La cité de la vie

Par : Raúl Roa Kourí cubadebate du 4 Août 2019
vendredi 11 octobre 2019
par  Traduit par Chantal Costerousse

Photo : Irene Pérez/ Cubadebate.

Quelques secondes avant, un mince rayon de soleil souleva la pénombre qui recouvrait le maquis humide de la Sierra Pinareña. (ndt de Pinar del rio)
Notre bateau bravait la houle du matin sans trop d’effort, naviguant vers l’est à quelques milles de la côte, à bord du « canto del beríl » remontant le courant comme à cheval sur les vagues. Nous sommes à la recherche d’un grand bavardage, d’une puissante aiguille, d’un cuirasse argentée, d’une scie annonciatrice de marinade et, en fin de compte, d’un poisson affamé qui mordrait à l’hameçon.
A droite, entre le rose et la brume, la ville commençait à se dessiner.

Vue dans le demi-brouillard que le vent n’arrivait pas à atténuer, La Havane étendait sa somnolence, s’éventant de la fine mousse qui sautait rythmiquement par-dessus les murs de la digue ; pénétrant par des balcons rongés et des fenêtres ouvertes .

Des lumières annonçaient le départ imminent des habitants et, si nous étions plus proches, nous aurions pu apprécier l’arôme du café fraîchement moulu, car l’autre, celui de la crème à raser n’est pas abondant et celui des lotions qui l’accompagnent habituellement encore moins.

Photo : Ismael Francisco/ Cubadebate.

Je me suis souvenu de la description que faisaient des voyageurs arrivant par la mer dans notre capitale, de l’étonnante blancheur qui rayonnait de son ensemble, de ses couleurs gaies, comme les taches d’une riche palette sur toile, quelque chose de chargé dans lequel se détachent des dômes ecclésiaux, des hauteurs de bétons et des capitoles ou des dômes grandioses, le vert des vieux peupliers et des vieilles pierres grisâtres, corrodées par le sel et et les gaz d’échappement d’autobus fantomatiques ,de camions délabrés et des vieilles voitures de promenades.

Les gravures anciennes, malgré l’absence de l’avenue bordant la mer et de ses bâtiments, montraient un tissu urbain qui rappelait à beaucoup Cadix et qui, pour moi, a une certaine ressemblance avec le vieux Bordeaux, à la fois pour la couleur de la pierre, pour le baroque des façades, et pour les balcons à balustres en fer forgé et le port.

Peut-être que des navires négriers sont arrivés dans notre ville depuis l’estuaire de la Gironde et, bien sûr, d’autres, chargés de tonneaux de vin, de fins cognacs, de soieries de Lyon et d’articles de luxe pour la bourgeoisie sucrière naissante de La Havane, et par exception de voyageurs illustres et, plus tard , des peintres, des architectes et des courtisanes.

Le village était alors plus boisé et les collines où se dressent les forteresses d’ El Morro, de La Cabaña et Atarés étaient plus évidentes ; les Ceibas, les flamboyants et les palmiers recouvraient les hauteurs autour de la baie, dont les eaux limpides cachaient des requins et d’autres poissons.

Les petites sardines sautaient sur le porche des pêcheurs pour devenir des amuse gueules dans les tavernes ou servir d’appâts, et la rivière non encore contaminée, ajoutait son faible flux, à l’étang calme et large qui régnait à l’époque. Comme c’était un magnifique abri pour les navires et un point stratégique où les flottes qui allaient ou venaient de la métropole à Cuba et au continent, pouvaient faire halte, l’installation de l’illustre San Cristóbal de La Habana se fit sur ce site.

Photo : Ismael Francisco/ Cubadebate.

Face à la forteresse de La Punta, nous avons pu voir la promenade du Prado, son centre commercial ombragé, peuplé de moineaux insatiables et de pigeons, de lions imitation bronze allongés. Les maisons principales se trouvent des deux côtés de l’avenue, rappelant les noms "illustres" de la république néocoloniale, mandants de l’époque, riches propriétaires et propriétaires terriens.

