Vol de carburant : des fuites et des alibis

samedi 28 septembre 2019
par  Traduit par Nicole Bedez

Vol de carburant : des fuites et des alibis

Par Oscar Figueredo Reinaldo, Yunier Javier Sifonte Díaz, Dianet Doimeadios Guerrero, Edilberto Carmona Tamayo, Lisandra Romeo Matos, Abel Padrón Padilla

4 septembre 2019

Traduit par Nicole Bedez

Depuis de nombreuses années, la République cubaine est confrontée au ’mal endémique’ des détournements et vols de carburant
. Pour y mettre fin, des enquêtes approfondies ont été menées pendant plusieurs mois et ont abouti à des poursuites pénales. Un vaste plan de travail a été mis en place pour démanteler des filières qui se sont constituées au fil du temps, mêlant responsables d’entreprises, travailleurs du service public et simples citoyens.

Mais il ne s’agit pas seulement de dommages économiques ; il s’agit bien sûr de « la perte des valeurs éthiques et morales, incompatible avec les principes de la société cubaine ».
Nicole Bedez

Centrale électrique diesel de Berroa, province de La Havane, où s’est produit le vol de deux millions et demi de litres de diesel – Photo : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

Le délit s’est frayé un chemin dans les broussailles. L’obscurité, le fragile grillage qui « protégeait le site de ces actes » et l’idée de « passer comme chat en poche » ont aidé les malfaiteurs.

Ce sont presque deux millions et demi de litres de diesel, le carburant nécessaire pour fournir l’électricité à 51 714 habitations pendant un mois, selon les estimations raisonnables de l’Union électrique de Cuba (UNE), qui « se sont échappés » de l’endroit où se trouvent les groupes électrogènes, situé dans le passage Kilómetro 12 ½ du quartier Santa Fe de Guanabacoa.

Tout était « bien calculé ». Les chefs de poste, avec des gardiens et des ouvriers chargés de mettre en marche les dispositifs produisant l’énergie électrique, manipulaient frauduleusement le mécanisme conçu pour cette activité dans le but d’utiliser une moindre quantité de carburant que celle prévue, ce chiffre n’étant jamais déclaré comme étant consommé. C’est ainsi qu’ils s’emparaient de l’excédent.

Par les sentiers qui mènent jusqu’au hameau improvisé, ils transportaient dans des brouettes ou des chariots du bâtiment des réservoirs de 20 à 25 litres jusqu’aux habitations voisines. L’affaire était « une aubaine » et ceux qui y ont « trempé » ne sont pas rares.

Les individus impliqués s’entendaient avec les habitants d’une implantation illégale proche de l’entreprise sur la vente d’un litre de carburant pour 3 pesos cubains (CUP). Ceux-ci revendaient « la marchandise » à des conducteurs de véhicules particuliers pour le « modique prix » de 5 CUP.

Après des mois d’enquête policière et suite à six perquisitions de domiciles, 37 469 litres de carburant, 1 273 pesos cubains convertibles (CUC) et 5 259 CUP ont été récupérés. Par ailleurs, de nombreux appareils électroménagers acquis grâce aux profits réalisés dans cette activité et trois citernes – remises à la raffinerie Ñico López - ont été confisqués. L’entreprise a assuré que le carburant était du diesel Spécial en bon état pour sa commercialisation.

Pour ce délit de malversation, les 17 individus impliqués ont été condamnés à la privation de liberté ou à la rééducation par le travail, avec ou sans détention, en fonction de leur participation aux actes. Le procès s’est déroulé du 10 au 14 juillet 2017.

Les décisions prises par le Gouvernement et par l’État cubains pour « attaquer le mal à la racine » ont-elles été efficaces ? Les vols de carburant ont-ils cessé ? C’est pour répondre à ces interrogations qu’une équipe de Cubadebate a travaillé durant les deux derniers mois.

Flagrant délit

Scellé de sécurité à la Centrale électrique diesel de Berroa, province de La Havane – Photo : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

Fin juin, 339 procédures pénales avaient été engagées à Cuba, selon les sources du Parquet général de la République (FGR) consultées par Cubadebate. Il était question de 117 463 litres de carburant de différents types, parmi eux 85 823 litres de diesel et 21 016 litres d’essence. Les dommages économiques provisoires s’élèvent à 488 644 CUP.

