Bilan économique de Cuba en 2018 et quelques perspectives pour 2019 (Fin)


Nous publions ci-après le quatrième et dernier volet de l’analyse concernant l’état de l’économie cubaine, par José Luis Rodriguez, conseiller du Centre d’Investigations de l’Économie Mondiale (CIEM), ancien ministre de l’Économie de Cuba. Après l’expertise du commerce extérieur et des aspects sectoriels de l’économie de l’Île, l’économiste propose pour 2019 des axes de développement qui devront s’accommoder d’une conjoncture internationale plus complexe que les années précédentes.


En décembre dernier l’Assemblée nationale a défini l’année 2019 comme une période d’ordre et d’ajustement, pour laquelle un plan réaliste et réalisable a été élaboré.

Ces définitions ont pris en compte, en premier lieu, la situation économique internationale où on observe que l’économie mondiale doit connaître une croissance de 3,5%, chiffre inférieur à l’estimation de 2018, qui était de 3,7%. En outre, tous les pays capitalistes développés - à l’exception du Japon - ainsi que les économies émergentes et en développement ont des chiffres de croissance inférieurs à ceux de l’année dernière.

Il est également prévu que les prix du pétrole chuteront de 14,1% et ceux des autres matières premières de 2,7%. En résumé, tout indique que l’économie mondiale sera confrontée cette année à une situation encore plus complexe que celle de 2018.

Dans ce sens, cette situation affectera également la performance économique de notre pays, à laquelle s’ajoute l’augmentation prévisible de l’impact négatif du blocus américain, compte tenu des nouvelles mesures adoptées par le gouvernement Donald Trump dans les premiers mois de cette année, avec l’application du titre III de la loi Helms Burton.

Les principaux axes de travail pour 2019 ont été résumés dans les six points suivants, également publiés à la fin de l’année dernière :

1.- Augmenter et diversifier les exportations de biens et services.
2.- Augmenter l’efficacité des investissements et la participation des investissements étrangers directs.
3.- Analyser intégralement l’exécution des importations et des crédits externes.
4.- Augmenter autant que possible la substitution des importations.
5.- Renforcer la gestion des créances à l’étranger.
6.- Améliorer la gestion des stocks.

Traduction :

Plan de l’économie 2019 avec les propositions de :

1) gastos ajustados a los recursos disponibles : dépenses ajustées aux ressources disponibles
2) garantizar el crecimiento de l’économie : garantir l’accroissement de l’économie
4) no detener el desarollo (las inversiones crecen 20,5%) : ne pas stopper le développement ( les investissements croissent de 20,5%)

=-=-=-=-=-=-=

En ce qui concerne les activités fondamentales, les exportations de biens devraient augmenter de 6%, tandis que les recettes touristiques devraient croître de 17,6%. Le total des investissements devrait augmenter de 20,1% tandis que l’investissement étranger direct est estimé à 6,2% de ce total, bien que certaines estimations étrangères calculent un chiffre plus élevé. Les importations seront inférieures de 11,2% aux prévisions pour 2018.

L’orientation de ne pas accroître l’endettement extérieur du pays a été retenue ; ce qui implique le remboursement des crédits en retard et la non souscription de nouveaux crédits qui se révèlent impayables ultérieurement ; (160 millions de pesos sont prévus pour remplacer les importations ) et réduire de 2% les stocks superflus, ce qui pourrait injecter 400 millions de pesos dans la production nationale.

Ces augmentations stratégiques doivent être réalisées sur la base de quatre liens fondamentaux avec l’IED (investissements étrangers directs), à savoir la croissance de la production ; du tourisme ; des exportations et du secteur non étatique, ce qui représenterait environ 20% du PIB, bien que dans des secteurs à faible productivité, mais absorbant déjà 31% des emplois.

Ainsi, un plan qui envisageant objectivement la conjoncture restrictive de cette année a proposé une croissance du PIB de 1,5% seulement ainsi que des taux de croissance modestes pour le reste des indicateurs qui ont été publiés ou ont été estimés.

Les efforts les plus importants sont concentrés sur la croissance de 20,5% des investissements, avec une augmentation estimée de 9% de l’investissement étranger direct net, ce qui dépasse légèrement le milliard de dollars ; l’augmentation de la production de sucre à des niveaux similaires à ceux de 2017 ; l’expansion du tourisme avec quelque 368 000 visiteurs supplémentaires cette année et un chiffre plus élevé des revenus bruts.

Un élément clé à ne pas négliger dans les projections pour 2019 est la nécessité de sécuriser les ressources en devises fortes indispensables pour garantir les niveaux d’activité attendus.

À cette fin, un processus d’ajustement macroéconomique a été conçu, qui implique :

  • d’augmenter les exportations de 6% en recherchant la plus grande diversification possible des biens et des services, ainsi que des marchés.
    - de réduire les importations directes de biens selon une estimation calculée autour de 7%, tandis que le remplacement des importations s’effectue pour une valeur de 160 millions de dollars.
  • La gestion du commerce extérieur cette année devrait accroître légèrement le solde positif de la balance commerciale.
    - de réduire les stocks inutilisés de 2%, ce qui représente potentiellement 400 millions de dollars pour soutenir la production de biens et de services.
  • de réduire le déficit budgétaire de 9% par rapport au PIB en 2018, à 6,1% cette année, ce qui représente une diminution de 3 060 millions de pesos, sans affecter les services sociaux de base de la santé publique, de l’éducation et de la sécurité et de l’assistance sociale.
  • De plus, il est prévu de financer la construction de 32 000 logements, soit une croissance de 9,5% par rapport à 2018.
    - Enfin, on estime que cette année, le service de la dette extérieure sera réduit de 2,8% et le total de la dette de 1,5%, selon les calculs de l’EIU (ndt :economist intelligence instit)

Bien que le plan conçu pour cette année soit objectif et raisonnable, et qu’il soit possible de le réaliser malgré toutes les difficultés, il est nécessaire d’adopter de nouvelles mesures permettant de progresser dans la solution urgente des problèmes les plus pressants auxquels le pays est confronté, notamment le manque de liquidités en devises convertibles.