A l’hôtel Sevilla, rénové, on continue d’offrir à l’arrière-fond du patio et du jardin sur le toit, où l’on pouvait prendre le thé tous les après-midi à cinq heures précises dans les années vingt et voir le Capitole, l’hôtel Angleterre, le centre de la Galice et des Asturies, les palmiers royaux du parc central et, en traversant le Prado, les voitures décapotables avec leur chargement d’hommes en costume et d’élégantes demoiselles « très à la mode ; » (ndt :en français dans le texte)

Aujourd’hui, on peut voir des jeunes hommes débraillés en bermudas, pulls et chaussures Adidas, accompagnés de filles athlétiques dans le même esprit, désireuses de profiter du proverbial accueil des habitants, du délicieux mojito et de l’incomparable « son » de Compay Segundo, redécouvert par un américain futé (et grand musicien), Ry Cooder.

Cela nous arrive parfois à nous les aux Cubains, parce que c’est Pete Seeger qui a rendu mondialement célèbre La Guantanamera de Joseíto Fernández au milieu des années 1960, et Xavier Cougat (qui a d’ailleurs interprété nos rythmes en catalan), qui a popularisé aux États-Unis de nombreuses versions de notre musique pour chanter et danser, y compris la rumba.

(Sans oublier que Miguelito Valdés, M. Babalú, Beny Moré, Pérez Prado, Chano Pozo, Mongo Santamaría, les frères Barreto, l’orchestre du Casino de la Playa et de nombreux autres artistes et groupes ont diffusé le rythme cubain urbi et orbi sans que personne ne vienne "les découvrir").

Malgré les digressions, j’insiste sur le fait que la lumière qui rayonne à La Havane et qui me fait parfois penser à Casablanca ou à Alger et même à certains quartiers de la Tunisie et, bien sûr, à d’autres villes méditerranéennes (de Grèce, de Chypre, d’Italie et du sud de la France, et d’Espagne), si ce n’était parce que son intensité est plus grande sous nos latitudes, modifie la couleur de l’environnement, supprime les nuances, nous renvoie ce que nous avons regardé sans cette douce transparence que possèdent les couchers de soleil automnaux du parc Saint Cloud, la lumière des climats tempérés, propices au clair-obscur de Rembrandt et aux impressions successives de la cathédrale de Rouen, vue par Monet.

"Ici le soleil cuit toutes les choses," les aplatissant, les unifiant, les fondant dans une chaleur spécifique, d’un souffle court, d’un muscle tendu, d’un travail d’amour fécond et d’une transpiration abondante.

Le paysage et le passant ne se distinguent pas l’un de l’autre, pierres de taille pour édifier des bâtiments et sculpter des femmes, grands palmiers de plumes sombres comme des cheveux pour embrasser les rêves.

Des lieux conviviaux comme leurs habitants et ces gazelles à l’allure nonchalante et au geste langoureux, qui bougent avec une incroyable légèreté au bord de la mer, en sirotant, sensuelles, de l’iode dans l’air humide, évoquant les coquillages bivalves et le sexe féminin.

Photo : Ismael Francisco/ Cubadebate.

Sur l’esplanade à côté du monument qui rappelle qu’ont été fusillés des étudiants en médecine, faussement accusés d’avoir gratté la dalle de Gonzalo de Castañón j’ai passé de nombreuses après-midi à avec mes cousins Kourí lorsque j’avais 12 ans.
Nous jouions à Cuba contre Espagne (nous nous battions pour être du côté cubain), à cache-cache, à chat,une fois, j’ai dû m’accroupir derrière les buissons qui entouraient les vestiges de la prison où José Martí était gardé ; J’imaginais l’apôtre marcher péniblement avec la chaîne qui laissait une marque indélébile, plus dans l’âme que dans sa chair, et cueillait la pierre dans la carrière de San Lazaro, à quelques kilomètres de là.

Seulement 43 ans s’étaient écoulés depuis sa chute au combat et la République, qui se rêvait indépendante et souveraine, "avec tous et pour le bien de tous", souffrait de la nouvelle colonisation qu’il voulait empêcher, en convoquant des Cubains pour la guerre nécessaire, avec la liberté de la patrie, empêchant ainsi que les États-Unis s’emparent de l’île et "qu’ils tombent avec plus de force sur les terres de l’Amérique".

Passeront plus de deux décennies et 20 000 patriotes, donneront leur vie avant de voir leur désir exaucé.

La ville se préparait, en 1948, au changement de pouvoir : Ramón Grau San Martín, peut-être le plus grand escroc des espoirs populaires de la néo colonie, cédera la présidence à Carlos Prío Socarrás, participant à la lutte contre le tyran Gerardo Machado, crapule qui est entré dans l’histoire publique dépassant de loin - à l’exception de Fulgencio Batista - nombre de bandits qui régnaient sur le pays, vendeur de patrie et pro-Yankee, Tomás Estrada Palma, qui, faute de pouvoir être réélu a appelé le pervers voisin à fouler notre sol avec sa patte interventionniste.