Holguín (48), La Havane (42) et Villa Clara (32) sont les territoires les plus touchés. Ces trois provinces représentent 36 % du total des poursuites pénales effectuées, en lien avec le vol de carburant.

Provinces où le vol de carburant est le plus fréquent - Procédures pénales établies

Acte le plus fréquent : l’achat illégal de carburant à des travailleurs du secteur public

Reinaldo Cruz Rivera, procureur général adjoint de la République de Cuba, a expliqué que dans le Code pénal la qualification des actes relatifs au vol de carburant peut être diverse, en fonction du statut du sujet, du comportement délictueux ou de l’infraction relative à la ressource dont il est question.

Malversation : quand l’individu a accès au bien ou en assure la surveillance.

Cambriolage : s’il utilise la force pour détourner du carburant.

Vol : s’il le fait sans utiliser la force.

Usurpation : quand l’individu n’a pas une fonction de direction ni la disponibilité de la ressource, mais en garantit l’intégrité.

Recel  : si l’acquisition de la ressource est le fruit d’une conduite délictueuse antérieure.

Le juriste a précisé que, même si « du point de vue administratif, l’ensemble a été qualifié de ’vol de carburant’ qui a pour conséquence un préjudice, la qualification dépend techniquement du statut de l’agent coupable par rapport à la ressource ».

Depuis cinq ans, la FGR donne la priorité au contrôle du carburant dans ses enquêtes et vérifications fiscales.

« Nous avons assumé les actions de contrôle direct, avec des enquêtes dédiées uniquement au domaine du carburant, même si nous traitons aussi le sujet de manière complémentaire. »

Le juriste a donné comme exemple le fait que « les procureurs et leurs assistants vérificateurs ont l’obligation d’examiner de quelle façon le carburant est contrôlé et utilisé, même s’ils sont en train de réaliser des investigations d’une autre nature dans une entreprise déterminée. »

Selon Cruz Rivera, ces vérifications se sont focalisées sur des entreprises plus importantes ayant un niveau plus élevé de consommation de carburant.

Parmi celles-ci, il a mentionné le ministère des Transports et l’ensemble de son système entrepreneurial, les ministères de la Construction, de l’Agriculture, ainsi que celui de l’Énergie et des Mines (qui s’occupe de la commercialisation en gros) et le groupe AZCUBA.

Ce plan de travail s’adresse également aux conseils d’administration, en mettant l’accent sur les tâches relatives aux services municipaux, l’adduction d’eau et les égouts, ainsi que sur les activités industrielles grandes consommatrices.

Selon le procureur général adjoint, les agissements les plus fréquents sont l’achat illégal de carburant à des travailleurs du service public qui tirent parti de leur accès au produit.

Solitude apparente

Camion-citerne à La Havane – Photo : Abel Padrón Padilla/Cubadebate

Il a profité de l’isolement du lieu pour mener ses affaires. Il a imaginé que personne ne s’apercevrait du « trafic » qui existait dans l’Entreprise de forage et d’extraction de pétrole d’occident, située au kilomètre 37 ½ de la Vía Blanca, « El Caribe », dans la commune de Santa Cruz del Norte, province de Mayabeque.


117 463 litres de carburant ont été dérobés

Sans y réfléchir bien longtemps, il a accepté la proposition de deux inconnus : plus de 420 litres de carburant, d’une valeur de 336 CUP. Il a dû penser : « Cette substance s’évapore ». Il a pu aussi être convaincu que « les bonnes affaires ne tombent pas du ciel » car, même vu de loin, ce bon plan provenait d’un acte délictueux.Il s’est entendu, indifféremment, avec quatre autres individus pour écouler le carburant qu’ils ont conditionné, pour faciliter l’opération, dans des bidons en plastique d’une capacité de 25 litres.Une fois ceux-ci dument camouflés dans le poste de garde de l’établissement, il suffisait que les clients aillent chercher la marchandise. Un après-midi, plusieurs véhicules sont arrivés, les uns derrière les autres, qui ont emporté le « butin », à volonté, en passant d’abord à la caisse.

C’est aux environs de six heures du soir que, le « jour J », la « tête pensante » de l’opération avait pris contact avec un chauffeur de la brigade de transvasement du pompage et des fluides, responsable d’un camion-citerne, affecté à l’Entreprise de forage et de réparation des puits de pétrole. Il lui a remis 20 litres en échange de 16 CUP.

