« A Kyoto, Alberto Korda dans tous ses états »

samedi 22 juin 2019
par  Michel Porcheron

Une exposition rend hommage au photographe cubain, auteur du plus célèbre portrait de Che Guevara.

Par Michel Guerrin (envoyé spécial,
Le Monde le 6 mai 2019) /posté par Michel Porcheron

Norka. Brisas del Mar, La Havane, 1960.Norka. Brisas del Mar, La Havane, 1960. ALBERTO KORDA

Le photographe cubain est un cas unique. Dans une première vie, au milieu des années 1950, il est une figure de la mode à La Havane. A la révolution, en 1959, il devient pendant dix ans le chroniqueur du castrisme, réalisant de Che Guevara le portrait iconique que tant de jeunes ont punaisé dans leur chambre. En 1968, son studio est brutalement fermé par le régime. Mais il ne renie pas la révolution. Il se réfugie dans la photo sous-marine. Quand il meurt à Paris, en 2001, à l’âge de 72 ans, Fidel Castro, qui assistera à ses funérailles à La Havane, demande : « Comment est-il mort vraiment ? » D’une crise cardiaque, pendant la sieste, dans une chambre d’hôtel. Le dictateur réagit : « Ça, c’est du Korda. »

Ce photographe, qui passe avec une fluidité désarmante de la mode à la révolution, du capitalisme luxueux au communisme en treillis, fait l’objet d’une exposition dans le cadre du 7e festival Kyotographie, à Kyoto (quinze expositions, un off, des événements). Elle a été présentée dans de nombreux pays, mais pas en France. Ce que l’on voit au Japon, ce n’est pas tout Korda, loin de là, mais le sujet qui fait la jonction entre ses deux vies : les femmes et leur beauté. D’un côté, les mannequins qui défilent dans son studio, de l’autre, de jeunes miliciennes qui défilent dans la rue, portant uniforme et fusil. Tout les oppose et tout les rapproche.

Reprenons. En 1954, La Havane est une capitale de la modernité. Les boutiques de mode sont nombreuses, les créateurs talentueux. Korda ouvre cette année-là un studio de prise de vue, d’abord dans le centre historique, puis dans le quartier moderne de Vedado, avec ses grandes avenues, hôtels, boutiques de luxe, tours, casinos et studios de télévision. Cet univers consumériste colle au sien. Ses clients sont des marques diverses qui publient ses images sous forme de publicité dans la presse et des mannequins ou actrices en herbe qui ont besoin de se faire une réputation.

Regard inédit sur la femme

Le succès de Korda tient au regard inédit qu’il porte sur la femme. Elle était brune ou métissée, sensuelle et sexuelle, avec grosse poitrine et formes avantageuses. Elle est chez lui blonde, indépendante, spirituelle, existe par elle-même. D’une femme-objet, il fait une femme-sujet. Il s’intéresse plus à sa personnalité qu’aux vêtements. Il la fait sortir du studio afin d’imposer sa vitalité dans l’espace public. Natalia Mendez, alias Norka, est une inconnue timide quand elle se rend aux studios Korda en 1956. Elle s’impose, par l’insolence qu’elle dégage, comme le modèle de Cuba. Lui devient le photographe de Cuba. Le couple qu’ils forment irradie la ville. Disons-le, la frontière est poreuse entre le photographe et l’amant de ses modèles. « Il était un amoureux éthique », dit Cristina Vives, la commissaire de l’exposition.

Lire le reportage (2015)  : Un parfum de femmes et de révolution flotte sur PhotoEspaña

Cette vie trépidante ne dure que cinq ans. Avec la Révolution de 1959 on imagine l’industrie de la mode bannie et Korda avec. C’est vrai pour la mode, pas pour Korda, qui adhère d’emblée au castrisme. Sa fille, Diana Diaz, explique : «  Mon père aurait pu partir et serait peut-être devenu un grand photographe de mode aux Etats-Unis. Mais il était très lié à son île et à sa famille. A la révolution aussi, qu’il voyait comme humaniste. Il a alors 30 ans, l’âge des révolutionnaires, qui ont besoin d’un photographe pour donner d’eux une image jeune, populaire, dynamique. » Cristina Vives ajoute : « La révolution a besoin de son talent. »

Il s’agit désormais de vendre des leaders et non des vêtements. Mais en leur donnant une même image moderne. « Il développe le concept de modernité révolutionnaire », précise Cristina Vives. Il montre Castro et ses proches non comme des dirigeants, mais comme des êtres humains qui boivent, mangent, fument et dorment à même le sol. Il accompagne Fidel Castro dans ses voyages à l’étranger et le montre aussi à la pêche, en baignade ou jouant au golf et au base-ball. « Il les photographie comme des aventuriers », dit Diana Diaz.

Intimité du visage

Son approche est la même pour les miliciennes qu’il capte dans la rue, lors de meetings. Il les isole dans la foule, au téléobjectif, parfois à leur insu. C’est l’intimité du visage qu’il cherche. Il est aimanté par ces filles, la sensualité, la jeunesse, la fraîcheur. Comme chez les mannequins. « Ces portraits s’inscrivent dans sa passion pour les femmes », dit Cristina Vives. Cette dernière a donc la belle idée d’associer les visages de la mode et ceux des miliciennes.

Place de la Révolution, La Havane, 1er mai 1962.Place de la Révolution, La Havane, 1er mai 1962. ALBERTO KORDA

Ce fut très compliqué. Pas tant pour les portraits de miliciennes, qui sont conservées dans les archives d’Etat avec toute leur imagerie révolutionnaire. En revanche, les photos de mode ont été détruites par le régime après une descente de police, le 14 mars 1968 – ce qui restait de petites entreprises dans le pays est alors nationalisé. « A la fin des années 1960, explique Cristina Vives, la révolution se bureaucratise et perd son caractère humaniste. » Cette dernière a dû retrouver les petits tirages que Korda donnait à des modèles qui ont fui l’île, notamment pour les Etats-Unis. Mais ces dernières sont très âgées, quand elles ne sont pas mortes, et elles se méfient d’une exposition réalisée depuis Cuba.

Durant les vingt dernières années de sa vie, Korda voyage dans le monde entier pour exposer ses images révolutionnaires et les commenter. Cela lui convenait. Kyoto montre un photographe plus large et complexe. Que l’on peut retrouver aussi dans le livre monumental Korda, un célèbre inconnu, que Cristina Vives et Mark Sanders ont publié chez Steidl en 2008. Célèbre et inconnu, c’est exactement ça.

7e Festival Kyotographie. A Kyoto. Jusqu’au 12 mai.

Voir aussi Alberto Korda, photographe personnel de Fidel Castro

Michel Guerrin (Kyoto, Japon, envoyé spécial)


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