Photo : Abel Padrón Padilla.

Le parc central a été le théâtre, dans les années cinquante, de mémorables actions organisées par la Fédération des étudiants universitaires (FEU).
Le 28 janvier 1956, par un après-midi frais et ensoleillé, José Antonio débarqua avec Fructuoso, Nuiry, Machadito et d’autres compagnons pour déposer une gerbe devant l’effigie de l’apôtre et dénoncer le dictateur Batista. Javier Pazos, Germán et Raúl Amado Blanco, Carlitos García el Carapálida et d’autres camarades entrent d’un autre côté.

La zone était occupée par des sbires de la tyrannie, habillés en civils ;
Des colonnes de Shriners (maçons américains invités à la supercherie organisée par les partisans de Batista) sont arrivées devant le monument, coiffés de chapeaux bizarres. On a entendu Echevarría crier, « on chante tous, mort à Batista ! A bas la dictature !

L’air se remplit de bruits violents et de sirènes de police. Des énergumènes habillés de bleu ont agité des "nerfs de bœuf" devant les fenêtres des patrouilleurs ; frappant lorsque, des jeunes qu’ils heurtaient dans leur poursuite effrénée des manifestants ; ils ont arrêté les dirigeants de la FEU, qui se sont défendus à mains nues et les ont mis dans la « cage ». D’autres ont réussi à s’enfuir et à retourner sur la colline de l’université.

Photo : Desmond Boylan.

Je suis monté par la rue Ronda avec le « Chinois » José Venegas ; Il est entré dans un couloir (qui s’est avéré ne pas avoir de sortie) où il a été capturé, sauvagement frappé avec la crosse d’un fusil, puis conduit au château du Prince.

Je suis arrivé sur le campus universitaire par l’entrée qui donne sur la classe Magna et je me suis précipité dans les locaux de la FEU, ou nous avons utilisé les micros pour condamner les brutalités policières et l’emprisonnement de José Antonio et d’autres camarades.

Nous jetions des bidons de 55 gallons en bas de la colline ; d’autres ont renversé une voiture avec des plaques d’immatriculation officielles devant l’escalier ; La meute de l’obèse Salas Cañizares, était déployée devant nous et, entre coups de feu et jurons, il se rendit au rectorat et à la Plaza Cadenas (aujourd’hui Agramonte).
Nous nous sommes repliés dans différentes directions ; avec Raúl Amado Blanco, nous sommes entrés dans les locaux du théâtre universitaire, où se trouvait le professeur Ramonín Valenzuela.

Nous lui avons dit que les gardes avaient pénétré de force dans l’université, violé son autonomie et persécuté les étudiants. Il a estimé que nous devrions partir immédiatement.

Ce faisant, nous avons vu le commandant Ponce et plusieurs sbires en branle bas de combat arriver à l’entrée de Ronda . J’ai vu Willy Barrientos ( fils) et d’autres camarades se réfugier derrière le buste de Manolo Castro, devant nous.

Ponce nous a indiqué la Thompson et nous nous sommes couchés ; les balles ont déchiré des morceaux aux colonnes de la balustre qui entourent la classe Magna, au-dessus de ma tête.

J’ai décidé de courir à quatre pattes à l’autre bout et d’aller à la faculté de droit. En me tournant vers la Plaza Cadenas, je me suis retrouvé devant les janissaires de Salas Cañizares et j’ai dû courir vers le mur qui surplombe la 27e rue et le sauter « olympiquement », au risque de me rompre un os (toujours mieux que d’être battu et de, plus arrêté).

Photo : Desmond Boylan.

Le propriétaire de la quincaillerie située entre J et 27, où j’ai acheté mes Bock « spéciaux », m’a conseillé de marcher (pas de courir) vers l’avenue 23 J’ai suivi sa recommandation et j’ai entendu que l’on m’appelait depuis un taxi qui montait par la rue J en direction de la colline : c’était René Anillo qui s’y rendait. Je suis monté et j’ai expliqué que l’université avait été prise. Nous avons décidé d’aller chez Javier, entre 15 entre 6 et 8 à Vedado. Nous étions plusieurs camarades réunis là-bas. Ce jour-là, on discutait de la nécessité de créer l’agenda révolutionnaire.