Mais la tranquillité apparente ne durerait pas éternellement en ces lieux. Lors d’une opération, les six « malfaiteurs » ont été arrêtés, des officiers de la Police technique d’investigation ayant assuré le suivi de l’affaire.

Sur place, ont été récupérés 6 réservoirs métalliques, 21 récipients plastiques – d’une capacité de 20 litres – remplis de carburant, sans oublier un bidon de 2 litres et 3 petits réservoirs métalliques de 20 litres totalement vides. La capacité de stockage des receleurs atteignaient les 420 litres : « Dès le premier jour, le compte était bon ».

Le 28 mars 2019, une sentence de privation de liberté a été prononcée contre cinq des accusés ; le sixième a été condamné à de la rééducation par le travail avec placement en détention.

Acte délictueux ou corruption ?

Cas signalés en station-service

L’acte de corruption, en général, part d’un individu qui a la responsabilité de contrôler le carburant. Ce sont des personnels d’encadrement et des fonctionnaires ayant accès à cette ressource particulière qui le commettent. Cependant, selon Reinaldo Cruz Rivera, procureur général adjoint de la République de Cuba, le poste n’est pas un motif indispensable à la réalisation d’un acte délictueux. Toutes les affaires de vol de carburant sont des actes délictueux mais il ne s’agit pas toujours de corruption. Ceux-ci ont comme caractéristique intrinsèque la perte des valeurs éthiques et morales, tout en entachant la confiance accordée à une personne ayant une responsabilité économique et sociale et qui profite de cela pour commettre un délit.

La Loi 107 du bureau du Contrôleur général de la République (CGR) signale dans son article 11 : « La corruption administrative consiste en l’action contraire aux normes légales et à l’éthique des cadres, dirigeants, fonctionnaires de l’État, du Gouvernement et d’autres organisations considérées comme soumises au CGR, dans l’exercice de leur charge ou dans l’accomplissement de la fonction qui leur est assignée. Caractérisée par une perte des valeurs éthiques et morales, incompatible avec les principes de la société cubaine, elle est commise pour satisfaire des intérêts personnels ou ceux d’un tiers, par l’usage indu des fonctions, des services et des biens destinés à la satisfaction de l’intérêt public ou social afin d’obtenir des bénéfices matériels ou des avantages de toute nature, en ayant pour fondement la tromperie, la subornation, la déloyauté, le trafic d’influences, la dérive administrative et la violation des engagements pris lors de l’accès dans la fonction, lorsque les prérogatives de celle-ci sont utilisées dans le but d’actes de corruption. »

Il est donc précisé ci-dessus que, par définition, un employé « ne peut commettre un acte de corruption car il n’a pas la faculté d’utiliser, de garder et d’administrer des biens de l’État ; s’il commettait un fait, celui-ci serait qualifié d’acte délictueux ».

Cependant, indique Cruz Rivera, « l’employé serait bien impliqué dans un acte de corruption puisque faisant partie de la filière délictueuse commandée par un cadre dirigeant qui a la responsabilité du contrôle et de la disponibilité de la ressource. »

Le meilleur exemple est celui du chauffeur d’un moyen de transport qui peut falsifier la feuille de route, le modèle de contrôle du carburant et jusqu’aux données de la puce. Puisqu’il ne disposerait que du moyen de transport et d’une carte, cela constituerait seulement un acte délictueux.

La corruption est un phénomène plus grave qui fait appel, en général, à plusieurs niveaux d’organisation et dont les auteurs jouissent d’un certain niveau de disponibilité et de gestion des biens.

« L’infortune »

Le terminal Fortuna, l’une des « haltes » d’autobus des transports urbains les plus connues de la capitale, est le lieu d’une longue série d’actes associés au détournement et au mauvais usage du carburant. C’est l’affaire la plus importante, avec cinq cas relevés.


Cas signalés dans les transports publics

À cet endroit, le désordre et l’usage détourné de la ressource se sont transformés en une pratique.Une fois terminé le changement d’équipe entre le cadre sortant et le cadre entrant, le chef de la station « n’effectuait pas la remise des autobus ».Il n’exigeait pas non plus des chauffeurs qu’ils respectent le règlement, provoquant ainsi la perte de carburant sans qu’on puisse établir des responsabilités. Ce procédé n’était pas une négligence mais un modus operandi.

D’autre part, certains chauffeurs laissaient l’autobus stationné sur le parking sans transmettre la responsabilité du véhicule au chauffeur suivant, violant les règles établies dans l’entreprise. À chaque fois qu’ils agissaient ainsi, lors de la reprise du travail le lendemain on constatait un manque de carburant, sans traces de violence.