Pour atteindre cet objectif, il est possible de mettre en œuvre un ensemble de mesures à court terme et résumées comme suit :

  • Il est essentiel de renégocier la dette à court terme en dollars - estimée à 1 500 millions d’euros fin 2018, à la fois pour le commerce et les dividendes conservés jusqu’à ce que les paiements à 360 jours soient normalisés par des opérations permettant leur conversion en CUC - à des taux de change plus favorables que le taux officiel en vigueur - pour les
  • investissements, le paiement de la main-d’œuvre ou d’autres obligations dans le pays.
  • Passer progressivement par un processus de titrisation de dettes en devises convertibles, par l’émission d’obligations et la création d’un marché financier, de manière à pouvoir les actualiser, en offrant plus d’options aux créanciers. Il existe des expériences de titrisation de la dette effectuées par la Banque centrale de Cuba à la Bourse de Londres, alors qu’en 2007, avaient été effectuées deux émissions obligataires de 150 et 50 millions d’euros, assorties de taux d’intérêt compris entre et 9,0% à deux ans, avec des résultats à prendre en considération.
  • Créer un fonds commun d’investissements à partir d’une partie des fonds envoyés au pays en associant leurs expéditeurs, les destinataires et le gouvernement cubain dans un entrepreneuriat pouvant être orienté vers des objectifs spécifiques tels que la construction de logements ou la promotion de petites entreprises de propriété coopérative ou privée dans le domaine de la production. Des expériences de ce type dans les pays d’Amérique latine ont donné de bons résultats.
  • Développer les importations consignées (en l’absence d’un marché de gros pour le moment) permettant de fournir des équipements et des matières premières aux entreprises des secteurs coopératif et privé, ainsi que certains segments de la propriété de l’État, tels que le tourisme. Dans cette variante, les achats se réaliseraient directement dans une devise librement convertible pour assurer la rétro-alimentation de l’approvisionnement de la consignation.

En ce qui concerne les investissements étrangers, il est nécessaire de promouvoir le captage de projets en tenant dûment compte du risque de l’investisseur dans les négociations. De plus, le portefeuille d’opportunités commerciales avec des capitaux étrangers peut être augmenté dans des secteurs tels que le tourisme grâce à de nouveaux projets d’investissement dans des hôtels à coût non élevé et au retour sur investissement rapide tels que ceux liés aux parcs d’attractions, au tourisme de santé, au tourisme de nature, au tourisme culturel et de divertissement, entre autres projets permettant d’augmenter les dépenses touristiques à Cuba à des prix compétitifs sur le plan international.

Il est nécessaire en outre, et possible, d’appliquer d’autres mesures visant à obtenir un environnement plus favorable dans l’économie nationale.

Parmi celles-ci il est possible d’examiner :

  • La vente de titres de créance publique à taux d’intérêt stimulants en pesos cubains aux particuliers, associés ou non à des objectifs spécifiques et actualisés sur le marché financier. Créer des associations de petites entreprises pour des activités productives entre les secteurs étatique et non étatique, soutenues par des entités financières telles qu’une banque de développement agricole et industriel avec des services spécifiques pour ce type d’entreprises qui facilitent leur financement.
  • Renforcer la politique de stimulation progressive des salaires dans les secteurs à forte érosion et essentiels au développement, tels que l’éducation et la science. Tout indique qu’il est indispensable de stopper l’exode du travail de ces secteurs par des mesures valorisant le travail qui y est effectué, en tenant compte du coût élevé de leur remplacement.

Dans cette évaluation préliminaire de l’économie cubaine pour 2019, on peut souligner un plan mieux conçu et plus réaliste pour faire face aux déséquilibres macroéconomiques qui se sont aggravés l’année dernière, quand qu’il n’a augmenté que de 1,2%. Les mesures en cours d’adoption nous permettent d’assumer les risques et les coûts de l’ajustement avec différentes solutions alternatives aux problèmes les plus urgents, en vue d’accroître la capacité de générer des revenus à court terme dans une monnaie librement convertible, qui servira de base à l’augmentation du niveau des investissements et de la productivité du travail.

Tout cela vient compléter le renforcement de la gestion du pays, où le gouvernement central accorde de plus en plus d’attention aux territoires et aux secteurs de la production et des services, avec des gestions plus souples face aux problèmes urgents - comme cela a été apprécié dans la réponse aux dégâts de la tornade qui a frappé La Havane en janvier- et un niveau d’information et de participation visant à améliorer le consensus obtenu dans le pays en faveur du projet socialiste, également souligné lors du référendum qui a récemment approuvé la nouvelle Constitution.

Enfin, nous ne devons pas perdre de vue le fait que les mesures à adopter dans l’immédiat imposent des coûts, qui doivent être atténués autant que possible avec des mesures qui soulagent rapidement les tensions auxquelles la population est soumise depuis la période spéciale, et mettant en œuvre des programmes visant à résoudre progressivement les quatre problèmes qui ont le plus inquiété la population ces dernières années :

l’insuffisance des revenus, de nourriture, de logement et de transport, où le poids des facteurs subjectifs et les difficultés d’un changement de mentalité face à la réalité économique immédiate imposent une flexibilité tactique et une fermeté stratégique pour progresser dans la résolution des problèmes.

Articles précédents : première partie, deuxième partie, troisième partie.


L’article de Cubadebate (25/03/2019) ici.

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