Chaque après-midi, à Galiano et San Rafael, je marchais. Parfumant l’air, la Havane ; rien de particulier, toute La Havane. Des jupes de fil blanc, des matières très légères qui collent au corps voluptueusement, faisant allusion à ses formes, des promontoires vénusiens que le vent impudique et espiègle esquissait.

Figés parmi les vagues de femmes, des messieurs ressemblaient à des colosses de Rhodes, phares d’Alexandrie, contemplant le défilé passionnant.

Quand j’étais enfant, je grimpais dans le manguier de l’arrière cour à la recherche de fruits succulents, je tentais les poules de mon oncle Julio, comme je le voyais faire ; poules appelées par les prénoms de les soeurs : Fina, Beba, Silvia …

Cela se passait à L et 25, où se trouve actuellement l’hôtel Habana Libre. Le coq Piro rendait hommage aux grosses poules qui pondaient tous les jours dans les coins les plus protégés.

Un jour, tous les habitants de la basse cour ont fini dans la casserole, mais Julio a refusé de les manger. Petronila, la vieille cuisinière fumeuse de cigares, leur a tordu le cou avec sa dextérité habituelle et a préparé des fricassés, du riz avec du poulet et du poulet frit jusqu’à ce qu’il ne reste plus de volaille à griller.

Photo : Desmond Boylan.

Le quartier de Kohly était un havre de paix silencieux et tranquille dans les années 40. Nous habitions au Tropical No.1, au coin de l’avenue de la paix, une maison de maître en pierres de taille dotée de balcons en bois recouverts de carreaux de couleur terre cuite.

Un petit jardin entourait la maison, entouré d’une haie épineuse ; d’un côté, s’élevait un imposant et magnifique ceiba avec un tronc gris et une ample crinière. Dans la rue, nous jouions au ballon avec Mula Ciega, Sagüita, Romeo, Enrique et Colín ;

Pendant longtemps, nous avons été des « ennemis » des Peláez et d’Albertico Luzárraga et nous nous frappions ou nous nous lancions des pierres à chaque fois que nous nous voyions.
Nous avons fait la paix après avoir jeté un pot de « peste diabolique » sur la façade de la résidence d’Albertico, un menu préparé par Mula Ciega et moi-même, à base de médicaments de l’armoire à pharmacie de mon grand-père ; L’éther anesthésique, les restes de haricots noirs, les lézards dispersés, les araignées velues et la merde de chat, ayant tous fermenté au soleil pendant plusieurs jours.

Alliés à Luzárraga, nous continuions à faire face aux Peláez jusqu’à ce qu’une nuit, alors qu’ils dînaient, nous avons retiré le mastic fraîchement posé sur les vitres de la fenêtre qui fermait le portail, provoquant ainsi sa chute et sa forte fissuration. Ils ont levé un drapeau blanc et le calme est revenu au bloc, mais nous avons dirigé nos incursions dans une autre direction : les goyaviers de l’avenue des Almendares, que nous dévalisions systématiquement ainsi que les raisins de la princesse italienne Ruspoli, exilée à Cuba lors de la 2e Guerre mondiale.

Foto : Irene Pérez/ Cubadebate.

Préadolescents déjà, nous franchissions la grille du Tropical pour, en évitant le garde forestier et son chien "policier", nous nous régalions de succulents fruits tropicaux, Et, à d’autres occasions, pour voir les matchs de base ball gratuitement au stade du même nom (aujourd’hui appelé Pedro Marrero).

La barrière de corail en face de la région de Biltmore était, à cette époque, une source non négligeable de homards et de poulpes (bien que ceux-ci pullulaient dans les récifs côtiers de Miramar) ; Nous sortions du club en bateau, avec des coffres aux fonds de verre pour les pêcher.

J’ai été l’un des premiers de l’école à pratiquer la pêche sous-marine, avec une flèche et un fusil propulsé par des liens en caoutchouc. J’ai "pris ma retraite" à la fin des années 1960 ; Ma dernière plongée sportive a été réalisée avec le général Raulito Díaz Argüelles, le capitaine Benitez, Strong Arm et Ali Khan, au nord de Varadero.

