Quand Don Quichotte parcourait nos rues…

samedi 1er juin 2019
par  Graziella Pogolotti, traduit par Christine Druel

Quichotte, Quichotte, Le Quichotte ! Claironnaient les vendeurs dans nos rues. L’imprimerie Nationale nouvellement créée a débuté avec un tirage massif de Don Quichotte de la Manche en quatre petits tomes pour un peso.


Avec le classique de Miguel de Cervantès débutait un processus de transformation culturelle d’un grand impact dans la vie du pays et dans le contexte intellectuel de nos écrivains.

Tirage de « Don Quichotte »

C’était deux ans avant la Campagne d’Alphabétisation, mais le livre est entré dans notre quotidien en tant que réalité concrète et valeur symbolique. Tel le mythique chevalier errant né quelque part dans La Manche nous nous lancions dans une bataille pour corriger les outrages, pour combattre, avec des armes précaires, les injustices.

« Je sais qui je suis », avait affirmé l’hidalgo de la Manche lors de sa première sortie. Nous aussi, en tant que peuple nous affirmions notre identité, notre place dans le monde.

L’imprimerie commençait l’apprentissage de l’art de faire des livres rapidement et elle est vite devenue Maison d’Edition Nationale. L’écrivain Alejo Carpentier a été chargé de la diriger. C’était la personne qu’il fallait pour le faire. Doté d’une immense culture, son expérience professionnelle depuis tout jeune adolescent lui a permis un contact avec la pratique des imprimeurs et avec la tâche concrète de transformation du manuscrit original en objet fonctionnel a attractif, destiné à séduire le lecteur. A l’époque, avant l’arrivée du monde numérique, les travailleurs des arts graphiques formaient le secteur le plus instruit de la classe ouvrière. Fiers de leur savoir, ils se considéraient comme faisant partie intégrante du processus éditorial.

La naissance de l’imprimerie - d’abord Maison d’Edition Nationale, transformée plus tard en Institut Cubain du Livre – a soutenu le développement d’autres métiers, jusqu’alors inexistants dans le pays. Le graphisme renommé pour sa production d’affiches a acquis une grande notoriété dans la fabrication du livre. Dans ses meilleures réalisations il ne se limitait pas à produire une belle image. Avec l’utilisation du langage visuel, il proposait un dialogue avec le sens du texte littéraire. La figure de l’éditeur est apparue. Ses fonctions dépassaient largement celles d’un simple correcteur d’ébauches. Il exerçait comme critique spécialisé et interlocuteur privilégié de l’auteur et du concepteur. Dans les deux cas il pouvait faire des suggestions utiles pour assurer le meilleur résultat final.

Parallèlement à l’universalisation réelle de l’accès à l’éducation, le développement du livre a favorisé l’accroissement d’un large public de lecteurs. Nombreux sont ceux qui se souviennent de ces énormes tirages des Editions Huracán, fabriqués, avec un modeste papier journal, aux dos mal collés et sur le point de s’effeuiller à la première lecture, qui ont mis les classiques de la littérature entre les mains de la majorité des cubains.

Afin de faire face à la diversité des destinataires il y eut des publications plus soignées. Au-delà de la société mère, quelques établissements culturels ont accueilli des éditions qui avaient leur propre profil. Tout en gardant une oreille attentive au mouvement de la contemporanéité, La Maison des Amériques a offert un panorama exemplaire des classiques du continent. Elle a sorti du silence nos cultures d’origine.

Les écrivains cubains avaient élu domicile au sein d’Union. Pour eux le temps était révolu, où ils devaient économiser quelques centimes en vue de publier, lors de rares tirages, des œuvres qu’ils offriraient à des amis et à quelques journalistes, afin d’obtenir une critique favorable.

La littérature cubaine s’est faite dans la solitude. Si nous remontons au XIXe siècle nous pouvons remarquer que Celia Valdés n’a pas eu le retentissement d’Amalia, de José Mármol, limité au contexte local de l’affrontement à la répression de Rosas. Julian Del Casal n’a pas eu l’immense visibilité D’Amado Nervo.

L’effondrement de nos marchés dans les années 90 a eu des conséquences dévastatrices au moment précis où l’évolution technologique a accéléré l’obsolescence du socle industriel.

Dans l’immédiat nous avons survécu avec la publication de modestes carnets connus sous le nom de plaquettes.

Le processus d’impression dépend entièrement du matériel d’importation. La volonté politique a conduit à un sauvetage progressif avec le recours à des solutions qui ont facilité l’expansion du travail éditorial aux différentes régions du pays. Pour garantir la diversité des titres les tirages ont été limités.

Dans un contexte international modulé par le pouvoir corporatif des multinationales du livre à la manière de Penguin Random House, du marketing dans les foires qui se multiplient entre Londres, Frankfort, Bologne ou Madrid, l’hégémonie des pays industrialisés et des courants idéologiques qui les soutiennent se confirme.

De nombreuses maisons d’édition conservent leur nom mais ont perdu leur autonomie financière. Le néolibéralisme a limité les ressources des institutions qui auparavant ont soutenu la circulation d’œuvres complétées par des travaux universitaires de grande qualité. C’est ainsi que de magnifiques collections, consacrées à notre patrimoine culturel commun, s’effondrent.

Afin que perdure la volonté de préserver notre public lecteurs, pour que le livre ne devienne pas un article de luxe à la portée d’une minorité, et pour répondre à notre volonté historique de démocratiser la culture, l’Etat cubain maintient l’effort, même dans des conjonctures économiques complexes, de subventionner la production d’importantes créations littéraires, historiques et de sciences sociales .

Il faudra gagner en efficacité dans le processus, revaloriser et stabiliser la main d’œuvre de la polygraphie et redonner aux éditeurs l’esprit d’initiative. Nous avons été capables de créer des matériaux à forte valeur ajoutée pour la qualité de leur conception, de leurs prologues, de leur chronologie reliant texte et contexte. Je me souviens avoir vu sur une table de travail du prestigieux Collège de Mexico, une édition multiple mise au point par la Maison des Amériques.

L’affirmation de notre identité et la conscience d’appartenir à notre douloureuse terre Américaine passent par la culture. C’est à ce concept qu’a répondu, en l’an Un de la Révolution, la fondation des institutions que nous évoquons. Depuis lors, nous pouvons dire fièrement, comme Don Quichotte au cours de sa première sortie : « maintenant je sais qui je suis ».


L’article de Cubadebate (07/04/2019) ici.

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