Entretien avec Gilbert Brownstone

le spécialiste de l’art cubain
mardi 25 juin 2019
par  Agnès Legouze, Philippe Mano

Le 23 Mai, l’ambassade de Cuba à Paris présente le livre de Gilbert Brownstone « l’Art à Cuba ».
Rencontré à cette occasion, il nous accorde, le lendemain, un long entretien dont nous reproduisons ici l’essentiel, complété de citations de son livre. L’art cubain a désormais sa bible.

Question : Qu’est ce qui vous amène à Cuba ?

Réponse : j’ai fait une carrière dans les musées. 1967 / 68 le Musée d’art moderne de Paris (6 ans). Directeur du Musée Picasso à Antibes (1 an). J’ouvre ma galerie à Paris que je tiens pendant 10 ans. En 1999 c’est la création de la fondation Brownstone. Son objectif : la promotion de la justice sociale à travers la culture « la culture pour tous ».
J’ai une maison en Floride, des employés venant d’Amérique centrale ; c’est vers eux que l’on doit porter la culture. Je fais la tournée des pays d’Amérique centrale, je constate le problème : il faudrait que les gouvernements fassent quelque chose pour éduquer les gens et pour leur apporter ensuite la culture. Nous sommes là, face à un mur.
Je me rends ensuite à Cuba et là c’est la surprise avec le niveau de culture élevé avéré des Cubains. Je suis introduit au ministère de la culture. Tout est plus facile.

Q : ce constat vous pousse à l’action ?

R : J’amène des expositions à Cuba avec des œuvres d’art contemporain, par exemple des œuvres de Tapies avec la galerie Lelong.
Cuba souhaitait avoir des bourses pour les artistes cubains. Mon ami .Bruno Delaye, alors numéro 3 du Ministère des Affaires étrangères de France, est positif sur l’idée de bourse.
On commence, en 2002 avec deux bourses. C’est moi qui choisis les candidats. On leur donne la somme de 800 à 1000 euros et je trouve le moyen de les loger. Se sont plus de 60 artistes qui sont venus depuis. J’en ai encore un qui arrive demain. En 2003 / 2004, l’ambassadrice de France à Cuba, Marie France Pagnier, m’aide en finançant des logements supplémentaires.
En 2008, ce sera désormais aux ambassades de régler les bourses. Jean Mendelson sera Le dernier ambassadeur à nous avoir aidé.

Q : poursuivez vous alors votre action ?

R : Je continue tout seul. Celui qui arrive demain est mon filleul : César. Il a reçu une bourse par la Compagnie de danse de Prelojcaj à Aix-en-Provence, qui lui propose de créer une chorégraphie.
Pendant des années j’allais à Cuba 3 fois par an (15 jours à chaque fois). Puis j’y passe 6 à 7 mois. J’ai le statut de résident cubain. J’ai été très engagé avec Cuba au delà de l’art.
J’ai soutenu, aux USA, les « 5 emprisonnés », leur ai rendu visite en prison, en ai accueilli un chez moi pour sa période probatoire post-prison. J’ai fait une donation d’œuvres d’art qui leur était dédiée.
Je suis « l’anti-collectionneur » . J’ai offert des œuvres. En Floride, j’ai fait don de ma collection qui vaut beaucoup d’argent. Jacqueline, la femme de Picasso, m’avait offert 40 œuvres du Maître. Je les ai offert au peuple cubain. J’insiste, pas à l’État, pas aux musées, mais au peuple cubain. Je voulais un acte d’État pour que le gouvernement accepte ma donation pour le peuple cubain. Je veux pouvoir récupérer mes œuvres, si je l’estime nécessaire, ou si les américains débarquent... J’ai offert aussi une série d’œuvres d’André Masson. Fidel a fait que le peuple cubain ait la possibilité de comprendre l’art cubain. Mais ils n’ont pas le temps. Il faut amener l’art chez eux. C’est le but de mes donations.
Avec le président du Conseil des Arts plastiques, avec 30 œuvres à chaque fois, nous sommes allés partout à Cuba sauf à l’île de la Jeunesse.

Q : venons en au livre que vous venez de publier.

R : J’ai travaillé dans l’art toute ma vie et je connais beaucoup d’artistes à Cuba où j’ai passé quinze ans. Ma femme me conseille de faire un livre. Je rencontre les Éditions Flammarion qui me disent : on le fait tout de suite.
Ce livre a deux axes : l’explication de la culture cubaine, l’importance de l’éducation artistique à Cuba, dont Graziella Pogolotti parle dans sa préface et les
entretiens avec 32 artistes, tous d’une grande intelligence.
Le livre est sorti en avril en France, puis à New-York dans ses versions anglaises et espagnoles.

Extraits du livre « l’Art à Cuba » :

Préface de Graziella Pogolotti, l’une des intellectuelles les plus importantes de Cuba. Son titre « Semer l’utopie sur un terrain de golf » fait allusion au fait que l’École des Arts de Cuba a été réalisée sur un ancien terrain de golf. Rappelons par ailleurs que Graziella Pogolotti est la fille du grand peintre Marcello Pogolotti, lié au mouvement futuriste.
« En dépit de tous les obstacles, la volonté politique de sauvegarder le talent naissant et de rendre la culture accessible à tous – un droit essentiel jusqu’alors inexistant – a bien été mis en œuvre ».

Les photos des artistes et ateliers ont été réalisées par le photographe Camilo Guevara, fils du Che .

Quelques extraits du riche texte de Gilbert Brownstone :

« On ne peut pas parler de l’art cubain et des artistes cubains sans comprendre l’importance que tient la culture à Cuba,et cela même avant la Révolution. Pourquoi cette île des Caraïbes qui compte seulement 11 750 000 habitants a-t-elle produit tant de grands artistes toutes disciplines confondues...
Mais si jusqu’à l’arrivée de Fidel Castro Cuba a ce fort potentiel culturel, il n’en demeure pas moins qu’il est réservé à une élite. Avec la Révolution qui amène éducation et culture pour tous, Cuba fait sienne la maxime de José Marti « être cultivé est l’unique façon d’être libre ». Le modèle cubain se caractérise dès lors par le principe de démocratisation massive, c’est à dire qu’il touche tout le monde sans distinction.
La majorité des artistes que j’ai interviewés pour ce livre insiste sur l’importance et la singularité de l’éducation artistique cubaine.

Au cours des trente dernières années, l’art cubain montre qu’il est tout à fait capable d’assimiler les influences les plus importantes de l’art international et ce de façon personnelle et créative. Il maintient une position critique vis à vis du marché de l’art, et continue ainsi à défendre l’identité cubaine.

J’ai sélectionné plus d’une trentaine d’artistes pour ce livre. La priorité était de donner la parole à ceux qui vivent et travaillent à Cuba ».


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