Le centre historique contient les joyaux les plus précieux de la ville. Je l’ai parcouru dans toutes les directions, toute ma vie ; avec mon père, enfant, lycéen et universitaire ; nous visitions des librairies, discutions avec le métis Alberto à La Económica, avec Gelpi à la poésie moderne, avec le galicien Gonzalez à la librairie Martí et Andrés Belmonte à Selecta.

Les lumières de la Havane. Ismael Francisco/ Cubadebate.

La nuit devient toujours "intime" sur la petite Place de la Cathédrale, où habitait, dans une petite chambre avec une grande fenêtre sur la rue, Victor Manuel. Je suis arrivé avec Denise, « pied noir » (ndt : en français dans le texte) voluptueuse attirée sur nos terres par le miracle de la Révolution.
Le poète qu’était Victor a tracé sur du carton, en une ligne délicate, le charme pressant de son jeune corps, de ses cheveux bruns descendant dans un désordre baroque sur les épaules. J’ai monté quelques bières, on s’est souvenu de Paris, il nous a montré des toiles inachevées, des dessins qui sont apparus entre mégots de cigarettes et bouteilles vides.
Víctor Manuel était pris par la négligence et l’abandon, ses amis ne pourraient rien car il n’avait plus de volonté. Ma naïade est revenue dans la Seine, capturée à jamais par son pinceau étrange.

Martínez, cérémonieusement recevait dans sa Bodeguita del Medio, avec des couennes de porc et mojitos, sur les rythmes de Carlos Puebla. Arménia cuisinait avec précaution de savoureux haricots noirs, tandis que la peau de porc croustillante était cuite au four dans une marinade aigre (orange amère, ail, origan, du sel, une pincée de cumin moulu dans de la graisse chaude) et les croûtons étaient frits dans d’énormes poêles en fer.

La rue Empedrado, au milieu, entre la cathédrale et la rue Cuba, suscitait l’appétit des passants, émerveillés par le fait que de tels arômes provenaient des entrailles d’un petit magasin, dont l’apparence n’était pas différente de celle de tant d’autres qui ne vendaient que de la nourriture et des boissons. .
Cette invention remarquable est due à Felito Ayón, l’imprimeur des locaux adjacents, qui n’a pas eu de mal à convaincre le propriétaire de La Bodeguita d’héberger des amis à la table de la salle, où Martinez déjeunait avec sa femme et ses deux employés., et, petit à petit, c’est devenu le lieu de prédilection des poètes, peintres et écrivains doués, amateurs de cuisine créole, âme stimulante de la canne à sucre et vieux troubadours, qui chantaient et buvaient avec le couple de convives.

Photo : Ismael Francisco/ Cubadebate.

C’est ainsi que naquit La Bodeguita del Medio, qui fut bientôt la « cargotte » et qui accueillit des personnalités du cinéma, du théâtre, de la radio, de la presse, de la culture et de la politique, ainsi que des simples amoureux de la vie.
Dans le coin de la pièce, à l’arrière-plan, à l’envers, est suspendue la chaise de Leandro García, souvenir de l’ami qui est parti pour toujours ; Les vers et slogans de Guillén (« Cargue con su pesao ») (ndt Nicolas Guillen célébre poète cubain) sont accrochés aux murs et Salvador Allende se souvient de notre barde depuis son propre vignoble de Santiago (ndt santiago du chili)

Il y avait d’ailleurs une caricature de mon père réalisée par moi (que Martinez a ramenée à la maison et qui se trouve aujourd’hui au centre Pablo) et une autre, reproduite en fer forgé, de l’ingénieux Juan David, buveur habituel de bières.

En marchant dans les rues, sur les traces de Leal, nous visitons la maison qui était celle du siècle des lumières, où le Centre Alejo Carpentier que Lilia, sa femme et camarade animait (comme le fait maintenant avec un brillant éclat, Graziella Pogolotti) ; la Casa de la Obra Pía, sur la route qui porte son nom, devant celle d’Afrique : mes amis africains les représentants de plusieurs États auprès de l’ONU ont manifesté leur satisfaction à la parcourir.

*Des années plus tard, j’ai assisté à l’inauguration, avec le ministre français de l’outre-mer et Eusebio, à l’inauguration de l’atelier offert par son gouvernement, où les tissus historiques du temple de La Havane ont été restaurés, facture de Jean-Baptiste Vermay, disciple de David et fondateur de notre Académie San Alejandro.