Les individus impliqués ont été sanctionnés par des condamnations à la privation de liberté et par de la rééducation par le travail avec placement en détention. Les infractions ont été constituées par l’absence de suivi et de contrôle du carburant sur la base des instructions établies par le Bureau national pour le contrôle de l’usage rationnel de l’énergie (ONURE). Dans toutes les affaires, les individus impliqués avaient des postes administratifs. La corruption s’est emparée du terminal Fortuna.

Toute la rigueur de la loi

Dans les filières identifiées, on constate des affaires de niveaux d’organisation supérieurs qui rendent beaucoup plus difficile leur confrontation, surtout quand il s’agit d’utilisation de moyens informatiques. Reinaldo Cruz Rivera, procureur général adjoint de la République, les décrit ainsi.


Cas signalés avec usage de cartes bancaires

« Le fait d’informatiser la distribution de carburant à Cuba grâce à la carte électronique rend souvent l’enquête plus compliquée ; cela est dû aux réseaux qui interviennent dans ces affaires où s’investissent de nombreux maillons de la chaîne : les stations-service, les combustibles, les gestionnaires des entreprises d’État et un nombre important de receleurs. »Cela engendre un réseau qui, parfois, perdure dans le temps et « c’est ce qui est le plus préoccupant parce qu’il y a, alors, de graves répercussions économiques. »

Les procédures d’enquête mises en œuvre par le Bureau du procureur se concluent par un jugement du procureur qui rend une décision auprès de l’entreprise contrôlée, laquelle doit présenter, d’un point de vue administratif, le plan d’actions structurelles et disciplinaires qui sera adopté par les responsables.

Il incombe au procureur de vérifier, évaluer et déterminer si la légalité peut être rétablie grâce aux mesures prises ; s’il n’en est rien, il retourne le plan à la direction de l’entreprise qui doit le modifier dans un délai de soixante jours, période pendant laquelle l’autorité juridique se rend à nouveau dans l’entreprise. Cette procédure est appelée « nouvelle inspection ».

Cruz Rivera précise : « Le Bureau du procureur intervient dans la totalité des entreprises pour vérifier de quelle façon ont été appliquées les mesures ou comment a été rétablie la légalité, et quelles ont été les sanctions imposées aux responsables, afin d’empêcher le renouvellement et la reproduction de faits similaires. »


Cas signalés dans la société Cupet (compagnie pétrolière nationale de Cuba)

À la fin du mois de juin, la FGR assurait le suivi de 11 affaires, suite à leur signalement auprès de la police et alors que l’instance d’instruction menait l’enquête. Dans les dossiers, montés méticuleusement, on archive ce qui est constaté par le Bureau du contrôleur, le Système national d’audit et le Système national d’inspection.Protégée par la Résolution commune du ministère de l’Intérieur, de la FGR et de la CGR, l’équipe multidisciplinaire réalise l’évaluation des dossiers présentés et, alors seulement, elle valide l’existence ou non d’un acte délictueux ; c’est ensuite qu’un signalement est fait auprès de la police.« Il s’agit d’une sorte de filtre qui permet ensuite une plus grande efficacité dans les procédures judiciaires », ajoute l’administration fiscale.

Reinaldo Cruz Rivera rappelle que la Constitution de la République, à l’article 56, établit que le contrôle de l’enquête pénale est du ressort du Bureau du procureur : « Il en a toujours été ainsi mais, aujourd’hui, cela a statut constitutionnel. »

Saisies effectuées ou confiscations par province

(32 véhicules et 1 bateau de pêche – 11 habitations et 1 local de menuiserie)

Le contrôle, un objectif hautement prioritaire

Face à l’offensive du gouvernement cubain pour enrayer le vol de carburant, des sanctions plus sévères sont-elles appliquées à ces actes délictueux ? Les tribunaux sont-ils implacables uniquement parce que le pays tente de fermer, définitivement, le robinet du carburant ?

Marisela Sosa Ravelo, vice-présidente du Tribunal suprême populaire (TSP), explique que, bien entendu, le tribunal tient toujours compte de la dangerosité et du contexte national. Celui-ci n’est jamais ignoré mais ce qui prévaut, c’est le respect des droits, des garanties et de la situation de chaque individu.

