT)
  • ² Nom que l’on donnait alors au continent américain, par opposition aux îles. (NdT)

Sources :

  • Historia Provincial de Cienfuegos, de Lilia Martín Brito, Salvador David Soler Marchan, Juana Irene Reyes Abreu.
  • Síntesis histórica provincial de Cienfuegos, coordinado por Orlando García Martínez.
  • Memoria descriptiva, histórica y biográfica de Cienfuegos y su jurisdicción, de Pablo L. Rousseau y P. Díaz de Villegas.

Des Français de Bordeaux recherchent les racines fondatrices de Cienfuegos

Article de Sabdiel Batista Díaz, Perlavisión, 26 novembre 2018, traduit par Pascale Hébert.

Une équipe de journalistes français parcourt ces jours-ci la ville de Cienfuegos à la recherche de ce qui reste des traces françaises qu’ont laissées les fondateurs, il y a presque 200 ans.

Bernard Bonnin (journaliste) et Francis Lambert (caméraman) ont abandonné le reportage actif à la télévision française mais ils continuent de collaborer à des travaux de recherches comme celui qui les a amenés jusqu’à la Perle du Sud.

Ici, ils ont visité le Centre Ville Historique et les édifices les plus anciens qui y subsistent. Depuis la tour mirador du Palais Ferrer, ils ont observé le secteur où il y a presque 200 ans le Français Louis de Clouet et 46 autres colons, principalement originaires de Bordeaux, avaient fondé la Colonie Fernandina de Jagua.


Ils sont allés voir, en outre, la tombe de Louis de Clouet, au Cimetière Tomás Acea et celle d’Osvaldo Dórticos Torrado, deuxième Président de la Cuba révolutionnaire et descendant direct du notaire Andrés Dórticos Cassou qui avait établi l’acte de fondation de la Colonie, paraphé par De Clouet.

Ici, ils ont interviewé également l’Historien de la Ville, Irán Millán Cuétara, et d’autres chercheurs, à propos des traces françaises, et aussi des descendants de colons français.

Les résultats de cette enquête journalistique seront diffusés à la télévision française et sûrement qu’ensuite ils seront diffusés ici. Un livre, produit de la collaboration entre Cienfuegos et Bordeaux, qui traite de ce sujet, a aussi été publié en France.

Ces actions font partie des activités prévues pour fêter les 200 ans de la fondation de la Colonie Fernandina de Jagua, le 22 avril 1819.

www.perlavision.cu/los-origenes-cienfuegos-colonia/ www.perlavision.cu/cuando-gobernador-diego-velazquez-vivio-brevemente-la-zona-jagua/ www.perlavision.cu/franceses-burdeos-buscan-raices-fundadoras-cienfuegos/


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