Ne pas oublier la colline de l’Ange et son église : autour d’où vous vous entendrez les revendications de Cécilia Valdés, des proclamations lointaines, des chevaux au trot, ou le temple du Saint-Esprit, où Mgr Angel Gaztelu a officié des messes poétiques, après avoir magnifié la Eglise Bauta avec le travail de nos professeurs.

Photo. Irene Pérez / Cubadebate

Ni les vestiges de la muraille, qui séparaient le village d’origine des zones inhabitées ou à faible densité de population, exposés à la dévastation des pirates, en direction d’Almendares.

Parce qu’au fond de tout ce qui perdure dans la ville, il y a des yeux tristes, ceux d’un enfant qui riait et aimait les couleurs, courait après un ballon, sans se poser de questions, se remplissant les poumons d’oxygène, traversant le pré de marguerites sauvages, sans reconnaître les herbes que les français appellent pissenlits et ont des fleurs rondes, comme des duvets, qui s’envolent au moindre souffle, et qui se mangent en salade, arrosés d’huile d’olive et de vinaigre.

Ou peut-être, posant des questions élémentaires sur la rondeur de la terre, l’infini inaccessible, la persistance du soleil, invariable, année après année, comme la sécheresse et la pluie, parsemés d’énormes cyclones, inondations et effondrements de vieilles maisons, rasées par l’eau et l’incurie.

Cet enfant a appris à effeuiller les marguerites et à rencontrer des saveurs étranges, car la vie est également faite de suie, de fiel et de déceptions.

Malgré l’immensité de la mer, l’illusion du nuage, la mouette qui passe et laisse au vent une odeur de musc et de pressentiment, bon à savoir, amour impur, les heures changent, ni lentes ni rapides.

Et la cruche va tellement à l’eau qu’elle mémorise la musique de l’eau ; la vie déborde dans les marais et les roseaux, descend dans les rues, crée des ruisseaux, des fossettes sur les joues d’Athéna, Alina Sánchez / Cecilia, au creux de la ville où nous marchons.

La vieille havane, Cuba. Photo : Desmond Boylan / Facebook.

Les colonnes tourbillonnent, rondes et lisses, timides de tant de simplicité ; les coruscantes, baroques, comme des rouleaux de havane, les cantates de Vivaldi ; et celles sacrées, corinthiennes, petites doriques qui supportent les années, imitent des caryatides contre les vagues, incrustées de sel et d’iode. D’autres bougent comme des palmiers fouettés par la tempête du nord, des points de repère dans les portails qui délimitent de vieilles portes ;et les grilles, dans le Prado, qui retranscrivent d’anciennes colonnes espagnoles, des temples de Merida et des temples, des théâtres, des colisées ; colonnes de l’atrium et cloîtres tropicaux, colonnes conventionnelles des matines, rappelant le passage des religieuses dans l’air du soir, imprégnées de l’odeur de chocolat des hivers presque inexistants, avides de beignets ou, tout au moins, de génoise fraîche.

Oh, ville de colonnes, qui t’a vue et ne se souvient de toi ? Ville de chaleur sans sommeil et de pupilles en feu.

Peut être Federico (ndt il peut s’agir de federico garcia lorca) ne pouvait-il pas le dire lors de ces jours habaneros assailli par des fantômes de Cordoue sur la vieille place, ravagé par ces gamins languissants, terrains vagues que traversaient les rêves de Porfirio Barba-Jacob, son compagnon de discussions, dans les nuits de la maison du Vedado des Loynaz, où ils allaient chercher des étoiles tombées entre le feuillage du jardin au fil de l’aube ?

Le pouls bat fort dans cette ville attachante, diminuée, mais pas épuisée, somnolente, mais toujours alerte, comme ses nuits miliciennes, le faisceau de lumière parcourant l’espace depuis le phare d’El Morro. Pierres aimables, cavaliers énergiques de ses parcs en chevaux de bronze, clairon qui joue à s’égorger ; Titans, aux différents noms de la patrie.

Tes enfants sont tes gardes du corps, ils prennent soin de ton sommeil, reconstruisent tes artères, débarrassent tes débris.

Ici se trouve la source, la volonté inébranlable de vivre dignes et libres de toute tutelle, avec Martí et le héros de la Sierra, ainsi que le frère des dures années qui n’ont pas encore pris fin.
Dans notre Havane, la ville sans poison, la ville de la vie.

El callejon (la ruelle) de hamel. La Havane. Photo : Desmond Boylan/ Instagram


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