Les sanctions dépendent également du caractère délictueux ; par exemple, la malversation est punie selon plusieurs degrés de sanction en fonction de la valeur de ce qui a été dérobé. La peine la plus importante va de huit à vingt ans ; elle est appliquée lorsque la valeur des biens dépasse les 10 000 pesos. Ainsi, elle peut aller de trois à huit ans, ou de six mois à deux ans, ou bien il peut s’agir d’une amende de 200 à 500 ’versements’ [un ’versement’ = de 1 à 50 pesos - NDLT].

S’agissant d’un détournement, il est puni de quatre à dix ans au maximum (quand le vol du carburant est réalisé par un individu qui est soit le conducteur du véhicule, soit le responsable du transport de ce produit et dont la valeur est supérieure à 2 000 pesos). Quant au recel, les sanctions vont de trois mois à un an, ou bien une amende de 100 à 300 ’versements’, et de deux à cinq ans ou bien une amende de 500 à 1 000 ’versements’ si le receleur se consacre à cette activité, ou s’il est récidiviste, ou si les marchandises sont en quantité importante.

Par ailleurs, sont appliquées des sanctions complémentaires qui consistent, entre autres, en la privation de droits, la confiscation des biens ou des objets qui ont été utilisés ou qui étaient destinés à l’être lors de la perpétration du délit, ainsi que de ceux provenant directement ou indirectement de celui-ci, la confiscation de biens par l’État, l’interdiction d’exercer une profession, une charge ou un métier.

Depuis plusieurs années, le bureau du Contrôleur général de la République (CGR) donne la priorité à la réalisation des actions qui permettent de quantifier le problème du carburant. Cet objectif est considéré comme particulièrement prioritaire dans les Directives de contrôle que le Conseil d’État approuve chaque année, précisément sur proposition de cet organisme.

La CGR accorde une attention spécifique à la généralisation d’expérimentations, de méthodes de contrôle et d’analyses, dans le domaine en question, dans le but de respecter les dispositions prévues et d’utiliser correctement cet outil majeur. Même si on les associe seulement au contrôle, leur action met l’accent sur un dicton populaire qui devient la loi et l’usage : « Mieux vaut prévenir que devoir se lamenter ».

Selon les directives de la CGR, à partir des récents accords approuvés par le Conseil des ministres pour enrayer le vol de ce produit, il a été demandé à l’ensemble du Système national d’audit d’évaluer le sujet – auquel est accordé un statut particulier – lequel a une incidence sur la qualification générale de ces inspections.


85 823 litres de diesel et 21 016 litres d’essence ont été dérobés

Il incombe au Bureau du contrôleur de mettre en œuvre la réduction de 50 % du carburant administratif dans un délai de trois mois pour les entreprises et les responsables qui obtiennent des résultats médiocres lors des inspections réalisées par les institutions de contrôle ; c’est l’une des douze règles adoptées par le Conseil des ministres.Depuis la réalisation du treizième Audit national de contrôle interne, qui s’est achevé fin décembre 2018, et jusqu’à la fin juin de cette année, dans les audits effectués par la CGR et le reste du Système national d’audit, l’indicateur « carburant » a été qualifié de médiocre ou mauvais dans 203 entreprises, et on a appliqué à 188 d’entre elles la réduction appropriée de carburant administratif émanant du ministère de l’Économie et de la Planification (MEP) et du portefeuille de l’Énergie et des Mines. Dans les autres entreprises, il n’a pas été effectué de réduction semblable car elles sont dotées de carburant uniquement pour assurer la production et les services.

À la fin du mois de juin, le MEP avait signifié à 169 entreprises la réduction de 279 077 tonnes de carburant, parmi elles 184 060 tonnes d’essence et 95 017 de diesel destinées aux activités administratives.

Quelles sont les défaillances et les infractions les plus répandues ?

● L’absence de contrôle physique et comptable des équipes de transport et des écarts constatés par le Registre des véhicules du ministère de l’Intérieur, ainsi que des périodes d’arrêt dues à des pannes qui permettent de demander une quantité de carburant supérieure au besoin réel.

● Des problèmes dans le registre de comptabilité et de qualité quant aux données consignées dans le système informatique relatif à la planification, à la demande et à la consommation des carburants, ce qui enlève de l’objectivité aux analyses effectuées sur la base de cette information.

● Une analyse insuffisante des informations dont disposent les entreprises à propos du carburant, telles les dotations, les bons de consommation ou les puces électroniques, les feuilles de route, les résultats des indices de consommation, entre autres.

● Un contrôle insuffisant des cartes de carburant, ce qui favorise la perte de traçabilité de leur circulation, ou bien d’exigence de responsabilité matérielle face aux pertes ou égarements.

● Une utilisation insuffisante de la part des entreprises détentrices de l’information, disponible sur la page numérique de FINCIMEX [entreprise cubaine chargée de l’administration et de la gestion des cartes de crédit – NDLT], concernant la circulation des cartes.

● Dans les cas où sont constatées des infractions, on observe de la superficialité, de la routine, du formalisme et un manque d’exigence caractérisant le fonctionnement de ces administrations lors de la mise en œuvre de l’autocontrôle.

Les éléments toujours faillibles

Reinaldo Cruz Rivera, procureur général adjoint de la République de Cuba, signale que la majorité des modifications réalisées font apparaître que, de manière déterminante, « les dispositifs effectifs de contrôle du carburant échouent encore au niveau des entreprises. »

Il cite l’exemple du secteur ferroviaire, l’un des points sensibles concernés par la régulation et le contrôle.

La même source confirme que l’Union des chemins de fer de Cuba, l’une des plus hautes institutions de la Direction de l’entreprise du ministère des Transports, dispose d’une norme interne règlementant le contrôle du carburant, laquelle n’est pas appliquée.

« Elle n’est pas appliquée dans quelques-unes de ces institutions visitées, ce qui a pour conséquence de ne pas pouvoir identifier l’utilisation du carburant détourné. Les analyses périodiques des écarts de consommation ne sont pas, elles non plus, effectuées ; c’est une situation qui incite à transformer ces écarts en soustractions. »

S’ajoutent à ces problématiques les vols de carburant effectués dans les locomotives elles-mêmes, ainsi que la découverte de réservoirs remplis au bord des voies ferrées.

C’est une grande fête, où l’absence de contrôle est la reine de la nuit, dans laquelle se réunissent pour danser des mesures dérisoires. Par exemple, lorsqu’on impute la responsabilité matérielle (le paiement) du carburant dérobé, cela est fait au coût de l’acquisition lors de l’achat en gros par l’entreprise et non au prix où il est commercialisé au marché noir.

Le procureur général adjoint estime qu’« il ne suffit pas d’imputer la responsabilité matérielle. Un travailleur qui obtient une retombée économique parce que le taux de consommation a été détourné ou parce que le carburant a disparu n’a pas seulement l’obligation légale de le payer mais il doit répondre de façon disciplinaire de son comportement. »

C’est précisément l’autre tendance dégagée par les enquêtes : le traitement inadapté appliqué aux délinquants signalés par les institutions elles-mêmes, qui prennent comme mesure l’imputation de la responsabilité matérielle alors que celle-ci, dans d’autres affaires, inclut une plainte. À cet égard, de nombreuses entreprises n’ont aucune réaction.

La différence entre l’imputation de la responsabilité matérielle et le délit dépend du montant du préjudice et ce sont les organismes eux-mêmes qui en font l’estimation.

Cruz Rivera explique que, « par exemple, pour un préjudice allant jusqu’à 1 500 pesos, la responsabilité matérielle peut être imputée par l’entreprise mais quand il dépasse ce montant, il faut porter plainte car il s’agit là d’une conduite délictueuse. »

Il existe des comportements qui témoignent du vol délibéré de carburant ; ce phénomène n’est pas l’essentiel mais il se produit et met en évidence la perte de valeurs de la part des travailleurs, des fonctionnaires ou d’administrateurs qui, éventuellement, sont au courant des faits et les tolèrent.

Dans tous les cas, on remarque que les causes qui engendrent ces dérapages ne sont pas évaluées ; « c’est le principal problème que nous avons aujourd’hui ».

Cruz Rivera conclut ainsi : « Dans les entreprises d’État, selon ce que révèlent nos enquêtes, le contrôle du carburant n’est encore qu’un slogan. Il n’est pas effectif  ; il ne fait pas l’objet d’une évaluation dans les conseils de direction, des mesures ne sont pas adoptées, les causes de ces phénomènes ne sont pas analysées. C’est cela la réalité ».

http://www.cubadebate.cu/especiales/2019/09/04/robo-de-combustible-fugas-y-coartadas-infografias/#.XXLJUC3pNTY


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